Les montres militaires "Terre"

Aptes au service !

L'industrie horlogère fut, très tôt au cours de la guerre de 14, mise à contribution pour servir les militaires en montres afin de coordonner les actions des troupes. Plus ici encore qu'ailleurs, la montre fut un instrument fondamental de la symbiose nécessaire à l'action collective. Les manufactures américaines, encore très installées sur la montre de poche, n'avaient pas la capacité de fournir les énormes volumes nécessaire pour équiper l'ensemble des hommes engagés. Les manufactures suisses et françaises furent donc mises à contribution très largement. D'abord dans les poches des poilus, les montres passérent rapidement au poignet des soldats pour lesquels il était difficile de lire l'heure sur une montre glissée au fond de la poche d'une redingote. 
 
Les poilus furent donc parmi les premiers à apprécier que leurs montres fussent de type "bracelet" mais hélas, la priorité de l'Armée française n'était pas à l'horlogerie de ce type. C'est paradoxalement l'Armée américaine qui va apporter un afflux de demande de montres suisses lorsque vont être engagés et expédiés en France les Corps of Engineers et les Signal Corps. la demande est si subite et importante que certaines manufactures prises au dépourvu vont emboîter des calibres qui leur seront livrés par des sous-traitants. 
 
Dès lors, l'horlogerie fera partie des instruments livrés aux militaires par les armées du monde entier. La Seconde guerre mondiale confortera les besoins et certaines firmes américaines cesseront parfois toute production civile pour répondre en priorité à la demande militaire exponentielle. L'Armée anglaise se fournit auprès des maisons suisses qui, parfois incapables de livrer les quantités commandées, s'approvisionnent de toutes sortes de calibres en s'assurant juste que leur niveau de précision les rend aptes au service. Rares sont les mouvements rejetés, signe que le niveau de qualité est comparable d'un fabricant à l'autre. 
 
Les montres de poche vont traverser la Seconde guerre mondiale et ce n'est qu'au milieu des années 50 qu'elles sont abandonnées pratiquement par toutes les armées au profit de montres bracelets. Ces dernières, depuis la Première guerre mondiale, n'avaient cessé de se multiplier dans les équipements militaires. La montre de poche lui a résisté pour certaines utilisations tant que la fiabilité des pièces de poche a été considérée comme supérieure.  
  

Les premières montres suisses d'observation
du Corps of Engineers de l'U.S. Army

 
Corps of Engineers en mission en Europe (1918)


Le choix de l'horlogerie suisse

Le volume exceptionnellement imposant et l'urgence affectée aux délais de livraison eut pour conséquence que Ulysse Nardin et Vacheron & Constantin se tournèrent vers des sous-traitants pour les aider à produire les commandes en respectant les contraintes calendaires imposées par l'US Army. A l'inverse Zenith, très bien structuré pour des fabrications en volume et qui disposait d'un stock important de calibres, fut en mesure de produire en interne toutes les pièces qui lui étaient commandées. La manufacture du Locle avait une aptitude d'autant plus souple à se conformer sans recours à l'extérieur aux besoins de telles commandes qu'elle disposait d'une autonomie quasi-totale dans la fabrication des boîtes, grâce à son atelier intégré et n'était donc que très peu dépendante des sous-traitants.


Fond gravé des Corps of Engineers avec un numéro d'inventaire

Ulysse Nardin assembla dans ces montres pour partie ses propres calibres et fit également appel à un apport de pièces et en particulier de mouvements auprès de CBI, Orion et Movado ainsi que, dans une moindre mesure, aupès de la manufacture Moser. Le poinçon d'Ulysse Nardin semble être apposé sur tous les mouvements livrés sous sa marque. On note des variantes par type de mouvement Orion livrés selon le cas avec ou sans col de cygne.


Corps of Engineers version Ulysse Nardin



Le mouvement des Ulysse Nardin pouvait être inhouse ou sous-traité notamment à Orion (à droite)
 
Pour la manufacture Moser qui produisait avant 1917 de gros volumes de montres pour le marché russe, la commande sous-traitée pour Ulysse Nardin était d'autant plus intéressante que la Révolution russe la privait des livraisons qu'elle faisait en Russie où elle distribuait non seulement ses propres montres mais aussi celle de Zenith.

Les autres armées passèrent dans le même temps de lourdes commandes, tant du coté anglais qui passa contrat avec Rolex (Aegler) et Cortébert que du coté allemand qui se fit livrer par de nombreuses manufactures suisses et allemandes. La fin de la Première guerre mondiale fut ainsi une période très active pour l'industrie horlogère qui dut non seulement s'adapter à la demande grandissante de montres bracelets, mais aussi continuer à fabriquer des montres de poche dont la précision restait inégalée et correspondait à un atout pour le milieu militaire.

Corps of Engineers en 1919 en Europe

Les marques devaient livrer aux Corps of Engineers jusqu'à 200 pièces par mois, ce qui était énorme au regard des commandes qui devaient également être honorées en parallèle. On sait que Vacheron Constantin livra 3289 pièces dont une majorité de chronographes monopoussoirs.
 

