Chroniques de disques
Mars 2017

 BALLISTER

SLAG

AEROPHONIC 013

Dave Rempis : as, ts ; Fred Lonberg-Holm : cello, elec ; Paal Nilssen-Love : dr, perc. 

 

            Un soir de printemps 2015, Café Oto, Londres. Dave Rempis, pour moi, était un gentil garçon, saxophoniste de son état, faisant des disques bien sages avec des copains discrets. Mauvaise pioche : Dave Rempis, dans et avec Ballister, est un fou furieux qui poussent ses saxophones au paroxysme, que ce soit à l’alto ou au ténor. Et ses comparses du moment n’ont pas grand-chose à lui envier. Fred Lonberg-Holm a quand même un peu de mal à se faire entendre avec son violoncelle, en revanche dans les (rares) moments d’accalmie, il développe un fond sonore à l’électronique, notamment pour l’intro du troisième morceau, le bien nommé "Glaive". Quant à Paal Nilssen-Love, il fait du Paal Nilssen-Love, et, comme d’habitude, plutôt bien. Energiquement. Ce disque d’une heure passée se décompose en trois pièces enchainées grâce, justement, à ces pauses entre deux frénésies. A écouter très fort, ne serait-ce que pour entendre clairement un jeu de saxophone subtil, soutenu par ce qui ressemble plus à une contrebasse qu’à un cello le tout sur un fourmillement de percussions sauvages et musclées qui peuvent vous emporter très loin.

Philippe RENAUD

Sur trois disques de Torben SNEKKESTAD

 

Torben SNEKKESTAD

WINDS OF MOUTH

PLATEAU

THE REED TRUMPET

ILK Music

Torben Snekkestad : ts-ss-tp-cl

                    A travers trois solos, découvrir la personnalité du multi-instrumentiste norvégien Torben Snekkestad, partenaire régulier de Barry Guy, Nate Wooley, Andrew Cyrille…

                    Sur Winds of Mouth, Torben Snekkestad joue des saxophones ténor et soprano, de la clarinette et de la trompette. Et à vrai dire, on ne reconnait que le soprano et la trompette. Pas d’electronics ici mais une débauche de souffles et de polyphonies. A travers résonnances, crispations, compressions et décompressions, le souffleur crisse nos tympans. Snekkestad conçoit ses solos telle une lente respiration, ponctuée de fines oscillations et d’harmoniques blessées. Il faut donc s’attendre à une musique venue du fond des abysses, rigoureuse et où ne résonne que le souffle. Parfois, néanmoins, quelques balayages de sons s’invitent créant ainsi une très joyeuse et fugace euphorie-anarchie.

                    Sur Plateau, Torben Snekkestad joue des saxophones ténor et soprano. Au ténor, il grossit l’harmonique, module la note et contrairement au disque précédent, avance pas à pas, renonce à la crispation tout en mettant en éveil sa grande connaissance des techniques étendues. Au soprano, son jeu circulaire, très influencé par celui d’Evan Parker résulte volubile, expansif. Parfois s’égosille, se joue des silences, sollicite sinuosité et clarté puis s’en va retrouver le chemin des souffles continus. Un solo admirable.

Sur The Reed Trumpet, Torben Snakkestad joue de la trompette avec un bec de saxophone. Tout commence par une sobre mélodie, épurée, solennelle, tendre, profonde et l’on croirait entendre Joe McPhee ici. Puis, les harmoniques gagnent du terrain. Le souffle se difracte, se sature, se fractionne. Le musicien progresse par grognements, vibrations connectées. Chaque pièce révèle un nouveau monde. Des mondes singuliers demandant concentration et plusieurs écoutes avant de nous être totalement familiers.

Luc BOUQUET

ENSEMBLE BERNICA

VAGABONDAGE

LATITUDES 5.4 LAT 4

Contact : cie.latitudes5.4@gmail.com

                    "Pistes" débute comme un morceau de Soft Machine, époque Allan Holdsworth, grâce à la guitare d’Eric Hurpeau et la section des vents à l’unisson. "Vagabondage" signé du pianiste Pierre Boespflug, évoque la noirceur de groupes comme Art Zoyd ou Univers Zero, avec des textes tout aussi sombres récités. L’ambiance se poursuit dans "Les portes de l’enfer", sa basse monocorde (Jean-Luc Déat), son thème éclaté soutenu toujours par des souffleurs créant une atmosphère quelque peu glaciale d’où émerge le soprano de Michael Cuvillon, avant une montée graduelle portée par le piano et les cuivres. "Eléments de caisses qui pètent" est dédié, vous aurez compris le jeu de mots, au pianiste britannique. C’est François Guell qui a écrit cet hommage qui débute tout en douceur, quelques notes de contrebasse et de piano, et le thème qui arrive lentement, à l’alto, qui se développe alors que le piano plaque les accords comme sait si bien le faire Tippett lorsqu’il joue le rôle de soutien. "222", pièce du pianiste, progresse en répétitions, avant la rupture vers un rythme haché et la voix quelque peu malvenue ; le morceau est sauvé par le trombone de Jean Lucas, entre Roswell Rudd et George Lewis. Le thème suivant parle du "continent oublié" et recadre le disque dans ce qu’il a de plus intéressant, à savoir une écriture à la fois souple et complexe, permettant l’expression de la rythmique (le batteur Christian Marotto), la réapparition de la guitare qui suit la ligne du piano, puis l’arrivée des cuivres. C’est aussi le titre le plus long (Guell), dans lequel Pierre Boespflug choruse longuement, laissant la place au tromboniste, puis au trompettiste René Dagognet, jusqu’ici assez discret, qui développe un fort joli solo. Après la reprise du thème, le groupe conclut ce qui constitue la pièce maitresse de ce disque.

"Clap" démarre comme une ritournelle, éclate puis se transforme en une charmante ballade qui se muscle au fur et à mesure de sa construction. "Mélissa" qui suit n’est pas la reprise d’un tube d’un chanteur pour minettes. Il s’agit plutôt d’un joyeux fourbi multicolore qui part dans tous les sens, se transforme en chuchotements, et rassemble les bribes et les morceaux éparpillés de chacun pour construire, sous la houlette de la contrebasse et du piano, un thème romantique à souhait,  rempli de nuances et finement ciselé. "Lady" est l’occasion pour son auteur, le tromboniste Jean Lucas, d’esquisser un air haut perché, que seul le piano, au début, essaye de rattraper, aidé ensuite par la basse, comme si ces instruments se cherchaient, puis le souffle des cuivres arrive à la rescousse. Enfin libéré de son carcan imposé par lui-même, le trombone se lâche et s’éteint, laissant la place. Les autres instruments se sont musclés, et le groove est lancé. Un vrai feu d’artifice. Magnifique. La conclusion de ce disque est signée par le guitariste. 1 minute 34 pour le retour au calme.

