NEXUS

 

Daniele CAVALLANTI & Tiziano TONONI


 

 

 

 

Photo Philippe RENAUD




Daniele CAVALLANTI - Photo Philippe RENAUD                      Tiziano TONONI - Photo Gianni GROSSI

 

Ces deux musiciens italiens sont inséparables depuis le début des années 80’s, que ce soit au sein de Nexus, LEUR groupe, l’Italian Instabile orchestra, dans des projets personnels ou en tant que sidemen.  A l’occasion de la sortie de "Experience Nexus" sur le label Rudi Records, l’occasion d’en savoir un peu plus sur leurs parcours était belle…

 


IMPROJAZZ : comment êtes vous devenus musiciens professionnels ?

 

Daniele CAVALLANTI (DC) : en 1969, j’avais 17 ans, et je pratiquais le saxophone depuis 3 ans, je suis rentré en contact avec le trompettiste Guido Mazzon, le pianiste Gaetano Liguori, le saxophoniste / flutiste Marco Marilli et le batteur Filippo Monico ; ensemble nous avons formé le "Gruppo Contemporaneo". C’était le premier groupe dans lequel je jouais. Je me souviens que je me disais à l’époque qu’il me fallait trouver un travail la journée et jouer de la musique comme une passion. En 1970/71, j’ai fait l’armée, obligatoire pour tous à l’époque. Après une semaine de service, j’ai réalisé, et décidé de devenir musicien de jazz et d’en faire mon gagne-pain.

 

Tiziano TONONI (TT) : je ne sais pas actuellement comment et quand tu peux te considérer comme un musicien "professionnel", cela sonne étrange pour moi ; je pense savoir ce que tu veux dire par là, mais je n’associe que très rarement le mot "professionnel" à ce que je fais depuis si longtemps maintenant. Oui, je vis de la musique, de mes compétences à la fois en tant que musicien, compositeur, chef d’orchestre et professeur, et cela a débuté progressivement et petit à petit depuis la fin des années 70’s jusqu’à maintenant. J’ai étudié énormément de choses différentes, même si je suis autodidacte à la base sur la plupart des sujets sur lesquels je travaille, et toutes ces directions différentes – blues, rock’n’roll, jazz, classique, contemporain, composition – m’ont conduit à ce que je suis, où je suis maintenant. Vivre de la musique était un rêve d’adolescent qui quelque part est devenu réalité jour après jour, tu ne sais jamais ce qui peut arriver, peu importe ton degré de talent, la vie la plupart du temps n’est pas linéaire, et le talent en lui-même n’est pas suffisant pour devenir musicien si tu n’y inclus pas à la fois le cœur et l’esprit. En regardant en arrière, je me sens béni par la chance que j’ai eu dans cette vie de pouvoir m’exprimer, sur cette planète incroyable, grâce à la musique, et d’avoir donné, et de donner encore, ma contribution à la maintenance et à l’avancement du langage de la musique que j’aime tant.

 

IMPROJAZZ : si ma mémoire est bonne, je vous ai rencontré pour la première fois lors du festival du Mans en 1985, Nexus jouait dans l’Abbaye de l’Epau, avec vous deux, Pino Minafra, Luca Bonvini et Paolino Dalla Porta.

 

DC : nous avons effectivement joué au Mans cette année-là. Nexus a été formé en décembre 1980 à mon retour d’un séjour de trois ans à Amsterdam. Je connaissais déjà Tiziano, et en rejoignant le Democratic Orchestra Milano du compositeur et bassoniste Dino Mariani, j’ai rencontré le tromboniste Luca Bonvini et le contrebassiste Paolino Dalla Porta. Nexus était né en tant que quartet.

 

Daniele CAVALLANTI

 

TT : absolument. Le Mans a été notre premier concert important en dehors de l’Italie. Nous étions un jeune groupe mais nous avions déjà bonne presse et une reconnaissance certaine chez nous après le premier album, "Open Mouth Blues", réalisé en 1983 sur le label Red Records, grâce à Giovanni Bonandrini, le patron et producteur des labels Black Saint et Soul Note. Il aimait notre travail et nous a aidé à trouver un contrat d’enregistrement. Le groupe a démarré en quartet, et ce pendant presque trois ans, puis nous avons rencontré Pino Minafra, à cette époque apprécié par Enrico Rava qui l’avait entendu jouer et nous l’avait suggéré pour le groupe. C’était un très bon choix au début, mais assez rapidement il était clair que nos directions n’allaient pas pouvoir être poursuivies longtemps. Le groupe au départ, comme beaucoup d’autres, avait la forme d’une association de type collectif, mais au moment de l’enregistrement de "Open Mouth Blues", il était déjà évident que Daniele et moi-même étions plus impliqués que n’importe quels autres musiciens, et nous avons pris conjointement en charge la direction du groupe pour la musique à venir.