Cadran et 2 versions du calibre de chronographe de la Corps of Engineeers de Vacheron Constantin 
En bas à droite calibre 3 aiguille de la Corps of Engineers par Vacheron Constrantin


 
Un cahier des charges rigoureux

Pour les montres de poche chronographes comme pour les montres classiques, le cahier des charges du Corps of Engineers impose un diamètre des pièces de 52 mm et des boîtes en argent de 900 millièmes dont la face interne du couvercle est sablée et brunie. Les boîtes, les mouvements et les cadrans sont signés de leur marque par les manufactures. Les cadrans sont marqués de chiffres luminescents au radium et les aiguilles, également chargées de radium, sont de type ailes de mouche ou de formes permettant d'y placer la matière luminescente. Les mouvements sont tous des 19 lignes, en laiton doré ou rhodié (plus rare), le balancier Guillaume est de type compensé à vis, coupé et le spiral de type Breguet.


Corps of Engineers de Vacheron Constantin
 
Le nombre de pièces livrées par Zenith flirte avec les 3000 et celui livré par Ulysse Nardin est un peu plus faible. Les fonds sont gravés d'un nombre (référence d'inventaire) qui se dissocie de l'ordre de livraison et de fabrication et s’enchaîne  quelle que soit la marque concernée. Ainsi un modèle comportant un calibre plus ancien peut recevoir un numéro plus récent qu'un autre avec une numérotation de calibre plus récente. La gravure sur le couvercle de fond des montres est variable et mentionne soit "Property of Corps of Engineers – USA" soit "Corps of Engineers –USA". Cela est fonction davantage du hasard que d'une commande formelle. Il se dégage malgré tout que les pièces fabriquées chez Zenith ne mentionnent en général pas "Property of". Chez Vacheron & Constantin, certaines pièces mentionnent en outre le nom de la personne ayant eut en charge la montre.


La Corps of Engineers de Zenith et son mouvement Prima de 19 lignes

Les pièces horlogères de l'USA Corps of Engineers, malgré un important nombre de pièces mises en circulation, demeurent chargées d'histoire et notamment celle de la reconstruction de l'Europe meurtrie par une guerre qui, au-delà des hommes et des familles détruites, a également mis à plat les réseaux de transport. Sans les hommes du Corps of Engineers, la reconquête des espaces eut été plus longue et beaucoup plus complexe. Ces montres leur rendent hommage et leur exceptionnelle qualité est à la hauteur du service immense qu'ils ont rendu à la société.  

 

Les montres G.S.T.P. de l'Armée anglaise
General Service - Trade Pattern


/l\ G.S.T.P K.699, la montre anonyme du soldat anglais inconnu de la Seconde guerre mondiale.

Les fournisseurs de l'Armée anglaise furent particulièrement nombreux.

Au cours de la Seconde guerre mondiale, l'Armée anglaise, qui s'était surtout consacrée, au titre de ses achats de pièces d'horlogerie, à équiper son armée coloniale, fut confrontée à un énorme besoin en montres pour les hommes du rang. Elle fit donc appel à plusieurs manufactures suisses et américaines pour la dotation de ses hommes en pièces d'horlogerie fiables, précises et de bonne qualité de finition. 

Ces montres, connues des amateurs sous le nom de G.S.T.P. ou G.S/T.P., abréviation de "General Service - Trade Pattern" ce qu'on peut traduire par Usage Général Modèle Temporaire, furent livrées aussi bien par Jaeger LeCoultre, Cyma, Tavannes, Tissot, Damas, Grana, Helvetia (Général Watch), Rolex, que par des maisons comme Omega, Cortébert, Buren, Doxa, Elgin, Leonidas, Record, Lémania, Thommen, Recta, Unitas, FEF, Marvin, Moeris, Montilier, Waltham ou encore Zenith. Les besoins de l'armée Anglaise étaient immenses et il fallut solliciter de nombreux fournisseurs pour y satisfaire.

Malgré un saupoudrage des commandes auprès d'un nombre assez large de fournisseurs, certaines manufactures n'étaient pas en mesure de livrer autant de mouvements et firent appel à des sous-traitants fournisseurs d'ébauches, tandis que des rhabilleurs livraient également des montres avec des cadrans anonymes et simplement la mention "Swiss made" à 6 heures. Qu'elles fussent d'origine suisse ou américaine, les montres répondaient strictement au cahier des charges de l'Armée britannique. 

Noirs avec des chiffres blancs ou blancs avec des chiffres noirs et parfois un compteur de seconde blanc sur fond noir, les cadrans comportaient en général un marquage avec une peinture luminescente au radium. L'application de cette peinture semble souvent très artisanale avec des débordements des chiffres dessinés sur les cadrans. Cela encourage à imaginer l'urgence dans laquelle ces montres durent être produites et le fait que les cadrans durent être peints directement à domicile par les assembleurs de ces montres. Caractéristique notable, les aiguilles de trotteuses sont sur la plupart des modèles de type tout à fait classique, c'est-à-dire sans peinture luminescente, à la différence de certains modèles fait pour l'Armée américaine, notamment celles des Corps of Engineers. Il est difficile de d'établir si cette particularité est due à un plus faible prix de revient ou à un désintérêt pour la lecture de la seconde dans les conditions nocturnes.

