Chroniques de disques
Septembre 2017


Bertrand DENZLER,

Joel GRIP,

Sven-Åke JOHANSSON

NEUKÖLLNER MODELLE : SEKTION 1-2

1 LP UMLAUT RECORDS (UMLP 003)

Dist. Métamkine

 

 

              Depuis qu'il a croisé le chemin de Peeping Tom et surtout les rythmiciens de ce trio plus étrange et créatif qu'il n'y paraissait, le ténor d'Hubbub et de tant d'autres formations tournées vers l'abstraction a, sinon découvert, du moins abordé les rivages moins escarpés et malgré tout peu fréquentés d'un jazz équitable, fondé sur l'équilibre des forces et la pureté des matériaux. Ce fut d'abord la frappe obstinée d'Antonin Gerbal, auquel Bertrand Denzler confia l'intégralité de son environnement sonore dans Heretofore, un duo parallèle au trio Zoor partagé avec Jean-Sébastien Mariage et auquel n'allait pas tarder à se joindre le souffle précieux d'Axel Dörner. De rencontres flottantes en projets plus stables, parmi lesquels l'étonnant Umlaut Big Band initié par le saxophoniste Pierre-Antoine Badaroux, la faune improvisant le devenir de cette nébuleuse dont chaque nouvel avatar influait sur la concrétion continuait néanmoins d'évoluer à force de contacts, d'échanges et d'expériences. Ainsi Bertrand en vint-il à croiser les cordes de boyau montées sur la contrebasse de Joel Grip (Peeping Tom, Snus, Jellyboat PiratesFire! Orchestra et autres ensembles plus ou moins nordiques) et le scintillement auréolant les percussions de Sven-Åke Johansson qui, de Von Schlippenbach à BrötzmannManfred Schoof ou Rudiger Carl, demeure ni plus ni moins l'un des plus importants batteurs du free européen.

 


           Rien de free pourtant, au sens brûlant du terme, dans cet enregistrement instantanément réfléchi ! Dès les premières secondes, la course du rythme au fil des cymbales évoque plus, dans sa fluidité, le son ECM que celui de BYG, même si l'un et l'autre produisirent l'Art Ensemble, et l'on s'aperçoit très vite que le batteur exprime avant tout une forme de limpidité naturelle, tant sur le cuivre que sur la peau, lorsque la caisse-claire, notamment, offre aux baguettes la souplesse d'un rebond aussi précis mais bien moins rêche qu'une réplique chez Beckett. Dans ce contexte lumineux, la rondeur de la basse apparaît comme le seul élément terrestre, indispensable à la stabilité de l'édifice. Joel Grip n'est sans doute pas le type au son énorme qui vous cloue dans votre fauteuil et vous y laisse à moitié sourd ! Il s'immiscerait plutôt en pointillés, légèrement à côté, soulignant le silence entre deux frappes et l'attente de ce qui ne peut manquer de survenir. Sans recourir à la puissance magnétique de fréquences autoritaires imposant au trio leur pesanteur, la basse assure ici le lien entre le sol et cet objet flottant que sa légèreté conduirait trop près du soleil… Dès lors, peut advenir ce que l'on pressentait : un souffle chaud, sinueux, se déployant en une spirale dont les cercles successifs se rapprochent toujours plus de leur centre. Bertrand Denzler cerne son objectif, l'imagine et se laisse deviner, l'apprivoise en quelque sorte, comme on laisse affleurer l'odeur qui nous définit pour mieux séduire cet autre dont les sens nous échappent encore. Pour cérébrale qu'elle paraisse, sa démarche n'est en fait rien moins qu'intuitive, orientée vers l'ignorance de son devenir et la surprise qui en résulte. Il faut d'ailleurs saisir très vite la forme qui s'impose, coller à ses variations jusqu'à pressentir son dessein, anticiper sa courbe et prévenir sa chute. Tapi dans l'ombre de la basse, surveillant son évolution à la lumière des percussions, le saxophoniste accompagne le développement de cette mélodie en gésine, fruit de l'union permanente des sons et de ceux qui les produisent. La répétition opiniâtre de figures similaires creuse un terrain propice à l'émergence de nouveaux motifs, impliquant eux-mêmes l'avènement de nouveaux objectifs. Et de détours en carrefours, cinglant le flot mouvant de la rythmique, le thème issu du néant parvient à maturation, s'épanouit le temps d'un embrasement et, s'en fiant toujours à la vigilance de ses comparses, finit par rejoindre le silence originel.

               A l'heure où j'écris ces lignes rendant compte des "Sektions 1-2" de "Neuköllner Modelle", le double cd contenant les "Sektions 3 à 7" est déjà paru sur le même label. D'où nous pouvons tirer deux conclusions non-exhaustives et qui ne s'annulent pas pour autant l'une l'autre : le trio est particulièrement créatif et dans une phase pour le moins productive… Ou le chroniqueur est complètement dépassé par les évènements ! Par respect pour les musiciens et une tendance limitée à l'autodépréciation, nous opterons pour la première solution, au risque de laisser l'Histoire nous filer entre les doigts…

 

Joël PAGIER

 


Gianni MIMMO &

Yoko MIURA

DEPARTURE

Setola di Maiale SM 3140.

