Chroniques de disques
Octobre 2017


Roberto NEGRO

GARIBALDI PLOP

TRICOLLECTIF (TRICO 08)

Dist. L’autre Distibution

 

 

Repéré dans "La Scala" de Théo Ceccaldi, le violoniste qui monte, qui monte, Roberto Negro est un pianiste italien au toucher délicat, susceptible selon les contextes de réelles fulgurances. Ainsi dans ce "Garibaldi Plop" où la batterie de Sylvain Darrifourcq et le violoncelle de Valentin Ceccaldi, frère et néanmoins partenaire régulier du susnommé, lui fournissent un environnement rythmique et mélodique assez musclé pour évoquer le caractère guerrier du personnage titre sans pour autant en évacuer la nostalgie ni son indispensable aura de poésie.

Soyons bien clairs ! Nous sommes ici en présence d'un objet résolument jazz dont les tentatives de révolte, souvent initiées par le batteur, demeurent au service d'un propos éminemment cadré, fortement teinté de romantisme, mais très éloigné du fantasme libertaire auquel le visuel nous invite. Noir et blanc légèrement pixellisé, regard ténébreux au recto de Giorgio Negro, aïeul supputé du pianiste dont l'attitude nous rappelle vaguement certain portrait de Buenaventura Durruti, bouteille et verres de vin prolétaires multipliés au verso pour deux mâles amis et une aimable grand-mère… On en oublierait presque la nature propre de ces soldats, dont l'un n'hésitait pourtant pas à composer une ode à la gâchette de son fusil, comme nous le montre le texte bilingue joint à la pochette ! Mais là est tout le paradoxe de Garibaldi lui-même qui jamais ne se souleva contre aucun pouvoir en place, mais dont les pires détracteurs sont également les plus ardents réactionnaires. Au même titre que cette musique, chargée de fougue révolutionnaire et cependant aussi policée qu'une ronde figée entre deux barres de mesure…

 


Excellemment interprétée par des virtuoses de leur instrument, capables de lancer une phrase en l'air puis d'en suspendre le vol, ce jazz n'est jamais aussi bon que lorsqu'il se suffit à lui-même sans recourir à des artifices trop signifiants. Ainsi de ce texte à peine murmuré ou de ce sample de "La marche de Ménilmontant" dont la présence semble réfléchie à défaut de justifiée, mais qui pointent finalement un manque de confiance en l'œuvre initiale. Sans rien inventer, ni même ébranler, le travail de Roberto Negro et de son trio vaut néanmoins qu'on l'écoute sans filtre ni principe et gagnera beaucoup à se recentrer sur son propos originel. Qu'importe le projet quand la musique est bonne?

 

Joël PAGIER



Jean Brice GODET

LIGNES DE CRÊTES

CLEAN FEED CF 406 CD

Dist. Orkhestra

Jean Brice GODET : cl, radio, dictaphones; Pascal NIGGEN-KEMPER : db, objets; Sylvain DARRIFOURCQ : drums, perc, zither.



                    J’avais chroniqué dans ces colonnes Mujo*. Jean Brice Godet est également membre de Watt avec Julien Pontvianne, Antonin Tri-Hoang et Jean Dousteyssier, quartet de clarinettes assez fabuleux. Ici, c’est une autre facette de ce jeune qui s’exprime dès "No Border" ; ça claque dans tous les sens. Darrifourcq métronomique, P.N. à l’archet percute les cordes, la clarinette hurle, c’est puissant, extrémiste. Darrifourcq tape, free jazz français comme il y a quarante ans, et motif répétitif dans la dernière minute. "No Logo" se révèle plus "réfléchi", le trio évolue progressivement non sans quelques frottements du batteur sur une cymbale. "No God" intro Darrifourcq, véritable drum machine qui fouraille caisses et cymbales, clarinette contrariée par une radio qui souffle, ce qui fait souffler Godet encore plus fort, boite à musique, clarinette basse sur batterie explosive, cris super violents, Godet est plus proche de Brötzmann que de Portal. Et final du contrebassiste qui dans ce déluge peut enfin s’exprimer dans une ballade reposante. "No Fear", pièce finale, zither bruitiste, gargouillis des deux autres, cordes frottées, bass clarinet éthérée, extinction ! Vous l’aurez compris, ce cd superbe et superbement enregistré par l’ami Jean Marc Foussat est hautement recommandable.