Une haute qualité de calibres "standard"

La majorité de ces pièces est dotée de mouvement de 18, 25 lignes à 19 lignes, 15 rubis et donc sans empierrement au centre et malgré tout de mouvements de qualité. Certains sont dorés, d'autres rhodiés et au mieux, rhodiés avec une décoration des ponts de type "côtes de Genève". Le fond peut être vissé mais il est plus fréquemment clipsé sur les modèles les plus courants. Chaque pièce est gravée de la Broad Arrow au moins sur le dos et parfois également sur le cadran. La mention GSTP est suivie d'une référence d'inventaire distribuée chronologiquement. Certaines montres furent livrées avant la guerre et d'autres, dans une bien moindre mesure, après la guerre. En effet, dès 1946, l'Armée anglaise a commencé à revendre ses surplus de montres tout en stockant certaines qui furent par la suite recyclées, notamment pour les services hydrographiques de la Navy. Pour autant, ces pièces seront utilisées jusqu'à la seconde moitié des années 50.

Les boîtes de type anglais, avec une grosse couronne ronde, sont souvent nickelées, de petite qualité et de taille classique, aux alentours de 52 mm pour les 19 lignes et 50 mm ou un peu moins pour les pièces dotées de plus petits mouvements. 

Si les calibres des grandes manufactures restent remarquables, en particulier Omega qui livra une version spéciale de son mouvement en qualité chronomètre ou Jaeger Lecoultre qui proposa un mouvement avec une finition sablée et anglée parfaitement, il ne faut pas pour autant en déduire que les calibres anonymes fussent de qualité inférieure. 

Paul Buhré & Barbezat-Bole livrèrent ainsi des mouvements signés d'une étoile ou d'un escargot dans des boîtes anonymes pour des montres disposant de cadrans sans aucun nom de marque. Ces mouvements bénéficient de la mention "3 Adjustments" qui correspond à un réglage des pièces en 3 positions, à savoir au pendant, à plat sur le fond et à plat sur le coté cadran. La qualité chronométrique des pièces tranche avec celle de la plupart des boîtes.

Le cahier des charges de l'Armée anglaise était en effet très exigeant sur le prix des montres facturées et quant à la qualité des mouvements, des aiguilles et des cadrans, un peu moins strict sur les boîtes. Le choix du radium comme matière luminescente s'avère tardif et dans cette période de livraison, si l'on sait déjà les effets négatifs du radium sur la santé, peu de fabricants prennent encore de réelles précautions dans son application. Les montres de grandes marques ont donc sur les cadrans et les aiguilles de moindres quantités de cette matière alors que sur les pièces anonymes, les épaisseurs de peinture au radium sont plus généreuses et davantage dangereuses.


Armée de terre et Marine

Les pièces de poche furent utilisées aussi bien par l'Armée de terre que par la Navy. La Marine fut chronologiquement le dernier des corps militaires à utiliser des pièces de poche. L'Armée de terre s'équipa en effet plus tôt de montres bracelets davantage pratiques, pour les hommes du génie notamment. Même si, dès la Première guerre, les montres bracelets font leur apparition au poignet de certains militaires, elles ne sont pas encore généralisées au début de la Seconde guerre mondiale. Il est rare que l'équipement en pièces horlogères soit une priorité militaire en dehors des périodes de conflits. Les pièces de poche sont donc largement répandues dans tous les corps de l'Armée anglaise, y compris bien avant la Seconde guerre, dans les espaces coloniaux où l'on retrouve des pièces de moindre qualité, notamment des montres à non plus 15 mais simplement 7 rubis, qui pèsent beaucoup moins dans le budget militaire. Ces pièces réglementaires sont d'ailleurs millésimées sur les cadrans.


Bonnes pour le service

Si les cadrans de certaines montres ont tous leurs chiffres recouverts de peinture luminescente, la plupart ont reçu simplement cette application sur les chiffres 9, 12 et 3 avec un point ou trait sous le 6 couvert par le cadran secondaire de trotteuse.

Les montres de l'Armée anglaise pour cette période ne sont pas rares. C'est l'état de ces pièces qui fait aujourd'hui le niveau de leur intérêt. Leur nombre est resté important sur le marché des pièces d'occasion ce qui les confine dans une valeur limitée malgré leur qualité indiscutable. La mode des gardes temps militaires et des rééditions a toutefois rendu à ce type de pièces son juste niveau de valeur et d'attractivité pour les collectionneurs. Leur qualité de précision reste, plus de 60 ans après leur réforme, tout à fait bluffante et ces montres restent virtuellement "bonnes pour le service".

 

FOCUS : les G.S.T.P. Omega

Omega livra, notamment lors de la Seconde guerre mondiale de nombreuses montres pour les armées et en particulier pour l'Armée anglaise. Il y eu bien sur des montres bracelet (en plein essors dès les années 30) mais il y eut aussi des montres de poche encore regardées dans les années 40 comme des instruments plus fiables pour pour afficher l'heure dans certaines utilisations, que les versions bracelets.

 
Dès 1942, la manufacture de Bienne proposa et livra plusieurs versions de montres de poche à l'Armée britannique, certaines dans des emboîtages à l'anglaise avec une grosse couronne et une bélière ronde et d'autres dans des boîtes à la française avec des couronne plates et des bélières allongées. Les boîtes étaient dans leur très grande majorité composées de laiton nickelé ou de laiton plaqué or à partir de 1943. Les livraisons s'échelonneront jusqu'en 1944.


