Chroniques de disques
Février 2018

Charles GAYLE with Sunny MURRAY & William PARKER

KINGDOM COME

Knitting Factory KFW157

 

 

 

                    D’emblée (Seven Days) le piano de Charles Gayle frappe fort : déluges de notes, clusters et chocs de toutes sortes que n’auraient pas renié l’ami Cecil. On retrouve très vite (Lord Lord) le ténor rugueux de Gayle, cette flambée brutale pulvérisant tout sur son passage. Cherchez le blues vous ne le trouverez pas. Cherchez les hymnes d’Ayler et les preaching vous les trouverez surement. Rarement un saxophoniste aura emprunté des sentiers aussi peu balisés. Derrière s’expriment Sunny Murray et William Parker. Le premier canarde sa caisse claire de roulements continus, la charleston n’en finissant pas de chahuter. En voici un (le seul ?) qui savait s’immiscer au cœur des chaos de Gayle. Le second trouve sa place au prix d’efforts certains et crée des workings surréels. Puis solos des deux (toujours cette caisse claire ivre de liberté chez Sunny).

                    A nouveau pianiste (Beset Souls) mais secondé par double bass & drums (Sunny aux balais), Gayle prend un malin plaisir à détruire les figures qu’il venait de créer. Et, aussitôt, d’en enfanter d’autres encore plus délirantes. Après un retour au trio avec Redeemed (splendide solo pizzicato de William, frisés radicaux de Sunny), voici Anthem to Eternity et Yokes (Gayle à la clarinette basse), sommets du disque : trio pulvérisant les hautes sphères, free rêvé, crachats à la figure des assis. Kindgom Come ou la beauté convulsive, de nouveau, révélée.

 

Luc BOUQUET

 

 

Paul RUTHERFORD

Sabu TOYOZUMI

The Conscience

NoBusiness records NBCD 99.

Dist. Improjazz

 

 

                    Paul RutherfordTromboniste lunaire, lunatique, essentiel, fin mélodiste et chercheur de sons inouïs, amateur de litotes oniriques à travers les timbres fous et la phrase musicale, improvisateur « complexe » qui aime à changer sans arrêt tous les paramètres de son jeu, mais aussi le Chet Baker de la free-music pour son lyrisme désenchanté. En 1999, lors d’une tournée japonaise avec le batteur Sabu Toyozumi, il a trouvé sans doute un des meilleurs comparses possibles pour créer une musique d’éternité. Si Paul Rutherford fut un compagnon essentiel - de premier ordre - pour Derek Bailey, Fred Van Hove, Lol Coxhill, Evan Parker, Paul Lovens, Barry Guy, Phil Wachsmann, Paul Rogers, Alex von Schlippenbach, etc…, la personnalité de Sabu Toyozumi est un peu plus secrète et son parcours assez improbable. Ce batteur avait joué au sein de l’AACM à Chicago avec les membres de l’Art Ensemble of Chicago en 1971 (Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Malachi Favors), mais aussi Anthony Braxton, Leo Smith, et les percussionnistes Steve McCall et Don Moye en un trio mémorable. Par la suite, il fit un séjour à Paris en jouant avec Boulou Ferré, Glenn Spearman, Braxton, Takashi Kako etc… et fut sélectionné dans une audition à Tokyo par Charlie Mingus lui-même pour tenir la batterie dans un projet d’enregistrement de la musique du légendaire contrebassiste. Rien que çà !!

 

 

