Femme canadienne - 2e guerre mondiale

Conférence du 21 novembre 2018
La femme canadienne pendant la seconde guerre mondiale
Compte rendu d'Yves Keller,  22 novembre 2018

C’est  une image bien différente de la femme perçue comme  soumise et dépendante qui se dégage du portrait des femmes durant la guerre,  que nous a présentée Madame Ginette Charbonneau conférencière historienne, le 21 novembre dernier.  Madame Charbonneau nous a offert un panorama passionnant sur le rôle important des femmes pendant la 2e guerre mondiale. Ce rôle s’est exercé sur 3 fronts : le front domestique, le front militaire, le front  infirmier.
  1. Le front domestique
  2. Les femmes dans les forces armées
  3. Les infirmières

La rareté des marchandises provoquée par la réquisition de tous les biens pour la guerre crée une forte demande et conduit à une inflation incontrôlable. Pour contrer cette inflation, le gouvernement canadien va cibler les femmes en misant sur la place traditionnelle de la femme dans la société d’alors, la mère de famille qui gère l’organisation du foyer et qui détient le pouvoir d’achat. En effet, avec le contrôle de 80 % à 85 % des achats au détail, les femmes déterminaient en grande partie les composantes de la consommation du pays. Le gouvernement va donc s’appuyer sur les 2 285 370 femmes enregistrées comme ménagères pour développer et orienter l'économie de guerre. Il va falloir expliquer aux femmes comment participer à l’effort de guerre et les convaincre de leur rôle essentiel sur le chemin de la victoire. Une campagne de publicité va donc être menée pendant toute la guerre et les femmes vont embarquer. Elles vont accepter d’économiser, de consommer moins et mieux, de récupérer les matières qui peuvent être réutilisées et transformées. Le serment de la ménagère peut se formuler ainsi : « Je m’engage à prendre soin de ce que j’ai, à n’utiliser que ce qu’il me faut et à ne pas gaspiller ». En 1942, une brigade de surveillance des prix est mise sur pied. Elle a comme mandat de dénoncer les commerçants qui profitent de la rareté des biens pour augmenter les prix. Jusqu’à 130 000 Canadiennes vont en faire partie, dont 3 000 au Québec. Le Cercle des fermières va y participer.
Grâce aux très nombreuses affiches publicitaires  de l’époque, aux  images accrocheuses  et aux slogans percutants, nous pouvons prendre connaissance des messages livrés et des moyens préconisés :
  • N’achetez que le nécessaire
  • Récupérez les vieux os (utilisés pour faire de la colle)
  • Le rebut ne nous rebute pas
  • Mesdames s’en vont en guerre – Au pas, ménagères, au pas! Récupérez métaux, chiffons, verre, os caoutchouc, papier  - Tout doit servir
Il faut aussi s’occuper de sa santé : une affiche établit l’équation : bonne alimentation = santé = victoire; une autre proclame : «  Un mauvais régime alimentaire est un allié d’Adolf Hitler ».

Les affiches encouragent à accepter certaines restrictions comme ne plus utiliser les appareils électriques qui avaient permis aux femmes de diminuer de 7 h par semaine leurs activités ménagères, dans le but d’économiser l’électricité.  Une autre conseille : Économisez le charbon - Une pelletée sur cinq.
Ces principes d’économie ont marqué toute une génération de femmes qui continuera à les observer après la guerre.

Les femmes sont aussi sollicitées pour l’achat d’obligations de la victoire du  Canada : Donnez-nous les outils et nous finirons la tâche –  Il faut en finir! Souscrivez à l’emprunt de la victoire

Tout est orienté vers la production industrielle et le matériel de guerre. Les femmes vont être encouragées à participer  à l’effort de production. Les jeunes filles sont envoyées en vacances dans les fermes pour participer aux travaux agricoles. Les femmes sont embauchées dans les usines pour pallier à la pénurie de main d’œuvre occasionnée par l’augmentation de la production et l’envoi des hommes à la guerre. Elles deviennent les soldats de l’industrie dont la compétence est reconnue au-delà des préjugés (plus constantes, plus appliquées et plus minutieuses que les hommes). Le nombre de femmes travaillant dans  les usines au Canada va doubler. De  600 000 avant la guerre, le nombre va passer à 1 200 000 pendant la guerre. Pour aider ces travailleuses des garderies vont être crées. 

