Chroniques de disques
Octobre 2016

Rob MASUREK AND BLACK CUBE SP

RETURN THE TIDES : Ascension suite & holy ghost

Cuneiform Rune 399

 

 

                  Malgré son titre extrêmement explicite, ce disque pourrait tout aussi bien être un hommage à Frank Zappa et à Jimi Hendrix tant la texture et la construction des pièces, et même les titres, font références aux deux guitaristes (Oh Mother (Angels’ Wings), Return the tides, Let the rain fall upwards, Reverse the lightning). En fait, il n’en est rien : ce disque est un hommage puissant à la mère (Mother) de Rob Mazurek, décédée d’un cancer foudroyant, dont la musique a été écrite deux semaines après sa disparition. Cela démarre par un thème lancinant et d’une beauté pénétrante, répété en boucles alors qu’au fur et à mesure de son avancement les instruments viennent se greffer, en plus de l’électronique qui sert de liant. Ce premier titre sonne à la manière des Mothers of Invention, le cornet de Masurek remplaçant la guitare, avec une batterie fracassante donnant un tempo d’enfer. Les deux pièces suivantes nous replongent plutôt dans l’univers hendrixien, avec toujours cette force issue d’un quintet bien soudé, l’électronique permettant de rendre plus flamboyant les bidouillages issus des pédales d’effets de l’époque. Quant au quatrième titre, il nous transporte dans un autre monde d’allumés, celui de Daevid Allen et de sa bande, avec en guise de Didier Malherbe le saxophoniste soprano (mais pas que ça) Thomas Rohrer. Et lorsque le morceau semble terminé, il reste quatre minutes d’incantations bouddhistes, religion vers laquelle Rob Masurek s’est tourné, pour un final appelant à la paix et la sérénité. 

 

Philippe RENAUD


MODULAR STRING TRIO

ANTS, BEES AND BUTTERFLIES

Clean Feed

Sergiy Okhrimchuk : violon

Jacek Mazurkiewicz : contrebasse, électronique

Robert Jedrzejewski : violoncelle

Lukasz Kacperczyk : synthétiseur modulaire

 

 

                  Ces dernières années, on a aimé les violons libertaires de Frantz Loriot et Théo Ceccaldi. On aime aussi celui de Sergiy Okhrimchuk, dont la consistance râpeuse et les écarts de ton (à noter aussi un beau travail de mise en tension avec le violoncelle) m’ont fait songer à la bande originale composée par Bruno Nicolai et Ennio Morricone pour « L’antéchrist », décalque italien de « L’exorciste » dans lequel le réalisateur Alberto de Martino employait les grands moyens pour nous flanquer la pétoche. Mais nous sommes là pour parler de musique, pas de cinéma. Okhrimchuk, dont rien n’indique qu’il est le leader de la formation, ni qu’il ne l’est pas, se fait remarquer au sein d’un groupe chambriste dans lequel l’électronique se mêle adroitement, et pour tout dire superbement, aux cordes. Par ses sinuosités suspectes, ce violon a décidément quelque chose de diabolique, mais l’ensemble relève davantage de l’hypnose précautionneuse que du sursaut de frayeur ou du choc frontal. Le titre comme l’illustration de couverture tendent à indiquer une inspiration champêtre, mais l’écoute raconte une toute autre histoire. Le mieux est donc d’en croire ses oreilles. Ainsi, l’album devrait aller droit au cœur des amateurs d’orfèvrerie sonore, et nous distrait agréablement des sessions de jazzcore scandinave. Bref, il est heureux que de tels projets trouvassent à exister, et je serais chagriné qu’il passât inaperçu. Tout en acuité, un admirable quartette comme Clean Feed en découvre (et en fait découvrir) par brouettes, par le biais de sorties plus emballantes les unes que les autres. Car, outre qu’il illustre à merveille l’actualité de notables de la musique créative (Evan Parker, Fred Frith, Joe Morris, Roy Nathanson, Fred Lonberg-Holm, Daniel Levin, Tony Malaby, John Butcher, Mario Pavone et même Pharoah Sanders avec Rob Mazurek), le label donne leur chance à des formations plus fraîches mais non moins engageantes : citons les musiciens Kris Davis, Scott Clark, Bram De Looze, Dre Hocevar, et les groupes Twenty One Quartet, Renku, Protean Reality, 7e Continent… Et toujours ces affriolantes pochettes. Merci donc, et bravo. 