 

 


                    Dans cet album enregistré à Milan par Paolo Falascone au studio Mu RecGianni Mimmo sort de lui-même et c’est un nouveau  Départ (Departure). Il trace de nouveaux espaces par rapport à ce que je connais de sa musique et il finirait par se recopier si de tels challenges ne le poussaient hors de ses gonds. Ici, il adopte des réflexes d’improvisateur de l’instant même s’il est confronté à une pianiste qui joue de manière « plus conventionnelle » que la plupart des free musiciens. Par exemple, on l'entend souffler avec un growl primal alors que la pianiste croise les rythmes en martelant un Boogie Woogie Wonderland  lunatique. Dans Prologue et Departure qui ouvrent successivement (avec succès !) l’album ou dans le long Rain Song final,  Yoko Miura nous livre des Haikus en suspens qui mettent subtilement en valeur la voix singulière de Gianni. De belles nuances qui dévoilent la subtilité intérieure du jeu. C'est elle qui a composé l'entièreté de la musique, une suite polymodale remarquablement enchaînée avec force passages obligés, mais qui offre une grande liberté au souffleur. Elle joue aussi brièvement dans les cordes du piano juste ce qu’il faut et d’un harmonica à tuyau ou d’un xylophone, ajoutant quelques couleurs sur le côté du plus bel effet. Le cheminement de sa pensée musicale dans l’instant et tout au long de ce disque, nous démontre sa capacité à construire sur la longueur avec une réelle qualité compositionelle. Cette rencontre nous fait oublier que Gianni Mimmo se réfère à l’expérience de Steve Lacy au point que certains y trouvent à redire. Son jeu au soprano et le son qu’il obtient font de lui un souffleur qui accroche l’oreille et ouvre le cœur des auditeurs. Ici, les risques pris dans cette rencontre en terrain peu familier pour lui (il s'agit des compositions très travaillées de Yoko Miura) créent une urgence intérieure propice à la surprise. Ce duo devrait absolument se poursuivre en public pour grimper encore en intensité et en assurance. C’est le genre d’album qu’on écoutepour le plaisir et qui a été enregistré d’une traite comme une conversation entre amis qui commence et finit et dont on sort heureux et réjoui avec de nouveaux sentiments en tête.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Joe McPHEE –

Jérôme BOURDELLON

OCTOBLUE

LABEL USINE 2016

jerome.bourdellon@wanadoo.fr

McPhee : pocket trumpet, cl, toy piano, voix, eau ; Bourdellon : Octobass flute, bass flute, flute en do, piccolo clarinete basse.

 

 

                    Joe McPhee et Jérôme Bourdellon en duo ne sont pas des inconnus, j’ai chroniqué dans ces colonnes leurs deux premiers cds (*). L’octobasse flûte est une énorme flûte noire que Jérôme avait amenée à Vandoeuvre et il m’a fait une petite démonstration ; il m’a dit l’avoir acquise voilà 7 ou 8 ans. En fait, c’est la flûte contrebasse. Ce disque est un concert enregistré le 12 novembre 2012 à Blénod les Pont à Mousson (54).

 

 

                    Souffles contenues, chant dans l’instrument, pocket trumpet dans les aigus ou cornant, flûte basse accompagnant. "Deep see dancers" porte bien son nom. "Inner Blues" en est bien un pendant que la flûte assure la note bleu, Joe Chante et swingue, ensuite il prend son cornet. Nous sommes aux sources du jazz – Armstrong – mouliné par Don Cherry et ces flûtes basses omniprésentes. "On the way to history" : la musique devient triste, flûte et clarinette en si bémol s’entrecroisent, aigus / graves répétitifs. Très beau ! "Octoblue", le monstre rentre en action, Joe chante le blue, c’est rare et superbe, et totalement tradi, cri, tristesse, champs de coton et freedom. Ensuite le chant des travailleurs : l’Internationale, avec impro à la clarinette basse, le duo de clarinettes glisse vers Nino Rota, c’est free et calme et ces musiques Feliniennes qui nous plaisent tant nous remuent. Hommage au pianiste Borah Bergmann, piccolo flûte et piano jouet, intermède joyeux et percussif. L’eau, l’un des quatre éléments : Joe souffle  dans l’eau, ensuite cornet et flûtes nous gratifient d’aigus. Naïma, ma vieille chatte vient de se barrer du canapé… et graves en forme de marche, vélocity, rugosité, slaps, envolées ! "Last tango in Blénod" n’a rien à voir avec "Last tango in Paris" d’El Gato Barbieri, c’est le final de ce magnifique disque joué par Jérôme seul.  Ce cd ancien par la date du concert fourmille de trouvailles fabuleuses. McPhee y joue le blues rejoignant tous les grands du jazz, Dizzy, Roy, Miles, Don… Hautement recommandé par la fac de médecine. Et moi-même, qui ne suis pas toubib.

