Chroniques de disques
Juillet - Août 2017


SQUIMAOTO

Bam Balam BBLP 046/ Lp

mai 2017

hagig.vonatsueg.vo

akemibatterie

 

 

                    Il va falloir quelques écoutes pour tout recevoir, tout comprendre, tout appréhender, avec douceur et complexité. squimaoto c’est l’art de vous faire tancer sur un air ingénu, de vous faire valser, mais contre les murs, de vous faire tourner en rond en vous plongeant dans un mutisme fleuri, charmant et obsédant.

                    squimaoto est un trio féminin formé à Kobe, Japon, en 2003. Elles préparent leur retour pour 2017. Kawabata Makoto (Acid Mothers Temple) s’est récemment attelé au remixage et à l’adaptation de leur premier album - édité au Japon en 2007 en cd -  pour le format Lp et édité sur un label français en 2017.



                    Ce trio japonais vous questionne dès les premières notes. Comment aborder un tel disque ? A voir les trois frimousses des musiciennes, rien ne laisse présager d’un tel chaos. 

                    Pour autant, il ne s’agit pas là d’un chaos absolu, entier et incontrôlé. Au contraire, le chaos est ici synonyme de boucles, de retours à la case départ permanent, puis de détours, et de chausse-trappes récurrents. Là où l’on pense avoir trouvé la réponse, les questions s’accumulent. Faut-il alors citer des noms pour se fabriquer des repères, de toute façon biaisés par l’absence de références suffisantes ? On pourrait citer un Sonic Youth sans larsens, un Deerhoof qui ne sautillerait pas, un Blonde Redhead en transition, voire This Heat sous saké, mais ce serait oublier tout le reste. 

Dès les premières notes de l’album, le rythme est carré, obsédé par la symétrie et malgré cette lointaine guitare, aux échos frappés comme dans un entrepôt glacé, les cymbales martèlent une cadence ni infernale ni paresseuse. C’est là que se situe le « malaise ». Ce rythme cotonneux inflige à l’auditeur une sensation de voyage opiacé au pays du rock indépendant des meilleures années. Les huit minutes de « Uida » qui ouvrent cet album semblent vouloir procrastiner l’explosion, et évoluent lentement autour d’un motif obsessionnel qui tourne en boucle sur quelques secondes. Après vous avoir attrapé, le trio s’amuse à vous relâcher, vous donnant ainsi la sensation de vous envoler pour la légèreté, l’arrimage onirique, puis la guitare joue avec nos nerfs en surenchérissant derrière une folle cavalcade. Cette impression de départ permanent déstabilise à la première écoute, et puis au fil des écoutes, les ritournelles enfantines s’imbriquent les unes dans les autres alors que les cordes des guitares se détendent, se voilent, comme pour vous donner de la houle aux quatre vents. Le bateau vous rend alors ivre, de bonheur et d’incertitudes, d’impatience et d’horizons perdus. Les voix de hagi et de natsue se mêlent habilement vous susurrant à l’oreille les merveilles d’un conte insaisissable, mais qui n’a de sens que si personne ne le comprend.

 


Tout le mystère reste entier du début à la fin, faisant l’économie des textes, ne lâchant que quelques bribes au hasard, pour laisser le chemin ouvert aux accords de Tokyo comme une évidente comptine. « Vodnik » s’ouvre comme un morceau de Sonic Youth, période Jim O’Rourke, où la colère semblait contenue dans le suspend de toute agression. Les motifs pendus aux cordes se répètent, tournoient dans l’espace magnifiquement mis en scène par Kawabata Makoto, très inspiré, et ne lâchent plus votre attention. On s’attend à l’explosion, le bouquet des pétales qui s’envolent, mais c’est  compter sans la malice du trio qui a bien compris qu’il fallait ménager l’éclosion, pour en savourer les débordements. « Shtumm And Restless » prépare un terrain sans balise, avec des accords frappés, désordonnés, des voix qui papillonnent, comme un écho à Joan La Barbara, avant la course folle qui va finalement venir clôturer un disque formidable de retenue et de malice. La production de Kawabata Makoto a pris la juste mesure du savant dosage de ce trio majestueux et roublard à la fois en laissant l’espace nécessaire aux notes pour exister entre deux, avant la bourrasque « Hets ». L’album prend alors une tournure clairement inattendue, mettant en perspective tout le déroulé précédent comme une danse préparatoire à l’orgasme débordant. « Hets » fait alors sauter tous les verrous, les barrières, et les faux départs disparaissent dans un déluge de décibels et de feedbacks attendus depuis le début. Mais là encore, le piège aurait été de jouer avec une certaine facilité dans l’explosion des sens, et le trio a la lumineuse idée de déborder sans lâcher prise, et la batterie maintient la cadence tout mesurant le poids de l’excès. La tension, palpable, à son comble, ne retombe pas vraiment puisque l’explosion se fait dans une certaine frustration bienvenue qui vous demande encore un peu de ménager le suspens, d’attendre encore un peu que les murs s’effondrent. La question est alors de savoir s’ils vont crouler sous le poids des décibels. Charge à vous de le découvrir car comme tout bon suspens, il serait dommageable d’en dévoiler l’issue.