Le modèle spécialement fait pour l'Armée anglaise était de type Lépine et désigné par "UK" 1942. Il fut livré en masse pendant toute la Seconde guerre mondiale. Omega en a mentionné plusieurs dizaines de milliers dans ses registres. Les aiguilles, de type Mercedes ou ailes de mouche, traduisent la présence de radium par leur couleur jaune passée et les cadrans, eux aussi peints aux quarts avec cette matière radioactive luminescente, rappellent le vécu militaire des pièces. Ces montres au fond clipsé marqué de la célèbre Broad Arrow et immatriculé "GSTP" (General Service Trade Pattern) sont loin d'être des montres ordinaires. Les mouvements étaient de véritables perles de précision. 


Le calibre 38, 5 L T1 bénéficiait d'un réglage spécial dans quatre positions et d'une optimisation à moins de 10 secondes de variation par jour, ce qui l'apparentait à un chronomètre de haute qualité. 

Les exigences de l'Armée britannique étaient sévères et la lisibilité du cadran faisait partie du cahier des charges. Le marquage des minutes en "chemin de fer" répond à la norme anglaise. Le cadran en émail avec les petites seconde légèrement creusées, les heures avec chiffres arabes modernes, la glace en plexi pour mieux résister aux chocs, faisaient de cette montre un instrument facile d'utilisation en toutes circonstances y compris en lecture nocturne.
 
Les versions civiles du modèle avec des cadrans différents et un calibre réglé simplement en 2 positions sont d'une qualité un peu inférieure et ce qui est remarquable sur les versions militaires est l'absence d'indications particulières sur le mouvement quant à ses performances spéciales. Pas de mention chronomètre, d'empierrement supplémentaire ou de raquetterie différente pour marquer un niveau supérieur de finition. L'Armée anglaise s'est servie de ces montres quelques années durant, après la fin de la guerre, et si les modèles que l'on trouve chez les collectionneurs et amateurs sont souvent un peu usés au point que le laiton réapparaît  il faut considérer que cela est du à une utilisation intensive.

On conseillera en cas d'acquisition d'une de ces montres de la faire régler dans les quatre positions pour qu'elle retrouve à plat comme au pendu toutes ses qualités chronométriques initiales. On s'assurera par ailleurs, de l'état du cadran et de l'absence de cheveux sur l'émail. La quantité résiduelle de ces montres encore en circulation sur le marché de l'occasion permet d'avoir une certaine exigence...

 

Les montres Ulysse Nardin
du Ministère de la guerre (France)




Une montre militaire répondant à un sévère cahier des charges

Les marchés concernant les montres de poche passés par les armées pendant et après les deux guerres mondiales furent particulièrement nombreux. 

Les montres commandées par les armées avaient pour la plupart les caractéristiques qualitatives communes synthétisées dans de sévères cahiers des charges telles qu'un acier non oxydable, une précision équivalente à celle d'un chronomètre et une étanchéité avérée, en particulier à la poussière. Les plus prestigieuses des manufactures d'aujourd'hui ont quasiment toutes une ADN militaire et une histoire qui à un moment ou un autre a croisé celle des instruments militaires. On ne citera pour mémoire que Vacheron Constantin, Zenith, Omega, IWC, Jaeger LeCoultre, ou encore Breguet ou Hamilton

La montre est évidemment un instrument indispensable à une armée pour coordonner son action sur le terrain et même si la Seconde guerre mondiale a sonné le glas des montres de poche, il s'en commandera encore jusqu'aux années 60...

Plusieurs corps militaires de nombreux états furent équipés de montres de manufactures suisses et l'Armée Française reçut ainsi en dotation des montres de poche équipées du calibre 19 lignes "6.2". Pour que ces montres d'une fabrication "spéciales" ne se retrouvent pas sur les marchés civils et pour bien marquer leur propriété militaire, les fonds vissés et les cadrans furent marqués d'un numéro identifiant la montre ainsi que la mention "MG" pour Ministère de la Guerre. Elément marquant, la montre est équipée d'aiguille pommes et non d'aiguilles "Mercedes" ou ailes de mouches au radium beaucoup plus fréquentes sur les montres militaires.


Une pièce rare résultat d'une production limitée

Une recherche dans les livres de la manufacture Ulysse Nardin permet d'établir que ce mouvement fut produit dans une quantité limitée notamment en 1919. Ulysse Nardin n'en dénombre que 4484 exemplaires dont moins de 1000 furent livrés à l'Armée française. Ce chiffres reste toutefois théorique car rencontrer un numéro supérieur à 500 inscrit sur le cadran ou le fond est, semble-t-il, impossible. 
Livrées par cartons de 6 pièces, ces montres avaient la particularité de disposer d'un joint d'étanchéité et d'un fond vissé avec six encoches permettant un serrage parfait au moyen d'une clé ou, le cas échéant, avec la main. La mention "Acier inoxydable" inscrite sur le fond de la boîte laisse imaginer une livraison aux armées aux alentours de 1940 et en tout état de cause avant 1948, puisqu'à partir de cette date le Ministère de la guerre devint celui de la défense nationale. Le cadran en émail était directement numéroté au moment où les chiffres et les minutes en chemin de fers étaient peints, de sorte que la numérotation ne pouvait être effacée, par exemple pour donner une "vie civile" à la montre.


