Le "Parterre Géographique"





    Sur le sol de la tour ouest, au 1er étage, Cassini avait conçu un vaste planisphère, dessiné à l’encre par Sédileau et Chazelles, sur lequel il reportait les informations au fur et à mesure qu’elles lui parvenaient. Il en donne lui-même la description[1].

    Cette vaste mappemonde d’environ 24 pieds (7,80 m) de diamè­tre, avec ses méridiens semblables aux rayons d’une roue, ses parallèles à intervalle de 10 degrés, sa corde attachée à une épingle fixée au centre, ce planisphère terrestre permettait dans un coup d’œil de saisir l’ensemble des résultats et leur importance.

     Louis XIV, se tenait au courant des améliorations apportées par les missions, par l’intermédiaire de Cassini, qu’il recevait assez souvent. Celui-ci relate un entretien qu’il eut avec le roi en novembre ou décembre 1681, sur les questions de géographie continentale et maritime qui se posaient. On peut voir que pour un roi auquel certains ont trouvé un esprit médiocre, le souverain français montrait une intelligence des problèmes de la géographie assez surprenante.

    “ Sa Majesté, dit Cassini, entra dans le détail de la méthode des observations et après que je l’eus expliqué il dit qu’il voit le point principal de ces opérations estoit d’avoir l’heure bien juste des observations et des éclipses. Je dis que cela est vray et qu’à cet effet on règle les horloges avec beaucoup de subtilité et d’artifice jusqu’à estre assuré qu’elles ne s’éloignent pas du Ciel d’une seconde. Sa Majesté me demanda comment je fais à correspondre à toutes les observations que les autres font en divers pais. Je lui répondis que à quelle heure de la nuit les observations arrivent je me tiens prest à les observer... Elle me dit que je continuasse de mesme et que quand j’aurois quelque chose de nouveau, j’en fisse le rapport ”[2].

     Quelques mois plus tard, lors de sa visite inaugurale, le Roi se fit expliquer le “ Parterre géographique”, objet de grande curiosité et d’éloges de tous les visiteurs de l’Observatoire.

     En août 1690, le roi Jacques II d’Angleterre, en exil au château de Saint-Germain, et qui était passionné d’astronomie, vint visiter l’Observatoire incognito. Il prit un grand intérêt à l’examen de ce Parterre et il rapporta à Cassini les corrections que Halley avaient faites en 1662, sur les Cartes de navigation de l’île de Sainte-Hélène y marquant lui-même “ les endroits où des pilotes anglais ont tenté le passage aux Indes Orientales (par le Nord-Ouest) ”. Il lui montra aussi les passages des Anglais dans le détroit de Magellan[3].

    Tracée à l’encre sur le sol, la mappemonde, disparut au début du XVIIIème siècle, semble-t-il.

    Toutes ces expéditions avaient été particulièrement concluantes et fructueuses pour la géographie du globe. On sait le rôle éminent que jouèrent pour la Connaissance du vaste Empire du Milieu, les missionnaires Jésuites, envoyés en Chine, en contribuant à réduire les erreurs considérables des géographes précédents.

    Il restait encore beaucoup à faire, mais l’élan avait été donné par la France, les méthodes proposées par ses astronomes s’étaient montrées efficaces lors de leur application, et le soutien de Colbert, opportun. La création de l’Observatoire, et la venue de Cassini avaient eu la conséquence espérée: la géographie avait progressé. Et Cassini y était pour beaucoup.

    A partit de 1711, Cassini devenu totalement aveugle occupa sa cécité à composer des vers latins ou italiens, et à dicter à un secrétaire des notes, sur ses découvertes, qui seront publiées par son arrière-petit fils en 1810[4].

     Il s’entretenait volontiers avec les jeunes gens, qui venaient à l’Observatoire, se renseignant sur leurs travaux et leur prodiguant des conseils. Il s’éteint le 14 septembre 1712, à 87 ans, laissant une quantité de manuscrits et de traités astronomiques, de tables du Soleil, de la Lune et des planètes.  (suite)



[1]  Archiv. de l’Obs. de Paris, D.1.13. “ Dans le Pavé de la Tour Occidentale de l’Observatoire, on a désigné une figure de la Terre qui facilite l’intelligence de la géographie. Le Centre de cette figure est au milieu de la Tour où il représente le Pole septentrional de la Terre. Autour de ce centre on a décrit une Circonférence d’un cercle de la grandeur dont la Tour est capable.

    On a tiré de ce centre à l’angle qui est entre les deux fenestres du coté du midy une ligne droite qui représente le premier méridien Géographique et on a pris le point ou elle coupe la Circonférence du Cercle pour le commencement des Longitudes. C'est de ce point qu'on a commencé de diviser la Circonférence du grand Cercle en 360 degrez en allant vers l'orient. Ces degrez marquez par le nombre sont les degrez de longitude des lieux de la Terre qui se rencontre dans la ligne droite tirée du centre à la Circonférence du grand Cercle. Cette ligne ce peut tirer par un fil attaché à une épingle fichée au centre qui estant bandé passe par tous les lieux qui ont la mesme longitude. La Longi­tude de Paris est marquée par ce fil dans la circonférence du Cercle a 22 degrez et demy.

    Pour marquer les Latitudes il y a dans la Carte la circonférence d'un cercle qui représente l’Equinoxial dont la distance au Pole a été divisé en 90 degrez egaux entre eux qui sont marquez sur une ligne droite qui va du Pole au commencement des Longitudes, si l’’on veut savoir la latitude d'un de ces lieux décrits dans la figure on bandera le fil qui partant du centre passe par ces lieux et  une petite perle coulante qui étant arrêtée au point où ce fil passe par le lieu de la Carte en tournant le fil autour du centre jusqu'à ce que la perle arrive à  la ligne de la longitude elle marquera la latitude du lieu décrit dans la Carte. Ce que je dis de la perle peut estre fait par un nœud coulant de fil arrêté à l'endroit où l'on arrêterait la perle ”.

[2] Archv. de l’Obs. de Paris, D.1.13.

[3] Archiv. de l’Obs. de Paris, D.1.13.

[4]J.D. Cassini IV, Mémoires pour servir à  l’Histoire des Sciences et à celle de l’Observatoire Royal de Paris, suivis de la vie de J.D. Cassini écrite par lui-même, et des Eloges de plusieurs académiciens morts pendant la révolution, Paris, 1810. On  trouve aussi dans ses papiers des  observations “  sur une liqueur renfermée dans une bouteille et qui fume aussitôt ”, ou “ sur diverses pierres dures dans lesquelles on trouve de petits animaux bons à  manger ” ou encore   sur la quantité d’eau nécessaire pour faire aller un moulin ”, et d’autres  qui dénotent le caractère universel de ses recherches et de celles de son époque.

 


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