                    Dans les années 70’s, il fut le percussionniste phare de ce collectif informel d’improvisateurs japonais avec le trompettiste Toshinori Kondo, le bassiste Motoharu Yoshisawa, les saxophonistes Mototeru Takagi et Kaoru Abe, saxophoniste mort trop jeune. Ces quatre musiciens ont été amenés à jouer et à enregistrer  successivement (et avec succès !) en compagnie de Milford Graves (Meditation Among Us 1977 Kitty Records) et ensuite de Derek Bailey (Duo and Trio Improvisations 1978 Kitty records).  Mais le franc-parler de Sabu au sujet de questions très vitales déplut fortement au promoteur/ journaliste Aquirax Aida qui pilotait les sessions et les tournées avec Graves et Bailey.  Et donc Aida, qui mourut quelques mois plus tard et à qui Bailey  dédia son album solo acoustique, Aida, fit appel au percussionniste Toshi Tsuchitori, un artiste plus centré sur les musiques du monde et évinça Sabu de l'entreprise. Aussi, cette année-là, notre homme traversa l’Afrique par ses propres moyens, du Caire jusqu’à Accra au Ghana, en passant par le Centrafrique et en bravant tous les périls !  En clair, Sabu Toyozumi est un artiste atypique. Mais après cet épisode, il eut sa revanche : il devint un des deux ou trois musiciens improvisateurs japonais les plus demandés dans son pays. John Zorn, Fred Frith, Peter Brötzmann, Derek Bailey, Peter Kowald, Tristan Honsinger, Barre Phillips, Misha Mengelberg, Fred Van Hove, Evan Parker, Mats Gustafsson, Paul Rurtherford, Leo Smith, Joseph Jarman et John Russell ont tourné longuement dans tout le Japon en sa compagnie. Il sillonne aussi l’Extrême Orient, l’Amérique latine et l’Europe avec qui est intéressé à jouer avec lui sans aucune considération pour la notoriété et l’impro-business. Il est aussi le seul percussionniste avec qui Han Bennink a réalisé un disque en duo (Dada) et ainsi qu'avec Misha Mengelberg (the Untrammeled traveler).

Dans cet album duo, The Conscience qui est le long titre qui ouvre l’album, Sabu ponctue et commente le jeu de Paul avec les peaux et cymbales et un curieux son métallique provenant d’un objet industriel, inscrivant des rythmes africains ellipsoïdes autour des improvisations du flegmatique tromboniste, lequel chantant dans la coulisse sur tous les tons, avec des accents et intervalles qui n’appartiennent qu’à lui, demeure complètement imperturbable, prolongeant sans cesse son questionnement des harmonies, des séries de notes extrapolées des séquences chères à Dolphy et Webern, vocalisant dans son embouchure tout en faisant sortir des harmoniques très précises, sans être gêné le moins du monde par l’hyper activité du batteur. Celui-ci a une maîtrise complexe des rythmes croisés, multiples, flottants, marqués ou suggérés, accélérant ou décélérant les libres pulsations jusqu‘à plus soif. Parmi les improvisateurs libres pionniers, on imagine mal un couple mieux assorti : don de soi, partage total, invention, tension, fascination, amitié, sincérité, candeur. Un magnifique album de Paul Rutherford et à mon avis la meilleure rencontre improvisée de Sabu Toyozumi en duo sur disque (depuis Overhang Party avec Kaoru Abe en 1978) !

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 



Pauline OLIVEROS – Roscoe MITCHELL – John TILBURY – Wadada LEO SMITH

NESSUNO

I dischi di Angelica – ReR

Orkhêstra

Pauline Oliveros : acc / Roscoe Mitchell : as-ss-fl / John Tilbury : p / Wadada Leo Smith : tp

 

 

                    Pauline Oliveros nous a quitté le 24 novembre 2016. Ce concert bolognais date du 8 mai 2011 et j’ai mis quelque temps à vous informer de sa parution en CD (il faut dire qu’on le trouvait depuis longtemps en téléchargement sur quelques sites pirates amis). Aujourd’hui j’y retourne et je suis toujours autant sidéré par la beauté intemporelle de cette musique. Que des musiciens-improvisateurs de cette trempe et venus d’horizons si différents (musiques minimalistes, free jazz, impro européenne…) puissent ainsi se rejoindre et signer une telle œuvre rejoint le mirage-miracle.

                    Pauline Oliveros, Roscoe MitchellJohn Tilbury et Wadada Leo Smith donc en trois plages. Discrétion et nappes sensibles de l’accordéoniste, flûte en souffle quasi-continu, percées célestes du trompettiste, notes épineuses du pianiste : le temps s’étire longuement autour d’une harmonie minimale, ténébreuse, avant de se dénouer frontalement. Pas de restriction ici, l’horizon n’est qu’une volonté à conquérir. Ceci pour la première plage. Confectionnant le cabossé, oubliant la suspension et les silences de la première partie, nos quatre amis serpentent sans souci, gouttent aux harmoniques sauvages, se désirent en une unité totale et indivisible. Une leçon de solidarité et d’accomplissement. Ceci pour la deuxième plage.