Un mouvement de haute qualité avec une précision chronomètrique


Le mouvement de 19 lignes est particulièrement soigné. Outre un anglage soigné des ponts, la plaque de contre-pivot et le contre-pivot à l'échappement dénotent une finition haut de gamme. La raquette à disque excentrique basée sur un brevet de 1903 peut être vue sur les mouvements d'autres manufactures et Zenith en acquerra finalement l'exclusivité pour ses montres. La dorure de grande qualité, avec un aspect sablé "fin" supprime les reflets disgracieux sur le mouvement, comme si ses concepteurs avaient imaginé que l'esthétique des calibres serait un jour un critère étudié. L'empierrement généreux de la montre est à noter car garant de qualité, il est aussi générateur d'un surcoût qui ne semble pas avoir fait reculer les services des Armées. Le balancier bimétallique de grand diamètre achève de convaincre de la conception soignée de ce mouvement. 

La précision de la montre est à l'image du savoir-faire d'Ulysse Nardin et donc irréprochable dans sa fiabilité. Montre du Génie, cette pièce est le témoin du savoir-faire d'Ulysse Nardin dans le domaine des montres de poche à une époque où la manufacture triomphait dans les concours internationaux de chronométrie organisés par l'Observatoire de Neuchâtel. C'est dans la catégorie des chronos de marine qu'Ulysse Nardin s'était octroyé un véritable monopole des victoires avec des résultats d'autant plus brillants et aisés que la manufacture avait découragé ses concurrents de se comparer quant aux performances de leur pièces de cette catégorie.


Une pièce de collection 

Ces pièces militaires sont évidemment recherchées des collectionneurs et ceci d'autant plus que leur précision chronométrique demeure après près d'un siècle. Ulysse Nardin a décliné ce même mouvement avec deux autres types de raquette : l'une monoflèche de type classique et l'autre version est dotée d'un col de cygne permettant un réglage fin. La raquette à disque excentrique (qui favorise un réglage de qualité sans outil particulier puisque le brevet mentionne la faculté de régler le disque avec la pointe de l'ongle) ne semble pas avoir été exploitée ailleurs que dans les montres militaires, à de rares exceptions près.

Comme aime à le dire un grand collectionneur de montres militaires, en posséder une est une chance, en posséder six dans leur carton de livraison est divinité... Sans aller dans cette voie, il doit être souligné que ces montres sont très prisées des collectionneurs et connaissent à ce titre une inflation qui leur fait dépasser la côte rare des 1000 euros, ce qui est exceptionnel pour une montre de poche en acier sans complication.

Il sera par ailleurs noté qu'il existe des variantes de ce mouvement dont une avec un affichage de réserve de marche à midi qui fut livré sur quelques rares montres militaires et plus fréquemment sur des pièces à vocation commerciale. On retrouve également cette architecture de mouvement sur un calibre de 22 lignes de la manufacture Ulysse Nardin.


L'intérêt de cette pièce résulte autant de son histoire que de ses qualités horlogères exceptionnelles et du prestige de la manufacture qui l'a produite. La boîte en acier inoxydable permet sans grand risque de s'offrir le plaisir de la porter et de pouvoir présenter aux amateurs de plus en plus nombreux de belle horlogerie, une pièce de prestige à la fois simple et rare, fiable et particulièrement soignée. 

 

Les montres militaires historiques de Jaeger LeCoultre

La manufacture du Sentier, fondée en 1833, fut très tôt réputée pour la fiabilité de ses pièces. En effet, à l'heure de l'industrialisation de la montre, la manufacture investit lourdement pour organiser une fabrication qui tienne compte d'une véritable révolution industrielle dans l'horlogerie basée sur l'interchangeabilité des pièces des mouvements. Cette caractéristique était la clé du développement industriel des marques. Dès la moitié du 19ème siècle, toutes les grandes maisons horlogères se lancent vers cet objectif qui va leur permettre d'abaisser les coûts de fabrication et de fiabiliser les mouvements tout en produisant de gros volumes.

La philosophie de LeCoultre & Cie est un peu différente en ce que la manufacture fabrique de nombreux calibres différents, adaptés à chacun de ses clients, d'une fiabilité parfaite mais dans des quantités assez limitées.


LeCoultre détient en ce domaine une avance significative et les ébauches de la manufacture sont si réputées qu'elles équipent les montres de nombreuses autres maisons qui les diffusent sous leurs propres marques, pièces qui sont souvent référencées comme des chronomètres d'une précision exceptionnelle. Mieux, LeCoultre est aussi un spécialiste des complications et les marques aujourd'hui concurrentes de la manufacture viennent alors y chercher leurs plus belles répétitions minutes et autres montres à sonnerie.

Dès la Première guerre mondiale, LeCoultre est présent au poignet des armées alliées dans des pièces diversement signées pour équiper les officiers notamment des corps militaires américains assurant les transmissions interarmées, les "Signal corps".

Depuis la seconde moitié du 19ème siècle et en particulier depuis qu'existent les concours de chronométrie, c'est à dire depuis le milieu des années 1860, les manufactures s'affrontent sur le terrain de la précision ultime de leurs pièces. Au delà des premiers prix qui symbolisent la réussite des équipes de chronométrier et de constructeurs de mouvements, ce sont les manufactures toutes entières qui sont stimulées pour investir toujours davantage dans des outillages et des hommes aptes à améliorer toujours et encore la précision des pièces.