Philippe RENAUD

Michel HENRITZI / A QUI AVEC GABRIEL

KOYONAKU

Bam Balam Records  BBCD 041

                    Lorsque le soleil darde de ses rayons le crépuscule chuchotant, cela donne naissance à un duo magique, improbable et fascinant. Michel Henritzi, guitariste protéiforme croise le fer avec l’accordéoniste stellaire A Qui Avec Gabriel pour un disque captivant et d'une beauté ombragée. Le propre de la musique improvisée est de mener à des sentiers inconnus qui parfois peinent à se découvrir. Mais Michel Henritzi ouvre le disque au loin, d'une distance inquiétante, posant ainsi les bases de ce qui va être votre voyage habité durant 3/4 d'heures. Les guitares goupillées sous la réverbération imbriquent une architecture globale absolument parfaite pour que l'accordéon d'A Qui Avec Gabriel puisse déposer sa mélancolie déchirée. En quelques minutes, on pense comprendre où veut nous mener le duo, et puis la voix d'A Qui Avec Gabriel apparaît, majestueuse dans son apparat de chuchotements. Tout est ici à l'opposé de la démonstration. Les guitares de Michel Henritzi jouent la carte de l'espace sonore, l'économie des mots pour ne choisir que les bons, et les trémolos de « Ginza No Koi No Monogatari » ne sont pas sans rappeler le « Bang Bang » par Nancy Sinatra, alors que la voix nous glisse au creux de l'oreille une poésie féconde en émotions. Une fois de plus, la musique improvisée est une barque qui peut parfois se perdre au milieu d'un lac figé, mais qui peut, à l'instar de ce disque sublime, vous emmener, au travers de remous sinueux, vers une vague à la lumière incandescente. En effet, si les voix sont presque suggérées, elles n'en restent pas moins d'une rare intensité pour ne s'adresser qu'à vous, alors qu'une fois de plus, Michel Henritzi bâtit une structure sonore faite de silence et de fulgurances soudaines. Très souvent, les duos aboutissent à des disques où chacun y va de sa démonstration sans vraiment se préoccuper de ce que l'autre semble vouloir dire. Ici, plus qu'un dialogue, une alchimie se crée et procure la sensation d'être en présence d'un disque écrit pour vous porter aux cimes de la plénitude. Une langueur tournoyante s'installe peu à peu pour vous bercer d'une mélancolie parfois dissonante mais souvent en harmonie avec vous-même. L'accordéon est un instrument qui souffre d'une image un peu surannée, et pourtant, A Qui Avec Gabriel prouve ici que cet instrument exigeant peut poser de sublimes nappes à vous tirer des larmes torentielles. Pauline Oliveros a prouvé que l'accordéon pouvait aussi être de tous les combats expérimentaux, et en marge d'une musique par trop populiste. A Qui Avec Gabriel, bien que se démarquant de son travail, en est malgré tout une digne héritière et Michel Henritzi se met presque au service de cette musicienne exceptionnelle pour lui peindre un décor lointain mais haut en couleurs et ainsi la mettre en valeur.

                    Les voix et les rivages langoureux se bousculent comme sur le « Walking In The Shadows » où les accords se succèdent pour que Michel Henritzi construise un solo de guitare résolument rock alors que l'accordéon plaque inlassablement sa tristesse lumineuse. C'est un peu Neil Young au pays du requiem. « Dare Yorimo Kimi O Aisu » recèle quant à elle des arpèges acoustiques résolument magiques, et Michel Henritzi appose sa voix, en duo avec sa partenaire dans un seul et même souffle, comme pour diffuser de l'émotion à flots. Tout cela coule de source, sans discontinuer, pour surprendre à chaque frottement de corde, à chaque brassement d'air d'un accordéon toujours plus chargé en émotion. Il faut savoir tendre l'oreille pour entendre toutes les subtilités de la voix d'A qui Avec Gabriel qui oublie parfois de chanter, pour ne plus qu'insuffler une respiration musicale. Les influences de la musique Enka et cette musique terriblement originale s'entrecroisent et s'entrechoquent, comme si les terres japonaises et ibériques s'effleuraient tout à coup. « I'm not Similar To Anyone Else » porte clairement sur ses épaules les symboles de ce disque à part en abordant leur musique sous un autre angle. Michel Henritzi utilise sa guitare comme un instrument de percussions et A Qui Avec Gabriel jongle avec sa voix en produisant ce qui semble être des onomatopées, des souffles, et des mots guidés par l'émotion. C'est «Hoshi No Nagareni» qui ferme la marche sur un ton plus léger, distillant une berceuse immersive qui tranche avec le reste de l'album. La voix y est claire et le ton presque enjoué, comme pour rappeler que le disque est un appel au voyage dont la destination serait un bout de bonheur. La voix d'A qui Avec Gabriel se love alors autour de ces accords plaqués avec majesté, refermant ainsi un livre aux milles et unes pages écrites à quatre mains, avec un talent certain dans l'art de surprendre l'auditeur, de le charmer comme autant de serpents qui dansent, comme du Baudelaire en clé de sol, du rivage ensoleillé.

ESTHER

L’ENSEMBLE NAUTILUS

JOUE LA BRETAGNE DE GUY LE QUERREC

INNACOR INNA 11612

www.innacor.com 

                    Regards de Breizh sans les images de Le Querrec et vu en novembre en concert avec les images, ou plutôt les photos. C’était le 10 novembre à Nevers. Ce soir les photos prises dans les années 70/72 et en 78 pour le naufrage de l’Amoco Cadiz, énorme marée noire, des hommes armés de pelles, pioches, s’escrimant dans ce mazout visqueux vêtus de cirés, de bottes, certains n’ayant même pas de gants, dantesque ! D’autres photos de kermesses, de fêtes, de mariages, bref la vie, notre jeunesse, les Simca 1000, 4L, Estafettes… Un passé révolu. Tout cela d’une telle acuité que j’ai oublié la musique du clarinettiste et chef d’orchestre Christophe Rocher . Donc place à la musique sans les images. A Nevers, Hélène Labarrière remplaçait Frédéric Briet présent sur le cd (elle aussi d’ailleurs). Christophe Rocher joue le plus souvent dans le style de Louis Sclavis, deux autres soufflants sont présents – Nicolas Péoc’h (as) et Philippe Champion (tp, bugle). Ils rentrent dans la danse dans "Les hommes forts". "Carnets de noces" est une pièce bop-cool où excellent Céline Rivoal (acc) et Christofer Bjurström (piano), ainsi que Champion, ça danse encore, Jacky Molard (vl) invité chorise, l’ensemble assurant un tempo d’enfer. C’est bretonnant et ça swingue. "La marée était en noir", référence au naufrage, est une pièce sombre, emplie de tristesse, on revoit ces images horribles, Rocher soliste, Nicolas Pointard (drums) assurant le tempo (excellent, sur l’ensemble du disque). "Les gestes", typiquement sclavisien, enlevé, fait place à l’électronique discrète de Vincent Raude, pas encore cité. "Vacances", cubano, joyeux, Rocher à la clarinette basse et Champion, décalés, cools, très beau. Accordéon grave / contrebasse, une sorte d’intermède. Rocher (bass clarinette) dans "Marché aux bêtes" emmène l’orchestre, sons dissonants, changements de rythmes, avec au final un piano alternant notes sombres et silences. Duo sax – trompette dans "Diskan". La dernière pièce est jouée par l’ensemble où Rocher / Champion terminent le disque à la Mingus. On l’aura compris, le cd est bien, le spectacle complet bien meilleur. Faut-il privilégier le film à la musique ? Je pencherai pour la première solution, les deux étant néanmoins complémentaires.