 

Serge PERROT

 

(*) Noviolola – Improjazz 50, novembre/décembre 1998

Manhattan Transfert – Improjazz 118, septembre 2005.



 


 En 1986, Michel Orier crée Label Bleu, filiale de la Maison de la Culture d’Amiens – MCA pour les intimes. D’abord exclusivement dédié au jazz le label élargit son catalogue aux musiques du monde en 1992 avec la collection Indigo. En 2000 Orier cède les rênes à Pierre Walfisz, qui monte notamment Bleu Electric, label consacré aux musiques électroniques. Mais, en 2007, après moult déboires financiers, la MCA doit mettre le label en sommeil pendant quelques années. Sous la houlette de Benoît Delaquaize, le label est reparti de plus bel, à raison de quatre à cinq disques par an, du festival Tendance Jazz, du Studio Gil Evans, d’un partenariat avec L’Autre distribution…

C’est l’occasion de revenir sur quelques disques qui reflètent l’ouverture d’esprit et la diversité de Label Bleu : afro — groove avec Tankadi de Mamadou Barry, jazz expérimental avec Kind of Red de Das Kapital, neo bop funky avec Montagnes russes de Daniel Zimmermann, jazz flamenco avec For Paco de Louis Winsberg, free orchestral avec Sons Of Love de Thomas de Pourquery et jazz moderne avec 1986 – 2016: 30 ans – Concert anniversaire d’Henri Texier.

 

Tankadi

Mamadou Barry & Afro Groove Gang

Ibrahima « Rizo » Bongoura (voc), Mamadou Barry (as, ts, ss, fl), Mamady Diabaté (g), Malick Condé (g), Mohamed Kouyaté (b), Lamine Condé (perc), Emile Biayenda (perc) et Ansoumane Kaloga (d)

Label Bleu – LBLC 2605

Sortie en juin 2016

 

Un peu plus de dix ans après NiyoMamadou Barry revient sur disque avec Tankadi, qui sort chez Label Bleu en juin 2016. Le musicien guinéen joue avec son Afro Groove Gang onze morceaux, souvent inspirés de chants traditionnels, mais revus par Barry et sa formation, plus « Afro Blues », signé Mongo Santamaria.


 

Fils d’un batteur accordéoniste guinéen, Barry commence les percussions et le saxophone en autodidacte, puis devient instituteur. Mais la passion de la musique reprend le dessus et il se forme auprès du clarinettiste martiniquais Honoré Copé, avant de devenir tour à tour chef des orchestres Kaloum Star, Gombo Jazz, les Amazones de Guinée… et l’Afro Groove Gang.

Une guitare rythmique, deux percussionnistes et un batteur : la moitié du combo est dédiée aux rythmes… Tankadi sera dansant ou ne sera pas ! Des riffs répétitifs, superposés, et d’une régularité imperturbable, forment une polyrythmie qui évoque ici des motifs mandingues (« Saramaya »), là du highlife (« Tankadi »), mais aussi du funk (« Soumbara »), de l’afro-beat (« Gonga »), du reggae (« Kankalabé »), voire du rock’n roll (final de « Djérélélé »)… Bongoura est un chanteur mélodieux (« Mousso Kelen »), qui joue avec les modulations (« Café café ») et s’appuie sur le répons des chœurs (« Gonga »). Quant à Barry, c’est un saxophoniste – et flûtiste – lyrique (« Mousso Kelen »), expressif (« Félenko ») et avec une mise en place rythmique particulièrement entraînante (« African Groove »).

Tankadi est un album dansant efficace : Barry propose de la musique africaine parfumée au jazz, à moins que ce ne soit l’inverse…

 

Montagnes russes

Daniel Zimmermann

Daniel Zimmerman (tb), Pierre Durand (g), Jérôme Regard (b) et Julien Charlet (d)

Label Bleu – LBLC 6722

Sortie en octobre 2016

 

Spice’Bones, DPZ, Le sacre du tympan, Supersonic, Ping Machine, Surnatural Orchestra… Daniel Zimmermann promène son trombone dans de nombreuses formations. Après Bone Machine (2013), Montagnes russes est son deuxième disque en leader.

Jérôme Regard et Julien Charlet composent toujours la section rythmique, mais c’est Pierre Durand qui est à la guitare électrique, au lieu de Maxime Fougères. Zimmermann a composé les onze morceaux.