Quand l'aviation entre en guerre durant la Première guerre mondiale, nombre d'avions sont équipé soit de montres de bord Jaeger, soit de pièces LeCoultre. Imaginer de nouveaux mouvements a non seulement pour but de couvrir de nouveaux marchés (c'est le cas par exemple des calibres pour montre de dames) mais aussi de cultiver sans cesse l'objectif de la précision mesurable la plus extrême. la maison de la Vallée du Joux (qui ne s'appellera Jaeger LeCoultre qu'en 1937), se livre donc naturellement à l'exercice de création de mouvements pour chronomètres de marine, domaine s'il en est dans lequel la concurrence est rude et difficile.

L'un des clients de LeCoultre est en France et réalise des pièces qui sont présentées aux concours organisés par la Marine française pour ses services hydrographiques. Edmond Jaeger, qui s'est en effet spécialisé, entre autres, dans ce domaine, se trouve en concurrence fréquente avec les meilleurs manufactures suisses et tire son épingle du jeu par la conception efficace de ses mouvements. Beaucoup de concours sont alors remportés par des marques qui présentent des pièces dotées de calibres LeCoultre qui, de fait, sans apparaître, est à l'origine de nombreuses réussites à ces compétitions. Edmond Jaeger produit ainsi en 1895 un chronomètre de torpilleur doté d'un calibre LeCoultre 21 RV qui équipe le USS Cushing (premier bateau torpilleur de la Marine américaine, baptisé le 22 avril 1890) qui prendra part à la guerre hispano-américaine.


Montre de Torpilleur d'Edmond Jaeger (1895)

Au delà de la Marine, tous les corps d'armées intéressent les manufactures horlogères, non seulement parce que le marché de la montre militaire est prometteur au regard des volumes commandés, mais aussi parce ce type de commandes est qualifiant pour les marques auprès de leur clientèle civile. Quelle belle publicité en effet que de pouvoir exposer que les armées font confiance à une manufacture pour des pièces souvent traitées sans ménagement et dont la précision doit rester parfaite. Sur mer, à terre et dans les airs, les manufactures horlogères s'illustrent par la livraisons aux différents corps de pièces dont elles ignorent encore qu'elles deviendront mythique au regard de leur histoire.

Au moment de la Seconde guerre mondiale, la manufacture du Sentier s'est déjà associé avec Jaeger depuis 1903 pour donner finalement naissance en 1937 à la marque Jaeger LeCoultre qui symbolise la fusion des savoir-faire des deux maisons. la nouvelle marque est incontournable pour la fourniture des armées. Au poignet des pilotes, Jaeger LeCoultre a dû se conformer au cahier des charges des armées anglaises et américaines.
Mark VII A 2 et Mark VII A

Le plus emblématique des modèles est celui baptisé "Weems". Ce nom provient du patronyme du pilote militaire américain Philip Van Horn Weems (1889 - 1979), qui déposa un important brevet en 1935 (US 2008734). Équipée du calibre 450, la montre est dotée d'une seconde centrale, d'une lunette tournante externe, sécurisée par une couronne spéciale qui en commande la mobilité. Ce dispositif permettait au pilote ou à son navigateur de synchroniser la montre avec les signaux horaires captés par la radio de bord, avant de passer en mode dit "dead reckoning".

Calibre Jaeger LeCoultre 450

Après 1943, Jaeger LeCoultre propose un modèle militaire sans cette lunette caractéristique et équipé du calibre 470. La manufacture livrera ensuite d'autres modèles dont les mouvements seront à chaque fois un nouvel exploit technologique dans le sens cultivé de la précision et de la fiabilité. Le calibre 479 équipera par exemple 20 000 pièces fournies à partir de 1945 dans divers emboitages et dont l'architecture est très proche de la version de poche.
 


Calibres 470 et 479 de Jaeger LeCoultre

La manufacture Jaeger LeCoultre livra à l'Armée britannique un important lot de montres de poche en laiton chromé dotées Calibre 467 fabriqué dans les ateliers du Sentier. Une partie des livraisons était destinée à l'Armée de terre (Montres gravées G.S.T.P. surmonté de la Broad Arrow), et la seconde partie à la Royal Air Force (gravées 6E/50), pour son personnel au sol.


La montre GSTP de Jaeger LeCoultre

Ces montres n'ont pas été utilisées par le personnel volant de l'Armée britannique. Elles sont issues d'un programme lourd d'équipement des militaires de l'Armée de terre anglaise qui déboucha sur des commandes simultanées auprès de plusieurs grandes maison horlogères pour répondre à l'ampleur des besoins. En matière d'horlogerie, l'Armée anglaise s'était surtout consacrée auparavant à équiper son armée coloniale. Elle fit appel à plusieurs manufactures suisses et américaines pour la dotation de ses hommes en pièces d'horlogerie fiables, précises et de bonne qualité de finition. 

