Back to July

Peut-être le recul permet-il de séparer le bon grain de l’ivraie ? D’un festival à Gand, moins jazz qu’avant, comme beaucoup d’autres qui en gardent pourtant l’appellation, à un festival à Saint-Omer, qui est une heureuse exception vraiment jazz de par l’engagement d’un élu et une programmation confiée à Laurent Cugny, j’aimerais ne garder en mémoire que le meilleur.

Mais il y a eu le pire, à Gand : le « super » groupe Hudson, réunion de circonstance alléchante sur le papier mais ne répondant à aucune nécessité (autre que financière), associant John Scofield, John Medeski, Scott Colley et Jack De Johnette, piètre chanteur pour l’occasion. Leur prétexte ? Rejouer Jimi Hendrix, sans que l’on ne puisse jamais retrouver ni l’urgence du discours ni l’imagination débordante du légendaire leader d’Experience et de Band Of Gypsys, c’est un comble.

De Chico Freeman, le plus sage des musiciens issus de la loft generation, moins innovant finalement que son père Earl Lavon Freeman, et n’ayant jamais réussi à retrouver le niveau des superbes ballades de son « Spirit Sensitive » (sur India Navigation, en 1979), j’attendais peu. Mais ce fut une belle surprise, car Chico, sur un jazz oscillant du médian au moderne, excellemment pulsé par son batteur Rudy Royston, atteint une plénitude de son qui intègre les techniques du saxophone, respiration continue incluse, en une générosité communicative.

Vijay Iyer sait combiner dans son sextet les constructions savantes et les échappées lyriques (notamment de la part de ses deux saxophonistes). Le déroulement de la musique est constamment stimulant pour l’esprit, mais la recherche ne se fait jamais au détriment de son interprétation, par des musiciens qui ont du corps et du cœur. Le patiné Far  from Over, sorti récemment chez ECM, ne vous donnera hélas qu’une idée tronquée de ce que l’orchestre est capable de déployer sur scène.

Bien tard le soir du 7 juillet, sous le plus petit des deux chapiteaux, Dan Weiss et son Stare Baby donnent un set « sale », électrique, touffu, comme un pied de nez à la bienséance qui  menace parfois le festival gantois...

A St-Omer juillet ne vit que de jazz, du plus classique au plus moderne, mais ouvre aussi ses oreilles vers l’inclassable. Ainsi en est-il de l’AUM Grand Ensemble, qui offre dans l’église de L’Immaculée Conception, aussi bien que sur le cd  You’ve never listened to the wind (Onze heures Onze) - mon coup de cœur de 2018 – un déroulé fascinant qui part de la musique balinaise pour visiter l’opéra et la mélodie, non sans passer par quelques orages free fort bien venus.

Le Sea Song(e)s de Bruno Tocanne and co donne une impression de la musique Robert Wyatt qui n’a rien de littérale mais se nourrit du « Canterburien » pour emprunter des chemins poétiques qui permettent d’inventer au-delà de la nostalgie. On en redemande.

 

Claude COLPAERT