Serge PERROT

Julien ALOUR Quintet

COSMIC DANCE

GAYA MUSIC

Juien Alour (tp, bg), François Théberge (ts), Adrien Chicot (p), Sylvain Romano (b) et Jean-Pierre Arnaud (d)

Sortie en avril 2016

Sorti du cursus classique du Conservatoire de musique et d’art dramatique de Quimper, Julien Alour rejoint l’IACP, où il étudie le jazz avec les frères  Belmondo. Il intègre ensuite le CNSMDP, joue et enregistre avec Eric LegniniMax PintoSamy Thiebault... et sort chez Gaya music, Williwaw en 2014, puis Cosmic Dance en avril 2016,

Alour a enregistré Williwaw et Cosmic Dance avec son quintet habituel composé de François Théberge au saxophone ténor, Adrien Chicot au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Jean-Pierre Arnaud à la batterie. Alour signe neuf thèmes et reprend « Think Of One » de Thelonious Monk.

Des chorus de bugle et de trompette brillants (« Cosmic Dance »), des solos de ténor pétulants (« Le bal des panthères »), un piano fougueux (« Parisian Cocotier »), une contrebasse et une batterie qui pulsent (« Big Bang ») : Cosmic Dance est un concentré d’énergie, même si, ça-et-là, des ballades bien senties (« Chrysalide », « Solstice ») viennent calmer l’impétuosité du quintet. Dans les traces du hard bop, les thèmes sont souvent exposés à l’unisson (« Black Hole In D »), les solos se succèdent, plus vifs les uns que les autres (« Super Lateef », bel hommage à Yusef Lateef), la walking et le chabada provoquent irrémédiablement un dodelinement de la tête (« Eternel »)…  

Alour et son quintet s’engouffrent avec enthousiasme dans un néo hard bop entraînant et parfaitement maîtrisé.

Bob HATTEAU

Michel EDELIN’S FLUTE FEVER ORCHESTRA

KALAMANIA

ROGUE ART 0070 - 2 cds

www.roguart.com

Dist. Improjazz

                    Ce double album de Michel Edelin présente pour l’un son travail en solo et pour l’autre sa formation orientée sur les flûtes, puisqu’elle comporte outre le leader deux autres utilisatrices de ce tube de métal si peu usité dans le jazz, ainsi qu’une invitée de marque en la personne de Nicole Mitchell. Juste renvoi d’ascenseur, puisqu’Edelin avait été invité dans l’Indigo Trio de la flûtiste américaine ("the Ethiopian princess meets the tantic priest", RogueArt 034).

                    Commençons par Domus, le second cd, donc en solo. Des compositions personnelles de Michel Edelin, à l’exception de Pannonica, bien sur signée Monk. Pour ce faire, il utilise toute la palette des flûtes "normales" à laquelle il ajoute quelques artifices électroniques ou des modifications techniques pour restituer une variété de sonorités originales. Le re-recording apparait ici et là, au cours des 17 pièces toutes relativement courtes, en se servant de couleurs pour les titres, passant du rouge au noir, du gris au jaune, du bleu au carmin. La pièce de Monk est elle jouée dans la tradition, respectueusement, avec un son de flûte basse tout à fait adapté pour apporter là aussi la couleur qui sied bien à l’atmosphère particulière du morceau. Il réutilise cette sonorité pour le morceau suivant, qu’il double à la flûte (piccolo ?) créant des sinuosités intéressantes ("This way please").

                    Le personnel du cd1 comprend donc 4 flûtistes, un bassiste (Peter Giron) et un batteur (le toujours jovial John Betsch et ses "Tambours chantants" comme l’écrit Bernard Aimé dans les notes de pochette). Et tout le monde chante. Les flûtes sont redevenues normales, alto ou basse, piccolo pour Nicole Mitchell. Mais plus besoin de re-recording. La rythmique donne le ton d’entrée, et conforte un environnement sonore bien étoffé. La suite s’intitule "The song of the mad faun", se décline en 9 pièces, et la pochette a le bon goût d’indiquer les différents solistes. Car la reconnaissance est bien sur impossible à percevoir, tant ces musicien/nes sont au sommet de leur art. Et un groupe avec quatre flûtistes, vous en connaissez beaucoup ? Le morceau introductif pose les jalons de ce qui va suivre, au cours des 11 minutes de son déroulement. Un passage par une musique plutôt ethnique, une "jungle joyeuse" où les soli des flûtistes s’enchainent sur un soutien énergétique du batteur dont le solo respire la bonne humeur avant un final groupé du souffle. "Obsession" laisse libre cours à Ludivine Issambourg, assez discrète jusqu’alors, pour un discours très fluide appuyé par Nicole Mitchell et Sylvaine Hélary, avant l’arrivée d’un chant a capella qui n’est pas sans rappeler certaines formations d’Afrique du Sud notamment. "Marche Solennelle des Aquaziquzs" est plutôt une ballade romantique dirigé par Nicole Mitchell avec le soutien de John Betsch. Michel Edelin ouvre "le chant du faune fou", une traduction moins poétique que le titre de l’album, en solo mais bien accompagné par Betsch et Giron, avant deux duos de flûtes survolés de la voix tantôt éructée à travers l’instrument, jeux de mots / de sons (le f, le z…) réintroduisant finalement la poésie. Retour à une forme plus classique avec "Somewhere about Here", morceau ponctué des pêches de Betsch sur lesquelles Nicole Mitchell délivre un flot de notes semblable par instant à un chant d’oiseau. "Flying drum" n’est pas, comme on pourrait le penser, un exercice réalisé par John Betsch. S’il introduit de manière militaire (un peu comme Baby Sommer) ce titre, c’est pour tapisser le chemin emprunté par Nicole Mitchell d’abord, puis en alternance les trois autres flûtistes dans une course libérée ; la voix une fois de plus vient enrichir d’autres couleurs le thème avec parcimonie. Là encore, les oiseaux de la faune ne sont pas loin. On retrouve un peu ce même état d’esprit dans le morceau suivant, avec cette basse répétée et un batteur très présent, aux cymbales notamment. "Totem" clôt cet album extrêmement compact et soudé, malgré la crainte que la formation aurait pu éventuellement susciter. La variété des sonorités permet d’éviter la lassitude, et pour reprendre les mots de Bernard Aimé "on entendra… une magistrale leçon de musique, à la fois subtile et sauvage… dans ces évocations sonores pourvoyeuses d’ineffable plaisir".