 

ESTHER 

 


Joe McPHEE

SOLO - FLOWERS

CIPSELA 005

 

 

                    Enregistré en 20009 dans le festival Jazz ao Centro à Coïmbra , cet album solo nous fait entendre Joe McPhee au seul saxophone alto dans sept compositions personnelles , alors qu’il joue plus souvent du ténor et du soprano. Il y a de « véritables » saxophonistes alto dans le jazz libre comme feu Jimmy Lyons, Anthony Braxton, Sonny Simmons, Trevor Watts ou Marco Eneidi qui vient de disparaître. Mais le but de Joe Mc Phee n’est pas d’investiguer toutes les possibilités de l’instrument, mais de transmettre un message lyrique, de faire sortir sa voix à travers l’instrument dans des thèmes – ritournelles en dérivant de leurs axes vers un chant libéré. On lui doit, avec plusieurs autres, la « deuxième libération » du jazz libre après la première vague des sixties, renouvelant ainsi l’apport aylerien. On entend une version de Knox (plage 3), morceau fétiche qui se trouvait sur son premier album solo Tenor (Hat Hut C), indispensable. Knox rend un hommage à Niklaus Troxler, organisateur du Festival de Willisau dès 1975. Troxler avait eu le culot de présenter cet artiste encore inconnu et tout-à-fait atypique. Les deux premiers concerts de Joe à Willisau en 1975 et 1976 et Tenor furent parmi les tous premiers albums du label Hat Hut, devenu hat Art par la suite et enfin Hatology.  D’ailleurs, ce concert eut lieu en présence du même Niklaus Troxler  pour l’inauguration de son exposition d’affiches, Troxler étant un artiste graphique remarquable.  En plus de quarante ans de vie musicale, Joe Mc Phee ne s’est jamais départi de sa liberté de ton, de spontanéité et de sa fraîcheur comme quand il se met à siffler un thème  dédié  malgré le fait qu’il est devenu une icône incontournable et une artiste prolifique par le nombre de concerts, festivals et d’enregistrements qu’on ne compte plus. Cela dit, s’il y a une émotion palpable, que l’atmosphère se réchauffe et la passion poindre au fil des morceaux et que j’éprouve du plaisir à l’écouter, cette prestation me semble en deçà de celle de Tenor que je tiens pour un album incontournable. Il y joue du ténor avec une voix éminemment personnelle et c’est vraiment son instrument. Avez-vous seulement une fois entendu Rollins ou Coltrane ou Lacy à l’alto ? Ou Braxton au ténor ? Third Circle, dédié ici à Anthony Braxton, évoque une pièce de celui-ci incluse dans son double album Saxophone Improvisations Series F pour America que j’ai écouté des dizaines de fois.  Je ne peux pas m’empêcher citer quelques saxophonistes alto qui méritent d’être écouté d’urgence pour l’originalité de leurs concerts solo. Dans le cadre polymodal (initié par Steve Lacy : Gianni Gebbia, vraiment un grand original incontournable (H Portraits et Arcana Major - Sonic Tarots pour Rastascan) et Trevor Watts (Veracity /FMR & World Sonic/ Hi4Head) , un créateur historique qui étonnera toujours. Dans une voie « éclatée » : Georg Wissel de Cologne (The Art of Navigation/NurNichtNur) et l’explosif Stefan Keune (Sunday sundaes/ Creative Sources). On peut citer les très subtils Audrey Lauro ou Massimo Falascone, lui-même un connaisseur remarquable de l’univers de Roscoe Mitchell. Justement, cela me rappelle que Roscoe Mitchell a gravé avec son incroyable concert solo à Willisau 75 (justement) sur son double album Noonah (Nessa) dans des circonstances difficiles. Il remplaçait Braxton et le public « branché » chahutait.  A côté d’une telle performance, Flowers manque vraiment de sel. J’aime beaucoup Joe Mc Phee (un super double album 45rpm du trio X pour No Business que je n’ai pas hésité à acheter) et Cipsela est un excellent label (le fantastique solo de violon de Carlos Zingaro). Mais si sa carrière a démarré en Europe, il y a quarante ans c’est parce qu’il apportait autre chose, il est donc naturel que certains veuillent aujourd’hui se passionner pour d’autres artistes qui creusent la différence.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

NOWHERE

ON MY WAY

KLARTHE RECORDS – KRJ015

Anthony Jambon (g), Ouriel Ellert (b) et Martin Wangermée (d).

