Fac-simile de l’affiche du dernier concert des Blue Notes à Cape Town en juin 1964

Affiche du concert du Chris McGregor’s Brotherhood of Breath à Willisau en janvier 1973

Affiche du concert du Chris McGregor’s Brotherhood of Breath à Rouen en mars 1975

Affiche du Jazz Heritage Project Tribute to the Blue Notes en janvier 2012

 

 

MONGEZI FEZA, LE PREMIER TROMPETTISTE SUD-AFRICAIN DE FREE JAZZ

 

 

 

 

Il y a 30 ans, Mongezi Feza mourrait à 30 ans[1].

 

Il était né en 1945 à Queenstown (Afrique du Sud). Il est mort le 14 décembre 1975 à Londres dans des conditions particulièrement dramatiques : parti à l’hôpital se faire soigner une dépression, il serait mort d’une pneumonie provoquée par l’absence de chauffage[2]. Ses amis, les autres Blue Notes, lui rendirent deux semaines plus tard, un magnifique hommage de plusieurs heures. Des extraits de cette session constituent le double album Blue Notes for Mongezi. Signalons que le jeune magazine musical « Atem » (c’était le n°2) connut alors son heure de gloire : paru à mi-janvier 1976,  il fut parmi les premiers à colporter la nouvelle de cette disparition en Europe continentale. Et, c’est avec cette mort que la malédiction s’abattit sur les Blue Notes.

 

Mais, revenons plusieurs années en arrière, en 1962, nous trouvons la première trace d’un enregistrement de Mongs dans les meilleurs moments du festival de jazz de Moroka-Jabavu. Il joue sur un seul titre dans le groupe du Eric Nomvete’s Big Five. C’est Pondo Blues écrit par le leader de l’ensemble. En septembre 1963, Mongezi ne fait toujours pas partie des Blue Notes : il appartient encore au Swingin’ City, un sextet dirigé par Ronnie Beer. Il joue bien dans The Castle Lager Big Band conduit par Chris McGregor, mais ce n’est qu’après cet enregistrement (Jazz - The African Sound) qu’il rejoint les Blue Notes, le 30 octobre très précisément.

 

A la fin du siècle dernier, il existait 16 enregistrements que Mongs joua dans leur intégralité. 12 d’entre eux sont concentrés sur les cinq dernières années de sa vie.

 

 

    

 

 

·         McGregor & The Castle Lager Big Band: The African Sound. Gallo (1963)

·         The Blue Notes: Live in South Afrika. Ogun (1964)

·         Chris McGregor Group: Very Urgent. Phillips (1968)

 

 

    

 

 

·         Friendship Next of Kin: Facets of the Univers. Goody (1969)

·         Brotherhood of Breath: Brotherhood of Breath. Neon (1971)

·         Assagai: Assagai. Vertigo (1971)

 

 

    

 

 

·         Assagai: Zimbabwe. Phillips (1971)

·         Brotherhood of Breath: Brotherhood. RCA (1972)

·         Matata: Independence. President Records (1972)

 

 

    

 

 

·         Dyani-Temiz-Feza: Rejoice Cadillac (1972)

·         Dyani-Temiz-Feza: Music for Xaba. Sonet (1972)

·         Dyani-Temiz-Feza: Music for Xaba. Vol.2Sonet (1972)

 

 

 

 

 

·         Brotherhood of Breath: Live at Willisau. Ogun (1973)

·         Dudu Pukwana: In the Townships. Virgin (1973)

·         Dudu Pukwana: Flute Music. Virgin (1974)

·         Dudu Pukwana: Diamond Express. Arista (1975)

 

 

 

 

 

Et, je ne compte pas ici le 45t qu’il a enregistré avec le Global Unity, ni les deux autres 45t faits avec le chanteur nigérian Tunji Oyelama et avec les Blue Notes. Et, ni même les participations ponctuelles, par exemple avec Robert Wyatt ou Henry Cow.

 

 

    

 

 

 

 

Mais, depuis 2001, ce ne sont pas moins de cinq CD (dont deux doubles) qui permettent de mieux cerner son jeu de trompette, trompette de poche le plus souvent.

 

 

    

 

 

·         Brotherhood of Breath: Travelling Somewhere. Cuneiform (1972, sorti en 2001)

·         The Blue Notes: Township Bop. Proper (1964, sorti en 2002)

Rappelons qu’il s’agit ici d’un CD bootleg qui présente la toute première séance des Blue Notes qui, quelques mois plus tard, allaient se produire en Europe créant la sensation au festival d’Antibes - Juan les Pins de 1964.

