Salles de cinéma

Salles de cinéma de Rosemont - La Petite-Patrie

Texte rédigé par Yves Keller à partir de la conférence (2 mai 2018) de Monsieur Pierre Pageau1 professeur de cinéma à la retraite du Cegep Ahuntsic et de l’Université de Montréal, paru dans le Saisonner Vol. 15 no 3: juillet 2018.

Dès l’origine du cinéma, se pose la question : comment attirer le public ? Sans public, pas de cinéma. Pour répondre à cette exigence, la tendance sera donc de tenter de rejoindre le spectateur là où il vit. Les moyens vont évoluer et se diversifier, mais le but restera le même.

Faire l’histoire des salles de cinéma, est une façon d’observer comment a été favorisé puis s’est développé l’attrait de l’écran chez le spectateur depuis l’origine jusqu’à nos jours, depuis les premiers temps des projectionnistes ambulants jusqu’aux récents cinémas-maison dans nos foyers. Pour Pierre Pageau, les salles de cinéma sont des objets historiques qui s’inscrivent dans l’histoire culturelle du Québec, et cela dans chacune de ses régions.

La salle de cinéma va apparaître comme un véritable lieu social où se développe une vie culturelle, que ce soit au marché public, à l’hôtel de ville ou dans une salle paroissiale transformée pour l’occasion. Le «lieu de projection», toujours situé au centre de la ville, devient très rapidement la courroie de transmission d’une culture urbaine plus moderne, plus libérale vers les régions. Il devient un lieu de socialisation, au même titre que le parvis de l’église.

L’histoire des lieux de projection peut être découpée en quatre périodes.

LES CINÉMAS AMBULANTS : 1896-1906

Le 27 juin 1896, a lieu au café-concert Palace de Montréal la première projection publique de «vues animées», l’une des premières en Amérique du Nord. Une séance a aussi été donnée rue St. Laurent, à Montréal, par MM. Minier et Papier, qui représentent à Montréal MM. Auguste et Louis Lumière (Source Grand Québec.com). À partir de 1897 et pendant les dix années suivantes, les représentations se multiplient. Presque toutes les villes du Québec et un grand nombre de villages reçoivent la visite des projectionnistes ambulants.

Des camionnettes s’ouvrant à l’arrière se rendent dans les villages, vont rejoindre les gens dans leur quartier. Ce qui permet à tous d’aller voir les «vues».

Durant cette décennie des projections ambulantes, les films sont présentés dans des lieux très variés : on peut les visionner dans des cirques ambulants, des cafés, des magasins, des salles paroissiales, des fonds de cours, des cours d’écoles, etc. Les séances peuvent être jumelées à des spectacles de variétés ou du théâtre.

On commence à appeler ce type de présentation des «forains», même si cela n’a aucun rapport avec les fêtes foraines. Une dizaine de projectionnistes parcourent la province du Québec, passant de village en village, organisant partout des projections et suscitant chaque fois l’admiration et l’étonnement.

L’époque des projections ambulantes plus ou moins artisanales se termine en 1906, quand Ernest Ouimet, importateur de films, projectionniste reconnu et bon mécanicien de »machines à vues», ouvre son premier Ouimetoscope. S’ouvre alors la période des scopes.

LES « SCOPES» : 1905-1915

Pendant cette période, les salles de projection de quartier se développent. Plusieurs voient le jour dans Rosemont – La Petite-Patrie. On peut mentionner :

L’Opérascope (1917-1924, 300 places) 

Le premier cinéma de la rue Masson a été ouvert en 1918 sous le nom d’Opérascope. En 1924, il devient l’Alhambra. L’établissement a fermé ses portes en 1928. Il est toujours possible d’admirer son plafond d’origine joliment ouvragé au 3022 de la rue Masson dans la boutique actuelle de L’Heureux Bouddha.


 


Annonce du cinéma découverte lors de l'incendie de l'immeuble voisin (1984).  On remarque les frises décoratives de la devanture.  Photo ShRPP, don Marcel Meloche. 


Le Boulevard-O-scope (1911-1927, 307 places) sur la rue Saint-Hubert.

LES PALACES DE QUARTIERS 1915-1940

Cette troisième période voit apparaître le règne des palaces. Pour attirer le spectateur, on construit de grands édifices. Les «super-palaces», poussent dans toutes les grandes villes d'Amérique du nord. Ce nouveau type de salle de cinéma à l’aspect monumental, où le décor a autant d’importance que le film, voit le jour à Montréal entre 1915 et 1921.

Cette période est aussi marquée par l’incendie du Laurier palace, rue Sainte-Catherine. Le dimanche 9 janvier 1927 est une date marquante dans l’histoire du cinéma au Québec car soixante-dix-huit enfants y périrent. Ce qui va amener une réglementation plus sévère :

  • interdiction aux moins de seize ans de fréquenter les salles de cinéma,
  • instauration de nouvelles normes de sécurité qui vont conduire à la fermeture de cinq salles considérées comme non sécuritaires.

Le 1er janvier1922 : Montréal compte cinquante-six salles de cinéma auxquelles vont s’ajouter dans les années suivantes cinq autres.