Des députés s’élèvent contre ce nouveau rôle de la femme, qui ne correspond pas au rôle traditionnel dans lequel ils veulent la cantonner. Ils perçoivent bien le risque que ce rôle se transforme.


Une campagne intensive de publicité va encourager les femmes à s’enrôler dans l’armée.  Au début, on leur donne des tâches reliées au rôle traditionnel des femmes : travail clérical, cuisine, coiffure, etc. . Mais,  petit-à-petit,  au fur et à mesure que les hommes sont envoyés au front, elles vont occuper tous les postes que les militaires masculins quittent. Il est clairement dit sur les affiches qu’une femme qui s’engage dans l’armée permet l’envoi d’un combattant de plus au front. Par contre, aucune femme ne sera envoyée combattre  au front.

Avec des variantes selon le corps d’armée, les critères d’enrôlement sont les suivants:
  • Être sujet britannique (les canadiens sont sujets britanniques)
  • Avoir entre 18 à 45 ans
  • Avoir terminé son cours primaire
  • Avoir au minimum une taille de 5 pieds et un poids de 100 livres
  • Ne pas avoir d’enfant de moins de 16 ans
De plus, dans l’armée de l’air, on demande un test médical, test d’aptitude et manifester un bon caractère.
Plus de 50 000 femmes ont servi dans les forces armées durant la Seconde Guerre mondiale Elles seront  7 100 dans l’armée de l’air où elles finiront par remplir 26 types de fonctions telles que mécaniciennes, arrimeuses de parachutes, radiotélégraphistes, commis et photographes, et pour quelques-unes, pilotes, mais pas au combat.
Les canadiens ne semblent pas approuver cet engagement des femmes dans l’armée. Un sondage fait mention de 7% d’approbation. Mais on ne connaît pas comment a été fait l’échantillonnage et donc, sa validité.


Comme dans la première guerre mondiale, nombreuses sont femmes qui vont s’engager comme infirmières ou aide-infirmières, soit dans l’armée, soit dans la Croix-Rouge. Quelques 4 480 femmes se sont engagées dans l’armée avec le grade d’officier pour garantir leur autorité vis-à-vis des soldats. La Croix-Rouge canadienne, quant à elle, a pu compter sur 15 000 volontaires. Ces femmes consacrèrent leurs efforts à offrir de l’aide aux soldats malades, blessés et prisonniers. Pour certaines, à partir du Canada en encadrant les femmes qui confectionnent des vêtements: bas, mitaines, etc., qui préparent des colis alimentaires pour les prisonniers ou des fournitures médicale, et en organisant les envois outre-mer. Des centaines d’autres furent déployées en Angleterre dans divers hôpitaux. Outre les soins infirmiers, elles ont eu pour tâche de rendre visite aux soldats en convalescence, de retrouver les soldats portés disparus et de gérer les dossiers des prisonniers de guerre. D’abord cantonnées en Angleterre, elles vont accompagner ensuite les troupes dans les hôpitaux en campagne.

Après la guerre
Après la guerre, apparemment, c’est un retour à la normale. Les garderies sont fermées, les femmes retournent à leurs tâches ménagères, mais la perception du rôle des femmes a changé  et des aspirations nouvelles sont nées. Les femmes ont prouvé qu’elles n’avaient rien à envier aux hommes. Un mouvement irréversible d’émancipation est enclenché. Le Québec se prépare pour sa Révolution tranquille. 
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