Serge PERROT


Jean Brice Godet quartet – Improjazz 224 – mai 2016.


 

Paolo ANGELI

TALEA

AnMa ReR PA10 / ALU 25

 

 


                    Paolo Angeli nous offre ce double CD en guise de carte postale sonore, un souvenir de sa tournée mondiale de 2015/16. Les enregistrements en direct proviennent de concerts au Japon, au Brésil, en Australie, aux Etats-Unis, et, bien évidemment en Italie. Certaines pistes sont le résultat d’un mix de deux enregistrements, pour avoir la meilleure version possible. Mais bien plus qu’un voyage à travers des continents, ce disque est aussi une borne sur la route d’un autre trajet, le parcours de Paolo Angeli en tant que musicien et le développement de son merveilleux instrument. Je suis Paolo et sa musique depuis peut-être quinze ans maintenant et, chaque fois que je le vois, je remarque une évolution dans sa guitare, encore une façon innovante et inattendue de la faire chanter. Talea représente donc un état des lieux de ce voyage personnel, une mise au point de la virtuosité de Paolo Angeli et aussi de la maitrise des luthiers Sardes. On est heureusement loin, néanmoins, d’une démonstration des capacités des un ou des autres, car Paolo extrait de son étrange création une musique raffinée et hautement personnelle.

                    Vue de près, lors d’un concert, la guitare Sarde préparée ressemble étrangement à une créature vivante, avec ses artères, ses organes, ses entrailles, toute en mouvement. Mais entre les mains agiles d’Angeli on se rend vite compte que c’est son cœur à lui qui bat au sein de la musique. On peut y entendre des éléments de blues, de flamenco, de folk, de musique arabe, et des envolées électroniques hors catégorie, mais l’élément essentiel qui anime ces deux disques est SA musique Sarde à lui. En témoigne sa voix, qui nous envoie tout de suite là-bas, sur les terres fertiles et les côtes de Sardaigne avec leurs curieuses formations rocheuses sculptées par le vent.Primavera Araba ou Stabat Mater nous transportent donc par la voix, alors que la sublime virtuosité de Il Satiro Danzante (une musique envoutante censée évoquer une sculpture antique sortant des fonds marins entourée d’un tourbillon de poissons) nous amène en musique au large, dans la grande bleue et les profondeurs. Deux heures d’aventures donc, avec un instrument et des sons réellement uniques, entre les doigts d’un musicien qui ne l’est pas moins.

La belle pochette est illustrée avec des photos, comme souvent, de Nanni, le frère de Paolo, mais aussi avec d’autres prises lors de ses différents déplacements. Une autre façon de nous amener ailleurs.

Ce double album est l’introduction parfaite pour ceux qui souhaitent découvrir Paolo Angeli, et une étape importante pour ceux d’entre nous qui suivent les empreintes de ses pieds sur le sable Sarde depuis longtemps. Pour tout un chacun c’est une très belle manière de prolonger l’été. Alors, bonne écoute et bonnes vacances !

 

Gary MAY


 

Gianni MIMMO

PROSSIME TRASCENDENTE

AMIRANI RECORDS AMRN # 047

http:/www.amiranirecords.com/editions

 

 