Ces montres connues des amateurs sous le nom de G.S.T.P. ou G.S/T.P. abréviation de "General Service - Trade Pattern" ce qu'on peut traduire par "Usage Général Modèle Temporaire" furent livrées aussi bien par Jaeger LeCoultre, Cyma, Tavannes, Tissot, Damas, Grana, Helvetia (Général Watch), Rolex que par des maisons comme Omega, Cortébert, Buren, Doxa, Elgin, Leonidas, Record, Lémania, Thommen, Recta, Unitas, FEF, Marvin, Moeris, Montilier, Waltham ou encore Zenith.



Qu'elles fussent d'origine suisse ou américaine, les montres répondaient strictement au cahier des charges de l'Armée britannique. Noirs avec des chiffres blancs ou blancs avec des chiffres noirs et parfois un compteur de seconde blanc sur fond noir, les cadrans comportaient en général des aiguilles et un marquage avec une peinture luminescente au radium. Jaeger LeCoultre, dans le foisonnement des livraisons de ces pièces, s'illustra en livrant des pièces équipées de ses propres calibres déjà appréciés pour leurs caractéristiques chronométriques. Les montres restent remarquables ne serait-ce que par la douceur du remontage qui tranche avec les modèles habituellement livrés par les autres marques dans ces catégories de mouvements à 15 rubis.

Juste après la guerre, la Royal Air Force, très attentive à son équipement en montres, décide d'aller plus avant dans la définition de ses besoins et élabore le cahier des charges de la Mark XI.

La Mark XI de Jaeger LeCoultre

Le modèle est livré avec un boitier étanche résistant à un magnétisme de 150 Gauss grâce à une calotte antimagnétique. L'Armée opte en outre pour des calibres chronomètres testés en 5 positions variant de moins de 0,8 seconde par degré entre 4 et 32 degrés et de moins d'une seconde par degré au-delà de ces deux extrêmes de température. Ces conditions sont supérieures à la délivrance des bulletins de marches des meilleures montres civiles. La Royal Australian Air Force en prit également livraison quand en 1949 les premiers exemplaires furent livrés. De grandes couronnes permettaient la manipulation des réglages par les porteurs de ces montres sans enlever leurs gants. La montre fut dix ans plus tard déclinée en version civile sous le nom de Geophysic.

Le parcours de Jaeger LeCoultre avec les armées ne s'arrête pas là et la manufacture, qui a renoué avec les Navy Seals en 2009, nourrit toujours un savoir-faire reconnu comme l'un des plus soutenus par ceux qui ont eu le plaisir de porter une pièce réglementaire sortie des ateliers du Sentier. Les collectionneurs, après les militaires, partagent ce même sentiment de puissance et d'invulnérabilité qui traverse l'esprit de ceux qui ont la certitude de porter au poignet une montre infaillible. 

Les Jaeger, les LeCoultre et les Jaeger LeCoultre militaires sont devenues mythiques parce qu'être un jour au poignet des militaires sur la base d'un cahier des charges écrit par les armées fait passer un garde temps du rang de montre à celui d'instrument de conquête. La manufacture du sentier a su offrir la postérité à ses pièces réglementaires en leur donnant dès la naissance les gènes de la fiabilité, de l'endurance et de la précision. Bien heureux sont les collectionneurs qui peuvent prolonger ce plaisir avec des pièces anciennes. 

 

Les chronomètres réglementaires de l'Armée allemande


Les montres réglementaires militaires sont une source intarissable de découvertes horlogères de grande qualité. Longines par exemple livra dans les années 30 et 40 une pièce superbe dotée d'une finition éblouissante. La montres est un chronomètre équipé d'un système de raquette sophistiqué que la manufacture réservait à ses meilleurs chronomètres... 
Le calibre est un 19 lignes de type 19-71 N.


Chronomètre réglementaire Longines pour l'Armée allemande

Ces livraisons de Longines étaient en concurrence frontale avec des montres livrées par Zenith, Omega et IWC qui proposaient également des chronomètres pour les armées. Le Chronomètre Zenith fut déclinée dans deux emboîtages différents, tout aussi massifs l'un que l'autre, avec des boîtes fraisées dans la masse.


Deux emboîtages des montres réglementaires faites pour l'Armée allemande par Zenith

Ces pièces étaient livrées en série avec des anglages parfaits, y compris les anglages rentrants. Sur la pièce Longines, le polissage des axes et l'olivage des pierres ne comporte aucun défaut, tout comme sur la Zenith qui dispose d'un antichoc ! La précision après 70 ans est de l'ordre de 3 secondes par jour dans les deux cas. Il est à noter que les boîtes sont équipées d'un joint, chose assez rare dans les montres de poche de cette époque. 


La raquette très élaborée du calibre Longines 19-71 N appartient aux meilleurs chronomètres

Pour ce qui est de la pièce Zenith, on note l'antichoc quelques années avant que ceux-ci ne se généralisent sur les montres bracelets. Cet antichoc sous forme de griffes n'est connu que sur ce calibre de 19 lignes de la manufacture du Locle. 


Le calibre 193-P-6 avec son antichoc conçu par Zenith

Les mouvements sont protégés dans de robustes boîtes en acier Staybright pour ZENITH et en laiton chromé pour la Longines. La lunette fait corps avec la carrure. Les épais fonds vissés à trois encoches s'ouvrent sur un antipoussière qui enferme le mouvement par ailleurs garanti par un fin joint écrasé lors du vissage du fond.

