Henri Quittard (Clermont-Ferrand 1864 - Paris 1919)

par Nicolas Guillot
comiterogerdesormiere@gmail.com



Henri Quittard en 1914 suivant le procès Caillaux. (BNF gallica)



   Henri Quittard ? Ce musicologue fut critique musical du Figaro durant dix ans (il y descendit en flammes la création du Sacre du printemps), archiviste à la bibliothèque de l'Opéra, un des redécouvreurs de la musique baroque dans le sillage de Charles Bordes, d'Henry Expert et de Jules Ecorcheville  au sein de la naissante section française partie prenante de la SIM (Société Internationale de Musique) et avec Lionel de La Laurencie à la création en 1917 de la Société française de musicologie, il écrivit la première biographie du musicien belge Henry Du Mont (1610-1684), parue en 1906… Il fut aussi le compositeur de la musique de scène de la seul pièce de théâtre de Paul Verlaine, Les Uns Et Les Autres, le  21 mai 1891. Tout cela suffirait à s'intéresser au personnage.


   Mais ce qui nous a d'abord interpellé particulièrement, c'est aussi qu'il fait le lien entre Emmanuel Chabrier et Roger Désormière. C'est ce que nous allons tenter de vous raconter…


"cousin à la mode auvergnate" de Chabrier

   Henri Quittard naquit le 16 mai 1864 à Clermont-Ferrand.  Il était le fils d'un négociant, Charles Annet Quittard (1824-1919), et de Jeanne Pourrat (1833-1922). Cette dernière était la fille de Zélie Chabrier (1809-1891), la tante chérie d'Emmanuel Chabrier (1841-1894). C'est ce qui explique que Chabrier tentera plus tard d'aider Henri Quittard et de l'orienter vers une carrière de compositeur à Paris. Chabrier écrivit qu'ils étaient "cousins à la mode auvergnate", parle de son "neveu à la mode de Bretagne", mais ils étaient simplement cousins, cousins issus de germains exactement.


Acte de naissance
d'Henri Quittard.

   Dans ses lettres, notamment à Claire Laurent-Pourrat (la tante de Quittard), Chabrier évoque ainsi tante Zélie qu'il adorait : "J'aime tant la tante Zélie", "Embrasse la chère tante Zélie pour moi. Elle sait que je l'aime. C'est le diable, avec la vie que je mène, d'aller l'embrasser à Clermont. Fais tous mes affectueux compl.(iments) aux Quittard…" , "Quand je pense à cette pauvre femme, il me semble que je suis tout petit, en blouse, comme autrefois. C'est tout le passé que son souvenir me rappelle. C'est doux comme tout." ou "Embrasse pour nous les Quittard - et bien fort, bien fort, la tante Zélie que j'aime tant dans mon fin-fond et sans en avoir l'air".

   A l'automne 1888, dans une lettre à sa femme, il s'inquiète de savoir si Henri Quittard a rencontré César Franck sur sa recommandation : "Et Henri Quittard ? le père Franck doit me prendre pour un fumiste avec ce neveu annoncé qui se dérobe toujours." Si lui-même ne voulut jamais lui donner de cours, on peut imaginer que c'est lui qui le recommanda plus tard, pour Les Uns et les Autres, à Verlaine dont il était proche et qui écrivit la musique de Fisch-ton-Kan et Vaucochard et Fils Ier.

   « Chabrier, nous faisions, un ami cher et moi, Des paroles pour vous qui nous donnaient des ailes Et tous trois frémissions quand pour bénir nos zèles, Passait l’Ecce Deus et le Je ne sais quoi… » Paul Verlaine - Recueil « Amour » (1888)(1).


Quittard comme les Quittard-Pinon

   Quittard, ce nom évoque bien-sûr dans la région les Quittard-Pinon près de Thiers qui formèrent la plus célèbre et la plus durable "communauté paysanne" de l'Histoire. Quittard était leur nom, Pinon le lieu de leur ferme. Cet étrange phalanstère avant l'heure fut institué à la fin de la Guerre de cent ans pour repeupler les campagnes, à moins qu'il ne remonte même au XIIème siècle… La particularité essentielle était que la terre appartenait collectivement à ceux qui la travaillaient et que le pouvoir, élu au sein de la communauté, était partagé entre un Maître qui gérait le domaine commun, l'organisation du travail dans les champs et les liens avec l'extérieur… et une Maîtresse en charge de la maison, de la basse-cour, de la cuisine, du linge, des habits… Et les 2 étaient révocables par le groupe. Pour que ce pouvoir reste impartial, il était précisé que les 2 ne pouvaient être trop proches comme époux, frères et sœurs… Les biens restaient communs, rien, ni héritage, ni mariage ne permettaient un partage de la propriété qui restait collective. Fermée sur elle même, la communauté restait généreuse pour les indigents, le partage était au cœur de sa pratique et son cimetière accueillait aussi les errants au seuil de leur vie. 