·         Elton Dean’s Ninesense: Live at the BBC. HUX (1975, sorti en 2003)

 

 

 

 

 

·         Brotherhood of Breath: Bremen to Bridgewater.  Cuneiform (1971, sorti en 2004)

·         Mongezi Feza: Free Jam. Ayler Records (1972, sorti en 2004)

 

 

Et, mes conversations avec Keith Knox, Hazel Miller, et Lars Rasmussen me laissent penser que nous n’en resterons pas là ! J’avais tout faux en écrivant cela à fin 2005 ! Pour tout vous dire, je pensais que :

 

·         Keith Know allait proposer des bandes inédites de Music for Xaba à la fin du siècle dernier. C’est finalement Okay Temiz qui les possède à présent. Et, elles ne sont donc toujours pas sorties !

 

·         Hazel Miller se posait la question de la commercialisation (ou non) de la musique enregistrée et inédite du Brotherhood of Breath avec Mongs. Elle hésite toujours pour cause de mauvaise qualité des enregistrements. De plus, Chris McGregor n’en était pas satisfait sur le plan musical.

 

·         Lars Rasmussen avait des bandes d’un duo Johnny Dyani – Mongezi Feza. Il les a données à Matthias Winckelmann, le propriétaire du label Enja. Lorsqu’il lui a offert, Lars Rasmussen faisait partie d’une association qui œuvrait pour le rayonnement de la musique d’Abdullah Ibrahim. L’un des autres membres éminents de cette association s’appelait Matthias Winckelmann. Nous étions à l’époque où Abdullah Ibrahim enregistrait sa musique sur Enja.

 

J’espère simplement que ces titres où figure Mongs sortiront bien un jour ! Mais, la surprise est venue du label américain Cuneiform qui, encouragé, j’imagine, par les succès de ses trois sorties du Brotherhood of Breath (Mongs ne figure pas sur la dernière en date, Eclipe At Dawn, enregistrée à Berlin en 1969), a sorti une production live du groupe Isipingo, Which Way Now. Cet ensemble composé de six membres – trois sud-africains et trois anglais – était dirigé par le très regretté Harry Miller. Cette formation connut de nombreux changements de personnel au cours des années 70 : seule l’association du leader avec Louis Moholo-Moholo et Mike Osborne fut permanente.

 

 

    

 

 

Au moment de la sortie de Which Way Now, plusieurs chroniqueurs d’Improjazz avaient salué en termes des termes on ne peut plus élogieux cet album. En ce qui me concerne, je le considérais comme l’album de cette année 2006 et en tout cas, d’une qualité supérieure au CD Full Steam Ahead sorti en 2009 par le regretté Mike King. Pour compléter la sortie tardive d’albums sur lesquels la trompette de poche de Mongs fait des miracles, citons celui de Robert Wyatt, Live at Theatre Royal Drury Lane. Cet album réalisé en 2005 sur le label Hannibal du divin anglais faisait suite aux épouvantables enregistrements pirates LP comme CD.

 

Ajoutons que le nombre de compositions de Mongezi Feza que ce formidable trompettiste et flûtiste joua lui-même, se compte sur les doigts d’une seule main : Sondela, Sonia, Flute Music, Mad High et You Cheated Me.

 

Je n’ai (toujours) pas été capable de mettre la main sur une version jouée par son créateur du fameux You Ain’t Gonna Know Me ‘Cos You Think You Know Me. Par contre, nombre de musiciens ont repris ce thème : comme Louis Moholo-Moholo, The Dedication Orchestra, Zim Ngqawana, Ezra Ngcukana, l’ensemble Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo & Canto General + Viva La Black et l’Étau de Jean-Noël Cognard.

 

 

   

 

    

 

 

Et, d’autres lui ont rendu hommage tels Archie Shepp (en duo avec Abdullah Ibrahim), Evan Parker, Hotep Idris Galeta, Keith Tippett et, les Blue Notes, donc. 

 

   

 

 

En dehors des compositions à 3 de Music for Xaba (Mongs fut particulièrement à l’aise dans ce groupe) ou bien à 6 du seul album qui, formellement, lui est attribué (en fait, il s’agit de deux invités – Mongezi Feza et Okay Temiz - du quartet de Bernt Rosengren lors d’une séance d‘improvisation en 1972), ce fut tout.