Entre Charlet et Regard, il fallait s’y attendre, Montagnes russes s’appuie sur une section rythmique imposante (« Mamelles »), avec une batterie puissante (« dans le nu de la vie ») et des lignes de basse sourdes (« Mr. Squale »),  le plus souvent dans une veine funky (« Mountain Girl ») et soul (« Come on Baby »), mais aussi binaire en mode slow (« Montagnes russes ») ou encore hard bop, avec son chabada et sa walking (« Vieux beau »). Toujours expressif à souhait, Durand apporte une bonne dose de blues, tout droit sorti du bayou (« Mountain Girl »), prend un solo lyrique, digne d’un guitar hero (« Come On Baby »), part dans un chorus déjanté servi par une guitare saturée (« Mamelles ») ou, à l’inverse, avec sa guitare acoustique, plante un décor folk évocateur d’une musique de western (« Believe »). Quant au trombone de Zimmermann, si sa sonorité ronde et soyeuse met les mélodies en relief (« Au temps ôtant ») et son phrasé sinueux amène de la majesté (« Tiens aujourd’hui il ne fait pas beau »), les glissandos gouailleurs (« Mr. Squale » ), les riffs funky (« Mountain Girl ») et les effets de souffles, de cris, de pleurs… (« Dans le nu de la vie ») révèlent un caractère bien trempé.


  

Montagnes russes porte bien son titre : la musique monte et descend dans une ambiance festive et attrayante, portée par quatre musiciens qui mettent du cœur à l’ouvrage.

 

Kind of Red

Das Kapital

Daniel Erdmann (ts), Hasse Poulsen (g) et Edward Perraud (d)

Label Bleu – LBLC 6721

Sortie en novembre 2016

 

Daniel ErdmannHasse Poulsen et Edward Perraud ont formé Das Kapital en 2002. Le trio compte cinq disques à son actif. Dans Kind of Red, publié en 2016 chez Label Bleu, ils s’écartent du répertoire d’Hanns Eisler pour interpréter leurs propres compositions. Poulsen signe quatre morceaux, Perraud, trois, et Erdmann, deux.



Kind of Red s’ouvre sur un thème aux consonances folks, « Webstern », accentué par les accords rythmiques de la guitare acoustique, une batterie légère et un ténor qui commence sur un mode relax et chaleureux, puis décolle peu à peu vers un free soft. Le morceau termine en apothéose sur un chorus dans une veine rock folk, que The Eagles n’auraient pas renié. Sous le saxophone soprano d’Erdmann, « Claudia’s Choice » s’étire, portée par les nappes aériennes de Poulsen et les bruissements de Perraud. Toujours plein d’humour, le trio emmène d’abord « Iris » sur les pas d’Ennio Moriconne, avant que la guitare électrique ne parte dans un chorus métallique. Les accords d’outre-tombe de la guitare et le thème heurté que le soprano, lointain, expose à l’unisson avec la batterie, donnent une allure de science-fiction à « Macht Nix, In Der Mitte Ist Noch Platz ». Après un démarrage foisonnant, « Just Like That » revient à des fondamentaux hard bops à la sauce moderne, avec la walking de Poulsen, le jeu touffu de Perraud et les pirouettes véloces du ténor d’Erdmann, bientôt suivies par celles de la guitare, puis de la batterie. « Jenseits Von Gut Un Böse » passe d’une atmosphère moderne et tendue à une ambiance folk, presque gipsy : clin d’œil amusant au Par-delà bien et mal de Friedrich Nietzsche… Dans le même esprit que « Claudia’s Choice », « How Long, So Low » se déroule lentement, en suspension, avec une batterie minimaliste. Le contraste avec « Au fond des yeux », dédié au photographe Jacques Henri Lartigue(Perraud joint le reflex aux baguettes), est d’autant plus saisissant que la guitare  électrique de Poulsen déchire l’espace, sur un ténor shouter et une batterie foisonnante. Avec « Claudia’s Choice » et « How Long, So Low », « Nothing Will Ever Be Enough » pourrait être le troisième mouvement d’une suite dépressive…  

Les trios saxophone – guitare – batterie ne courent pas les rues et Erdmann – Poulsen – Perraud n’ont pas leurs notes dans leurs poches ! Das Kapital manifeste toujours autant de verve : Kind of Red est vif et réjouissant.

 

For Paco

Louis Winsberg Jaleo

Louis Winsberg (g), Sabrina Romero (cajon, voc), Cédric Baud (g), Jean-Christophe Maillard (b) et Stéphane Edouard (perc), avec Alfio Origlio (p), José Montealegre (voc), Jean-Luc Di Fraya (Voc), El Piculare (voc), Jorge Pardo (fl), Nantha Kumar (perc), Miguel Sanchez (cajon, perc), Leila Negrau (Kayamb), Veya Santiago (voc), Vicente Abardonado, José King, David Paniagua, Pol Vaquer et Sergio Aranda (palmas y jaleo)

Label Bleu – LBLC 2607

Sortie en novembre 2016


Louis Winsberg évolue d’abord dans la sphère des Gypsy King, puis, en 1984, avec Jean-Pierre Como et Paco Sery, il crée Sixun. En parallèle, le guitariste forme le quintet La Danse du Vent, joue avec Marc Berthoumieux, Claude Nougaro, Dee Dee Bridgewater, Maurane… En 2000, Winsberg monte Jaleo, entre jazz et flamenco. Jaleo, leur premier opus, sort en 2001, suivi du Bal des Suds, en 2003.