La troisième partie est bien trop courte (5’24) -mais forte d’une communion stupéfiante- pour que l’on puisse s’y attarder. Un rappel comme un au revoir mais, qui, on le sait aujourd’hui, était un adieu. Parmi tous les disques immanquables, celui-ci l’est totalement.

 

Luc BOUQUET

 

 

TRIO NOW !

LIVE AT NICKELSDORFER KONFRONTATIONEN 23.07.2016

Leo Records LRCD789

Tanja Fetchmair, Uli Winter, Fredi Proll.

 

 

                    Groupe local enregistré lors de la dernière édition d’un des festivals de musique improvisée les plus réputés, Trio Now ! ne fait pas que de la figuration. Saxophone alto (Tanja Fetchmair), violoncelle (Uli Winter) et batterie (Fredi Proll), Trio Now joue une musique vivace, complètement improvisée où chaque musicien incarne la tradition de son instrument : la souffleuse surfe sur le tandem rythmique qui diversifie son jeu avec brio. Le batteur envoie des roulements multidirectionnels avec une excellente dynamique veillant à la plus grande lisibilité. Le violoncelliste improvise des lignes irrégulières à l’archet qui complémente et pousse la saxophoniste à intensifier ses volutes, arcatures désaxées défiant la gravité que lui permet une articulation de première. C’est l’impression générale donnée par cette intense rencontre, mais la réalité est difficilement descriptible car les trois musiciens envisagent leurs improvisations dans une grande variété de cas de figures, de situations sonores. C’est la version du free-jazz qui est passée par l’école exigeante de l’improvisation radicale : le trio joue sur la corde raide n’hésitant pas à explorer les sonorités, les mouvements dans une véritable télépathie, sursautant et faisant sursauter le public. Le violoncelliste et la jeune saxophoniste se suivant à la trace comme dans ce Proximity ou s’éloignant pour mieux se retrouver, chassé-croisés commentés par les subtils rebonds du batteur Fredi Proll sur les peaux. Dans ses doigtés, son articulation et sa fluidité Fetchmair s’ingénie à se dépasser  au fil des improvisations, cette combativité pour élargir son matériau musical se nourrissant du jeu astucieux en contrepoint du violoncelliste Uli Winter. Si Trio Now ! semble marcher sur les traces de groupes fameux « souffleur/ cello / batterie, où officiaient des violoncellistes incontournables comme Abdul Wadud (avec Julius Hemphill), Ernst Reyseger (avec Michael Moore et Bennink) ou Fred Lonberg-Holm (avec Vandermark, Frode Gjerstad, etc), fait montre d’une réelle originalité dans la manière dont les trois instrumentistes tissent leurs constructions interactives et les formes qui en découlent et cela est à mettre au crédit du violoncelliste et de son imagination. Trio Now !  a enregistré ce concert durant les Konfrontationen 2016 de Nickelsdorf, un festival légendaire où se produisent la gratin de la scène improvisée (Brötzmann, Lovens, Hautzinger, Gustafsson, Mc Phee etc….). L’énergie est palpable de bout en bout : on les sent portés par le public (chaleureusement applaudis) -nos trois autrichiens déchaînent autant les passions que les artistes les plus « cotés » à l’affiche. On parle de diversité dans la société et de conserver les espèces dans la nature, ce point de vue s’applique aussi aux musiques improvisées : ce disque prouve une fois de plus que la scène d’improvisation internationale déborde de talents aussi remarquables qu’inconnus.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

MOLIMO

Molimo

Vector Sounds

Cova Villegas : v / Chefa Alonso : perc-ss / Barbara Meyer : cello

 

 

                    Molimo est un trio composé de Cova VillegasBarbara Meyer et Chefa Alonso (un disque en duo avec le regrette Tony Marsh sur Emanem). Cette dernière aide les personnes handicapées à se restructurer grâce à l’improvisation, pratique la batterie, les percussions et le saxophone soprano… Et elle possède une forte personnalité. Son soprano, d’une limpidité fertile, évoque parfois celui de John Surman.