 Philippe RENAUD

PS : j’ajoute la photo des six musiciens pour embellir la toujours très stricte pochette RogueArt…


 

 Elisabeth COUDOUX

SOME POEMS

Leo Records LRCD  777

                    Un courageux album de violoncelle solo par une excellente musicienne auquel je souscris de tout cœur. Le titre : Some Poems. On a tous notre acception de la poésie, mais quelle musique ! Principalement des compositions, sauf deux improvisations libres pour les plages 1 & 8. Maîtrise de l’instrument et un beau travail sur le son. Re-recording aussi (shaken boundary conditions). Dans ces notes Kevin Whitehead cite une série quasi exhaustive de violoncellistes de jazz d’avant garde et d’improvisation, je pense à Jean-Charles Capon, Tristan Honsinger, Dave Holland, Abdul Wadud et Okkyung Lee qui m’ont particulièrement marqués. Il omet par contre Marcio Mattos, Albert Markos et Hannah Marshall, par exemple, et cite des violoncellistes que je n’ai pas encore eu le plaisir de découvrir. Fort heureusement, on retrouve chez Elisabeth Coudoux de nombreuses qualités propres à tous ces artistes et une capacité à faire sonner son violoncelle de manière expressive, grave, joyeuse, exploratoire, fugace, subtile …. qui va à l’essentiel. On trouve un magnifique éventail des possibles musicaux et sonores du violoncelle contemporain avec entre autres des accordages alternatifs. Une sorte d’anthologie passionnante de pièces bien pensées, subtilement travaillées et absolument convaincantes. Dans Sounding bodies, elle travaille sur un motif cadencé et répétitif à l’archet tout en en modifiant  presqu’insensiblement la qualité sonore quasiment à chaque coup d’archet. Impressionnant.  Les deux improvisations libres enregistrées témoignent de son expertise et de sa sensibilité en la matière. Derrière la brillance de l’exécution, il y a une véritable exigence musicienne. Elle joue régulièrement avec des improvisateurs tels que Philipp Zoubek, Mathias Muche, Daniel Landfermann, Nicola Hein et participe à  The Octopus un quartet de violoncelle avec Hugues Vincent, Nathan Bontrager et Norah Krahl (Subzo(o)ne LRCD 770). Ayant aussi écouté Vincent et Bontrager, rien que l’évocation d’un tel quartet, me met l’eau à la bouche. A suivre, à suivre, à suivre.Pour un premier album, c'est de suite l'excellence !!

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

 

Sur 3 duos avec

Urs LEIMGRUBER

 

Urs LEIMGRUBER / Alex HUBER

LIGHTNINGS

WIDE EAR RECORDS WER018 - 2015

www.wideearrecords.ch

 

Urs LEIMGRUBER / Andreas WILLERS

PALE WHITE SHOUT

JAZZWERKSTATT 170 – 2016

www.jazzwerkstatt.eu

 

Urs LEIMGRUBER & Roger TURNER

THE SPIRIT GUIDE

CREATIVE WORKS RECORDS CW 1062

www. Creativeworks.ch

 

                    Parallèlement à son exhaustive tournée avec Barre Phillips et Jacques Demierre, Urs Leimgruber a trouvé le temps de graver quelques pistes sonores avec différents musiciens, et notamment avec le batteur et compatriote Alex Huber. Quatre pièces pour un duo qui communie totalement dans l’improvisation. Le cadre est relativement classique : introduction du saxophone soprano (il joue également du ténor) par touches, souffle alternant avec l’expiration de l’air, des techniques entendues chez Steve Lacy ou Evan Parker. Mais Leimgruber possède aussi une sonorité qui lui est propre, entre notes aigues et éraillements, l’échelle est haute et les barreaux / barrières peu nombreux / ses. Ce large éventail lui permet de se promener à l’envi, entre flèches acérées et souffle continu, projetant ainsi une palette sonore multicolore, un arc en ciel sur lequel vient se poser la percussion charnue et foisonnante d’Alex Huber, qui fait plus que de suivre le saxophoniste. Bien sur, c’est Leimgruber qui mène la barque, mais le percussionniste possède le bon goût nécessaire, sachant s’arrêter lorsque le saxophoniste entre dans des passages étriqués et à la limite de l’audible, sachant aussi rebondir et appuyer lorsque la puissance remonte au maximum.

                    Avec le guitariste allemand Andreas Willers, la démarche est sensiblement la même, en tout cas pour le premier titre d’un cd qui en comporte dix, dont six variations sur "Entrance". "Entrance I", le morceau le plus long se termine par un saxophone scatté. "Entrance II" débute sur des sons d’oiseaux avant que le guitare ne prenne le dessus, puis le calme revient après la tempête pour introduire "Entrance III" au saxophone tortueux et une guitare saturée, avec frottements entre les cordes. La guitare devient parfois mélodique, sans excès, puis se désaccorde pour être rejointe par le saxophone suraigu de Leimgruber, délivrant ses sons avec parcimonie dans "Entrance IV" où la guitare s’amuse à jouer les percussions. Puis du suraigu Leimgruber, en continu, poursuit vers des contrées plus barbares à la limite de fréquences audibles alors que Willers nappe le terrain de notes en échos qui s’insinuent dans tout l’espace laissé libre. Certainement la partie la plus intéressante de ce disque au découpage somme toute factice, puisque l’œuvre se déroule dans la continuité. "Entrance V" sert de défouloir au guitariste, guitare à la Derek Bailey épaulée par un sax farceur, pour arriver à la conclusion de ce thème "Entrance", un dialogue acéré entre les deux improvisateurs, quatre minutes de connivence et d’écoute réciproque. Le second thème, intitulé "Face to Face", se divise en trois parties, et le discours change. Urs Leimgruber développe plus longuement un thème dans lequel se glissent des accents lacyiens,  alors que la guitare joue sur la tension des cordes, variations désaccordées et répétitives. Le titre avait déjà été utilisé pour un album du duo John Stevens / Trevor Watts, une formation réduite du Spontaneous Music Ensemble. Il porte d’ailleurs bien son nom, puisque les deux musiciens semblent se regarder dans les yeux pour un dialogue concentré et réfléchi. Chaque changement de direction se fait à deux, dans l’immédiat, chacun offrant une palette de jeu très large, dans les sonorités comme dans les techniques de jeu.

                    Et puis, dans la troisième partie de cette suite, les deux compères se lâchent  réellement. Guitare saturée, saxophone en souffle continu, ils bombardent littéralement l’atmosphère, un chaos complètement inattendu par rapport à ce qui a précédé, délire sonore d’une haute intensité avant un retour au calme auquel nous étions habitués auparavant. Enfin, en conclusion, "Face Out" permet à Urs de jouer avec les clés de l’instrument tout en susurrant dans le bec duquel s’échappent par bribes des sons auxquels répondent les cordes grattées par Andreas.

                    Cet album est une démonstration quasi parfaite de ce que ces deux musiciens sont capables de produire en toute intelligence. Passionnant d’un bout à l’autre.

Troisième duo, traité pas forcément dans l’ordre. Le label Créative Works avait, semble t-il, disparu des bacs ( !) depuis quelques années. Mike Wider, son fondateur, revient en force avec notamment ce disque enregistré lors du festival PiedNu du Havre, dont notre ami Joël Pagier s’est fait souvent le rapporteur. Enregistré en 2012, ce concert réunit, outre notre saxophoniste suisse, le batteur britannique qui doit jouer le plus souvent en France, à savoir Roger Turner, présent dans bon nombre de formations parfois durables, parfois éphémères. C’est Turner qui ouvre ce concert par des frottements sur les peaux pour faire entrer  le saxophone aigu de Leimgruber. D’ordinaire Roger n’est pas du genre à rester très calme trop longtemps, mais ici "chaque moment est rempli de la manière exacte décidée par chacun des musiciens. Il n’y a pas une once d’écart entre l’intention et l’action" (extraits des notes de pochette signées Pirmin Bossart). La concentration entre eux est extrême, et si chacun veut jouer ce qu’il a envie, il le fait toujours en fonction de l’autre. Par rapport à la première rencontre sax / batterie décrite plus haut, il est audible que l’on est ici en présence d’un vrai duo, d’une réelle connivence. Le concert ne dure que 39 minutes, hélas un peu court, mais il se déroule dans une telle délicatesse et intelligence que finalement, ce "guide spirituel" nous ouvre des portes cachées et insoupçonnées mais jamais en trompe-l’œil.