Au fil des ans, le saxophoniste soprano Gianni Mimmo a tracé sa voie et son label Amirani records contient de vraiment beaux et / ou intéressants témoignages de ses rencontres depuis le milieu des années 2000. Angelo Contini, John Russell, Harri Sjöström, Gianni Lenoci, Daniel Levin, Alison Blunt, Xabier Iriondo, Lawrence Casserley et Martin Mayes pour citer quelques-unes de ses collaborations. Sa démarche improvisée a quelques ramifications avec celle d’un compositeur, si on considère que le fil de ses improvisations suit la logique des intervalles très particuliers d’une pensée harmonique sophistiquée, de structures plutôt que de laisser cours à une spontanéité épidermique. Il y a aussi beaucoup de sensibilité dans son jeu et un goût sûr pour la mélodie monkienne héritée de Steve Lacy, car sa musique free résolument contemporaine, mais sans excès radical, est solidement imprégnée par l’expérience du jazz d’avant-garde. Il cite Roscoe Mitchell, Steve Lacy et aussi des compositeurs comme Schiarrino, Scelsi ….

                    Prossime Trascendente se compose de deux projets de compositions graphiques écrites spécifiquement pour deux groupes distincts  avec une instrumentation choisie dans l’esprit de la musique de chambre. Due Sesteti : Gianni Mimmo sax soprano, Michele Marelli cor de basset, Mario Mariotti trompette en do, Angelo Contini trombone, Benedict Taylor viola Fabio Sacconi. Cinque Multipli : Gianni Mimmo sax soprano, Mario Arcari, cor anglais, Martin Mayes, cor, Alison Blunt violon, Marco Clivati percussion. Dès le départ, il faut souligner la qualité de son travail. Daphne offre quelques mouvements associant les couleurs instrumentales comme si cette pièce avait été écrite par un compositeur vingtiémiste, l’intérêt réel de cette pièce se dévoilant petit à petit par les associations de timbres ingénieuses, de glissandi curieux et les passages où les instrumentistes font valoir leur spécificité d’improvisateurs. Si Daphne est plutôt basé sur l’évolution du son d’ensemble, The Nestled Thought met en scène un jeu de questions et réponses avec un sens de l’équilibre original basé sur des interventions solistes. La conception et la réalisation sont particulièrement réussies par rapport à ce que requiert la partition. Les musiciens sont appelés à tracer l’essentiel de leur propre pensée musicale dans des instants mesurés, calibrés et destinés à former un ensemble d’actions dans le temps. Toutefois, si cette démarche a des qualités de clarté et si ces excellents musiciens travaillent au mieux (il faut écouter la précision dans le jeu dans ces «semi improvisations» à la minute huit et neuf, par rapport à leur propre langage et ce dont ils sont capables de jouer en improvisant librement, on  est en retrait par rapport au potentiel. Je connais particulièrement bien les travaux de Mimmo, Contini, Blunt et Taylor en long et en large pour les avoir croisés plus d’une fois. Le déroulement de ces compositions, très réussi sur le plan formel, et leur dynamique n’offrent pas le contenu réel et profond de leurs personnalités d’improvisateurs, mais en incarne plutôt une vision schématique, hiératique, stylisée. Si on se réfère à l’écoute de la musique de Duke Ellington, on avait à l’intérieur d’une pièce montée, calibrée et minutée, l’expression la plus profonde de chaque artiste. Ce n’est pas vraiment le cas ici, même s’il y des passages requérants. Cinque Multipli est formé de cinq compositions comme son titre l’indique avec la deuxième Five Facets se subdivisant en cinq miniatures qui résument, semble-t-il, des attitudes individuelles vis-à-vis du moment musical : observing, describing, acting with awareness, non judging of inner experiences, non reacting of inner experiences. Dans Eserczio della distanza, le groupe atteint un momentum avec les phrases engagées des souffleurs et les interventions du percussionniste Marco Clivati. Je relève aussi une surprenante courte intervention d’Alison Blunt. C’est donc un excellent travail orchestral et on doit saluer le travail précis et achevé de tous les musiciens. Mais cette expérience n’exerce pas sur moi-même la même fascination que la démarche et les sons de la musique improvisée libre radicale où des improvisateurs expérimentés associent leurs sons instantanément en révélant les mystères de leurs instruments respectifs et conduisent  l’improvisation collective avec un sens inné de la construction musicale ou dans l’expression inouïe de la vie et de la condition humaine. Bien sûr, dans cette mouvance musicale, il y a une bonne dose de groupes pas vraiment intéressants, je l’avoue : cette musique est une tentative. Mais face au haut de gamme, c'est autre chose. Ici, la formule fonctionne et les musiciens assurent. On peut comparer seulement en connaissance de cause. Il faut bien sûr souligner l’intérêt de ce type d’entreprise ne fut-ce que pour le jeu à la fois contrasté et empathique des associations instrumentales, des assonances et consonances, des couleurs. Si les compositions notées graphiquement de Gianni Mimmo sont très satisfaisantes au point de vue formel et temporel – les bonnes idées pullulent -, leur réalisation ne permet pas, à mon avis, de mettre en valeur la spécificité intime de chaque musicien / improvisateur, leur grammaire et leur syntaxe personnelles, connaissant bien moi-même certains d’entre eux. Les occurrences sonores permises par les procédés d’écriture de Gianni Mimmo tombent parfois sur des solutions relativement conventionnelles par rapport à l’expérience acquise en musique contemporaine depuis une soixantaine d’années, alors que d’autres titillent l’écoute car elle délivre plus de spontanéité et d’allant. Sans doute ce projet aurait vraiment mérité d’être expérimenté plus avant, en public, afin de tirer le suc de l’expérience pour un enregistrement postérieur. Toutefois, le jeu vaut vraiment la chandelle car je suis certain que le talent de Gianni Mimmo, son expérience d’improvisateur et ceux de ses collaborateurs, feront évoluer ce concept. Bref, le résultat de cette démarche prête à discussion, mais cela devrait sûrement être reçu cinq sur cinq par les amateurs entre jazz contemporain et musique classique du XXème (Schönberg, Bartok etc..), car c’est, comme décrit plus haut, super bien réalisé et convaincant du  point de vue formes et exécution, s'il faut le répéter.