Sortie le 2 juin 2017

 

 

Bassiste au parcours non conventionnel – il est charpentier avant de devenir basiste – Ouriel Ellert s’investit dans des projets aussi divers les uns que les autres : musique expérimentale avec DnB XP, pop soul de Bastien Picot, musique africaine de Mamani Keita, rock tzigane avec Les Yeux noirs et, bien sûr, le jazz avec le Laurent Derache Trio, Le Jardin, Alex Stuart, le Youpi Quartet et Nowhere.


 

Les power trio guitare – basse – batterie sont légions dans le rock, à commencer, évidemment, par The Jimi Hendrix Experience, mais sans oublier Cream, Motörhead, Police, Nirvana et la liste est encore longue… La formule a également pris dans le jazz avec des groupes tels que Gateway (John Abercrombie, Dave Holland et Jack Dejohnette), False Alarm (Allan Holdsworth, Paul Carmichael et Gary Husband), Power Tools (Bill Frisell, Melvin Gibbs et Ronald Shannon Jackson), Trio 99 – 00 (Pat Metheny, Larry Grenadier et Bill Stewart), Massacre (Fred Frith, Bill Laswell et Fred Maher)… parmi tant d’autres ! Nowhere part sur les traces de ces aînés.

Ellert a formé Nowhere en 2013 avec Anthony Jambon à la guitare et Martin Wangermée à la batterie. On My Way est le premier disque du trio. Il sort le 2 juin chez Klarthe Records (jeune label indépendant qui se partage entre musique classique et jazz).

Les onze thèmes d’On My Way sont de la plume d’Ellert. Le trio alterne des morceaux enjoués et dansants (« Seven Nights », « Desert ») et des ballades tranquilles (« Ensemble »), voire en mode slow rock (« Where You Are »). Electrique, mais sans véhémence, le son de Nowhere penche davantage vers un jazz-rock intimiste que déjanté. La rythmique est solide (« Feelings »), avec une batterie puissante et mate (« Existence »), soutenue par des lignes de basse tantôt profondes (« Where You Are »), tantôt fluides (« Desert »). La sonorité métallique de la guitare et celle plutôt sourde de  la rythmique produit un contraste efficace (« Feelings »). Jambon est tour à tour aérien (« Where You Are ») ou véloce à la manière d’un guitar hero (« Desert »), tandis que le chorus de Wangermée dans « Existence » est imposant et qu’Ellert prend des solos volontiers mélodieux (« Endless Expectations »).

On My Way s’inscrit dans une tradition de jazz fusion pop rock teintée d’accents soul.

 

Bob HATTEAU


 

VINYLE

 

 

ENSEMBLE baBel

/ Christian MARCLAY

SCREEN PLAY

AUSSENRAUM RECORDS

AR-LP  006

Double LP

 

 

                    Ce double album, sorti il y a maintenant un peu plus d’un an (avril 2016) présente le travail d’un ensemble suisse qui travaille depuis plus de 10 ans une musique expérimentale en mélangeant les genres sans complexe afin de gommer l’image trop traditionnelle que l’on peut avoir de la culture de ce pays, idée préconçue d’un folklore même pas imaginaire.

                    En 2012, l’ensemble Babel a décidé de travailler plusieurs compositions de Christian Marclay, qui ont été interprétées dans différents festival plutôt classés dans le genre musique contemporaine, comme Delco à Nîmes ou Archipel à Genève. Mais aussi à Bologne en 2015 (Angelica), et un peu partout en Suisse. Des compositions comme "Graffiti Composition", "Shuffle" et"Screen play" sont les morceaux présents sur ce double LP. Par ailleurs, la collaboration entre Marclay et le groupe a débouché sur l’offre d’une composition spécialement destinée à l’Ensemble, "To be continued", une partition graphique en forme de bande dessinée.

                    "Screen Play" occupe le premier disque en totalité. Le quintet se compose de manière classique d’un guitariste (Antonio Albanese), d’un saxophoniste (Laurent Estoppey), d’une clarinettiste basse et flûtiste –recorders- (Anne Gillot), d’un batteur (Luc Müller) et d’une contrebassiste (Noëlle Reymond).

 


                    Si l’on ne peut parler d’improvisation puisqu’il existe une partition graphique délivrée sur une vidéo, la liberté semble cependant bien présente dans l’interprétation de la pièce, les notes étant remplacées par des couleurs, des formes, des dessins, permettant ainsi aux musiciens  de laisser libre cours à leurs propres visions.  L’intensité monte d’un cran au bout d’une douzaine de minutes, juste avant la fin de la face. Il faut donc retourner le vinyle, sans doute le plus gros défaut du support, pour entendre la suite qui repart dans une ambiance de climats donnés par une flûte, un bruissement de percussions et une guitare qui émerge ça et là. Le passage minimaliste qui suit sert de base à un décollage du quintet, cordes frottées rageusement, percussions sur les toms, retour au calme avant une nouvelle tempête, comme des vagues successives ; le rythme quasi militaire peut évoquer parfois Günter Sommer, la guitare celle de Fred Frith... Entre musique contemporaine mais "moderne" et liberté finement gérée, cette pièce est remarquable du point de vue architectural et structurel.