 

 

Horizontalité affirmée, impro-visation limpide quand soprano et cello scellent un dialogue serpentin et pénétrant (lo que teje la arana), chant échevelé puisant dans les folklores imaginaires, esprit d’ouvertures et d’aventures relayé par un sens aigu des métamorphoses (oculta en la noche), sursauts et textures mouvantes (lluvia), frôlements de voix et de cordes (respiracion) : soit quelques-unes des plus essentielles vertus de Molimo, trio à suivre.

 

Luc BOUQUET


 

THE REMOTE VIEWERS

LAST MAN IN EUROPE

RV 15

David Petts : ts / John Edwards : b / Adrian Northover : ss

 

 


                    Désormais trio, les Remote Viewers (David PettsJohn EdwardsAdrian Northover) n’en poursuivent pas moins leur cabossée aventure. Ont toujours droit de cité (compos de David Petts) : les accords sinueux, les dissonances coutumières, les contorsions de souffles, les querelles d’anches, les cassures franches, les phrasés comme autant d’échos assassins, l’étrangeté des harmoniques, les climats anxiogènes, les amalgames imprudents, les contrepoints fielleux, les strangulations dorées, les caquetages vengeurs.

                    Bien que minoritaires y apparaissent quatre courtes improvisations aux harmonies souples, ici impulsées par la contrebasse pizz de John Edwards, ailleurs désossées per les cuivres en une brume épaisse.

On l’aura compris : on n’en a pas fini des Remote Viewers.

 

Luc BOUQUET




Kent CARTER

Sylvain GUERINEAU

Couleur de l’Exil

improvising beings Ib61

 

 

                    Couleur de l’Exil all music by Kent Carter & Sylvain Guérineau, contrebasse et saxophone ténor : jouée, écrite, expression spontanée. Le contrebassiste propose des sons, minimaliste, improvise sur le geste et le son, l’archet précis, une nouvelle idée par morceau qu’il poursuit, triture, étend, ponctue. Le saxophoniste évoque, convoque, des boucles aériennes, changeantes, joue la mélodie qui vient, disert ; un son  chaleureux, des notes franches, qui chante. Temps marqués, pieds, scansions élidées, chant suspendu, chapelet de notes ou saut de blanches et noires. Ils s’écoutent sans se répondre, mais en se comprenant. Graves impavides, col legno insistant, battuto, ostinato, crin baladeur, pizzicato grinçant, archet superbe, le bois ressenti, les cordes en vibration, leurs sons rencontrent ceux du souffle, qui gémit, se plaint, éructe, ressasse. Couleur de l’Exil est le titre de beaux poèmes. Sylvain Guérineau, improvisateur mélodiste, semble sans doute ne pas être  un hyper-virtuose des anches, mais se révèle comme un conteur de l’émotion secrète, un diseur à contrepied. Il a trouvé le partenaire idéal en Kent Carter et sa contrebasse sensuelle pour nous chanter ses refrains veloutés, ses vers singuliers et nous enchanter. Les œuvres graphiques de Guérineau ornent la pochette.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Vinny GOLIA WIND QUARTET

LIVE AT THE CENTURY CITY PLAYHOUSE

Dark Tree – Roots Series

Orkhêstra

Vinny Golia : fl-bs-cl-bcl / John Carter : cl / Bobby Bradford : cornet / Glenn Ferris : tb

 

 

Poursuite de la saga Bobby Bradford- John Carter (pourvu que ça dure !) avec ce Live at the Century City PlayhouseNous sommes à Los Angeles le 13 mai 1979 et Vinny Golia, souffleur bien trop sous-estimé, s’impose comme maître de cérémonie.

                    Enchevêtrement de souffles en mode hirsute avant harmonies poreuses et duo en contrepoints soyeux (Golia : fl / John Carter : cl) : le premier set vient de débuter. Il continuera en de subtils et profonds dialogues (duos, trios, quartet). Vinny Golia, maintenant au saxophone baryton modèle des lignes brisées sur lesquelles vient se fixer le trio. Ici, un royal équilibre entre compositions et improvisations.

 


                    Il en sera de même pour le second set : mélodies-repères, improvisations débridées, tendresses avouées (duo Carter - Bradford), solistes emportés (Golia en maître flûtiste, souffle vivifiant de Bobby Bradford, phrasés flamboyants de Glenn Ferris). The Victims en hommage à Steven Biko viendra, émotionnellement et durablement, conclure un concert enfin révélé. Vite, la suite…

 

Luc BOUQUET

 

                    (la suite vient d’arriver avec le cd "Stomiidae", trio Daniel Levin, Chris Pitsiokos et Brandon Seabrook, Dark Tree DT09). 