Philippe RENAUD

Sur 3 disques du label CIRCUM

 

WEI3

KALIKO

Jarry Singla : p-harmonium / Maciej Garbowski : b-elec / Peter Orins : dr-elec

                    Jarry Singla est allemand, pianiste et joue aussi de l’harmonium indien. Maciej Garbowski est polonais, contrebassiste et tâte aussi des electronics. Quant à Peter Orins, on le connait bien ici. Tous trois forment le Wei 3. Ici, la présence, le soyeux, l’harmonie, la consonance, les couleurs automnales. Ecrit comme ceci, on pourrait définir un trio comme il y en a tant aujourd’hui. Soit, un trio ennuyeux et soporifique. Sauf qu’ici, c’est tout le contraire. Entre chaleur, douceurs et electronics pénétrants, ce trio sait respirer et faire acte d’imaginaire(s). C’est un trio homogène flirtant parfois avec le méditatif sans oublier de pondre quelque superbe mélodie (Salutaris). Et le tout avec profondeur et inspiration. C’est un trio qui peut engager un latin jazz sans que l’on le remarque. Et c’est un trio où officie le pianiste Jarry Singla dont les denses suspensions ne sont pas sans évoquer le grand Joachim Kühn. A suivre…

Jeremie TERNOY –

Ivann CRUZ –

Peter ORINS

QEQERTARSUATSIAAT

Jérémie Trenoy : p / Ivann Cruz : g / Peter Orins : dr 

                    Se mettre en éveil. Rester en suspension. Garder les espaces dans son chant de vision. Fuir les fragilités. Faire fructifier l’attente. Rester acoustique(s). Se dévoiler peu à peu. Presser le mouvement. Avoir des fourmis dans les baguettes. Se ruer sur le cercle. Gambader sur l’ivoire. Faire de l’horizontalité un cosmos. Faire rougir les harmoniques. Greffer les harmonies. Adopter la brume. Plaquer l’accord. Lui laisser vie. Puis, s’éloigner. En vrac, quelques petites choses que savent magnifiquement activer Messieurs Jérémie TrenoyIvann Cruzet Peter Orins.

OUTRE MESURE

LA LIGNE PERDUE

Jean-Louis Morais : g / Marc Dosiere : tp-bugle / Jérôme Roselé : ts-fl / Olivier Verhaeghe : b / Charles Duytschaever : dr

                    Avec ses solides compositions, Outre Mesure cadre parfaitement avec un jazz français s’imitant lui-même depuis des décennies. Au début, une envie de détaler à toutes jambes. Par la suite, un solo de guitare nous interpelle : en voici un qui n’a pas peur de prendre la parole et d’embraser la portée de ses assauts fantasques. Et, peu à peu, influences rock aidant, la mauvaise impression se dissipe et on s’intéresse à ces emballements de souffles, à ces complexités rythmiques, à ces riffs dégradés, à ces drums diluviens (Charles Duytschaever), à cette basse pénétrante (Olivier Verhaeghe), à cette trompette voyageuse (Marc Dosiere), à ce ténor rocailleux (Jérôme Roselé) à ces solos hendrixiens (Jean-Louis Morais). Et à l’arrivée, séduits, on assume l’erreur initiale et l’on vous conseille chaudement cette ligne perdue.

Luc BOUQUET

Harald KIMMIG

Daniel STUDER

Alfred ZIMMERLIN & John BUTCHER

RAW

Leo records LRCD 766

                    Cette toute récente livraison de Leo Records consacrée aux cordes frottées (Trio Kimmig Studer Zimmerlin & John ButcherElisabeth Coudoux en solo et le quartet de violoncelles The Octopus) est un magnifique brelan de réussites. Raw place la musicalité, la richesse du son, la finesse du jeu et l’imagination au sommet. Vous connaissez (nettement) moins parmi les cordistes, le violoniste Harald Kimmig, le contrebassiste Daniel Studer ou le violoncelliste Alfred Zimmerlin, que par exemple, Barry Guy, Joëlle Léandre, Fred Lonberg-Holm, Mark Feldman ou Carlos Zingaro. Mais quelque soit leur valeur intrinsèque individuelle, et comme cette musique improvisée est essentiellement collective, vous pouvez vous dire que le Trio Kimmig-Studer-Zimmerlin, en matière de libre improvisation, c’est vraiment quelque chose d’unique ! Et ne croyez pas que John Butcher est venu s’ajouter pour faire monter la sauce. D’ailleurs, musicien particulièrement intelligent et expérimenté, le saxophoniste britannique s’insère dans le jeu des cordes comme un fabricant de sonorités, un explorateur de l’inconnu, plutôt que comme un « soliste invité ». Quand cet artiste intègre se détache du lot par son phrasé butchérien, cela vient à des moments-clés comme pour souligner la pertinence du chemin déjà parcouru, tel un signal visible dont la signification resterait secrète. On a droit ici à l’expression spontanée et (aussi) hautement réfléchie d’une forme aussi sophistiquée que sauvage de la pratique improvisée contemporaine. Chacun des cordistes relancent la dynamique, l’évolution des propositions, altèrent les sonorités et les timbres, transformant spontanément les paramètres du son d’ensemble au fil des secondes, parfois avec un goût bruitiste affirmé et ce qu’il faut de provocation. L’écoute attentive de cet album nécessite de repasser le compact sur la chaîne (au casque !) à plusieurs reprises pour commencer à en saisir les lignes de force, la subtilité des détails, ses occurrences sonores irrévocables, sa radicalité. On joue parfois avec des riens, souvent avec une gravité non feinte et un sens ludique à la limite de l’absurde. Ça gratte, fouette, frappe, dérape, scie, harmonise, secoue, glisse, vibre, plane, assombrit ou ilumine. On est très très loin de l’exercice de style ou de la mise en pratique d’un concept. Ces trois-là nous font entendre tout ce qui est possible avec une contrebasse, un violoncelle et un violon sans tenir compte du fait qu’ils jouent avec un saxophoniste ténor ou soprano. John Butcher réalise un travail absolument remarquable, hautement musical même si les amateurs de saxophone « free » (ceux qui suivent obstinément Brötz, MatsG, KenV, JoeMc, Evan mais évitent quasiment d’autres moins notoires) ne vont pas y retrouver leurs jeunes. Avec la notoriété qui est la sienne, John Butcher (un artiste très sollicité) pouvait se contenter d’un No Man’s Land créatif en jouant les utilités dans une kyrielle de projets. Il montre ici que trente années après que je l’ai moi-même entendu pour la première fois, il n’a pas cessé de se remettre en question et de jouer le jeu. Raw porte bien son titre car est ici en jeu la qualité Raw de l’improvisation libre. Exemplaire.