 

Ensemble baBel

 

                    "Graffiti Composition" se tient dans le registre minimaliste mais sans réductionnisme, chaque musicien apportant par touches de couleur sa pierre à un édifice ténu et fragile. Mais chaque séquence est importante pour la construction générale qui, comme son nom l’indique, s’appuie sur des inscriptions, des dessins griffonnés à la main sur un mur (définition du Larousse). C’est ce sentiment qui ressort de l’écoute de cette face 3.

                    Pour la face 4,  "Shuffle", divisée en sept sections, changement d’ambiance. La guitare refait une vraie apparition, saturée, larsen doublé par la contrebasse et la batterie, saxophone aérien, saccadé, jeu sur les clés, puis silence… tous les éléments d’une musique contemporaine sont réunis, avec une instrumentation orientée musique improvisée, et par instants pop (la guitare et le rythme binaire vers la fin). Cassures, ruptures, guitare toujours agressive et murmure des recorders, telle se décline cette pièce qui se démarque du reste de l’album. Mais chaque œuvre parait différente à chaque écoute, de par la densité et la richesse qui les remplient.

                    On peut contacter le label qui a également sorti un album de Kasper T. Toeplitz & Anna Zaradny (AR-LP-005) et un de Thomas Tilly (AR-LP-002) entre autres, à l’adresse :www.aussenraumrecords.com.

 

Philippe RENAUD


 

SUBTLE LIP CAN

REFLECTIVE DRIME

DRIP AUDIO

Isaiah Ceccarelli, Bernard Falaise, Joshua Zubot

 

 

                    Subtle Lip Can est un trio dynamique d’improvisation réunissant percussions (Isaiah Ceccarelli), guitare électrique (Bernard Falaise) et mandoline et/ou violon (Joshua Zubot) pour une recherche sur la gestuelle du jeu sur la guitare préparée et transformée et comme j’entends peu le violon de JZ, avec la mandoline qui double la six cordes. Lorsque la rotation des pincements métalliques de la guitare tournoie sans discontinuer, le percussionniste actionne un archet sur cymbales et accessoires métalliques (Siffer Shump). Gull Plump Fiver nous fait découvrir les sons trasheusement électriques avec effets emmenés par le guitariste survolté, c’est punk en fait. Cette génération d’improvisateurs se replongent joyeusement dans leur adolescence mais le morceau évolue avec une véritable subtilité s’aérant au final. Salk Hovered marque l’auditeur par l’épure et la retenue dans le débit sonore et la qualité des timbres à peine électrifiés et des hamoniques hantées provenant autant de la percussion et des cordes : fantômatique, lunaire…. Le trio varie les ambiances, les procédés, l’esprit, le fonctionnement du trio de morceau en morceau plutôt que de travailler une démarche clairement définie du début jusqu’à la fin. Malgré tout, Subtle Lip Can conserve quelque chose qui permet de reconnaître le trio d’une pièce à l’autre rien que parce que l’enregistrement très précis nous fait goûter les colorations des sonorités au plus près. Rommer Chanks évoque un AMM post rock de manière assez réussie. Une musique exploratoire, subtilement électrique au point que les sons acoustiques se fondent dans la masse imperceptiblement, frottements en tous genres agglutinés avec soin et lisibilité (Rommer Chanks, Toss Filler Here). Je me demande toujours où se trouve le violon de Joshua Zubot, sans doute inclus de manière surprenante dans la masse sonore. Toss Filler Here est un bel instant ludique. Slam Hum et ses grincements renouvellent le discours. Un album d’impro sans concession et un son de groupe distinctif.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Tom JACKSON Ashley LONG JOHN Benedict TAYLOR Keith TIPPETT

FOUR QUARTETS

CONFRONT RECORDS

http://www.confrontrecordings.com

 

 

                    Keith Tippett est pour beaucoup de connaisseurs synonyme de jazz libre avec Elton Dean et Louis Moholo ou Paul Dunmall, Paul Rogers et Tony Levin, voire de jazz-rock avec l’album Lizard de King Crimson, Working Week,  l’album Cruel But Fair ou ses légendaires très grands orchestres CentipedeFrames et Tapestry. Vu plutôt comme un improvisateur de traverse, les observateurs du continent ont du mal à appréhender Keith Tippett en improvisateur libre. Deux jeunes cordistes d’avant-garde, le contrebassiste Ashley Long John et l’altiste Benedict Taylor et l’associé de ce dernier dans le collectif CRAM, le clarinettiste Tom Jackson se joignent au légendaire pianiste, lui-même, muni de galets de plage, de maracas, de woodblocks et d’une boîte à musique.