 

 

Pour For Paco, publié par Label Bleu en novembre 2016, Jaleo est composé de la chanteuse, percussionniste et danseuse flamenca Sabrina RomeroCédric Baud à la guitare, mandoline, sitar, saz… Jean-Christophe Maillard à la guitare, saz, voix… et Stéphane Edouard aux percussions. Winsberg convie de nombreux invités à l’instar du pianiste Alfio Origlio, le chanteur José Montealegre, les percussionnistes Nantha Kumar et Miguel Sanchez etc.

Comme l’indique clairement le titre, For Paco est un hommage à Paco de Lucía, «qui a su ouvrir le monde du flamenco au jazz et à l’improvisation, et mener son art à un niveau de pureté et de puissance très rare» (Winsberg). Winsberg a composé dix des onze morceaux et Maillard propose « Qué más ». C’est – évidemment – Gérard de Haro qui est derrière les manettes de l’enregistrement. Winsberg a également demandé à Pierre Bertrand, autre méditerranéen patenté (écoutez Caja Negra), d'arranger quelques morceaux. Enfin, les jolis collages de la pochette sont signés Paloma Winsberg.

Dans le flamenco, le jaleo correspond aux encouragements vocaux ou rythmiques lancés par les musiciens au soliste. For Paco fusionne des ingrédients jazz avec de la musique andalouse : mélodies aux accents orientaux (« Bulerhimalaya »), voix gutturales (« For Paco »), frappes de mains (« Que Más »), rythmes composés (« El Pescador ») et traits virtuoses (« Paloma »)… Si la musique gipsy n’est jamais très loin (« Podemos »), For Pacopasse par des moments purement flamenco (« Viva Jerez »),  des mélodies accrocheuses (« Sentimiento »), des hymnes lyriques (« Libertad »), des morceaux dansants («  Qué más »), mais aussi un savoureux duo spakr – mandoline sur fond discret de cajon (« Salsita »).

For Paco rapproche encore un peu plus Winsberg de « sa Méditerranée », une fusion de mélodies chamarrées et de rythmes bigarrés, ouverte sur des cultures bariolées…

 

Sons of Love

Supersonic

Thomas de Pourquery (as, voc, elec, perc), Fabrice Martinez (tp, bg, voc, perc), Laurent Bardainne (ts, voc, synth), Arnaud Roulin (p, synth, elec, acc, perc), Frederick Galiay (b, voc) et Edward Perraud (d, elec, voc)

Label Bleu – LBLC 6723

Sortie en mars 2017

 

Après les bancs du CNSMDP (classe de François Jeanneau), Thomas de Pourquery joue dans le Big Band Lumière de Laurent Cugny, l’ONJ (toujours avec Cugny), DPZ, Rigolus, le MégaOctet… et crée Supersonic en 2011. Le sextet sort Play Sun Ra en 2014, dédié au mythique claviériste américain. Supersonic revient sur disque avec Sons of Love, qui sort en mars 2017.

Sons of Love ne compte qu’une composition de Ra, « We Travel The Space Ways », et dix morceaux signés de Pourquery. Supersonic, c’est Fabrice Martinez à la trompette et au bugle, Laurent Bardainne au saxophone ténor, Arnaud Roulin aux claviers, Edward Perraud à la batterie et de Pourquery à l’alto et au chant.

La musique de Sons of Love foisonne : la batterie bouillonne, la basse vrombit, les claviers grondent et les soufflants hurlent (« Mermaids). Avec des pédales sourdes, des cliquetis mystérieux, des interactions free, et des chœurs aériens, la science-fiction est également au rendez-vous (« We Travel The Space Ways »). Si Sun Ra est évidemment omniprésent (« Simple Forces »), Ornette Coleman n’est pas loin non plus (les dissonances de « Mermaids »), ni John Coltrane (les incantations de « Sons of Love» ne sont pas sans rappeler « A Love Supreme »), mais aussi le rock progressif de Yes, King Crimson et autre Soft Machine : voix de tête diaphane (« From Planet To Planet »), lignes de basse entêtantes (« Slow Down »), batterie exubérante (« Sons of Love »), effets électro (« Sons of Love ») et soufflants mélodieux (« Revolutions »). Supersonic ne perd pas son sens de l’humour, comme en témoignent « Diamond Brown »,  interlude romantique du piano, le final en calypso de « Simple Forces » sur fond de sirène, ou encore le morceau de dance floor « Give The Money Back » et ses répons bouffons.


 

Dans Sons of Love, Supersonic assaisonne son free de rock alternatif, dont la voix et les rythmes se font le porte-parole.

