RARENOISE Records (distribution Differ-ant)

 

S’il est un label inclassable, c’est bien celui-ci. Adeptes de toutes les errances et hybridations, Free Nelson Mandommjazz,, Reflections in Cosmo, Summa et autre Led Bib sont là pour nous rappeler qu’il est encore possible de pousser pépé dans les orties.

 

Solidement ancrés dans la glaise, telluriques (lourde frappe du batteur), les trois de Free Nelson Mandoomjazz viennent d’Edimbourg en Ecosse. Métal avant-gardiste, free jazz allumé, ambiances mortifères, ces trois-là (Rebecca SneddonColin StewartPaul Archibald) taillent à la serpe une musique qui ne demandait que ça. Entre dégueulis de basse, riffs lancinants, inquiétudes pesantes, pensées anxiogènes, ils tournoient, guerroient (Rebecca Sneddon : saxophoniste particulièrement perchée) et invitent à quelques occasions deux amis souffleurs (Luc Klein & Patrick Darley) à venir les rejoindre : s’invitent alors un air de Remote Viewers binaire et singulier. Attention : venin dangereux !

FREE NELSON MANDOOMJAZZ / The Organ Grinder

 

 


On m’excusera de ne pas m’être replongé dans la messe Sancti Jacubi de Guillaume Dufay avant l’écoute du Mass de Bobby Previte. Maintes fois expérimenté, l’exercice consistant à moderniser une œuvre ancienne (ici très ancienne, Guillaume Dufay pouvant passer après Pérotin et De Machaut comme l’un des touts premiers compositeurs) donnera sans doute quelques boutons aux amateurs des deux styles. Métal lourd vs musique sacrée (Dufay composa aussi de nombreuses œuvres profanes), saturations vs polyphonies, dissonance vs consonance, Bobby Previte emprunte ici quelques mesures aux compositions pour orgue d’Olivier Messiaen. De grands écarts donc pour collages parfois hasardeux. A retenir toutefois l’excellent travail de l’ensemble vocal Rose et les solos enflammés des guitaristes Stephen O’Malley et Don McGreevy.

BOBBY PREVITE / Mass

 

 

Tout commence par une transe transgenre (guitare saturante, percussions explosives) accompagnée d’axes progressifs avec solos de guitare mordants (transgenre toujours). Suivent les effluves d’une Afrique oubliée, une plage hardcore méchamment découpée, une errance sans retour (présence remarquée du saxophoniste Kjetil Moster et des electronics de Balint Halmos), un OVNI punkoïde –et accessoirement allumé-, un canevas méditatif et questionneur, un hardcore rugueux… Ainsi naviguent avec un sacré panache le trio Summa (Adam Meszaros : g / Ernö Hock : b / Andras Halmos : dr), musiciens venus de Budapest. Enjoy !

SUMMA / Summa


 

Ils viennent d’Oslo. Le claviériste (Stale Storlokken) et le batteur (Thomas Stronen) jouent ensemble depuis une quinzaine d’années. Avec l’aide d’un saxophoniste (Kjetil Moster) et d’un guitariste (Hans Magnus Ryan), les voici à la tête de Reflections in Cosmo. Et ces quatre-là font du bruit. Certains les comparent même à Last Exit (why not ?). C’est du lourd donc. Binaire martelé et martelant, riffs statiques, sustain à tous les étages, essaim incontrôlable, art du zigzag vérolé, priapisme sonique, boucles répétitives et obsédantes, crescendos accomplis, free rock pénétrant : du lourd vous dis-je !

REFLECTIONS IN COSMO / Reflections in Cosmo

 


Ça groove de plus en plus chez Leb Bib (Pete GroganChris WilliamsToby McLarenLiran DoninMark Holub) et de manière de moins en moins lourde. Les altistes délivrent des solos à zébrures multiples, dérèglent les souffles. Les harmonies aiment à recourir à des passés « progressifs » (mais aucun cliché ici). Le plus souvent on « binarise » avec facilité et élégance. On note parfois quelques travaux dansants. Les claviers déterrent quelques sons d’outre-mondes. Les tempos s’accélèrent, les solistes s’invitent derviches tourneurs. La basse électrique et la batterie ricochent sur les parois. On renoue avec la fugue, le contrepoint. On délivre les rythmes. Les saxophonistes ne sont jamais surpris en délit de somnolence. On déroule le tapis rouge aux souffles retors. On désagrège la ballade (ça, ils savaient déjà le faire). Comme je le disais au début : ça groove et c’est bien là l’essentiel.

LEB BIB / Umbrella Weather


 

Hommage à Michael Gibbs. Bel hommage. Saveur de la trompette du Cuong Vu. Sustain intact de Bill Frisell. Discrète mais essentielle basse de Luke Bergman. Balais songeurs de Ted Poor. Art des espaces et des représentations. Ne dévoiler que le strict nécessaire (ECM sortirait ce genre de truc aujourd’hui que l’on crierait au miracle !). Les vieux copains en grande forme. Pas d’encombrements. Des ballades qui font sens. Harmonies célestes. On dirait le Sud. Langueurs texanes. Petites morsures. Intemporel et magnifique.

CUONG VU / Ballet (The Music of Michael Gibbs)

 

Luc BOUQUET