                    Sans batterie, la musique se meut sur les pulsations du claviériste et de l’action saccadée de ses doigts sur les cordes. Parfois lyrique, mais aussi atonale et sonique,la musique est emportée avec le souffle hululant et les spirales de Tom Jackson, et les torsions microtonales de Benedict Taylor. Des cadences faussement répétitives soulèvent les marteaux sur les cordes bloquées créant un effet de vagues moussues mourant sur les récifs, une fois apaisées les lames laissent la place au grondement des notes les plus graves du piano et du frottement/ battement des cordes de la basse dans le registre grave du piano se confondant avec ce dernier.  La musique est essentiellement organique, découvrant des espaces peu visités, suggérant de nouveaux agrégats et puis, d’un coup retourne aux scansions chères à KT. Tom Jackson embouche sa clarinette basse pour colorer l’ostinato irrégulier du pianiste et du contrebassiste. Keith Tippett esquisse un pas de danse et tous s’essayent à fausser le tempo. Quand les battements reprennent, la clarinette basse gronde, éructe, les harmoniques percent et survolent le continuum, la vibration du piano par toutes ses parties, caisses, cordes, marteaux et les grincements des cordes. Ces musiciens excellent à changer l’atmosphère et dérouter le flux volatile vers une conclusion insoupçonnée. Le deuxième quartet, très court, débute clairsemé, hésitant, du bout des doigts, chacun à sa marotte tout en croisant leurs lignes avec adresse. C’est en tout point remarquable. Chacun avec son rythme propre s’associe à l’autre et tous se complètent. Le troisième quartet semble vaporeux, élégiaque, avec des timbres très fins, une musique de chambre éthérée. L’altiste file des harmoniques infimes entre le chant élancé et lunaire de la clarinette, le tremolo et les coudées de la contrebasse sur les pincements des cordes du piano et puis joue franc jeu microtonal…  Le quartet se développe, accélère, imbrique des accents, des intervalles dans une course poursuite où personne ne mène, mais dans laquelle tous oscillent, balancent, rebondissent. Un rythme de danse folk surgit inopinément. Au final une musique riche, spontanée, libre, réfléchie, intense et finalement, audacieuse. Présentée dans une boîte métallique et produite par Mark Wastell sur son très unique label Confront Records.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Evan PARKER

Daunik LAZRO

Joe Mc PHEE

SEVEN PIECES

LIVE IN WILLISAU 1995.

Clean Feed 397

 

 

                    Juste retour des choses : vingt ans auparavant Evan Parker et Joe McPhee défrayaient la chronique du jazz d’avant-garde avec des concerts et des albums en solo manifeste : Saxophone Solos (Psi), Tenor (Hat Hut). Echoes of the Memory ouvre le disque : aux festivals de Willisau 1975 et 1976, Joe McPhee avait fait des apparitions inoubliables, tout comme Evan Parker avec Alex von Schlippenbach et Paul Lovens. Daunik Lazro était lui sorti de sa boîte par les Gates of Tshee Park, un album qu’Hat Hut avait publié sur les conseils de Mc Phee. En 1996, le label Vandoeuvre avait produit le trio EP-JMP-DL enregistré au CCAM de Vandoeuvre-lès-Nancy, lors d’une tournée Européenne en 1995. A cette époque les carrières d’Evan Parker et de Joe Mc Phee s’emballent : concerts et enregistrements se multiplient à un rythme effréné sur les deux rives de l’Atlantique et jusque dans les pays de l’Est. Vingt ans plus tard, le contenu d’une cassette se révèle être un des concerts de cette tournée : Willisau 1995, là où tout avait démarré pour Joe Mc Phee. Malgré le son « cassette », le trio fait entendre son profond engagement, toute sa cohésion et les particularités de chaque improvisateur. C’est pour moi, un des meilleurs exemples de collaboration à plusieurs saxophones : ténor et soprano pour Evan, alto et baryton pour Daunik, alto et soprano pour Joe, sans oublier, la clarinette alto et sa pocket trumpet qui ne le quitte jamais. Florid est un solo caractéristique de Parker au soprano avec ses inimitables multiphoniques…. et des harmoniques qui s’entrecroisent….

 

 

Concertino in Blue démarre lentement sur un air de gospel entraîné par le baryton de Daunik qui décline la mélodie et la clarinette de Joe brodant un bourdon et le ténor de Parker qui descend du grave vers le médium. Au fil des minutes, baryton et clarinette tournent et retournent deux notes en boucle le ténor vrille. Une belle émotion. Tree Dancing une conversation intime, des sons vocalisés à la fois introvertis et/puis expressionnistes à l’alto par Joe. Un motif scandé est répété en chœur avec des décalages/ battements qui permettent aux sons individuels, reliés en escaliers et spirales de se superposer et de s’emboiter avec une réelle lisibilité. Cris ayleriens de l’alto. L’émotion devient intense, l’horizon se remplit et s’éclaire. Les trois improvisateurs négocient une conclusion où chacun tient un rôle particulier décisif, boucles, spirales, glissandi, bribes de mélodies enchevêtrées, bouquet de voix offertes, pulsations du souffle. Les voix s’apaisent, s’unissent : deux sopranos et un alto tuilent les derniers filets de voix. Une belle aventure !!