 

1986 – 2016 30 ans

Henri Texier

Michel Portal (cl, b cl, ss, bandonéon), Thomas de Pourquery (as), Manu Codjia (g), Bojan Z (p, org), Henri Texier (b) et Edward Perraud (d)

Label Bleu – LBLC 6730

Sortie en mai 2017

 

Le 4 mars 2016, Label Bleu fête ses trente ans à Amiens et donne une carte blanche au musicien qui a enregistré le plus de disques pour le label : Henri Texier.

Pour l’occasion Texier réunit un All Star avec Michel Portal aux clarinettes, saxophone soprano et bandonéon, Thomas de Pourquery au saxophone alto, Manu Codjia à la guitare, Bojan Z aux claviers et Edward Perraud à la batterie.

Côté programme, Texier reprend des titres tiré de ses disques publiés par Label Bleu : «Colonel Skopje» et «Desaparecido» du double album Izlaz – Colonel Skopje(1996), « Mucho Calor » de Canto Negro (2011), « Don’t Buy Ivory Anymore » d’Indian’s Week(1993), « Barth’s Groove » co-signé avec Claude Barthélémy et tiré de Strings Spirit (2002), « Y’a des vautours au Cambodge ?... » d’Holly Lola (2004) et « Noises » de Paris – Batignolles (1986).


 

Décidément à l’aise dans n’importe quelle configuration, Perraud passe d’un drumming débridé (« Colonel Skopje ») à un chabada de derrière les fagots (« Barth’s Groove »). Texier mène son sextet avec des ostinatos puissants (« Desaparecido »), des walking dansantes (« Barth’s Groove »), des introductions chantantes (« Y’a des vautours au Cambodge ?... »)… Toujours émouvant (« Don’t Buy Ivory Anymore ») et moderne (« Desaparecido »), Bojan Z maintient contre vents et marées un groove contagieux (« Noises »). Codjia dégage une énergie rock (« Mucho Calor ») et ses phrases mélodieuses soulignent le discours de ses compères (« Y’a des vautours au Cambodge ?... »). De Pourquery introduit des accents de blues (« Don’t Buy Ivory Anymore ») et un free lyrique plein d’humour (« Desaparecido »). Quant à Portal, il s’amuse autant dans le free (« Desaparecido ») que dans la mélodie (au bandonéon dans « Y’a des vautours au Cambodge ?... ») ou la danse (« Noises »). Des mélodies séduisantes, des rythmes enjoués, une matière sonore compacte, des unissons et des contrepoints familiers, un son de groupe unique… la musique de Texier n’a pas fini de   marquer son époque. 

Il fallait s’en douter, avec un tel casting, 1986 – 2016 30 ans est une parfaite réussite et, même s’il manque ce brin de folie qui en aurait fait un disque mythique, c’est un album qui tourne en boucle dans le lecteur…

 

Bob HATTEAU

 

BITTEN BY A MONKEY

I HAD A LITTLE NOT TREE

Dylan Bates Roland Bates & Steve Myers https://bittenbyamonkey.bandcamp.com

 

