1er colloque du CRITIC

Creuser jusqu'où
? Les limites de la croissance

13 mai 2013 - HEC Montréal

Forêts, eau douce, minerais, rivières, faune sauvage, gaz de schiste, pétrole, terres fertiles, paysages grandioses : autant de « ressources naturelles » présentes en grande quantité sur le territoire québécois et dont la « gestion » fait aujourd’hui l’objet de débats de plus en plus vifs. Un nombre grandissant de Québécoises et de Québécois semble se préoccuper de l’utilisation de ces richesses collectives. En témoignent notamment l’opposition virulente au projet d’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent ou les critiques nombreuses dont le Plan Nord (même "pour tous"!) est la cible. Toutefois, l’essentiel des inquiétudes qui sont exprimées par les habitants de la Belle Province porte sur les conditions d’exploitation de ces « richesses ». Les questions qui sont posées se réduisent le plus souvent à celles-ci : qui va vraiment profiter de ces ressources? Comment ne pas faire trop de dégâts en les mettant à profit? Est-ce le bon moment de les exploiter?

Et si, au lieu de se préoccuper de la bonne façon de partager ce « gâteau » (sans trop salir la nappe), on s’interrogeait plutôt sur la pertinence même de le consommer? Le harnachement de nouvelles rivières, l’exploitation de nouveaux gisements de pétrole et de minerais, l’utilisation de nouvelles sources d’énergie non-renouvelable, l’ouverture au tourisme de nouveaux territoires, l’intensification des cultures et de l’élevage animal : en avons-nous vraiment besoin? Ne s’agit-il pas d’une fuite en avant, sur un chemin qui ne mène nulle part, sinon à la destruction pure et simple de notre habitat terrestre et de nos sociétés? Telle est la question que nous voudrions soulever et aborder dans le cadre de ce premier colloque organisé par le Collectif de Recherche Interuniversitaire et Transdisciplinaire sur les Impasses de la Croissance (CRITIC).



Programme

10h: Mot de bienvenue et introduction du colloque

10h15: Les habits neufs de l’extractivisme

      Ariane Gobeil : Vers un néo-extractivisme à la québécoise ?

      Chantal Gailloux : Les Organismes de Coopération Internationale au service de l’industrie minière

      Philippe Blackburn : Exploitation des ressources naturelles et urgences humanitaires en Afrique Centrale

11h45 : Pause déjeuner

12h45 : Remises en question de la marchandisation de la planète

      Charles Beaudoin : Industrie minière et contestation populaire. Le cas de Sept-Îles

      Martin Hébert : Les temps de crise ouvrent-ils les esprits ? Réflexions sur le secteur forestier québécois au terme d’une décennie de tourmente

      Paul Sabourin : Croissance économique ou décroissance économique : le degré zéro d’une appropriation sociale de l’économie

14h15 : Pause café

14h30 : Quelles alternatives à l’exploitation industrielle de la nature ?

      Jonathan Durand-Folco : Les trois significations du Plan vert : modernisation ou dépassement du capitalisme ?

      Émilie Bernier : « Pour la ruine du monde ». Les ambivalences de la métaphysique moderne de l’agir

      Layla AbdelRahim : Qu'est-ce que l’économie civilisée? Recherche sur le principe ontologique de l'effondrement économique et écologique

16h : Pause café

16h30 : Creuser jusqu’où ? Synthèse et poursuite des discussions

      Table ronde avec Serge Mongeau, Jacques Fortin et Alain Deneault

17h30 : Fin du colloque


Comité scientifique

Yves-Marie Abraham, sociologie, HEC Montréal

Andrea Levy, histoire/sociologie

Louis Marion, philosophie

Hervé Philippe, biochimie, Université de Montréal



Appel à communication


Les débats qui entourent l’usage des « ressources naturelles », au Québec comme ailleurs, s’enferment généralement, et de manière souvent implicite, dans une perspective croissanciste que l’on peut résumer ainsi : 1) la croissance économique est un moyen indispensable d’améliorer le bien-être de l’humanité; 2) l’exploitation des « ressources naturelles » qui sont à notre portée est un facteur de croissance essentiel ; 3) il est donc nécessaire d’exploiter ces « ressources ». Les désaccords portent sur la manière de les utiliser et d’en répartir les bénéfices, mais pas sur le fait même de les exploiter ou non. La croissance ne se discute pas. Nous pensons au contraire qu’il est urgent d’en discuter, et cela pour au moins deux raisons :