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

 

Frank GRATKOWSKI

Sebi TRAMONTANA

LIVE AT SPANSKI BORCI

Leo records LR CD 779

 

 

                    Duo de souffleurs pour saxophone alto, clarinettes basse et Bb,  et trombone. Frank Gratkowski et Sebi Tramontana partagent bien des aventures et leurs musiques de manière mystérieuse comme le souligne le saxophoniste. Iztok Zupan du label Klopotec (et pas Iztok Kolopotek comme indiqué dans les notes de pochette) a encore visé juste. Un enregistrement exceptionnel qui rend la dynamique de la musique, précise, détaillée, intense, vivante…

Ce concert enregistré au théâtre Spanski Borci de Ljubljana concentre tout ce que le jazz d’avant-garde a de meilleur en laissant de côté ses tics, les certitudes, la routine et la facilité. Face à un marché de la free music atone et indifférent sur le Vieux Continent, des initiatives affleurent dans des petits pays aux quatre coins de l’Union Européenne : Lithuanie avec No Business Records, Portugal avec Clean Feed et Creative Sources, Suisse et ses festivals et concerts bien payés, et maintenant la Slovénie avec une activité soutenue et des labels comme Klopotec et Inexhaustible Editions. C’est donc Iztok Zupan, à qui l’on doit les tout récents enregistrements de McPhee et Lazro, Marraffa et Guazzaloca sur son label Klopotec, qui vient d’immortaliser l’une des plus belles conversations de la décennie, en marge du jazz libre, de la musique contemporaine et de l’improvisation totale, mais aussi proche de l’esprit d’une musique populaire : folklore imaginaire ? Gratkowski qualifie les quinze pièces improvisées d’Instant Songs. La démarche de son collègue tromboniste, Sebi Tramontana, évoque le magnificent Roswell Rudd, tournant au tour d’un point fixe marqué par une pulsation les mêmes deux ou trois notes  comme le fantôme de Kid Ory derrière / autour des lignes du souffleur. Celui-ci manie avec une belle adresse la clarinette en si bémol, un instrument ingrat. On l’entend sur son versant lyrique et mélodique agrémenté de techniques alternatives comme dans ce merveilleux Dancer où il slappe le bec de la clarinette basse dans la tonalité de la mélodie avec une précision confondante. S’il y a virtuosité, elle n’est pas mise en avant mais au service de l’expression et de la qualité des échanges. D’ailleurs, Steve Beresford ne s’y est pas trompé : on lui doit les notes de pochette dans lesquelles ses allusions et commentaires soulignent indirectement toute la saveur, l’inspiration et le lyrisme sincère des deux amis qui nous ouvrent leur cœur. Revelation, Spirited, Time and Space, Dancer, Singer, You’re Though, Series of Dramatic Events, Daydream, Deceiver, Nocturne, etc… chaque pièce exprime des sentiments, une intention, un feeling, une énergie concentrée, un rêve, un poème, un paysage… avec sa dynamique propre, sa couleur sonore, des inflexions spécifiques.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG



WHIRLWIND RECORDINGS

 

En 2010, le contrebassiste américain Michael Janisch crée Whirlwind Recordings à Londres pour publier Purpose Built, son premier disque en solo. Le « tourbillon » porte bien son nom : le catalogue de Whirlwind compte désormais près d’une centaine de disques… Même si les musiques improvisées constituent le noyau dur du label, la ligne éditoriale se veut éclectique : d’Andy Milne à Tam De Villers en passant, entre autres, par Samuel BlaserQuinsin NachoffJulian ArgüellesJoel Harrison

Les sorties du mois d’avril et de mai 2017 ont donné l’occasion de passer en revue cinq disques très différents les uns des autres.

 

 

NEW FOCUS

ON SONG

WR4690

Euan Stevenson (p), Konrad Wiszniewski (ts, ss), Andrew Robb (b) et Alyn Cosker (d), avec The Glasgow String Quartet, Nicola Wiszniewska (fl) et Alina Bzhezhinska (harp)

 

 


Euan Stevenson et Konrad Wiszniewski sortent New Focus en 2012. Déjà en compagnie du Glasgow String Quartet et de la harpiste Alina Bzehezhinska, mais avec Janisch à la contrebasse, New Focus est clairement marquée par la musique traditionnelle écossaise. Cinq ans plus tard, le duo revient avec On Song.