   Jusqu'aux bouleversements de la Révolution et de l'Empire, la communauté des Quittard-Pinon fut la seule à perdurer. Et le vent de l'histoire finit par l'emporter, mais le souvenir de cette expérience collectiviste perdure encore. De même, si les généalogistes ne nous mènent qu'à la fin du XVIIIème, sans qu'on puisse affirmer qu'Henri Quittard était bien issu de cette histoire-là, on peut le penser. Il n'y a qu'une trentaine de kilomètres entre Thiers et Riom ou Clermont ou même Vichy, là où l'on trouve toujours des Quittard. 


"parrain" de Roger Désormière

   Chabrier, outre Ambert et Clermont, était très lié aussi à Cusset, à côté de Vichy, où il avait épousé sa femme et où il avait des amis. Et un de ses aïeuls Jean-Baptise Chabrier était né non loin, à Randan (Mons), en 1724. Un petit garçon né en 1898 à Vichy, où ses parent coiffeurs travaillaient durant la saison tout en habitant le reste de l'année à Cusset, fut admis en 1914 au Conservatoire de Musique de Paris, en classe de flûte. Il s'appelait Roger Désormière et avait pour parrains parisiens 2 "oncles" qui n'étaient pas ses oncles. 

   L'un était Claude Eugène Maître (1875-1925), éminent spécialiste du Japon, un temps directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient, un des premiers découvreurs d'Angkor et conservateur adjoint du Musée Guimet.

   L'autre était notre Henri Quittard, Désormière étant un Quittard par sa grand'mère maternelle (sa mère étant née Guillot). Le futur chef d'orchestre se vit ouvrir une formidable porte sur la musique baroque française et nul doute que, si les Paladins de Rameau l'accompagnèrent toute sa vie, c'est en partie à Quittard qu'il le dut. Quittard connaissant en plus directement toute la musique française contemporaine comme critique du Figaro, quel "parrain" il pouvait être pour le jeune musicien. Désormière, futur disciple d'Erik Satie dans l'école d'Arcueil, dut peut-être une certaine familiarité avec lui à notre musicologue, laudateur de Parade (voir dans le Figaro en 1917). Mais, ce site lui étant dédié, revenons à Quittard.


années 1880 : étudiant à Clermont-Ferrand puis Paris  

César Franck et les Langues Orientales

   Nous ne connaissons que peu de choses sur ses débuts dans la vie.  Il obtint son Bac, au début des années 1880, au lycée catholique Massillon ou public Blaise Pascal (les sources sont contradictoires, mais il fréquenta les 2 établissements et il semble qu'à l'époque seuls les curés enseignaient la musique) à Clermont-Ferrand où il entreprit des études de lettres à la Faculté, décrochant une licence (on ne sait rien de ses études musicales).

   On pense que c'est alors qu'il partit à Paris, à l'instigation de Chabrier, où il vécut en donnant des leçons et en tentant de devenir compositeur. On doit être alors vers 1885. Il étudia aussi aux Langues Orientales où il croisa Louis Laloy (et peut-être Claude Eugène Maître ?). En 1888, il se met à suivre des cours auprès de César Franck qui va mourir dans 2 ans.


1891 Les Uns et les Autres de Verlaine

   La 1ère date dont nous sommes sûrs, c'est le 21 mai 1891 qui voit la création de la seule pièce de Verlaine, Les Uns et les Autres, en un acte et en vers, au Théâtre des Variétés, joué par la troupe du Théâtre d'Art. Cette troupe est celle qu'avait créée Paul Fort et Lugné-Poë vers 1890. La musique est d'Henri Quittard, tout comme celle de Chérubin de Charles Morice. Cette soirée "symboliste" devait être au bénéfice de Verlaine et de Paul Gauguin (Gauguin est parti à Tahiti depuis un mois et demi, le 4 avril) et comprenait ensuite le Corbeau d'Edgar Poe traduit par Mallarmé, le Doigt de la Femme (Chansons des Rues et des Bois) de Victor Hugo, l'Intruse de Maurice Mæterlinck, pièce en un acte,  Chérubin de Charles Morice, trois tableaux en prose (musique d'Henri Quittard), un poème des Fleurs du Mal de Baudelaire, et 3 autres poèmes enfin, le Soleil de Minuit de Catulle Mendès, le Cri de l'Ame de Lamartine et une églogue de Théodore de Banville, Phyllis. 


   Le spectacle ne fut ni un succès financier ni salué par la critique.  Ce fut même le grand silence.