 

La diversité des styles pratiqués par Mongs est impressionnante :

 

·         tout d’abord, mbaqanga (notamment dans le CD pirate enregistré avec les Blue Notes) ou bien jazz ellingtonien (le LP enregistré par Chris McGregor et le Castle Lager Big Band),

·         ensuite, il passe, ponctuellement, du funk (l’enregistrement avec Matata, produit pour la petite histoire par Joe Mogotsi, un des quatre chanteurs des Manhattan Brothers, LE groupe vocal masculin d’Afrique du Sud,

·         et surtout, au free jazz. Citons à cet égard, l’excellent vinyle du groupe de Chris McGregor (Very Urgent), le 2CD d’Ayler Records et les deux premiers enregistrements du Brotherhood of Breath du label Cuneiform. Sans oublier les participations au jazz progressif anglais, l’album intemporel Rock Bottom, par exemple

 

Je ne suis pas un spécialiste de la trompette de jazz, mais il fut souvent comparé à Don Cherry. J’ai surtout le sentiment d’une réelle originalité notamment du fait de ses très courtes phrases délivrées en chapelet. C’est en raison de celles-ci que quelques critiques de jazz citèrent, plus justement à mon sens, Dizzy Gillespie parmi ses influences.

 

Je laisse au créateur de Rock Bottom (peut-être le plus beau solo de trompette – enregistré en re-recording - de Mongs de ce qui restera comme le disque à emmener sur une île…) le mot de la fin :

 

Thank you Mongezi Feza. (…) I’m still living off the heat

Robert Wyatt. Notes de pochette de Ixesha par le Dedication Orchestra. Octobre 1994

 

Olivier Ledure, article initialement paru dans Improjazz #120 en novembre/décembre 2005, actualisé le 27 juin 2017.

 

·          

 

Pour cet article, je me suis aidé de la documentation suivante :

 

·          Lars Rasmussen : Mbizo. A book about Johnny Dyani. The Booktrader. Copenhagen. 2003

·          Lars Rasmussen : Jazz People of Cape Town. The Booktrader. Copenhagen. 2003

·          Lars Rasmussen : Cape Town Jazz. 1959-1963. The Booktrader. Copenhagen. 2001

 

 

    

 

 

·          Improjazz. N°60. Novembre-décembre 1999.

L’édition de cette édition sous la houlette d’Hazel Miller livre les chroniques de la totalité (d’alors) du label Ogun. Deux photographies par Horace (p25) et Thierry Trombert (p31).

·          Maxine McGregor: Chris McGregor and the Brotherhood of Breath. Bamberger. Flint. 1995

·          The Wire. N°12. February 1985.

Ce magazine anglais présente un dossier qui s’intitule Afro Jazz : Evolution and Revolution (pages 24- 43).  Ce dossier est compilé par musicien. Celui concernant Mongezi  Feza se situe page 32 et présente cinq photographies réalisées par Jak Kilby.

 

 

    

 

 

et me suis régalé de revoir combien ce musicien réservé devenait un lion en furie, sa bouche déformée par une seule poche bien ronde ; les livres présentés ci-dessous contiennent des photographies de Mongezi Feza (seul le photographe est cité)

 

·          Guy le Querrec : Jazz.  Light and Day. Federico Motta. (Italy). 2001 (page 85)

·          Jurgen Schadeberg : The Black and White Fifties.  Protea Book House.  Molenpark (South Africa). 2001 (page 24)

·          Basil Breakey. Beyond the Blues. Township Jazz in the ‘60s and ‘70sDavid Philip. Claremont (South Africa). 1997 (pages 34 et 35)

·          Jak Kilby (Ian Carr) : Music Outside. Contemporary Jazz in Britain. (United Kingdom). 1973 (après la page 116)

·          Valerie Wilmer : The Jazz Scene. Hamlyn. (United Kingdom) 1972 (pages 100 et101)

 

 

    

 

 

              

 

 

 

 

Recto et verso du flyer de la première venue en Europe (le vendredi 24 juillet 1964) des BLUE NOTES



[1] C’était la phrase écrite en 2005. Maintenant, il faudrait ajouter pratiquement 12 ans au premier « 30 ans ».

[2] Voir Improjazz #192 où Evan Parker m’a raconté les circonstances précises de la mort de Mongs.