 

David CRISTOL


 Marcelo DOS REIS 

Luis VICENTE 

Théo CECCALDI 

Valentin CECCALDI

Chamber 4

FMR CD393-0615

 

                  Une belle musique de chambre pour trompette (Luis Vicente), violoncelle (Valentin Ceccaldi), violon et alto (Théo Ceccaldi) et guitare acoustique et préparée (Marcelo Dos Reis). La pratique de la musique classique et contemporaine n’est pas loin (les frères Ceccaldi) et l’idiome du jazz (Vicente) aussi. Une musique improvisée enregistrée à Ler Devagar à Lisbonne et de belle facture. Le trompettiste est lyrique à coup sûr, construisant une improvisation sur base d’une subtile échelle modale et les cordistes tissent une trame à coup de col legno en se référant aux gammes du souffleur. Quand celui-ci insère des pff pff dans la cadence, l’alto improvise en contrechant (Green Leafs) d’une mélopée invisible. Timber Bells propose une sorte de veillée funèbre scandée par la guitare préparée. C’est subtil, délicat, introverti ou poétique. En outre la combinaison instrumentale et l’arrangement des timbres, des sons et des lignes mélodiques sont exemplaires. L’essence de la musique, comme si elle avait été écrite avec des enchaînements d’événements sonores qui coulent de source. On ne va pas toujours écouter la sempiternelle formule souffleurs / basse / batterie et Chamber 4 offre ici une belle occasion à ne pas rater. Il n’est pas question de virtuosité affichée, ni des excès ludiques de l’improvisation libre per se ou l’exploration sonore radicale, mais plutôt d’une recherche formelle en créant des équilibres par un dosage minutieux réalisé en toute spontanéité dans une dimension contemporaine, free. Plusieurs procédés de composition sont utilisés créant des variations bienvenues pour les cinq morceaux de l’album.  La sobriété des instrumentistes n’exclut pas une intense expressivité sonore. Pour le trompettiste, qui se donne à fond dans Some Trees, c’est un écrin de rêve et d’une réelle intensité. La science du glissando de Valentin Ceccaldi, les cadences sur les cordes préparées de Marcelo Dos Reis contribuent à créer une belle tension. Wooden Floor, qui suit juste après, manifeste une belle retenue et se développe dans un drone tortueux. La trompette et le violon se nourrissent de leurs intervalles respectifs. La trompette s’écarte, le violon faisant entendre sa voix frontalement dans l’aigu soutenu par le violoncelle puis revient dans le grave hésitant pour tenir des tonalités microtonales et ensuite des sussurements et des gazouillis vers un son sale, le violoncelle s’enfonçant dans un grave indécis. Tout cela semble aussi minuté que naturel et organique. Un emboîtement de séquences plutôt que des dérives. Le résultat musical est une belle réussite avec pour chaque morceau une identité précise qui le distingue clairement des autres. J’ai un grand plaisir à découvrir et écouter ce Chamber 4 qui explore une voie intéressante de l’improvisation d’aujourd’hui. Original à plus d’un titre !!


Jean Michel VAN SCHOUWBURG


 Joe McPHEE

FLOWERS

CIPSELA CIP 005

www.cipsela-records.com

 

                  L’entrée en matière sonore se fait de manière imperceptible. Joe McPhee joue sur les clés de son alto, puis le souffle pénètre le corps de l’instrument de manière parfaitement contrôlée, même si la mise en place, voulue et recherchée, peut paraitre dissonante. Et puis, le Joe McPhee qu’on aime est lancé, présentation du thème, variations dessus, escapade de notes échappées puis rapatriées, modulées, attaquées à se transformer en plainte, montées de gammes déjantées, alternance du niveau sonore, faible ou craché pour surprendre l’oreille, et une attaque de l’instrument toujours aussi impressionnante. Chaque pièce (il y en a sept) est dédiée à un musicien souvent proche du saxophoniste, sauf la première qui concerne le peintre Alton Pickens. 

 

La seconde ne peut être que pour Ornette Coleman, dans un discours fluide et chargé d’émotion. "Knox" concerne le fondateur du festival de Willisau, Niklaus Troxler, auteur aussi des notes de pochette… le titre du disque est bien sur pour John Tchicai, des fleurs qui descendent du ciel par milliers en cascade en un flot ininterrompu et dense, la rage personnalisée sur les touches sont là pour rappeler aux auditeurs qui était le géant danois par sa mère et congolais par son père. Puis Joe McPhee se fait d’une douceur à peine perceptible, à l’image aussi du personnage en dehors de la scène. Mark Whitecage est "le siffleur", Joe le rappelle au début du titre qui lui est dédié. L’instrument utilisé comme un souffle, léger, à l’état quasi naturel, vierge de tout artifice, avant de développer un thème lui aussi très dépouillé qui va progressivement prendre du corps. Pour la dédicace à Braxton, McPhee débute au souffle continu, en boucles, comme l’indique le titre ("Third Circle"). On pense à un Evan Parker passé à l’alto, jusque dans les respirations nasales qui servent quasiment d’accompagnement rythmique tout comme la frappe sur les clés. Le son est suraigu, avec ses dérapages et ses variations faussement approximatives. L’ultime pièce, dédiée à Julius Hemphill, est en forme de rappel. Joe semble avoir épuisé le répertoire prévu pour ce concert enregistré à Combria, il nous délivre quelques secondes en slappant le bec de son instrument en s’aidant d’une percussion soutenue sur les clés. Tout est dit, l’album est magnifique d’un bout à l’autre, et pour une fois, ces Flowers là ne sont pas pour Albert…

