LIVRE

 

Lincoln T. BEAUCHAMP Jr. with J. LaBosse,

Too Much UnConvenience : Recollections of a Blues Gypsy

(Kansas City : L. T. Beauchamp Publishing, 2016). 188 pages. En anglais.

 

Le bluesman et écrivain Lincoln T. Beauchamp Jr., plus connu sous le nom de Chicago Beau, sera sans doute surtout familier aux lecteurs d’Improjazz pour sa participation à certaines sessions BYG et America en 1969-1970, avec Archie Shepp et l’Art Ensemble of Chicago.

 

Dans Too Much UnConvenience, il livre ses souvenirs sous forme d’entretiens menés avec un ami, J. LaBosse, aux bars de divers hôtels chics. LaBosse se borne généralement à fournir des relances amicales, encourageant Beauchamp à développer sans rediriger les entretiens.

 

Le résultat de ces conversations suit chronologiquement la vie de Beauchamp, de la petite enfance à sa vie de jeune musicien au début des années 1970. Après une section iconographique, le livre se clôt sur un bref épilogue couvrant certaines activités plus récentes.

 

Fils d’un avocat de Chicago, attiré depuis très jeune par les Lettres, l’impression qui se dégage est avant tout celle d’un homme des voyages. Une grande partie du livre est dédiée à de longs comptes rendus de ses pérégrinations au Canada, Londres, Paris, Amsterdam, etc. Très souvent émaillés du récit de conquêtes féminines et de fêtes, ces comptes rendus sont également l’occasion de considérations sur le racisme, la religion ou la société.

 

De manière peut-être un peu surprenante, il est assez peu question de l’activité de bluesman de Beauchamp. Le lecteur restera dans l’obscurité quant à son apprentissage de la musique, n’étant éclairé sur son travail qu’après l’arrivée à Paris en mai 1969, à vingt ans. Les pages consacrées à la rencontre avec Claude Delcloo, BYG, et au milieu du free jazz parisien (104-113) seront sans doute celles qui intéresseront principalement les amateurs d'histoire du jazz.

 

On y croise Archie Shepp « holding court » au Storyville, Earl Freeman concoctant un raid sur les bureaux de BYG, ainsi que Jacques Bisceglia, collaborateur bien connu d’Improjazz décédé en 2013. La perspective de Beauchamp, à la fois extérieure et proche, constitue un apport intéressant à ce qui a pu être écrit sur cette période encore trop peu documentée.

 

Certains épisodes semblent parfois plus précis que ce que permet généralement l'exercice de l'interview, quand les faits remontent à plusieurs décennies, et on pourrait imaginer une tentation de « littérarisation ». D’autres anecdotes auraient mérité vérification, comme l’épisode du festival d’Amougies où Beau indique simplement avoir été invité par l’Art Ensemble of Chicago (124-126) bien qu’il s’y soit produit avec Archie Shepp (comme en atteste une des séquences marquantes du film Amougies Music Power).

 

Too Much UnConvenience manque quelque peu de finition, en faire l’acquisition revient essentiellement à acquérir un manuscrit Word broché, fautes de frappe comprises.

 

Julio Finn, né Augustus Arnold, compagnon d'adolescence (« Gus ») et des premières aventures européennes – dont Amougies – est l’un des personnages importants du livre. C’est également à Finn que l’on doit les traces discographiques les plus purement blues des années évoquées par Beauchamp : Rainbows All Over My Blues et Deal for Service, enregistrés pour Barclay.

 

Décrivant ses mauvais rapports avec le producteur Pierre Jaubert (Pierre « Berjot »), Beau indique que les sessions America ayant donné naissance au Black Gipsy de Shepp et au Certain Blacks de l’Art Ensemble of Chicago étaient originellement des sessions sous son nom, finalement éditées par Jaubert sous les noms des musiciens les plus renommés (117-118). Il y a sans doute là matière à quelques reconsidérations discographiques.

 

Pierre CREPON