Jean Michel VAN SCHOUWBURG


Marcus STRICKLAND’S Twi-Life

NIHIL NOVI

BLUE NOTE

Keyon Harrold (tp), Marcus Strickland (sax), Mitch Henry (kbd), Masayuki Hirano (kbd), Kyle Miles (b) et Charles Haynes (d), avec des invites

Sortie en avril 2016 

Marcus Strickland fait partie de cette génération de musiciens virtuoses qui fusionnent tradition jazz, poly-rythmes groovy et éléments de variété noire américaine, à l’instar du RnB, rap, funk... Remarqué aux côtés de Roy HaynesJeff « Tain » WattsDave Douglas KeystoneLonnie Plaxico

Après At Last (2001) et Brotherhood (2003), enregistrés en quartet avec Jeremy PeltRobert Glasper et Brandon Owens pour Freshsound New Talent, Strickland forme son groupe Twi-Life et son label Strick Muzik au mitan des années 2000. Un premier album éponyme sort en 2005, suivi d’Open Reel Deck en 2007. En parallèle, Strickland monte un nouveau quartet avec David Bryant au piano, Ben Williams à la basse et son frère, E.J. Strickland, à la batterie. Leur premier opus, Of Song, est publié par Criss Cross en 2009, avec la participation de la harpiste Brandee Younger. Chez Strick Music, Idiosyncrasies paraît en 2009 (sans Bryant), suivi des deux volumes Triumph of the Heavy (2011). Mais c’est avec Twi-Life que Strickland retourne dans les studios pour Nihil Novi, qui sort chez Blue Note, le 15 avril 2016.

Strickland signe les quatorze titres et confie la production de Nihil Novi à Meshell Ndegeocello. Twi-Life est composé de Keyon Harrold à la trompette, Mitch Henry et Masayuki Hirano aux claviers, Kyle Miles à la basse et Charles Haynes à la batterie. Strickland fait également appel à la voix de Jean Baylor pour « Talking Loud », « Alive » et « Inevitable » et de nombreux invités qui interviennent au fil des morceaux.

Dès « Tic Toc », l’influence de M’Base est évidente : thème mélodieux, plans superposés, nappes électro, motifs de basse profonds et polyrythmie groovy. « Cycle », « Drive » et « Celestelude » s’inscrivent également dans cette lignée. Même si dans l’ensemble la direction de Nihil Novi reste cohérente, Strickland varie les ambiances. « The Chant » est une prise en public avec, toujours, ces mélodies entraînantes sur des percussions dansantes, teintées de funk. Une approche musicale qui se retrouve chez Ambrose AkinmusireKamasi Washington, voire Esperanza Spalding. La patte Ndegeocello... L’afrobeat s’invite également sur « Sissoko’s Voyage » et dans « Mirrors ». Deux textes-poèmes servent d’intermèdes : « Mantra », récité par Harrold, et « Cherish Family », par E.J. Strickland. « Truth » se déroule dans un esprit similaire, sur une ligne mélodique touchante, déroulée à la clarinette par Strickland. L’hommage éponyme à Charles Mingus est construit sur une série de contrepoints élégants soutenus par une rythmique enjouée. Quand Bayor intervient, la balance penche vers le RnB avec des arrangements soignés dans une veine variété classieuse.

Strickland a choisi le titre de son nouvel opus à bon escient : Nihil Novi – « rien de nouveau » – ne révolutionne effectivement pas le jazz, mais le disque est bien dans l’air du temps : des belles mélodies mises en relief par des arrangements efficaces et des rythmes puissants, le tout servi par des musiciens irréprochables. 

Bob HATTEAU

Toma GOUBAND

Mark NAUSEEF

Evan PARKER

As the Wind

Psi 16.01 

 

                    Réunis par Mark Nauseef pour une session d’enregistrement, les trois musiciens ont surpassé les espérances de ce qui est au départ un vol d’essai en trio suite à une collaboration commune au sein d’un ensemble plus large. Et donc, la musique intrigante, aérée et peu commune de As The Wind, enregistrée en 2012a droit aux honneurs d’une publication sur Psi, le label d’Evan Parker. Psi avait marqué d'une longue pause ses publications suite à la baisse catastrophique des ventes de CD’s et ne publiait plus que des rééditions, comme cet album solo d’Evan Parker, Monoceros. C’est dire que cette belle session à deux percussionnistes a vraiment convaincu cet artiste exigeant pour qu’il l'a publie lui-même. Toma Gouband joue des lithophones (percussions en pierres) disposées sur les peaux des tambours et les cymbales inversées d’une batterie pour obtenir une résonnance, alors que Mark Nauseef, utilise une panoplie d’accessoires et instruments percussifs métalliques (gongs, tam-tam, cymbales, crotales, cloches). Evan Parker joue uniquement du saxophone soprano et nous reconnaissons sa sonorité dès les premières notes, une contorsion d’harmonique, ce glissando si caractéristique qui n’appartient qu’à lui. Multiphoniques et respiration circulaire dans un lent balancement en apesanteur. Sonorité exceptionnelle et travail sur le timbre en délicatesse, sans tordre les sons, ni « mâcher » l’articulation de manière paroxystique comme il peut le faire en trio avec Schlippenbach et Lovens, Guy et Lytton ou il y a quarante ans (cfr The Longest Night / Ogun 1976). Les sons très fins des deux percussionnistes, terrien et pierreux de Gouband et aérien et vibrations cuivrées de Nauseef, flottent dans l’espace. Une très belle facette d’un minimalisme sensuel et secret. L’univers conjoint des deux faiseurs de sons frappés (et grattés,etc..) engage le souffleur à la limite du silence, traçant une épure du souffle, parfois évanescent (hm!), dévidant une spirale dans l’infini, faisant durer les notes dans l’éther. Je pense évidemment au duo de Parker avec Eddie Prévost, Most Material (Matchless MRCD33) et ici, les trois musiciens poussent encore plus fort la retenue, le flottement s’éternise. Une harmonique fantôme émanant d'un crotale rejoint le souffle sotto voce ... il arrive que les sons de MN et EP se croisent sans qu'on sache lequel des deux musiciens les a émis. De temps à autre, le souffle s’anime et les harmoniques s’enchaînent en se croisant de cette manière si caractéristique quelques moments et pour s’échapper à nouveau vers le silence et animer ensuite une autre idée, des cycles étirés, une ellipse magique... 

Voilà donc un album qui surprendra ceux qui connaissent Evan Parker pour son énergie inextinguible et son jeu complexe, explosif et tortueux au ténor et au soprano et leur fera découvrir une autre forme de percussion, basée avant tout sur les sons, les timbres et leurs couleurs plutôt que sur les pulsations et les rythmes. Absolument magnifique !!

Jean Michel VAN SCHOUWBURG



EARTH TONGUES

OHIO

2 cds n/n 006

www.neithernorrecords

Joe Moffett, Dan Peck, Carlos Costa

            Deux cds pour raconter une histoire en deux parties. Le premier cd s’ouvre sur les percussions de Carlos Costa, ce musicien italien exilé à New York, qui nous a déjà offert le séduisant "Strata" sur le même label dont il est à l’origine (Improjazz 221, janvier 2016, page 57). Des percussions seules présentes sur quasiment la moitié de cette première partie, avant d’être rejointes parcimonieusement par la trompette bouchée de Joe Moffett, dans un décor assez minimaliste, entrecoupé de silences, de ruptures, et dans lequel s’insère discrètement le tuba de Dan Peck. Les deux "souffleurs" utilise aussi chacun un lecteur de cassettes, assez difficilement perceptible ou reconnaissable dans cette ambiance plus que feutrée. Mais, petit à petit, le squelette s’épaissit, les langues de la terre se délient, le tuba gronde, la trompette éructe quelques éclairs sur un rythme métronomique ponctué de coups  lourdement frappés à la grosse caisse.