                    Bitten By A Monkey se compose de trois musiciens aussi divers en tempérament qu’ingénieux à faire coexister la carpe et le lapin avec une précision et un sens formel peu commun. Steve Myers souffle dans les flûtes à bec de toute dimension, Roland Bates est un excellent pianiste et le frère du fameux Django Bates, et son frèreDylan Bates  violon, overtone flute, vièle médiévale, scie musicale et xaphoon est une des personnalités les plus originales de la scène musicale britannique. Cet enregistrement date de 2008 et est sorti en cd physique avant d’être accessible via bandcamp, la plate forme la plus musician friendly. J’ai plusieurs points de congruence auditive avec les frères Bates et Steve Myers car ces artistes sont mêlés à plusieurs projets musicaux qui vont du Texas Swing délirant et révivifié, au Médiéval hirsute et organique, en passant par une conception off-the-wall de l’improvisation libre dont BBAM est un excellent exemple. Ces derniers temps, Alterations (Beresford, Cusack, Day et Toop, excusez du peu) renaît de ses cendres après trois décennies, si l’un ou l’autre de leurs disques avaient des occurrences enthousiasmantes (écoutez la folie du concert publié par Intuitive Records), on a pu se rendre compte que l’art de l’hybridation des pratiques et des intentions musicales n’est pas une chose facile tout comme manier l’humour, la goguenardise, le délire excentrique est parfois périlleux. Tout aussi talentueux et contrasté sans aucune affectation, BBAM a choisi pour l’enregistrement de I had a little not tree une voie plus épurée détachant les interventions individuelles dans le silence créant un suspense dans les sonorités et les actions en suspens dans un temps retenu plutôt qu’en se précipitant dans le flux. Symbiose organique de l’éclectisme assumé et de l’expressivité de mélodies gauchies. Entrelacs de haikus qui s’attirent ou se repussent dans l’imagination auditive. Attractivité presque visuelle de l’événement musical et sonore isolé entraînant la réaction ludique expressive. Une belle efficacité se répand pour imprimer un feeling dans le moindre son. Lyrisme de la déraison. On voisine parfois le persiflage sans vulgarité. Les sentiments exprimés passent par tous les changements d’humeur qu’un individu sensible et imaginatif, un artiste British, traverse durant une journée à ruminer l’élaboration de ses prochains gigs dans une  économie de mouchoir de poche. Insouciance, poésie, dérision, dérisoire, gravité, désespoir, foi du charbonnier, sagacité, révolte …L’alternance des sonorités et des timbres, souffle/vent (Steve Myers) et cordes (Dylan Bates), est presque kaléidoscopique et dans ces échanges la main heureuse du pianiste (Roland Bates) est lumineuse. J’avais écouté leur précédent album, le premier BBAM nettement plus rempli, et avait été convaincu à moitié. Ici avec ce petit non arbre, on atteint une vitesse de croisière, un niveau musical considérable. Vraiment, je l’assure, on tient chez Dylan Bates un des grands excentriques British, dans le plus beau sens du terme et chacun à sa façon, à l’aune des Lol Coxhill, Terry Day,  Derek Bailey, Jamie Muir, Adam Bohman etc… Et ce penchant est conjugué par sa fratrie, Roland Bates, Steve Myers, le guitariste Jerry Wigens etc…. A la fois musiciens de jazz basiques (les styles HCF et assimilés, le Texas swing, le bop ou la musique africaine n’ont pas de secret pour Dylan qui tire une partie de ses maigres revenus dans ces univers musicaux), poètes du non sens ou du sens caché des choses, utopistes de l’universalité des musiques, BBAM et tous leurs potes doivent encore être découverts par les maîtres à penser de la planète improvisation à laquelle il manquera toujours une couleur tant que de tels zèbres n'aient pu courir dans la savane des rencontres de Berlin à Madrid. Dylan Bates est aussi son propre sosie, Stanley Bäd, auteur de plus de 120 chansons  décalées 150 % british complètement folles dans un style issu du cabaret anglais dont vous devriez avoir une petite idée si vous avez parcouru les albums des Kinks voire certaines chansons des Beatles (remarque : la chanson décalée française n’a jamais fait rire un Bruxellois au parfum de la zwanze éternelle, mis à part Bobby Lapointe). Stanley Bäd en assure toutes les parties instrumentales et, issu de sa fertile imagination, son projet « médiéval » déjanté A Folysse Fyssh  convie des visions breugheliennes voire celles du maître d’Hertogenbosch…. Plus que ça tu meurs.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

 

SIBUSILE XABA

OPEN LETTER TO ADONIAH

Thabang Tabane – percussion, vocal

Moahanganai Magagula – percussion

 

UNLEARNING

Ariel Zamonsky – double bass

Bonolo Nkoane – drums

Label: Mushroom Hour Half Hour

Distribution: La Baleine

  

 


     Extraordinaire, impressionnant, novateur, original ! Ces adjectifs sont tout à fait mérités pour Sibusile Xaba, jeune guitariste et chanteur en ce qui concerne sa toute première réalisation discographique (CD ou 2LP).

                    Je l’avais découvert dans une vidéo tournée dans les locaux de Chimurenga, le magazine panafricain de Cape Town. Avec le batteur Tumi Mogorosi, il accompagnait le poète Lefifi Tladi à la guitare et parfois, chantait. Et en avril dernier, j’avais vu Sibusile Xaba pour la première fois sur scène lors du festival Free Musicde Berlin en compagnie des deux percussionnistes Thabang Tabane (alors leader) et Moahanganai Magagula et du bassiste Sakhile Twala. Le concert fut lumineux !

                    La première partie de cet enregistrement (les deux planètes rondes sont oranges) s’appelle Open Letter to Adoniah, prénom de son premier enfant, un fils. Là, je suis en terrain connu : le quatuor vu à Berlin s’est réduit d’une unité. Il ne reste donc plus qu’un trio, le guitariste s’appuyant sur deux percussionnistes. Et, surtout sur sa voix : elle s’apparente plus à des invocations divinatoires qu’à un simple chant !

                    Je ne sais pas précisément ce qu’est un nomaphupho : j’imagine un long instrument à vent, une sorte de trompe. Tout ce que je sais, c’est que Sibusile imprime ici la même spiritualité qu’à la guitare. Et, le onzième et dernier titre, Inkululeko (liberté, en zoulou), résume bien sa double influence : le maskandi, un folk puissant originaire de sa province natale (Kwazulu-Natal) dont l’un des maîtres s’appelle Madala Kunene, et du malombo, la présence du fils d’un autre guitariste Dr Philip TabaneThabang est éloquente. D’ailleurs, ce dernier a supervisé Open Letter to Adoniah. Mais, sa voix…

    Changement d’atmosphère avec la seconde partie supervisée par le pianiste Nduduzo Makhathini : les deux planètes sont vertes ! Unlearning ne compte que six titres (supplément du CD par rapport au LP) et le personnel a complètement changé. Si je connais bien Ariel Zamonski, contrebassiste, je n’avais jamais entendu parler deBonolo Nkoane, batteur de son état. La tonalité est incontestablement plus jazz, mais le jeu de guitare et la voix de Sibusile Xaba demeurent tout aussi étonnants.