Jean Michel VAN SCHOUWBURG


 

Giulia VALLE Trio

Live in San Francisco

Discmedi Blau – B-20446-16

Marco Mezquida (p), Giulia Valle (b) et David Xirgu (d).

Sortie en avril 2016

 

 

Voici près de vingt ans que la contrebassiste catalane d’origine italienne Giulia Valle se produit un peu partout dans le monde. En 2004, elle enregistre son premier disque en leader, Colorista, chez Fresh Sound New Talent, avec son Giulia Valle Group. C’est également avec ce quintet que Valle enregistre Danza Imprevista (2007), Berenice (2010) et Live (2012), toujours chez FSNT. Avec deux musiciens de son Group, le pianiste Marco Mezquidaet le batteur David Xirgu, sortis, comme elle, de la célèbre Escola Superior de Música de Catalunya (ESMUC), elle forme un trio, qui publie Enchanted House en 2008 (FSNT). En parallèle, Valle a monté le septuor Líbera, qui mêle des influences de tous horizons, de la techno à la rumba...

En 2011, lors d’un concert de son quintet à Barcelone, les directeurs artistiques Jeff Levenson (Blue Note) et Randall Kline (San Francisco Jazz Center) repère Valle et l’invitent à venir jouer aux Etats-Unis. Mais c’est en 2015, lors d’une tournée avec son trio, que Valle décide d’enregistrer le concert au SFJC : ce sera leur deuxième opus, Live in San Francisco. Le disque sort sur le label indépendant catalan Discmedi Blau, peu connu de ce côté des Pyrénées, mais aux collections pour le moins prolifiques (plus de cinq mille références) et éclectiques (de la Habanera au New Age, en passant par le classique, le jazz, les musiques de films, le reggae, la samba, la pop, le rock…). Une mention pour l’illustration stylée de la pochette du disque, signée Quim Marín, avec un graphisme contemporain soigné, sur fond de photo en noir et blanc.