                    La seconde partie débute sur un frottement continu de cymbales, et l’on replonge dans ce minimalisme détaillé qui constitue la trame du premier disque. Des gongs apparaissent, les embouchures sont explorées avidement, le souffle se fait présent. Grincements, bruits d’eau, rugissements, le tout sur un tapis de frémissements remplissent et colorent un univers sombre à l’image de la pochette. Mais pas effrayant ; plutôt cérébral, sans tendance schizophrénique. Un paysage finalement apaisant, comme cette petite cascade qui rebondit sur les pierres entassées en vrac. Minéral.

                    Ohio est une expérience assez unique, d’approche assez peu aisée dans laquelle il faut pénétrer sans a priori. Une fois à l’intérieur, on se laisse emporter par un environnement musical peu orthodoxe et attachant.

Philippe RENAUD

Sur 2 disques avec Malcolm Goldstein

 

Malcolm GOLDSTEIN

Josh ZUBOT

Jean RENE

Emilie GIRARD CHAREST

MUSICA IN CAMERA : QUATUOR D’OCCASION

ETRECORDS ET22.

                    Présenté dans un modeste emballage en papier bleu gris avec un lettrage original par le label etrecords (ou & records), Musica in Camera par le Quatuor d’Occasion est une œuvre plus que remarquable, « enregistrée dans la chambre à coucher de Jean René », le violoniste alto (ou altiste) du Quatuor. Avec deux violonistes superlatifs comme Malcolm Goldstein et Josh Zubot et l’excellente violoncelliste Emilie Girard Charest, ce Quatuor d’Occasion investigue les possibilités sonores, harmoniques, interactives, intuitives dans des architectures mouvantes et avec des conceptions / perceptions raffinées du jeu des cordes frottées lorsque celles-ci sont confrontées aux particularités de chaque instrument et à celles de leurs instrumentistes respectifs. Chatoyant, austère, expressionniste, lyrique, complexe, débridé, spectral, introverti, détaché, les registres sont étendus, l’entente est omniprésente et cette science du glissando si particulière sidère. Les timbres sont travaillés jusqu’à la perfection, le jeu est entièrement spontané, rebondissant, spiralé, étiré jusqu’à l’outrance, le silence est approché au plus près après des secousses frénétiques. Certains passages de morceaux semblent avoir été écrits mais leur enchaînement avec des dérapages contrôlés fait penser que leurs airs sont générés spontanément. Sounding the Violin (LP de1979) de Malcolm Goldsteinest un témoignage inoubliable du « méta-violon » et ce Quatuor d’Occasion est à ce niveau. Un beau miracle musical composé de Miniature de 1 à 6 entre 1 et 2 minutes et de Morceau de 1 à 11  entre 2 et 5 ou 6 minutes. Un sens de la forme inouï qui convaincra les purs et durs de la musique écrite contemporaine. Je ne vais pas me lasser d’écouter cet album en boucle, ces cordes çà me changera du saxophone… Qualité voisine du fameux Gocce Stellari de Wachsmann Hug Mattos et Edwards produit par Emanem : donc le top !

http://www.actuellecd.com/fr/cat/et_22/

Jean Michel VAN SCHOUWBURG

Label pfMENTUM

 

Peter KUHN /

Dave SEWELSON /

Larry ROLAND /

Gerald CLEAVER

OUR EARTH / OUR WORLD

Peter Kuhn : as-ts-cl / Dave Sewelson : bs-sps / Larry Roland : b / Gerald Cleaver : dr 

                    Quasi-miraculé de la loft generation, Peter Kuhn forme avec Dave Sewelson un duo d’anches assez savoureux. Leurs entrecroisements croisent toujours ceux de Larry Roland et Gerald Cleaver. Free jazz alors ? Free jazz, oui !

                    Caisse claire super acérée, ténor rugueux, aigus casse-tympans, forgerons lumineux, longues et denses improvisations (25, 12 & 11 minutes), Lyrisme de l’un contrarié par l’autre, passe d’armes, rythmique en questionnement, joyeuse polyrythmie du batteur, contrebasse crépusculaire, observation avant action, suite dans les idées, suite dans le geste. Mais aussi l’art de s’effacer et de s’en aller sur la pointe des pieds. Ici : vibrantes vibrations. 

MORTALITY

MORTALITY

Michael Vlatkovich : tb / Dan Clucas : tp / Jill Toberson : french horn / Bill Plake : ts / David Riddles : bassoon-fl-ss-cl / Andrew Pask : as-bs-bcl / Bill Roper : tuba / Harry Scorzo : vln / Jonathan Golove : cello / Tom McNalley : g / Dominic Genova : b / Wayne Peet : p-cla / Carol Sawyer : v / Ken Park : dr

                    Mortality ou l’art de valser sur les tombes avec quatorze joyeux catafalques. Le tromboniste mène le bal : c’est logique puisque Michael Vlatkovich est le compositeur, le concepteur, le rassembleur et l’éminence grise de Mortality.

                    Mortality ou l’art de beaucoup répertorier : jazz et latin jazz, solos enfiévrés, voix passe-muraille, contrebasse baroque, empreintes lyriques, succubes et incubes, Zappa en embuscade, jazz lourdaud, excès répétitifs, cello inspirant, free jazz bien appliqué et un duo piano-trombone de très haute sensibilité pour finir.

                    Mortality ou l’art de vivre heureux en attendant la mort.

Michael VLATKOVICH

MYRNOFANT’S KISS

Michael Vlatkovich : tb / David Mott : bs / Jonathan Golove : cello / Christopher Garcia : dr

                    Et revoici Michael Vlatkovich, cette fois-ci à la tête d’un quartet sans contrebasse mais avec le violoncelle incisif de Jonathan Golove. Et c’est d’ailleurs ce dernier qui ouvre Myrnofant’s Kiss d’un solo pointilleux-périlleux (comment peut-on être pointilleux et périlleux simultanément me demanderez-vous ? Ecoutez et vous aurez la réponse). Vont suivre entortillements de souffles (jusqu’à perdre les points d’appuis), solos juteux, thèmes cinglants (souvent binaires), énergie et fluidité de l’ensemble. Zappa sera toujours en embuscade (a tree falls in the forest while an orange rolls in circles watching a pickle kiss a banana goodbye) et le baryton de David Mott se découvrira presque alto. Ajoutons une excellente prise de son à la charge de Peter Lutek et nous voici avec une musique qui sonne un petit peu comme les derniers World Saxophone Quartet. Sans quatuor de saxophones certes mais avec trombone, violoncelle, saxophone baryton et batterie.

Michael VLATKOVICH Septet

ASK 7

Michael Vlatkovich : tb / Ron Miles : cornet / Wade Sander : tb / Mark Harris : as-cl-bcl / Glenn Nitta : ts / Kent McLagen : b / Chris Lee : dr

                    Et revoilà Michael Vlatkovich. Cette fois-ci avec Ask 7, un disque qui traînait sur les étagères depuis deux ans (impardonnable, je sais !). Avec Ron Miles au cornet, nous savons déjà que l’on aura quelque chose à se mettre entre les oreilles : des graves soyeux, une admirable économie du geste et des sous entendus new-orléanais dont on ne se lassera jamais. Mais il faut aussi compter sur le roucoulant trombone basse de Wade Sander, les judicieux interstices de l’alto de Mark Harris, le trombone incisif de Michael Vlatkovich, le ténor avisé de Glenn Nitta et la discrétion assumée de la rythmique (Kent McLagen & Chris Lee).