   Le Figaro donne un premier article très sévère dès le lendemain signé un Monsieur de l'orchestre, qui raconte qu'il y avait peu de spectateurs, ne parle globalement "que des pastiches plus ou moins réussis", pour Verlaine, de "pâle imitation de Marivaux et Musset", pour Chérubin, d'"une simple fumisterie" et n'épargne que Mæterlinck ("c'est du très bon Elgar Poe" sic). Le tout est surtout une attaque en règle des Symbolistes.


   Il y a enfin le beau-père de Georges Feydeau dans le Figaro du 24 mai 1891 qui se montre tout sauf visionnaire en UneOn a donné, ces jours-ci, dans la salle du Vaudeville, une représentation assez fâcheusement qualifiée de « symboliste », au bénéfice de M. Verlaine, poète, et de M. Paul Gauguin, peintre. Je n'ai pas voulu en parler avant qu'elle ait eu lieu. L'idée en était venue à un groupe d'hommes, parmi lesquels je compte des amis ou des camarades. Puis, on nous disait qu'il s'agissait d'une œuvre de charité ou de solidarité. Le sentiment de la confraternité est de ceux qui ont encore raison, alors même qu'ils se trompent et si on a le droit quelquefois de ne pas en approuver les manifestations, on a le devoir de s'en taire. C'est ce que j'ai fait. Mais si j'ai su être discret, j'ai gardé mon droit d'être libre aujourd'hui et il me plaît d'avoir le courage d'user de cette liberté, car je crois bien sincèrement qu'il commence à y avoir quelque danger à prêter trop ingénument le collet à qui se moque de nous.

   En littérature comme en politique, les complaisantes passions pour les excentriques et les agités peuvent mal finir, et nous nous en allons tout doucement à une Commune littéraire et artistique.   Pour moi, otage désigné, je ne me laisserai pas « coller » au mur sans me donner la satisfaction de dire ce que je pense. Les quelques éphèbes trop aimables et les quelques vieux messieurs qui constituent le parti des « Jeunes » ne m'en tiendront pas pour un plus grand imbécile qu'ils ne l'ont déjà affirmé en leurs Revues intermittentes. J'avoue donc que j'ai été un peu surpris du tapage fait autour du nom de M. Paul Gauguin, peintre que j'ignorais, quoique assez curieux des œuvres de la peinture. Ma surprise a augmenté quand j'ai lu ceci « Paul Gauguin, ce nom, pour nous qui rêvons d'une rénovation idéaliste en littérature, ne signifie pas seulement un peintre d'exceptionnel talent, auteur des merveilleuses toiles que l'on sait. Il signifie surtout et encore haine des platitudes du réalisme envahissant, retour au symbolisme originel des arts plastiques, renaissance de la grande peinture idéiste, telle que la conçurent les Angelico, les Mantegna, les Vinci. » Ouais Mantegna, Vinci, mes maîtres chéris, qui m'ont tenu trois ans en Italie sous leur charme, ont un disciple à Paris, un rival déjà et je ne le connais pas ! Tout « infect bourgeois » que je sois, je suis un brave homme très consciencieux, avide des choses belles et nouvelles. Et je me précipitai pour voir les « merveilleuses toiles idéistes ». Fort idéistes en effet. Car je vis, à l'endroit désigné, une mer jaune, des bœufs rudimentaires et violets, des arbres roses, des rochers bleus. Quelque effort que j'y fasse, car je sais les avantages qu'on trouve à être « dans le mouvement », je reste tristement contraint à constater que les bœufs de Troyon, les paysans de Millet, les forêts de Rousseau gardent cet avantage d'être des bœufs, des paysans et des arbres, ce qui est banal, mais demeure suffisant et assez « évocateur » pour moi. M. Gauguin, dit-on, va voyager. Ça me paraît fort inutile. Ce n'est que sur les cartes de géographie qu'il trouvera « la mer jaune » qu'il a déjà inventée. Qu'est-ce que la nature pourrait apprendre à ces gens de génie, qui la refont et ne la regardent pas ? 

   Quant à l'autre bénéficiaire, M. Verlaine, je connaissais ses œuvres, toutes ses œuvres. En quelques-unes d'elles, il a montré du talent. Ce talent ne le met pas à l'abri de la platitude ou de l'obscurité. Je trouve l'une dans cette sérénade, distribuée à la salle du Vaudeville 


        « La lune blanche 

        Luit dans les bois 

        De chaque branche 

        Part une voix 

        Sous la ramée. 

        0 bien aimée ! »

   Sauf le respect qu'on doit à l'armée, c'est là de la poésie de major en retraite. Pour l'obscurité, en voici un échantillon 

        « 0 mourir de cette mort seulette 

        Qui s'en vont, cher amour qui t'épeures, 

        Balançant jeunes et vieilles heures ! 