    Valle a composé sept des huit morceaux et Mezquida propose « Joya ». « Reguetown » annonce la couleur : rythmique légère, mais touffue, lignes de basse souples et entraînantes, jeu simultané au piano et à l’orgue électrique, changements d’ambiances au grès des interactions… Avec sa mélodie chaloupée qui débouche sur un développement dans une veine musique classique, avant de partir dans du folk, « Opening » confirme la versatilité des morceaux. « Llueve » et « Captain Courage » se situent davantage dans un intimisme  élégant, qui montre que le free n’est pas forcément rageur. Dans une même lignée, calme, « Joya » se développe comme un hymne au lyrisme grave. Musique espagnole, free et blues marquent « Break A Loop 2.0 » de leurs sceaux. « Lucy-Lú » s’apparente à une tournerie folklorique vive, presqu’irlandaise… La « Chacarera Búlgara » fusionne une danse traditionnelle argentine et la tradition bulgare dans un morceau chatoyant.

 


    Mezquida maîtrise son répertoire classique (« Captain Courage »), joue le blues avec autorité (« Joya »), s’aventure en territoires funk (« Lucy-Lú »), sait se montrer intimiste (« Llueve »), fait des incursions convaincantes dans le folk, à la manière de Keith Jarrett (« Opening »), et insère volontiers des envolées free dans son discours (« Break A Loop 2.0 »). Valle passe d’un balancement mélodieux (« Opening ») à un riff percutant (« Chacarera Búlgara ») et s’appuie sur toutes les techniques (« Break A Loop 2.0 ») – roulements, doublements, slap, shuffle, walking, multi-cordes… Mélodieuse, elle expose souvent les thèmes à l’unisson avec le piano (« Captain Courage ») et taquine volontiers les aigus (« Opening »), tout en conservant une sonorité ronde et boisée (« Joya »). Le drumming de Xirgu est un mélange de luxuriance (« opening ») et de légèreté (« Reguetown »). Constamment sur la brèche (« Chacarera Búlgara »), le batteur se montre tantôt dansant et expressif (« Lucy-Lú »), tantôt d’une subtilité élégante (« Llueve »), et maintient toujours ses compères sous pression (« Break A Loop 2.0 »).

 

Live in San Francisco est un disque attachant car Valle, Mezquida et Xirgu jouent une musique sincère et libre, fidèle reflet de leur personnalité.

 

Bob HATTEAU



CARATE URIO ORCHESTRA

LJUBLJANA

CLEAN FEED CF 382

Dist. Orchestra



                    Enregistré les 1er et 2 juillet 2015 au festival de Ljubljana, capital de la Slovénie, ex République Yougoslave. Sept musiciens de différentes nationalités dont quatre inconnus de moi, autour du trio Baloni ; Joachim Badenhorst (clarinettes, ts), Franz Loriot (viola), Pascal Niggenkemper (db). Après une intro à deux contrebasses, Niggenkemper / Soniano, Badenhorst et la trompettiste Erikur Orri Olafsson tout en douceur s’avancent. A la clarinette le flamand choruse, petites touches gentillettes in progress, puis poussées électro-planante et voix superbes du batteur / guitariste Sean Carpio, fanfare. Basses plombantes, percus, crachottis des vents, effets électroniques omniprésents, rien ! La pièce suivante continue sur le même mode. RAS again. Sean Carpio est plus remarquable au chant sur un air de fausse bossa nova mais les guitares s’emmêlent les cordes. A une huitaine de minutes de la fin, tout le monde s’énerve. Fanfare free, Olafsson et Badenhorst au ténor dégagent, pulsation Bigre Band à la manière de la Marmite Infernale, c’est bien peu. On retiendra la chute finale, pour le reste à vous de voir.


Serge PERROT



Udo SCHINDLER & Ove VOLQUARTZ

ANSWERS AND MAYBE A QUESTION ?