 

 Joe McPHEE /

Jérôme BOURDELLON

OCTOBLUE

LABEL USINE 2016

jerome.bourdellon@wanadoo.fr

Dist. Les Allumés du jazz

 


                  Cet album, le troisième du duo Joe McPhee / Jérôme Bourdellon, s’articule autour d’un poème de Joe McPhee écrit après un concert du pianiste Cecil Taylor le 28 avril 1979 à New York. Voilà pour situer les faits. L’histoire d’Octoblue est celle de la traversée des noirs réduit en esclavage vers l’Amérique. Après une introduction  à la flûte, renommée Octobass flute, par Jérôme Bourdellon, l’entrée de Joe McPhee à la trompette de poche résume tout à fait l’ambiance : sur une base sonore construite à la flute, le trompettiste / saxophoniste américain déverse sa hargne et sa colère  face à l’avidité, la stupidité et la bestialité d’une société dite supérieure, qui se permet (Deep see Dancers) de balancer à l’eau les malades et les blessés, ni rentables ni négociables. Bourdellon répond à cette virulence par un jeu énergique sur les clés, par un slapping et une profondeur dans les graves d’une manière quasi solennelle. D’ailleurs la photo intérieure résume bien l’état d’esprit : Joe McPhee, que l’on connait pour son affabilité et gentillesse, pose à la manière d’un haut responsable de la cause noire, complétement hermétique et sûr de sa bonne foi. Bourdellon tente à la fois de le comprendre mais aussi par son geste amical (la main sur l’épaule) semble essayer de le retenir dans sa radicalité justifiée. Le poème, imprimé à l’intérieur de la pochette, est encore un hommage à Taylor, l’inverse du nom de son label (Unit Core) devenu Eroc Tinu. "The space is time, the spirit will not die". Un très bel hommage, un rappel de l’histoire, un fait de plus à ne pas oublier dans notre mémoire, une musique complètement en phase avec le texte. Merci à vous deux.

 

Philippe RENAUD


Jean-Claude (JC) JONES – Denis FOURNIER

WHATEVER IT TAKES TO MAKE A SOUND – CHACUN CHEZ SOI

Kadima

Jean-Claude Jones : g / Denis Fournier : dr

 

                  D’un côté, les résonnances des peaux et métaux de Denis Fournier. De l’autre, une guitare désarticulée (mais pas tant que ça) au folk improbable et coupant. Les deux se rejoignent : on se fourmille, on se cherche, on envahit le cercle (Jones), on le dénude (Fournier), on sélectionne l’espace et même en marée montante, on lui offre respiration et souffle. Et exaltation toujours.

Plus loin, ils rejoueront aux mêmes jeux, en trouveront de nouveaux : ils racleront, tinteront, s’opposeront, fomenteront quelques vifs breuvages, grésilleront et toujours resserreront l’étreinte. Court (40 minutes) et souvent magnifique.

 

Luc BOUQUET



 PALIMPSEST TRIO

STANZE

Pan y rosas discos 2015

Paulo Chagas, Silvia Corda, Adriano Orrù

 

                  Produit au Portugal et enregistré à Montserrat en Italie par cet excellent trio portugais (Chagas) / italien (Corda & Orrù), Stanze  nous fait entendre des improvisations travaillées, intériorisées, exploratoires et informées par la pratique de la musique contemporaine et de recherche. Silvia Corda a préparé son piano et se sert des cordes et des armatures de la carcasse de manière très personnelle et aisément reconnaissable. Une belle dynamique qui fait jeu égal avec ses deux camarades de manière parfaitement intégrée. Son jeu dans les cordages et la caisse avec des objets et des baguettes est sonore à souhait comme s’il s’agissait d’une sculpture sonore. Avec le contrebassiste Adriano Orrù, elle entretient une connivence au niveau des timbres, des accents, des sons. Celui-ci a une approche alternative de l’instrument, percussive, frotteuse, raclante, pointilliste. Le souffle du clarinettiste sopranino et du saxophoniste alto Paulo Chagas est pointu, volubile, lyrique dans une pièce, intériorisé et exploratoire ailleurs et n’hésite pas à s’égosiller dans la colonne d’air. Sa présence lumineuse constitue une contrepartie réussie au tandem Corda/ Orrù de manière exemplaire. Le Palimpsest Trio fait de la musique improvisée radicale en questionnant les paramètres de cette configuration instrumentale. Les neufs courts morceaux se réfèrent à la poésie : Prima Stanza, Aubade, Blank Verse, Enjambements, Coplas etc… et leur brièveté (entre 2 et 5/ 6 minutes) participent pleinement à leur imaginaire et à leur esthétique. Leur sens de la retenue et leur concision dans l’abstraction va de pair avec une énergie franche et une variété de sons  remarquable. La lisibilité des lignes individuelles rencontre l’interpénétration des sonorités, la gestuelle de l’improvisateur crée des sensations vibratoires qui font corps avec la musique.