Quant aux compositions, orchestrations et arrangements finement ciselés à la mode Mingus par le leader, elles participent d’une limpidité évidente et résultent éclairées d’un jazz sans aspérités, voire sans histoire… et cela, on peut parfois le regretter.

 

SATURN’S RIVAL

SATURN’S RIVAL

Maxwell Gualtieri : g / Susan Allen : harp / Richard Valitutto : p / Ryan Parrish : sax-fl / Anjilla Piazza : perc 

                                                                                                      Celui-ci aussi : deux ans sur l’étagère (impardonnable bis !). Faisons donc connaissance avec Saturn’s Rival (Maxwell GualtieriSusan AllenRichard ValituttoRyan ParrishAnjilla Piazza) à travers cet enregistrement qui semble être leur tout premier. Ici, quatre improvisations :

                    I : harpe urticante. La procession est timide mais, rapidement, ils haussent la ton. La saga tension-détente ? ici, j’en doute encore.

                    II : des flûtes encombrantes. Une guitare grouillante. Une sensation d’indéfini. Arrière plan anxiogène (les oiseaux d’Hitchcock ?) Un crescendo avec saxophone congestionné. Des insectes miséreux. On en est sûrs : ils savent essorer une forme. Tension-détente alors ? Le doute n’est plus permis : rien de tout cela ici.

                    III : bruissements d’ailes. Petits formats lancés au hasard. Dés décochés à même la terre.

                    IV : tambour concassant la pierre pour mieux la transformer en cendres. Des gargarismes sommaires. Définitivement inclassable.

                    Saturn’s Rival ? Un OVNI hors des tics de l’impro. Une bonne nouvelle donc. 

Quentin TOLIMIERI

PIANO

Quentin Tolimieri : p

                    Quelque chose de Cecil Taylor ici… Je sais le cliché est facile… mais cette félinité, cette manière d’aller très vite, cette impression de multitude. Les sept premières minutes de Pointlinesplanes donnent le ton. Va suivre Changing/Same, fourmillement continu et réflexif…et nous voici dans l’univers géométrique et répétitif de Colin Nancarrow. Le temps d’un shorty Shorty et nous baignons dans On the Green Dolphin Street : art de l’épure et du camouflage, nous avons affaire à un sacré client. La suite va nous donner raison : assauts et justes dosages, tourbillons, robustesse, fougues, ultravélocité, art des méditations réfléchies et des soubresauts monkien, exaltations, tempérament volcanique et enflammé… j’en passe et des meilleurs. Ici, un passionnant disque de piano solo. Ici, Quentin Tolimeiri, pianiste dont on reparlera. Assurément.

Luc BOUQUET

Sur deux disques des REMOTE VIEWERS

 

THE REMOTE VIEWERS

NOVEMBER SKY

RV13

Orkhêstra

Mark Sanders : b / John Edwards : dr / Sue Lynch : ts-cl / Caroline Kraabel : as-bs / David Petts : ts / Adrian Northover : ss-theremin

                    Toujours ces petites notes répétitives pour nous accueillir : aucun doute, nous voici dans l’antre céleste des Remote Viewers. Ambiances noires (même quand la quiétude trouve place), art de la répétition, saxophones affolés, harmonies détraquées, archet anxiogène : aucun doute nous voici dans l’enfer tellurique des Remote Viewers.

                    Combien de fois faudra-t-il le dire : les Remote Viewers ne ressemblent à rien de connu. Leur art est singulier. Des touches de musique répétitive certes, un chorus de soprano allumé qu’on pourrait héberger dans la grande famille du free, quelques autres points de repères bien sûr mais depuis Low Shapes in Dark Heat, ces allumés-là défient les styles, s’emploient à fructifier leur étrange musique. Le monde des musiques improvisées (malgré les présences de Mark Sanders & John Edwards) semble les négliger… Trop singuliers ? Trop inclassables ? Soyez curieux que diable ! Et ici, le bon vieux theremin des débuts refait surface. Alors pourquoi bouder nos plaisirs ?

THE REMOTE VIEWERS

NO VOICE FROM THE HALL

RV14

Orkhêstra

Sue Lynch : ts-cl / Caroline Kraabel : as-bs / Mark Sanders : dr-perc / John Edwards : b / Adrian Northover : ss-sps-theremin / David Petts : ts-noise generator

                    Départ sur les chapeaux à mille roues avec The Trouble with Fiction, jazz-funk insaisissable avec harmonies infectées et noise generator en surchauffe.

                    On continue avec No Voice from the Hall, suite en neuf parties. Ici se dédoublent les entrées : riffs en abondance, contrepoints anxiogènes, batterie pilonneuse, suspension en noise majeur, démangeaisons soudaines, tessitures atypiques, sifflements d’anches, saxophone alto (Caroline Kraabel) entre muscles et sépia, soprano ondulant et persistant (Adrian Northover), dérèglements assumés, ténor aux harmonies contagieuses (David Petts), furia des souffles… Et une impression prégnante : les RM, désormais, fouillent et creusent l’improvisation en profondeur.

                    Et pour finir (Screens & Uniforms), un rythme porc-épic avec harmonies exhaltées-crissantes (et sopranino allumé). Une nouvelle direction alors ? Il semblerait et celle-ci est on ne peut plus alléchante.

Luc BOUQUET

TOTEM /

Raphaël SAINT-REMY

DES ESPECES EN VOIE D’APPARITION

Editions le Chant du Moineau/label CASTA

Livre / cd

Dist. METAMKINE

Benjamin Bondonneau : gravures, clarinette, objets, electronique ; Jean Pierre Drouet : perc ; Géraldine Keller : voix, fl^te, électronique ; Michel Mathieu : voix, actions ; Raphaël Saint Rémy : textes, anches, claviers, électronique.

                    En se référant à Darwin et son Origine des espèces, Raphaël Saint Rémy nous présente une collection d’animaux imaginaires qui, par leur existence virtuelle et poétique, peuvent s’apparenter à l’espèce humaine avec chacun ses spécificités, qu’elles soient physiques ou psychologique, permettant un nouveau regard sur le monde qui les entoure, en en dénonçant les travers et en ouvrant des voies nouvelles encore inexplorées. C’est ainsi qu’au nombre de ces espèces ou trouve le Dar’win, le blaste, le dago, le frabac, l’inobar, le jobut,… (il y en a 113),  certaines très humoristiques, d’autres inquiètantes si on réfléchit un tant soit peu … prenez le Fédos : il s’enivre de ses propres faiblesses. Le babarnuk est l’enfant du tonnerre. L’Antovolo : on ne peut savoir à sa vue s’il est vivant ou mort… le tout à l’avenant. Le groupe Totem a décidé de raconter en paroles et musiques le rimiche (et ses douze variétés). Je ne vous en dis pas plus, allez illico vous plonger dans cet univers fantasmagorique qui laisse à réfléchir. Le livre présente également une série composée d’eaux-fortes signées Benjamin Bondonneau. Splendide.

Philippe RENAUD