Nelson Mandela's return to his cell on Robben Island IV, 1994 © Jürgen Schadeberg

www.jurgenschadeberg.com

 

JÜRGEN SCHADEBERG

le père de la photographie sud-africaine

18 mars 1931 (Berlin) –

 

En 1950, armé d’un Leica et d’une simple valise, Jürgen Schadeberg quitta l’Allemagne en bateau pour rejoindre Cape Town. Il avait 19 ans et il pensait fuir une société allemande sur laquelle les Nazis avaient durablement marqué leur empreinte. A son arrivée, une des premières personnes qu’il rencontra fut un Afrikaner vêtu d’une culotte de peaux bavaroise dont les idées épousaient celles du national-socialisme ! Le premier ministre Daniel Malan venait d’être élu en 1948 deux ans plus tôt et il instaura une politique sanglante d’apartheid qui, officiellement, ne disparut qu’en 1990.


            Rapidement, Jürgen Schadeberg rejoignit Johannesburg puis, un an plus tard, entra à Drum, le magazine mensuel « écrit par des Noirs pour les Noirs », mais possédé parJim Bailey (1919-2000), un homme d’affaires blanc qui nomma Anthony Sampson rédacteur en chef environ deux ans après son premier numéro.  De très nombreux grands écrivains noirs signèrent quantité d’articles dans Drum. Citons en particulier, Henry Nxumalo, surnommé Mr. Drum et assassiné par des inconnus en 1957, Todd Matshikiza,James MatthewsBloke ModisaneEzekiel MphahleleNat NasakaLewis Nkosi et Can Themba.


La plupart de ces grandes plumes adoraient le jazz et certaines étaient même des musiciens accomplis comme Todd Matshikiza, pianiste et compositeur de la comédie musicaleKing Kong qui tourna en Afrique du Sud entre 1959 et 1960.


 

Henry Nxumalo (fumant la pipe), Ezekiel Mphahlele (se grattant la tête), Casey Motsisi (les deux bras en l’air), Can Themba (portant une cravate), Arthur Maimane (fumant une cigarette et portant un chapeau) et Bob Gosani (photographiant la scène, complètement sur la droite) © Jürgen Schadeberg

 

J’avais illustré deux articles parus dans Improjazz de photographies parmi les plus célèbres de Jürgen Schadeberg : Kippie Moeketsi (#237) et Hugh Masekela (#243).

 

Plusieurs de ses photographies furent également utilisées comme couverture d’enregistrements (LP, CD, DVD), de magazines et de livres, ou même des cartes postales, affiches et flyers.

 


Et voici deux couvertures parmi de nombreuses autres du magazine Drum qui utilisèrent des clichés du photographe et un dessin tiré de sa fameuse photographie de Miriam Makeba.



Drum # February 1955 – Drum # June 1957

 

Rapidement, Jürgen Schadeberg fut nommé responsable de l’équipe photographique au sein de Drum et, à ce titre, il encadra les autres photographes sud-africains qui se firent alors un nom. Jürgen avait ainsi gagné son surnom de père de la photographie sud-africaine. Citons en particulier, Ernest Cole (1940-1990), Peter Magubane (1932- ) et Bob Gosani (1934-1972) dont les travaux majeurs furent édités entre 1967 et 2005.

 


(Bailey’s African History Archive. Afrique du Sud 2005)

 

Mais, en 1964, le régime se durcit encore un peu plus et Jürgen Schadeberg fut expulsé d’Afrique du Sud. Il n’y reviendra qu’après la chute officielle de l’apartheid. Il encadrera à nouveau plusieurs jeunes photographes sud-africains. Et, son ami de plus de soixante ans, Nelson Mandela devint le premier président noir de la république sud-africaine en 1994. Cette même année, Jûrgen Schadeberg va réaliser une photographie qui va entrer dans l’histoire (celle mise en tête d’article) : Nelson Mandela, lors de son premier retour en homme libre dans sa cellule de Robben Island. Elle illustre d’ailleurs la carte de visite de Jürgen Schadeberg.

Jürgen Schadeberg aura publié une trentaine de livres. 

Les quelques tranches de vie sud-africaine de Jürgen Schadeberg racontées dans cet article proviennent de l’autobiographie sortie en 2017. Je suis plutôt fier d’avoir rencontré Claudia et Jürgen Schadeberg à Paris et à St Ouen à trois jours d’intervalle. C’était en novembre 2013 lors de l’année de l’Afrique du Sud en France. La première fois s’était déroulée au Musée du Jeu de Paume pour une projection de son excellent film Have You Seen Drum Recently? La seconde était l’inauguration d’une exposition de ses photographies à la mairie de Saint-Ouen. La simplicité et la gentillesse de ce couple m’allèrent droit au cœur.

 

Mes plus vifs remerciements vont à Claudia et à Jürgen Schadeberg pour l’autorisation de publication de toutes ces formidables photographies.

 

Olivier LEDURE – dimanche 25 février 2018.

 

Texte intégral dans Improjazz.