Stanze : une approche sensible et organique qui tranche dans la grisaille surproductive du post-free.

 

Jean Michel VAN SCHOUWBURG



Joëlle LEANDRE

NO COMMENT

Fou Records

Improjazz

Joëlle Léandre : b-v

 

                  On s’interroge : pourquoi rééditer un CD publié voici quelques années à peine ? On vérifie pour confirmation : No Comment date d’une vingtaine d’années. Diable, on pensait que c’était hier !

Alors, on s’y replonge : l’archet taille le son, distribue polyphonies et caresses. Toutes voiles dehors, entre chocs et entrechocs,  l’archet étoile filante de Joëlle Léandre, immerge le bois et la corde. Il y a le calme, la respiration, la contrebasse grave et grondante. Ici, l’auditeur a la sensation de véritablement entendre la contrebasse : son épaisseur, sa légèreté, sa périphérie. Mais cela n’aurait jamais été possible sans l’océan Léandre, sans sa tendresse, sa folie, sa voix qui surgit des trippes. Et toujours cette polyphonie qui étreint, adoucit, entoure.

                  Pourquoi donc rééditer No comment ? Pour les p’tits jeunots qui n’étaient pas encore de ce monde il y a quinze ans ou plus simplement parce qu’il s’agit ici (du moins pour le moment) de plus beau, du plus profond, du plus intense disque solo de la contrebassiste aixoise ? Voilà, c’est ça ! Précisément.

 

Luc BOUQUET


Tony HYMAS

JOUE LEO FERRE

Nato

L’autre distribution

Tony Hymas : p

 

                  C’est le vieux Léo sonnant à l’interphone de la maison d’arrêt d’Avignon et demandant à dialoguer avec les prisonniers. C’est le vieux Léo hurlant « salope ! » à la fin d’avec le temps  lors de ses derniers concerts. C’est la mémoire et la mer qu’on se prend en pleine gueule et qui vous change la vie. C’est Léo qui…

                  Et c’est Tony Hymas qui joue Léo Ferré. C’est Hymas qui a reçu la rage, la tendresse, la nostalgie, la légèreté, la mélancolie du grand Léo. C’est le poignant qu’Hymas ressuscite. C’est Hymas qui ne retranche et n’ajoute rien à l’arpège. C’est Hymas qui « ravélise » c’est extra. C’est Hymas qui prend toutes les libertés de l’amour fou. C’est Hymas qui s’emporte, se retranche, se déleste. C’est Hymas qui enchaîne très vite les thèmes (comme Léo sur scène). C’est Hymas qui met la mélodie à nu. Et c’est Amour-Anarchie, toujours à portée de main et d’oreilles, qui s’en va rejoindre la platine CD.

 

Luc BOUQUET


TEZET RESET

ETHIODA

Armel Courrée (as, bs), Pascal Bouvier (tb), Baptiste Clerc (g), Daniel Moreau (kbd), Romain Delorme (b, synthé), Eric Durand (percu) et Julien Grégoire (d) avec Muyiwa Kunnudji (tp), Mac Singe (voc) et Maoré (voc).

Sortie en mars 2016

 

En 2010, le claviériste Daniel Moreau crée le groupe Ethioda pour reprendre des morceaux de Mulatu Astatke Ethiopian Jazz Groove sort l’année d’après. Dans Araray, qui sort en 2014, Ethioda ajoute des compositions inédites. Tendance confirmée avec Tezet Reset, publié en mars 2016 : tous les morceaux sont originaux.

A la base, Ethioda est un est un quintet constitué de Moreau, bien sûr, mais aussi d’Armel Courrée aux saxophones, Pascal Bouvier au trombone, Romain Delorme à la basse et Julien Grégoire à la batterie. Le guitariste Baptiste Clerc rejoint Ethioda à partir de 2013, suivi, en 2015, par l’arrivée du percussionniste Eric Durand. Sur Tezet Reset, Ethioda invite le trompettiste Muyiwa Kunnudji sur deux morceaux, et Mac Singe et Maoré pour une chanson chacun.


 

Neuf des onze morceaux sont signés Moreau, Courrée propose « Echi » et Clerc, « Opale ».  Comme à son habitude, Ehtioda prend soin de sa charte graphique : c’est toujours Tetovitch qui a conçu la pochette de Tezet Reset : sur un fond jaune, des motifs géométriques colorés qui évoquent les alphabets mandé...

Les titres évoquent clairement l’Ethiopie, à l’image des jeux de mots « (Satie a dit ça) Beba », « Pentatiopik » ou « Ethiodawa », et des références directes comme « Ambassel Groove » (un district de la région Amhara) et « Azmari » (griot en amharique), mais aussi le Burkina Faso : « Taaba » veut dire « ensemble » en moorè. 