Pour ce nouvel opus, Stevenson et Wiszniewski adoptent un format plus proche du jazz : le combo se base sur un quartet saxophone (Wiseniewski) – piano (Stevenson) – contrebasse (Andrew Rob) – batterie (Alyn Cosker), auquel s’ajoutent le Glasgow String Quartet, Bzeheshinska, mais également la flûtiste Nicola Wiszniewska. Les douze morceaux de On Song sont signés Stevenson ou Wiszniewski.

L’instrumentation – et leur album précédent – laisse présager que la musique de New Focus est placée sous le sceau de la musique de chambre classique. Avec des unissons mélodieux sur un riff raffiné du piano et une rythmique vive, « Air In D Minor », « Braeside », « Ascension »… évoquent des musiques de film. « Green Park » et sa mélodie soignée, mise en relief par la flûte, penche vers la folk. « Little Allegory », parsemé d’accents extrêmes orientaux, et « Fourths Ostinato », poussé par une rythmique puissante, prennent des allures funky. Avec sa walking bass véloce, son chabada énergique et les phrases rapides du piano et du saxophone ténor, « Corea Change » s’inscrit dans une lignée hard-bop. Quant aux passages en binaire (« Destination Unknown »), aux thèmes langoureux (« Sophia’s Song »), au lyrisme du piano (« Piano Interlude » et « Epilogue », assez debussyste), aux morceaux délicats (« Flora »)… ils se rapprochent de morceaux crossover.

D’une construction propre et nette, On Song ravira les amateurs de musique lounge.

 

 

John O’GALLAGER Trio

LIVE IN BROOKLYN

WR4697

John O’Gallagher (as), Johannes Weidenmueller (b) et Mark Ferber (d)

 

 

Elève de Joe ViolaJerry Bergonzi et George Garzone au Berklee College of Music, John O’Gallagher joue avec, entre autres, Ben MonderTony MalabyJeff WilliamsMaria SchneiderKenny Wheeler… et compte une dizaine de disques en leader à son actif, dont The Anton Webern Project, enregistré en 2013 pour Whirlwind Recordings.



En 2015, il monte un trio avec le bassiste Johannes Weidenmueller, déjà présent sur Abacus (2003), et le batteur Mark Feber. La même année, ils sortent The Honeycomb pour Fresh Sound New Talent. A l’occasion d’une résidence au Seeds, à Brooklyn, le trio enregistre Live in Brooklyn.

O’Gallagher a composé les sept thèmes, dont deux thèmes sont repris de leur précédent disque : l’éponyme « The Honeycomb » et « Extralogical Railman », clin d’œil au « Relaxin’ In Camarillo » de Charlie Parker.

La prise de son sur le vif donne au son un grain très naturel et une proximité qui met en relief la musique d’O’Gallagher. L’approche musicale du trio est claire : la contrebasse et la batterie dialoguent sur un mode touffu (« Credulous »), répondent au saxophone avec beaucoup de verve («  Extralogical Railman ») et maintiennent une pulsation ferme (« Blood Ties ») ; les thèmes sont un habile mélange de dissonances et de mélodies (« Credulous Intro ») ; les développements montent rapidement en tension (« The Honeycomb ») avec des envolées free (« Nothing To It »). Dans chaque morceau, les trois musiciens essorent leurs idées jusqu’au bout (« Prime »).

O’Gallagher, Weiden-mueller et Ferber proposent un free contemporain de chambre… un jazz dans lequel le cérébral et les tripes cohabitent en grande intelligence.

 

 

Josephine DAVIES

SATORI

WR4700

Josephine Davies (ts, ss), Dave Whitford (b) et Paul Clarvis (d)

 

 

Sortie de la Guildhall School of Music and Drama de Londres, Josephine Davies fait partie du London Jazz Orchestra, du Pete Hurt’s Jazz Orchestra et de Collocutor, le septet de Tamar Osborn. En 2008, Davies monte le quintet JD5 (Perpective – 2010) et, en 2016, le trio Satori.


 

Outre les saxophones soprano et ténor de Davies, Satori est constitué de Dave Whitford à la contrebasse et Paul Clarvis à la batterie. Davies a composé les huit morceaux de Satori. La musicienne a soigneusement choisi le nom de son trio : satori est le terme bouddhiste qui désigne l’éveil spirituel… Tout un programme ! Par ailleurs elle rend hommage à George Merryweather (« The Tempest Prognosticator »), l’inventeur du baromètre à sangsues au XIXe, à Chris Potter (« Crisp Otter », jeu de mots avec une variété de malt…) et aux malheureux sportifs affectés de tics qui gênent la coordination de leurs mouvements (« The Yips »)…

L’instrumentation de Satori, sans clavier, n’est pas sans rappeler Sonny Rollins. Influence qui transparaît également dans le jeu chaloupé de Davies (« Paradoxy ») et l’espace laissé à Whitford et Clavis, notamment pour leurs solos. La rythmique est charnelle : des lignes de contrebasse enlevées («The Yips »), parsemées de shuffle (« Snakes »), qui alternent motifs minimalistes (« Insomnia ») et walking (« Paradoxy »), et une batterie dansante (« Crisp Otter »), à la frappe sèche (« Paradoxy ») et aux accents hard bop (« The Tempest Prognosticator »). Avec une sonorité veloutée au soprano, qui évoque parfois celui de Steve Lacy (« The Yips »), et un son soyeux au ténor (« Snakes »), Davies joue un free bien tempéré (« Something Small »), souvent entraînant (« Paradoxy ») et toujours subtilement tendu (« The Tempest Prognosticator »).