Dans Rosemont-La Petite-patrie, on trouve :

Le Rivoli (1926-1982), 1 547 places

Situé au 6906, rue Saint-Denis, décoré par Emmanuel Briffa, il peut être considéré comme le plus beau des cinémas palace de Montréal. Une des caractéristiques de cette salle est son grand dôme intérieur. 

En service pendant cinquante ans, il a été transformé en magasin dans les années 80.
Photo ShRPP, don Marcel Meloche. 



Le Plaza (1922) 6505, rue Saint-Hubert.

Cinéma Plaza, 1960, Propriétaire Michael Costom. Photo tirée de la présentation de M. Pageau.

Le Théâtre Plaza (1 600 sièges) présente des films en anglais jusqu’en 1940. Il a été une des salles de cinéma les plus luxueuses et les plus prospères de la métropole. C’est aussi l’une des rares salles à avoir conservé son architecture extérieure d’origine. Par la richesse et l’exotisme de sa décoration intérieure, il offre une magnifique illustration du style “Adam” et témoigne avec beaucoup d’éloquence d’un phénomène qui a brièvement marqué la conception des salles de cinéma au tournant des années 1920. Transformé en 1957 et fermé à la fin des années 1970, il rouvre en 2003 comme salle de spectacle multidisciplinaire, après d’importantes rénovations.

Le Rosemont (1927)


Sur la rue Masson, à l’angle du boulevard Saint-Michel, on aperçoit un bâtiment de brique qui abrite l’actuel Géant du Dollar. À l’instar des autres cinémas de l’époque, la décoration intérieure était colorée dans un style rococo regorgeant de dorures. Dans les années 50 et 60, ce cinéma faisait partie de la chaîne United Theaters qui appartenait au propriétaire de deux autres cinémas de la rue Saint-Denis (le Rivoli et le Château). Les films sont présentés uniquement en anglais et ce, jusqu’en 1956, année où les premiers films traduits en français sont apparus.

Voir l’article On va aux vues sur Rue Masson.com

Photo ShRPP, don Roger Sabourin (1951).



Le théâtre Le Château (1932-1982), 1 471 places, 6950, rue Saint-Denis

Le cinéma Le Château, classé monument historique depuis 2002, est un édifice de style Art déco construit en 1931. Il comprend un corps de bâtiment principal logeant la salle de cinéma et un corps de bâtiment latéral, plus bas, abritant des commerces au rez-de-chaussée et des logements aux deux étages supérieurs. Le cinéma Le Château fait partie de la dernière vague de construction de salles au décor architectural établi dans les quartiers périphériques de Montréal entre 1915 et 1930. Il témoigne ainsi de l'importance grandissante du cinéma dans la vie culturelle montréalaise.
Photo ShRPP, Alain Mondor. 

Le Beaubien (1937)

Ce cinéma occupe une place à part. Ce n’est pas un palace puisqu’il compte quatre cents sièges. Inauguré le 3 décembre 1937, il est administré par Joseph-Alexandre de Sève, propriétaire de France-films, il présente dès l’origine des films en français. Vendu en 1941 à la Canadian Odeon Theatre. Il prend le nom de Dauphin en 1964 et reprend en 2001 son nom d’origine. Il reste fidèle à sa vocation de cinéma francophone orienté vers les films francophones de qualité. Photo BANQ.

Cette salle est comme un précurseur. 

À partir de 1945, de beaucoup de petites salles de quartier voient le jour comme le Scala (500 sièges).

Malgré un dernier grand boom de construction entre 1945 et 1965, on assiste au cours des vingt années d’après-guerre à un lent dépérissement des palaces jusqu'à l'arrivée des multiplexes au cours des années 80.

LES MULTIPLEXES À PARTIR DE 1983

Le multiplexe est la réponse actuelle apportée à la baisse de fréquentation du public amorcée dès l’apparition de la télévision en 1952. Ce n’est plus la proximité du lieu de projection qui importe. Finis les programmes doubles dans une salle de quartier. Dorénavant, c’est la diversité de l’offre de programmation qui doit attirer les publics les plus divers. Le cinéma comprend plusieurs salles présentant chacune un film différent. Le multiplexe conserve cependant une dimension grandiose par la dimension de l’édifice qui abrite les multiples salles. La manifestation la plus récente de la diversification de la programmation se manifeste dans la retransmission internationale de spectacles d’opéra, de danse.

Reste donc une exception dans l’arrondissement, le Cinéma Beaubien pour notre plus grand plaisir.

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1 Monsieur Pierre Pageau est auteur du livre Les Salles de cinéma au Québec, 1896-2008 publié aux Éditions GID, en 2009.

Il est aussi programmateur au cinéma de quartier Station Vu.

La mission de la Corporation du cinéma Station Vu est de gérer un centre culturel de quartier s’articulant autour d’un cinéma indépendant multisalles permettant à la collectivité, et particulièrement aux habitants du quartier Mercier-Est, d’avoir accès à une diffusion cinématographique originale et de qualité dans un lieu vivant, moderne et convivial, favorisant l’échange et la découverte.

www.stationvu.com

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