  1. Une croissance infinie dans un monde fini est rigoureusement utopique. Malgré la tertiarisation de nos économies et leur « dématérialisation » partielle, l’épuisement de nos ressources naturelles et la dégradation de la biosphère se poursuivent, et même s’accélèrent. Les progrès technologiques susceptibles de réduire la consommation de ces ressources ont tendance au contraire à l’intensifier – c’est le principe de l’« effet rebond ». Par ailleurs, aucune solution technique n’existe à ce jour pour nous libérer de notre dépendance aux énergies fossiles tout en préservant la croissance économique. Enfin, les possibilités de compenser la destruction du « capital naturel » par du « capital artificiel » sont évidemment limitées : il n’y a pas de substituts à de l’eau buvable, de l’air respirable, de la terre fertile!
  2. La croissance économique de ces dernières décennies n’a pas été un facteur de progrès social en Occident. Seule une minorité en a profité sur un plan financier. Globalement, notre habitat est de plus en plus pollué, notre alimentation de moins en moins saine, nos sociétés de plus en plus inégalitaires. La course à la production de marchandises, à laquelle nous sommes contraints de participer sous peine d’exclusion sociale, s’avère épuisante, aussi bien individuellement (dépressions, burn out,…) que collectivement (anomie, tensions sociales,…). Par ailleurs, cette croissance n’a été possible qu’au prix d’un recours massif à l’endettement et à des machines, dont nous sommes sans cesse plus dépendants; deux phénomènes qui rendent caduque toute prétention à exercer notre souveraineté, c’est-à-dire à être maîtres de nous-mêmes.
Voilà pourquoi nous pensons qu’il faut débattre non plus des moyens de continuer à croître, mais des façons d’échapper à cette logique mortifère. Et c’est dans cette perspective que nous souhaitons mettre en question la poursuite de l’exploitation industrielle de« nos ressources naturelles ». Cet ensemble d’activités reste absolument nécessaire à la croissance économique, y compris dans le cas de la fameuse « économie du savoir », et se trouve par ailleurs étroitement mêlée à la plupart des effets pervers et des conséquences inacceptables de cette croissance. Ce premier colloque du CRITIC doit être l’occasion de faire le point sur l’ensemble des problèmes que pose ce type d’industrie et sur les moyens d’y remédier, quitte à envisager de mettre un terme à ces activités. Plus précisément, il s’agira d’apporter des éléments de réponse aux questions suivantes :
  1. Quels sont les principaux inconvénients et les risques de l’exploitation industrielle de la biosphère (industries minières, forestières, pétrolières, gazières, hydroélectriques, agricoles, touristiques,…)? Et sur quels plans (économie, sociologie, écologie, éthique,…)? L’utilisation industrielle de « ressources renouvelables » est-elle ou non problématique? Que signifie d’ailleurs l’expression « ressource renouvelable »?
  2. Qu’est-ce qui rend possible et actuellement nécessaire l’exploitation intensive de « nos ressources naturelles »? Dans quelle mesure la notion même de « ressources naturelles », que nous avons pris soin de placer entre guillemets, est-elle en cause? Et que dire du possessif « nos », adjoint à cette expression? Quels rapports précis entretiennent capitalisme et exploitation industrielle de la biosphère?
  3. Doit-on mettre fin à ce type production ou peut-on concevoir quelque chose comme un « capitalisme vert »? Si oui, à quelles conditions? Sinon, comment se passer de cette industrie? Quelles solutions de remplacement envisager, en particulier pour celles et ceux qui y travaillent et en dépendent directement? Faut-il, par exemple, compenser financièrement ceux qui feraient le choix de ne pas exploiter certaines ressources non-renouvelables dont ils disposent?
Nous invitons toute personne intéressée par ces questions à nous soumettre une proposition de communication apportant des réponses à l’une ou l’autre de ces interrogations.



Informations pratiques

Site Internet du CRITIC : https://sites.google.com/site/impassesdelacroissance/home

Dates du colloque : 13 mai 2013

Lieu : HEC Montréal, 3000 chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Qc.), Canada H3T 2A7 – Salle : Banque de développement du Canada

Admission : entrée libre

Pour toute demande de renseignements complémentaires, merci de contacter Yves-Marie Abraham (yves-marie.abraham@hec.ca; (1) 514-340-6104).