Tezet Reset alterne les ambiances éthio-jazz (« Ambassel Groove », « Respecto », « Opale »), plutôt funky (« Azmari »), reggae (« (Satie a dit ça) Beba »), folk-rock (« Ethiodawa »), dans une veine africaine (« Taaba »)… Les mélodies sautent d’un riff entraînant (« Respecto ») à des tourneries aux accents folks (Ehiodawa »), en passant par des motifs exposés en chœur, un peu dans l’esprit d’Henri Texier (« Taaba »). La rythmique, bâtie sur des superpositions de percussions, fait la part belle aux poly-rythmes dansants (« Tezet Reset »). En dehors du flux scandé d’une voix chaude par Mac Singe (« Azmari »), du slam qui tourne au chant haut et expressif de Maoré (« Taaba ») et de l’intermède du piano a capella (« Reset Tezet »), il n’y a pas vraiment de soliste, mais plutôt des interventions dans la continuité des mouvements d’ensemble, comme les contrepoints des soufflants dans « Pentatiopik » ou l’orgue à la sonorité vintage (« Azmari »). 

Avec Tezet Reset, Ethioda poursuit son aventure dans les traces d’un éthio-jazz groovy ouvert aux influences afro-beat, rock et autres.

 

Bob HATTEAU


Thierry ZABOITZEFF

MULTIPLES DISTORSIONS

ARCHIVES 2005-2016

BOOSTER BTZ 122

www.zaboitzeff.org



                  Même si l’ex bassiste d’Art Zoyd poursuit son chemin dans les traces de son ancien groupe (qu’il continue d’ailleurs de citer sur la pochette), ces archives ne remontent qu’à l’année 2005, à des années lumières de l’originalité de ce groupe classé "Rock in Opposition" au milieu des années ‘70s. Mais, pour éviter une déception chez les aficionados du groupe, il faut préciser que l’esprit est resté le même, bien que Thierry Zaboitzeff soit désormais un groupe à lui tout seul. 

                  Peu de renseignements sur la pochette, juste le détail des titres et le timing, de manière à ce que l’on ne sache pas quand tel ou tel morceau a été enregistré. Mais cela n’a guère d’importance, tant, je le répète, la base sonore qui a permis de découvrir une nouvelle musique, une musique inouïe, est toujours là, une trame lancinante et répétitive sur laquelle se greffent plusieurs autres instruments parmi lesquels des percussions, des tubular bells, des guitares saturées (d’où le titre de l’album), et de l’électronique qui n’existait pas lors de l’enregistrement de la "Symphonie pour le jour où brûleront les cités"… 15 titres défilent ainsi, à écouter très fort, de préférence dans le noir (cela me rémémore une vidéo passionnante du groupe enregistrée dans le nord de la France),  un voyage dans le temps mais dans une expression moderne et futuriste.


Thierry ZABOITZEFF

16 – SIXTEENTH

BOOSTER BTZ 958

2012



                  En 2012 donc, Thierry Zaboitzeff avait produit toujours tout seul mais cette fois avec quelques intervenants selon les morceaux cet album un peu plus compact quant à la construction et la réalisation. Plus gutural aussi, dans une ambiance légèrement plus noire que celle d’Art Zoyd. Illuminée cependant par des arpèges et des glissandos quelque peu folk / progressif, avec une voix féminine sur quatre titres dont le très langoureux "Makes me Sleep". Après l’orage autour du manoir hanté, la volupté et l’innocence. Un très beau contraste vite brisé par un ouragan de sons inquiétants, un thème électronique à vitesse variable, des cassures et brisures, des OVNIs traversants, on imagine la présence de dinosaures et autres bêtes sympatiques, puis la musique s’engage sur un chemin qui grimpe, s’intensifie, rythme binaire arrêté net pour mieux repartir… et on se laisse emporter par ce tourbillon musical hypnotique, qui stoppe trop vite pour retrouver cette voix de soprano détenue par Isabelle Farmini, proche du kobaïen de notre cher Magma. Dans le morceau suivant, Zaboitzeff inclut une partie du fameux discours de Martin Luther King concernant son rêve, dans un environnement basé sur les percussions et l’électronique.

                  Thierry Zaboitzeff a décidé de poursuivre sa carrière tout seul, c’est tout à son honneur. Ses disques sont difficiles à trouver, comme dans la période de ses débuts, pour lui rien ne semble avoir changé. Raison de plus pour le contacter et lui passer commande.