Cet enregistrement est magique !

 

Olivier LEDURE

 

PS : le mardi 12 septembre, Sibusile Xaba sera à la Petite Halle de la Villette, à Paris.

 

 

Evan PARKER,

Daunik LAZRO,

Joe McPHEE

SEVEN PIECES LIVE AT WILLISAU 1995

CLEAN FEED CF 397

 

Joe McPHEE

Daunik LAZRO

THE CERKNO CONCERT

www.jazzcerkno.si

 

 

                    Enregistré six jours après Colmar (1), le trio Parker – Lazro – McPhee réapparait vingt et un après. Dom Répécaud et le CCAM  de Vandoeuvre avaient organisé une série de concerts en mai 1995 en France, Allemagne et Suisse, dont cet inédit enregistré à Willisau. Evan au ténor et soprano, Daunik à l’alto et au baryton, Big Joe à l’alto, soprano, clarinette alto et trompette de poche (cornet).

                    Parlons du trio : entremêlements des saxes, Daunik au ténor et Joe (ss) romantiques et pensifs, sons ensembles et assemblés. Liberté totale, écoute mutuelle, on ne sait plus qui joue tellement tout s’imbrique. Ça hurle et au final les trois se calment. Sopranos pour Evan et Joe ; alto Daunik dans "Broadway limited". Instants minimaux comme si trois flûtes jouaient. Suraigus et pachyderme qui entraine les autres. Evan Parker solo dans "Florid" comme on ne l’entend plus au soprano, souffle continu bien sûr, il déroule, c’est moins violent que "Monoceros" (2), encore plus beau, l’on regrette qu’il ne joue que du ténor maintenant, enfin, depuis pas mal de temps…

 


                    Daunik, sax baryton dans "Concertino in Blue", tout en douceur et en langueur, accompagnement discret des autres -Joe à la clarinette alto- chantant comme il sait faire. Magnifique ! La pièce suivante révèle des sons hachés, hurlements, les saxes s’expriment de façon extrême, et vers la fin tout redevient zen, impalpable, joli. "To rush at the wind", Joe au cornet, Daunik au baryton, Evan au ténor, gazouillis du cuivre, réponse virulente du baryton, grave et suraigus se succèdent. Final à trois saxes. Lazro, Parker, McPhee ou trois musiciens en état de grâce. J’aurais aimé être à Willisau ce 19 mai 1995. Le cd doit prendre place dans le panthéon de tout amateur de musique improvisée.

 

(1)     L’enregistrement de Colmar est paru en 1996 sur le label Vand’œuvre – 9610.

(2)     L’on pourrait citer Aerobatics, Live at Western Front, Six of one, Snake decides, Conic Sections…

 

                    Nous n’avions pas entendu le duo Lazro / McPhee depuis le fabuleux Elan Impulse de 1991; nous les retrouvons en mai 2016 au Cerkno Jazz Festival en Slovénie. Daunik (ténor et baryton saxes), Joe (alto, pocket trumpet) enregistrés par Iztok Zupan. Ce disque est conçu comme des duos d’instruments, dans toutes les pièces sans titres. Trompette et baryton, envolées du cuivre, baryton en recul, souffles, Joe encore, baryton très grave et seul ; rages, violences, free jazz, ruhig et reprise. Joe est à l’alto. Slaps de Daunik, l’on a déjà entendu ça un jour, voire souvent, différemment. Saxes hurlants. Daunik au ténor, il s’y est mis voici trois/quatre ans, vu à Mulhouse avec Duboc et Lasserre, et un midi à Nevers avec Jean Luc et Didier. C’est tranchant, do graves. Le son se ballade, naturel, c’est vivifiant et très vivant, et puis Aylerien – on ne se refait pas. Albert est bien de retour, Daunik à donf. Joe n’a peut-être plus l’habitude d’une telle déferlante. Intermède grommelant, ténor sifflant, cornet seul, ballade and blue. Barisax doux, cornet explosif, les deux se rencontrent, ça couine et de nouveau Daunik – A.A.- hyper lyrique. Barisax au créneau, altosax juste avec. Des graves superbes. Lazro en clair-obscur, rentre dedans, réflexions à deux saxes, citation d’Ornette. Déchainement, calme, extinction, standing ovation !

 

 

                    Ce concert superbe révèle que deux des plus grands artistes intégrant leurs racines, Ayler et Ornette, sont capables du meilleur. A acquérir d’urgence, c’est bien la moindre des choses.

 

Serge PERROT