 

VARIO 50

the art of the DuO

Editions EXPLICO 22 -2017

Günter Christmann Elke Schipper John Butcher Paul Lovens Lenka Zupkova Paul Hubweber Alexander Frangenheim Joachim Zoepf John Russell Thomas Lehn Torsten Müller Mats Gustafsson Michael Griener

 

 

                    Vario est un projet de rencontres improvisées, proposé par le tromboniste et violoncelliste Günter Christmann et dont ce musicien improvisateur essentiel nous présente dix sélections parmi les improvisations enDuO qui se sont déroulées à l’occasion de l’édition n° 50 les 11 et 12 octobre 2014 à Hannover. Günter Christmann trombone, Elke Schipper voix, John Butcher sax ténor, Paul Lovens percussions, Lenka Zupkova alto, Paul Hubweber trombone, Alexander Frangenheim contrebasse, Joachim Zoepf clarinette basse et sax soprano, John Russell guitare, Thomas Lehn synthetizer, Torsten Müller contrebasse, Mats Gustafsson sax ténor, Michael Griener percussions. Dix morceaux entre les deux et les huit minutes. Certains artistes n’apparaissent qu’une seule fois comme Lovens avec Butcher, Lenka Zupkova avec Hubweber, Frangenheim avec Zoepf, Elke Schipper avec John Russell ou Mats Gustafsson et Michael Griener ensemble. Retrouvailles de Gunther Christmann avec son vieil ami Torsten Müller qui fut un de ses collaborateurs les plus proches avant de s’établir aux USA. Et une belle surprise les deux trombones de Christmann  et Hubweber, côte à côte. Ce qui compte dans cette sélection est le sens de chaque morceau choisi et pas le style de chaque individu ni le nombre de participations de chacun. Les morceaux choisis le sont en vue d'illustrer une manière d'improviser, un moment particulier, un instant de grâce. Concision, exemplarité de chaque intervention, goût de l’épure, moment éphémère, travail sur le son, évitement de la virtuosité, grande qualité de communication. Les morceaux sont publiés dans l’ordre de la performance durant l’après midi du 11 octobre consacré aux seuls duos. Il y a un esprit et un style Günter Christmann et chaque musicien est en phase avec lui. Le moindre son, le moindre signe sonore a un sens. Les vvrrp de Thomas Lehn prennent une signification absente ailleurs. On a peine à reconnaître Mats Gustafsson et on distingue clairement Gunther et Paul H dans leur chassé-croisé même s'ils font exprès de se rejoindre. Chaque CD’r est numéroté à concurrence de 214 copies et n'est vendu que via Günter Christmann lui-même. Deux tirages photos des danseuses Regina Baumgart et Fine Kwiatkowski, participantes silencieuses, en prime. Incontournable label et sélection d'improvisations exemplaires ! 

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Hasse POULSEN &

Tom RAINEY

OPEN FIST

Becoq

Hasse Poulsen : g / Tom Rainey : dr

 

 

                    Un Tom Rainey à l’écoute, ne saturant pas ses partenaires, mieux : dialoguant avec intensité et intelligence (plutôt que d’imploser l’appareil percussif, le batteur s’emploie, le plus souvent, à n’explorer qu’un seul élément) c’est ce qui arrive ici. Son partenaire du jour se nomme Hasse Poulsen.  Tous les deux savent garder une forme, l’interroger et en feuilleter tous les angles (Open Fist I). C’est d’ailleurs ce qui rend ce disque précieux (et précis) à savoir cette manière d’improviser sans zapping, en prenant le temps d’explorer la sphère et chacun de ses recoins (des recoins dans une sphère ? il est devenu fou le chroniqueur ?).

                    Mise en situation et en espaces, notes urticantes, tom en frisés majeurs, decrescendos ouverts pour décharges soniques contagieuses (Open Fist 4), dialogues murmurés (Open Fist 5), autant de détails savoureux et impulsés à de nombreuses reprises preuve que le chemin était le bon.

 

Luc BOUQUET