FMR CD440-0217

 

 

                    Inusité : un duo de clarinettes basses et de clarinettes contrebasses enregistré lors d’un concert le 25 novembre 2016 au 69th Salon für Klang un Kunst à Krailing près de Munich. Une réelle empathie se noue faite de boucles, de grasseyements, de plaintes vers l’aigu et parfois de semi silences. On explore les graves et même les abîmes mystérieux (Mysterious abysm), en prenant le temps de jouer, la clarinette contrebasse n’étant pas un instrument super maniable question articulation. Udo Schindler aime à solliciter les harmoniques et cette propension s’adapte bien à la personnalité de son partenaire. Ove Volquartz ne se départit pas de son lyrisme immédiatement reconnaissable, avec un choix de notes tout personnel et des doigtés complexes. On le constate dès le début du troisième morceau, Turbulence, est un dialogue parfait où  chacun des souffleurs croisent ses lignes, les déclinaisons de son style personnel par une magnifique connivence réciproque : chaque instant voit s’imbriquer les sauts de registre de l’un avec les cadences de l’autre, les pointes subtiles vers l’aigu et les gravèlements dans une symbiose réussie. Les idées défilent, s’échangent, les notes meurent et renaissent dans un flux à la fois spontané et étudié, les vibrations des deux colonnes d’air du registre grave à l’aigu se complètent comme si elles provenaient du même souffleur. Un enregistrement qui va plus loin que la rencontre de deux musiciens aux instruments identiques : ils réussissent à prendre leurs marques en exprimant leur personnalité profonde et leur sensibilité tout en dépassant positivement ce à quoi l’autre était en droit d’attendre : l’empathie, l’écoute, la complicité authentique.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Willem BREUKER KOLLEKTIEF

OUT OF THE BOX

BVHAAST 12016

 

 


                    Un disque de Breuker n'a jamais été un coup d'épée dans l'eau, et là c'est onze CDs qui viennent ravir nos oreilles. Depuis le tragique décès de WB seuls étaient parus un DVD(l'indispensable WB 1944-2010 chez BvHaast) et le concert d'Angoulême 18mai 1980 chez Fou Records). Ce coffret est en fait une grosse sélection, triée par genre : chansons, films, théâtre, etc... plus des inédits. Evidemment onze CDs sont peu au vu de l'immensité de l'œuvre du maître (un mètre soixante-dix), mais la sélection est finement choisie par Bernard Hunnekink et Arjen Gorter, trombone et basse, chacun presque quarante ans au service de la plus grande expérience musicale depuis Stravinsky, Ellington et Sun Ra. Il y avait la foi indéfectible de ces musiciens qui sont restés longtemps dans un Kollektief qui grâce à sa stabilité a su réjouir nos oreilles et nos yeux émerveillés; la fin d'un concert du WBK nous laissait dans l'attente du suivant, chaque nouvelle tournée nous offrait un nouveau répertoire. C'est fini depuis le 31 décembre 2012 et rien ne remplacera jamais, jamais cet orchestre jubilatoire et virtuose. Depuis j'ai l'impression que la Terre tourne moins vite... Rien ne ressemblait à cet orchestre mondialement connu, qui a quand même été vainqueur d'une dizaine de référendums Down Beat, catégories meilleur orchestre, meilleur compositeur pour Breuker, de la part des yankees c'est notoire. Nous sommes quand même orphelins car qui pourrait avoir une telle démesure dans les années à venir? Dans les inédits, un remarquable concert en Suède en 1978, la bande-son intégrale de Faust (qui fut un DVD) et un concert complet de la tournée finale de l'orchestre en Hollande où Bernard Hunnekink s'est fendu de nouvelles compositions qui font un lien parfait d'un choix de concerts qui vont nous manquer pour l'éternité. Le CD d'Angoulême (Fou Records) est reproduit partiellement. Le livret (reliure spirale du plus bel effet) est parfait,  comprenant des textes de Jean Buzelin (co-auteur d'un maître-livre Willem Breuker, éditions du Limon-Parenthèse 1992 dont on espère une mise jour), de Filipo Bianchi, de Kees Stevens, d'Alan Stanbridge, aucun de ces textes ne souffre de longueurs ou d'inutilités (bilingues néerlandais-anglais). De nombreux disques du WBK sont épuisés ou vendus chez des spéculateurs, mais il reste énormément d'inédits de studios, concerts, radio, théâtre, films, tv.... Espérons dans un avenir pas trop lointain que de nouvelles pépites feront surface car nous sommes toujours en manque. Décrire par le menu le contenu du coffret serait trop long, une seule chose s'impose : sauter dedans, se laisser embarquer dans ce paradis que l'œuvre de Breuker nous offre. Sans aucun doute c'est la sortie de l'année, indispensable, obligatoire. 