Dans Satori, Davis propose un néo bop teinté de free… un disque dynamique et malin !

 

 

Tim ARMACOST

TIME BEING

WR4701

Tim Armacost (ts), Robert Hurst (b) et Jeff « Tain » Watts (d), avec David Kikoski (p)

 

 

Tim Armacost a un parcours plutôt singulier : il commence par la clarinette à Tokyo, apprend le saxophone ténor à Washington et Los Angeles, étudie l’Asie au Pomona College, s’installe à Amsterdam pendant sept ans, puis à New-Delhi, où il apprend la musique indienne… pour, finalement s’établir à New York au début des années quatre-vingts dix. Le tout ponctué de voyages au Japon, dont il est passionné !

 

 

Time Being est le sixième disque en leader d’Armacost. Comme O’Gallagher et Davies, Armacost reprend un format « rollinsien » avec Robert Hurst à la basse et Jeff « Tain » Watts à la batterie. Le trio invite également le pianiste David Kikoski sur quelques morceaux.

Au programme, quelques titres phares du jazz moderne – « Teo » de Thelonious Monk, « Lonely Woman » d’Ornette Coleman et « One And Four » de John Coltrane –, des clins d’yeux à des standards – « Tempus Funkit » pour le « Tempus Fugit » de Bud Powell, « 53rd Street Theme » pour le « 52nd Street Theme » de Monk, « All The Things You Could Become In The Large Hadron Collider » pour « All The Things You Are », le saucisson de Jerome Kern et Oscar Hammerstein – et quatre compositions du saxophoniste.

Watts se lâche : frappes puissantes et touffues (« Alawain »), stop-chorus denses (« Teo »), chabadas vigoureux (« Sculpture #3 ») et solos dansants (« Sculpture #1 »). Avec sa sonorité grave et pleine, Hurst enchaîne les walkings, toutes plus régulières (« Sculpture #2 ») et rapides (« Lonely Woman ») les unes que les autres, mais aussi des lignes en contrechant, le plus souvent sobres (« Time Being »). Kikoski se montre mélodieux (« One And Four ») et joueur (« Sculpture #3). Armacost navigue entre un style hard-bop à la Sonny Rollins (« 53rd Street Theme ») à du be-bop à la Charlie Parker (« One And Four »), et reste chantant (« Sculpture #2 »), en alternant des passages véloces (« 53rd Street Theme ») et des moments de quiétude (« Lonely Woman »).

Time Being fleure bon le néo hard bop : une rythmique énergique et puissante au service d’un saxophone ténor musclé et mélodieux.

 

 

Kenny WARREN Quartet

THANK YOU FOR COMING TO LIFE

WR4702

Kenny Warren (tp), JP Schlegelmilch (p), Noah Garabedian (b) et Satoshi Takeishi (d)

 

 

Voilà un peu plus de dix ans que Kenny Warren est présent sur les scènes New-Yorkaises. Le trompettiste s’est produit dans des contextes aussi variés que Tony Malaby ou ZhirtZ n ZkinZ et NOOK. Il a également joué dans des groupes de musique moyen-orientaux (Nashaz), d’Indie rock (The Walkmen and Spoon), de musique des Balkans (Slavic Soul Party). 


 

En 2016 Warren a monté un groupe avec JP Schlegelmilch au piano, Noah Garabedian à la contrebasse et Satoshi Takeishi à la batterie. Thank You for Coming to Life est le premier disque de ce quartet. Les six titres sont de Warren.

Le quartet fait preuve d’une grande connivence dès « Stones Change » : introduction de la trompette a capella, démarrage en trombe du trio rythmique sur un mode fanfare, dialogue relevé entre la contrebasse et la trompette, questions – réponses heurtées entre la contrebasse et la batterie… Tout au long de l’album, le groupe dégage une énergie solide (« Huge Knees »), mise en relief par la prise de son très naturelle. Chorus désarticulés (« Huge Knees »), rythmes chaloupés (« Cheeser Greater »), passages binaires (« Hala Hala »), sens du drame (« Iranosaurus Rex »), mélodies originales (« Every Moment Is Born Lives And Dies »)… la musique de Warren ne manque pas de personnalité.

Thank You for Coming to Life est moderne, sans excès, et sophistiqué, sans maniérisme…

 

Bob HATTEAU