 

Philippe RENAUD


DE L’ANCIEN DANS LE MODERNE

(ou le contraire)

 

QUATUOR MACHAUT

QUATUOR MACHAUT

Ayler

Improjazz, Orkhêstra

Quentin Biardeau : ts / Simon Couratier : bs / Francis Lecointe : as-bs / Gabriel Lemaire : as-bs

 

                 Réécouter la Messe de Nostre Dame de Guillaume de Machaut (la version du Diabolus in Musica d’Antoine Guerber chez Alpha devrait faire l’affaire) et se dire qu’on ne devait pas souvent rigoler au XIVème siècle (peste noire, famines, sécheresse, guerre de 100 ans). Quelques centaines d’années plus tard le Quatuor Machaut(Quentin Biardeau, Simon Couratier, Francis Lecointe, Gabriel Lemaire, tous saxophonistes) investit l’abbaye de Noirac et y retrouve les KyrieGloria et Sanctus de l’œuvre originale. Y rajoutant polyphonies et dissonances, y  adjoignant de vibrantes modulations, y dessinant de sobres anamorphoses rythmiques, Quentin Biardeau et ses amis ouvrent de nouvelles portes : le baryton se veut rugissant, le contre-point ne se cache point, l’abbaye devient ruche saisissante et on jurerait parfois entendre le Surman des premiers ECM. Les compositions de Biardeau, elles, s’ouvrent à d’autres visions : unissons tendus, tensions et alertes, polyphonies démembrées, sons tournoyant autour de la proie. 

A l’arrivée, amplitude et sérénité, invention et profondeur, sincérité et sensibilité habitent ce disque magnifique. De Machaut en aurait-il avalé sa soutane de chanoine ? 

 

Luc BOUQUET


 John ZORN

MADRIGALS

Tzadik

Orkhêstra

John Zorn : comp Jane Sheldon, Kristen Sollek, Lisa Bielawa, Melissa Hughes, Rachel Calloway, Sarah Brailey : v

 

                  Réécouter les madrigaux du XVIème siècle (les Madrigaux de Gesualdo par le Kassiopeia Quintet devraient faire l’affaire) et se dire que Palestrina, Gesualdo (un chouette gars qui assassina sa femme et fit assassiner l’amant de celle-ci) et Monteverdi ont eu raison de quitter le temple et les chants sacrés. John Zorn qui ne doute jamais de rien s’inspire des concerti delle donne et invite les Saphittes (Jane Sheldon, Kristen Sollek, Lisa Bielawa, Melissa Hughes, Rachel Calloway, Sarah Brailey) à interpréter ses deux premiers livres de madrigaux. Il s’inspire aussi du poète romantico-libertaire Percy Bysshe Shelley pour ses livrets. Et bien sûr, Zorn, qui ne doute vraiment de rien, y glisse quelques modernités : oscillations, dissonances, chromatismes appuyés, polyphonies enragées, éléments rythmiques continus, lignes de fuite, cavalcades vocales, axes répétitifs.  Et comme le charme des Saphittes agit d’emblée, on ne pourra que conclure ainsi : c’est admirablement réussi et recommandé à toutes et tous. 

 

 Pascale Van COPPENOLLE

DYNAMISCH

Tulipe Records

Pascale Van Coppenolle : org / Hans Koch : bcl / Jonas Kocher : acc / Hannah E. Hänni : v / Luke Wilkins : vln

 

                  Réécouter les improvisations à l’orgue de Rolande Falcinelli  et de notre cher Fred van Hove (les quatre grandes improvisations en concert pour la première et le Church Organ pour le second devraient faire l’affaire) et se souvenir que l’orgue a, de tout temps, frayé avec l’improvisation. Eh oui, c’est même l’une des caractéristiques premières de l’instrument. Etonnant, non ? Ici, Pascale Van Coppenolle propose un premier CD dans lequel elle interprète quelques thèmes issus de la Renaissance, de l’époque baroque et du romantisme. S’y déploient donc l’intimité pudique de William Byrd, les paisibles dissonances de Girolamo Frescobaldi, la profonde liturgie de John Bull, l’habile virtuosité de Jab Pieterszoon Sweelinck, l’imposante modernité de Johann Sebastien Bach et les chuchotements craintifs de Franz Liszt. Le second CD est consacré à la seule improvisation. La clarinette basse d’Hans Koch coince le brumeux dans ses clés avant de faire surgir quelques aigus perçants, l’accordéon de Jonas Kocher oscille entre fougue et horizontalité, la voix succube d’Hannah E. Hänni vagabonde aux quatre coins du temple allemand de Bienne tandis que le violoniste Luke Wilkins invite l’organiste à franchir quelques marches de plus sur l’escabeau de la libre improvisation. A l’arrivée, deux CD’s séduisants et particulièrement singuliers. Ne passez pas à côté. 