 

Alain CHAUVAT

 

Il reste peu de copies de ce coffret chez Improjazz .

Fou records est distribué (entre autres) par Improjazz.

 

 

FLAT EARTH SOCIETY

TERMS OF EM-BARR-ASS-MENT

Igloo Records – IGL272

Peter Vermeersch (bcl), Bruno Vansina (fl, bs), Benjamin Boutreur (as), Michel Mast (ts), Luc Van Lieshout (tp), Bart Maris (tp), Stefaan Blancke (tb), Marc Meeuwissen (tb), Berlinde Deman (tu), Pierre Vervloesem (g), Tom Wouters (bcl, vib), Peter Vandenberghe (kbd, p), Kristof Roseeuw (b) et Teun Verbruggen (d), avec Mauro Pawlowski (g, voc), Peter Verdonck (g), Gregory Van Seghbroeck (euphonium) et Sam Vloemans (tp). Sortie le 25 mai 2017

 

 

Depuis 13, sortis en 2013 pour les vingt-cinq ans de l’orchestre, Flat Earth Society a publié un coffret de trois disques, F E S XL S en 2014, puis Terms Of Embarrassment en 2016. Vermeersch et ses treize compères invitent deux guitaristes, Mauro Pawlowski et Peter Verdonck, le trompettiste Sam Vloemans et l’euphoniste Gregory Van Seghbroeck.



Sur les sept titres de Terms of Embarrassment, Vermeersch en signe deux et Vervloesem un. Les quatre autres compositions sortent du répertoire de Frank Zappa : « Random Riffs » est un patchwork de motifs tirés de différents morceaux, « Take Your Clothes Off When You Dance » (You Can’t Do That on Stage Anymore, Vol. 6 – 1992), « Solitude » (écrite pour sa femme Gail Zappa, mais jamais enregistrée sur disque par Zappa lui-même) et « City of Tiny Lites » (Sheik Yerbouti – 1979).  

Hommage oblige, l’ombre du rock débridé et libre de Zappa plane sur Terms of Embarrassment : rythmique puissante (« City of Tiny Lites »), chorus de guitares saturées (« Me Standard, You Poor »), riffs foisonnants des soufflants (« Random Riffs »), développements kaléidoscopiques (« Ahmad & Juan »), chants et thèmes aux dissonances travaillées (« Solitude ») et luxuriance des timbres (« Take Your Clothes Off Whane You Dance »). Vermeersch met en scène toutes les sections de son orchestre en jouant avec le chœur des soufflants, des questions-réponses tournantes, des dialogues entre les deux guitares, des contre-chants (le vibraphone et les cuivres dans « Take You Clothes… »), des unissons enjoués (« Abracadabra »), des nappes de sons synthétiques en arrière-plan (« Me Standard, You Poor »)... le tout sur une batterie et une basse tendues et entraînantes. Même si l’orchestre est au centre de la musique de FES, Vermeersch laisse de l’espace pour que saxophone (« Ahmed & Juan »), trompette (« Take Your Clothes… »), trombone (« Ahmed & Juan ») et guitares (« City of Tiny Lites » entre autres) puissent laisser libre-court à leur imagination.

De l’énergie à revendre et une musique qui fusionne un jazz ascendant free et un rock progressif bouillonnant : Terms of Embarrassment est un joyeux bric-à-brac de notes et de rythmes qui doit être particulièrement jubilatoire en concert.

 

Bob HATTEAU