 

IMPROJAZZ : lorsque j’écoute ce disque, "Open Mouth Blues", j’y trouve votre admiration pour la "Great Black Music" que l’on retrouve tout au long de votre discographie. Ai-je tort ?

 

DC : non, tu as tout à fait raison ! La "Great Black Music" est notre back ground depuis le début, et même avant, pour nous deux !

 

TT : tu n’as pas du tout tort ! En regardant en arrière, nous y étions probablement encore plus dedans que maintenant. Nous avons toujours regardé vers la tradition comme un important véhicule d’expression, mais depuis nous avons, je l’espère, et sans me mettre en porte à faux, développé une déclinaison plus personnelle et spécifique de ces idées et suggestions que nous avons tant aimées.

 

IMPROJAZZ : dans "Night Riding", le second LP, on trouve deux trombonistes, avec Glenn Ferris en invité. Pourquoi avez-vous pensé à lui pour jouer dans Nexus ?

 

DC : je dois avouer que je ne connaissais pas Glenn à ce moment, mais Tiziano oui, et il savait aussi que Glenn était en relation avec Franco D’Andrea, c’est comme ça que nous l’avons contacté.

 

TT : tout d’abord, j’adore le trombone, et Glenn est un tromboniste monstrueux ; ensuite il a ce son "très physique" que je veux entendre lorsque j’engage un tromboniste, un son intense, cette qualité de son de l’instrument qui est tellement représentatif de toute l’histoire du jazz, de King Oliver à Ray Anderson, en passant par Jack Teagarden, Vic Dickerson, Jimmy Cleveland, Jimmy Knepper, Roswell Rudd, Frank Lacy… et Glenn possède ce son. Je le connaissais par son travail avec l’orchestre de Don Ellis, avec Frank Zappa et Billy Cobham jusqu’au quintet de Jack Walrath, il était juste parfait pour notre musique.

 

IMPROJAZZ : Tiziano, tu fais souvent référence au blues, pourquoi est-il si important pour toi ? Les racines d’un musicien italien ?

TT : tu sais le blues –en faisant référence à mon premier héros, John Mayall – m’a marqué dans la vie ! Cela a été une découverte qui a littéralement changé ma vie, la perception et la vision de ce que la musique devait être, avec des petits changements, et cela depuis que j’étais gamin, disons 15 ou 16 ans. A chaque fois que j’ai l’impression de perdre mon étoile du Nord, je retourne inévitablement vers le blues, cela agit sur moi comme une thérapie musicale qui me maintient en forme, et me ramène à une vue plus claire et plus équilibrée d’où je suis et où je vais. "Mes racines sont dans ma platine" (Evan Parker), c’est l’exact rapport qui définit la distance possible entre les endroits où tu vis, et la musique qui parle à ton cœur, et les deux ne vont pas forcément ensemble. Le blues est la rivière souterraine cachée qui coule constamment, et qui donne vie à un bouquet de différentes expressions musicales, aussi différentes que Gary Davis et Coltrane, ou Archie Shepp, ou Lester Bowie peuvent l’être. Je vais toujours aimer le blues et ne vais jamais cesser d’insister sur son énorme importance dans le développement de la musique du 20ème siècle ; plus je vieilli, plus je suis reconnaissant du fait d’avoir rencontré cette grande musique étant jeune. Blues pour toujours !

 

IMPROJAZZ : dans “Urban shout” (Splasc(h LPH 170 - 1988), le titre introductif "The legend of the azure wolf", deviendra une des compositions majeures du répertoire de l’Italian Instabile Orchestra. L’ouverture est une reprise d’un thème de "The planets" composé par Gustav Holst. Cela n’a jamais été mentionné sur les pochettes de disques, y a-t-il une raison particulière ?

 

TT : le thème central de "Jupiter", tirée de "The Planets" de Holst est une mélodie traditionnelle que beaucoup ont utilisée, y compris lui-même, que j’ai arrangée tout d’abord pour les sessions de "Urban shout) en 1988, puis pour l’Italian Instabile Orchestra. Cela ne m’avait pas particulièrement attiré mon attention, maintenant j’indiquerai certainement "trad", comme d’autres le font souvent.


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Philippe RENAUD