Le fond des boîtes est gravé sur la face externe des lettres D. pour Dienst (uhr) suivi de 7 chiffres et de la lettre H pour Heer correspondant au recensement militaire allemand des montres de service en dotation de l'Armée de terre (Wehrmacht).

Lourdes et massives, ces montres semblent insensibles aux éléments extérieurs et leur étanchéité réelle les a garanties des affres du temps. 

Fond de boîte vissé du modèle Zenith pour l'Armée de terre allemande

Les montres livrées sans bulletin de marche étaient néanmoins réglées par les manufactures dans les normes des chronomètres. La fabrication soignée et le savoir-faire horloger suisses se retrouvent pleinement dans ces pièces qui sont, malgré leur âge, d'une modernité incontestable.

 

Ordnance Department Watch


Lors de la seconde guerre mondiale, Hamilton fut l'un des plus gros fournisseurs de l'armée américaine. Des montres de poche furent encore livrées avec des mouvement conçus pour les chemins de fers. Le calibre 992 B, l'un des plus célèbres de la firme américaine, était un chronomètre de très belle facture et de très grande précision. Sa plaque de contre-pivot à l'échappement et la finition du mouvement dénotent une maîtrise parfaite de la chronométrie. 
 
Hamilton a largement dominé le marché de la montre militaire américaine et ceci jusqu'à la guerre du Vietnam où les soldats portaient des montres Hamilton au poignet. 
 
Les modèles de chemins de fer, dits Railroad Watch et les versions militaires étaient très semblables et les boîtiers chromés la plupart du temps (il en existe très peu en inox), assuraient une très bonne étanchéité grâce à un fabricant de boîtes qui produisait un usinage quasi parfait. 
 
Hamilton durant la Seconde guerre mondiale cessa un moment la production de montres civiles, perdant par là même des parts de marché auprès du public. Si la notoriété militaire de la production Hamilton profita à la marque, cette absence de nouvelle fabrication pour le public civil eut un effet dévastateur à long terme sur la manufacture qui prit du retard dans la fabrication de montres bracelets et perdit une grande partie de sa clientèle.


Montre Hamilton de l'Armée américaine et son calibre 992 B gravé au nom du gouvernement américain 



 

Les montres d'éclaireurs de l'Armée de terre anglaise

ZENITH : Montre d'éclaireur de l'Armée britannique

Lors de la Première guerre mondiale, Zenith livra à l'Armée de terre britannique des montres à cadran noir ou à cadran blanc destinées aux artilleurs et aux éclaireurs. Une bonne partie des livraison était composée de calibre 18-28 à 7 rubis emboîtés dans des boitier en métal blanc nickelé fabriqué et signés par Zenith ou Dennison qui était notamment un des grands fournisseurs en ce domaine pour les armées anglaises. 
 
Zenith continua à fournir l'Armée britannique après la fin de la guerre. Au vu de la politique coloniale de l'Angleterre et de sa présence en Inde, l'armée y déféra des troupes importantes et fournit à ses hommes des montres en grande partie issues des livraisons faites par Zenith. Ainsi, des années 20 aux années 40, on trouve dans les paquetages des militaires anglais des montres de poche très souvent dotées de calibre d'entrée de gamme de la manufacture Zenith et marqués sur le cadran du millésime de production du gare-temps. On rencontre ces pièces avec trois types d'aiguilles : soit poires, soit flèche, soit mercedes avec un revêtement à la peinture luminescente au radium.
 
Les cadrans sont, sur la plupart des modèles, à chiffres arabes avec une écriture grasse et la trotteuse est toujours (sur les versions originelles) recouverte d'une peinture blanche sauf sur les versions à trotteuse poire (les plus rares) qui peuvent être peinte ou laissées en l'état. Les versions à aiguille poires sont souvent des montres d'éclaireurs.
 
Si l'Armée anglaise a commandé pour ses sous-marins certaines pièces avec des calibres de 21 rubis, la plupart des montres militaires anglaises furent livrées par Zenith en 7 ou 15 rubis. Les hommes du rang et les sous-officiers disposaient de montre à 7 rubis (réputées être précises à 5 minutes par semaine) tandis que les officiers se voyaient en général remettre des montres dotées de mouvements de 15 rubis précis à 1 minute par semaine.


Marquage militaire anglais (boîte Dennison)

Le marquage des pièces s'est fait exclusivement sur le fond de la montre avec rappel du numéro d'inventaire, ce numéro pouvait être complété d'un rappel sur la carrure en général à 3 heures. Le cadran, enfin, mentionnait la marque ZENITH juste au dessus du compteur de secondes et à midi une inscription de millésime correspondant à l'année de mise en service de la montre. 

L'Armée anglaise a, la plupart du temps, restauré des montres et remis en circulation certaines d'entre elles en réparant les calibres ou simplement en les échangeant. Les contrats passés prévoyaient la fournitures de pièces de rechange pour que les armées puissent elles-mêmes assurer la maintenance des garde-temps. On retrouve donc des références susceptible de relever de la Première guerre mondiale avec des mouvements et/ou des cadrans qui datent de la Seconde guerre. La constance de fourniture en calibre de 18 lignes a permis d'assurer une continuité de maintenance des pièces.