 

 Yves ROUSSEAU

WANDERER SEPTER

Abalone

Yves Rousseau : b / Xavier Desandre Navarre : dr-perc / Edouard Ferlet : p / Régis Huby : vln /Jean-Marc Larché : ss / Thierry Péala : v / Pierre-François Roussillon : bcl

 

                  Réécouter l’intégrale de Schubert prend beaucoup de temps. Contentez-vous de son Arpeggione (la version de Rostropovich et Britten fera l’affaire) et de ses sonates pour piano seul (celles de Wilhelm Kempff feront l’affaire). Yves Rousseau connait bien Schubert. Ici, il revisite le voyage d’hiverla truitel’arpeggione, la symphonie n° 8 et la jeune fille et la mort. Ici, tout est à sa place, les arrangements sont discrets, la perfection guette et le compositeur fait même de la pédagogie via les interventions parlées de Thierry Péala replaçant quelques-unes des anecdotes de la triste vie du compositeur.  Vous l’aurez deviné, Yves Rousseau participe, ici, du syndrome du parfait jazzman-compositeur érudit avec « compos à la française » (les moins courtois disent « sclavisseries »). Et vous l’aurez deviné, tout ceci m’ennuie. Le temps de goûter aux interventions inspirées d’Edouard Ferlet et de Régis Huby et voici que l’intérêt baisse. Et la mélancolique douleur de Schubert résultant gommée au profit d’une douceur indolente. Dommage…

 

Luc BOUQUET

 

WE FREE

STRANGE BUT TRUE

HÔTE MARGE 12

Dist. Improjazz

Pascal Bréchet : g, sitar, effets ; Colin McKellar : db, looper, effets; Thierry Waziniak : dr, perc.

 


                  Avec beaucoup de retard (l’album est sorti en 2014), voici que réapparait sur la platine ce disque de We Free. Réapparait, car il avait fait l’objet d’une première écoute à son arrivée, et puis envoyé à l’un de nos rédacteurs, il avait disparu de la pile. Thierry Waziniak a bien fait de me relancer il y a quelques semaines déjà, et j’ai donc ouvert un second exemplaire. Pour redécouvrir très vite le plaisir que j’avais ressenti lors de la première écoute. Un power trio comme on dit, sans leader malgré la présence en avant de la guitare de Pascal Bréchet. Cette musique est collective, dense et à l’image de ses titres : quasi hypnotique ("Strange but true"), musique hâchée menue ("In abstracto"), concrète ("Is"), avec un clin d’œil du côté de Soft Machine ("This is for you, but are you listening ?"), un Soft Machine très dépouillé d’ailleurs, sans ces nappes d’orgue qui liaient la sauce, au contraire un dépouillement de quasi mise à nu des trois partenaires qui forgent cependant un thème rempli de surprises et d’ingéniosité, avec une batterie complètement désaccordée apportant la profondeur voulue. Belle pièce. 

                  "Better than a slap in the face with a wet cod” est un thème qui s’étale sur neuf minutes avec une progression très lente et une insistance à chaque étape de cet avancement. Mais les musiciens prennent leur temps pour construire ce qui reste la pièce maitresse de cet album. A suivre une courte escapade vers l’éther, la zone évaporée de la musique qui débouche ensuite sur "Instabile", l’autre long morceau de l’album. Un à un les instruments arrivent, de manière faussement désordonnée tout d’abord, avant de s’imbriquer et trouver leur rythme, le rythme tout court d’ailleurs, chemin semé d’embûches pour y arriver. Y arrivent-ils d’ailleurs ? et cherchent-ils à y arriver ? rien n’est moins sur. En réalité, les trois musiciens se sont installés chacun dans leur bulle, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’écoute ni d’échange. Au contraire, chacun parait bien conscient de son rôle à jouer, et s’en tient là. Ce qui donne un grand moment de plaisir. 

                  Douze titres en tout, douze perles à savourer sans doute au mieux dans un confort moelleux et dans la pénombre, ou inversement à fond en plein air, pour en faire profiter la nature entière.

 

Philippe RENAUD

 

Sur deux disques avec Didier LASSERRE

 

 Didier LASSERRE – Thierry WAZINIAK

TWIGS

Label Rives

Didier Lasserre : dr / Thierry Waziniak : dr

 

                  Entourés de silence, Didier Lasserre et Thierry Waziniak réveillent les brindilles enfouies. Ils en choisissent trois. La première frôle à découvert les peaux et les métaux. Elle prend acte de la lenteur, elle tisse de paisibles mouvements. Elle s’étale, se présente nue, dit tout de la vibration.

                  La deuxième gagne en vitesse et libération. On cueille le coup et ce coup ils l’aiment rebondissant, enchanté, crocheté, caressant. 

                  La troisième retrouve l’antre des silences, la maison des frôlements intimes. Les strates résonnent, les métaux veulent s’éteindre. D’ailleurs, ils s’éteignent et s’effacent. Ainsi brindillaient Didier Lasserre et Thierry Waziniak le 5 juin 2015 à la Maison en bois. 

 

 Jean-Luc CAPPOZZO & Didier LASSERRE

CEREMONY’s A NAME FOR THE RICH HORN

NoBusiness Records LP25cm

dist. Improjazz

Jean-Luc Cappozzo : tp-bugle / Didier Lasserre : dr

 

                  Pas de complaisances. Pas de compromis. Mais une étreinte. Pas de stridences. Pas de frénésies. Pas d’assauts. Pas de saupoudrage. Pas d’entourloupe. Pas de vagabondage. Pas de futile. Pas de défi. Pas de hiérarchie. Pas de césures. Pas d’ombre. Pas de pénombre. Pas de procession. Pas d’appel. Pas de chutes. Pas de clairon. Pas de pleurs. Alors quoi ? Autre chose à trouver. Eux l’ont trouvé. Un chant, une cérémonie ? C’est eux qui le disent. Qui sommes nous pour les contredire ?

 

Luc BOUQUET

 

 BLACK BOMBAIN

& Peter BRÖTZMANN

L&L #078/SHH026 CD

Powered by CLEAN FEED 

 

                  Où s’arrêtra le label Clean Feed ? non seulement il continue de produire des albums sous son nom, mais en plus il s’occupe de sortir et diffuser d’autres labels portugais, comme ce disque à double tête où Peter Brötzmann magnifie de sa présence et prestance un groupe de free-rock dans la plus pure tradition de son Full Blast. 

                  En allant un peu à la pêche, car il n’y a aucune information sur la pochette, on s’aperçoit que ce disque ne figure pas encore sur le site du label Lovers and lollypops…avec très peu, voire pas du tout de noms connus au catalogue. On tente sa chance sur le site de l’autre label coproducteur du disque, Shhpuma. Là, on se retrouve en terrain un peu moins incognito… Thurston Moore, Fred Frith sont là, et même notre ami Foussat en duo avec João Camões (nous en reparlerons). Mais point d’information là non plus sur qui compose ce groupe Black Bombaim. En tout cas, le saxophoniste ne s’en laisse pas compter, débutant l’album comme à son habitude, c'est-à-dire au maximum, rejoint pas un guitariste, un batteur et un bassiste solides, et il nous déballe son discours free à fond tout au long de ces quatre parties. Pas de titre, juste quatre parties, une session enregistrée à 100 à l’heure, aucune fioriture. Et comme toujours, ça fonctionne avec le saxophoniste / clarinettiste. Rien à jeter.

 

Philippe RENAUD

 

THE INTERNATIONAL NOTHING

(and something)

THE POWER OF NEGATIVE THINKING

MONOTYPE RECORDS 0086

Monotyperecords.org

 

 

                  Tout d’abord, le silence… puis arrive les clarinettes, car ils sont deux à en jouer / Michael Thieke (à gauche) et Kai Fagaschinski (à droite). Vient se greffer le lourd et profond son du tom basse joué par Eric Schaefer. Il ne reste que la contrebasse de Christian Weber qui rentre dans le jeu, doublant la batterie. Mais nous sommes toujours dans la semi – perceptibilité. Le son est en première ligne. Point de réductionnisme, mais une approche très subtile d’une musique en évolution lente. D’ailleurs, dès le second morceau, la batterie entière est utilisée, la basse commence à gronder alors que les clarinettes poursuivent leur chemin fragile. Un rythme s’installe, le souffle arrive en vibrations, la marque de fabrique du duo de clarinettes composant et structurant leur propre langage de sculptures sonores multiphoniques, utilisant diffénts tons et fréquences. Cette fois, avec une rythmique (s’il est possible de parler de rythme ici) en appui, l’exposition encore plus assise et développée de leur musique est permise, ouvrant de nouvelles pistes certes non moins ardues mais plus libres. Tout est calculé dans l’interprétation de ces 7 pièces, rien n’est laissé au hasard, on frôle la musique contemporaine mais dans une autre variété de sonorités toujours reliées et imbriquées. Un travail esthétique d’une grande richesse, à l’image de ce que réalise depuis des années Michael Thieke, un oublié du devant de la scène. Il serait temps de le faire venir en France un peu plus souvent…

 

Philippe RENAUD

 

SMOKING HOUSE

NEBULA

KLARTHE RECORDS KRJ 006

www.klarthe.com

Christophe Girard : acc, comp; Anthony Caillet : euphonium, tp, fgh.

 


                  Formation peu usitée, Smoking House joue une musique toute en douceur, mélodique et belle. A l’exception d’un titre de Radiohead rendu acoustique, toutes les compositions sont signées de l’accordéoniste. Cette musique s’enflamme parfois ("Trypmique") grâce au trompettiste qui délivre un discours fluide et nerveux, sachant quitter la base sécurisante établie par l’accordéon pour s’échapper dans un solo vif et mordant. Mais la plupart ddu temps, les deux musiciens se suivent, se complètent, s’écartent au niveau de la sonorité pour mieux se retrouver, laissant néanmoins toute liberté à l’un comme à l’autre. L’accordéon égrène ses accords, tisse la toile sur laquelle Caillet vient poser la mélodie ou créer des climats dignes de musique de film.

                  Rien de révolutionnaire, mais un album agréable à écouter.

 

Philippe RENAUD