        0 mourir de cette escarpolette » 

   Mirliton et charade. Mais enfin, dans sa longue carrière, M. Verlaine a certainement écrit trois ou quatre cents vers très distingués. C'est peu pour un homme qui a plusieurs cordes à sa lyre. Car il n'est plus permis d'ignorer, en ce temps où l'on raconte tout, que M. Verlaine est alternativement un grand pécheur ou un grand chrétien. Il est ascète les jours d'Opéra et héliogabalesque les jours d'Italiens. Le tout toujours très littérairement et au profit d'un éditeur, un jour chez Palmé, à la Société de Librairie catholique, le lendemain « à Cythère » Il passe, selon le mot vengeur de V. Hugo, Des quatrains de Pibrac aux strophes de Piron. Ses poésies se mettent sur la nappe de l'autel ou se vendent sous le manteau. J'ai encore cette banalité d'esprit d'aimer mieux d'autres lettrés, plus malheureux, plus obscurs peut-être, mais qui vont par les voies droites, n'exploitant ni le vice ni la repentance, qui n'ont d'excuse ou de prix qu'en restant secrets. Je désire garder le droit de ne pas admirer M. Léo Taxil, même avec du style. 

   Ceci dit, avec la netteté d'un homme que les fumisteries ne font rire que lorsqu'elles sont sans prétention, on comprendra que je n'aie point trop souffert de l'échec formel de la représentation du Vaudeville. On a convié le public au nom de la charité, et il n'est pas venu. C'est un avertissement sévère, mais qui était nécessaire. La foule, cette foule dont on quémande l'applaudissement en affectant de la trouver inepte, se prête, moins que certains lettrés trop épris de vaines curiosités, aux entreprises d'un quarteron d'impuissants, de ratés, de cabotins qui se dispensent de l'effort qui donne le talent en s'attribuant le génie. On a voulu qu'elle intervienne. Elle intervient pour défendre l'esprit français, la langue française, menacés tous deux. Paris ne veut pas encore être Byzance, Byzance complète, avec les théologiens de lettres qui discutent sur des mots et des pédanteries de systèmes, oubliant volontairement l'ennemi et la patrie, la patrie que quelques-uns font métier de ne pas aimer avec les pâles insexuels aussi, chevelus ou déplumés, qui ne veulent pas que rien demeure à la française en France, pas même l'amour ! A ces chapelles suspectés, obscures, où des hiérophantes ridicules jusqu'en leurs costumes, fous d'orgueil et d'envie, abstracteurs de quintessence et marchands de triple galimatias, s'enivrent de l'encens malsain qu'ils se brûlent sous le nez, il fallait garder l'ombre protectrice. Qu'un rayon de soleil pénètre par là, un rayon de soleil de la patrie de Rabelais, de Molière, de Voltaire et de Hugo, et on verra comme dans la scène que raconte Gautier frémir pitoyablement au grand jour les oripeaux étalés sur des bâtons qui, la nuit, effrayaient le passant et avaient l'air d'une troupe de vaillants en vie ! Dans cette représentation, où des hommes de talent s'étaient égarés tels que M. Mendès on a eu l'idée singulière et heureuse de lire, entre deux cauchemars, une poésie de Lamartine. Ce fut le puits clair dans le désert, la terre ferme au sortir du marais où le voyageur éperdu s'enlise. Aura-t-on compris ? 

   Ce qui a donné un certain corps à ce mouvement symboliste et à d'autres écoles en iste, c'est moins le désir de la nouveauté, qui est louable en soi, que le sentiment assez bas de certains hommes restés en chemin, mécontents de ne pas avoir trouvé la renommée que voulait leur orgueil, et que d'inavouables rancunes font révolutionnaires. Admirer l'obscurité, trouver du génie aux inconnus, c'est un moyen simple et tentant de dédaigner ce qui est clair et compris de tous, de refuser son admiration à qui la mérite. Quiconque décerne des brevets de génie s'en réserve un pour soi. C'est toujours un peu gênant, quelque front qu'on ait de venir dire qu'Hugo ou Renan sont de vieilles bêtes. Combien plus adroit de proclamer un poète, un philosophe inconnu et de lancer Laforgue, par exemple, qui est mort et ne gêne pas. Ça trouble toujours un peu d'entendre proclamer un génie dont on ignore le nom. Si on n'était qu'un sot de cette ignorance ? Moi, pendant des semaines, une voix me disait « Tu n'as pas lu Laforgue ! » Je l'ai lu, plein d'espoir à la fois et d'une religieuse terreur. J'y ai même noté cette strophe 

        0 géraniums diaphanes, pourvoyeurs poétiques, 

        Sacrilèges monomanes ! 

        Emballage, dévergondages, douches! ô pressoirs 

        Des vendanges aux grands soirs ! 

        Layettes aux abois 

        Thyrses au fond des bois !

        Transfusions, représailles, 

        Relevailles, compresses et l'éternelle potion, 

        Angelus ! n'en pouvoir plus 

        De débâcles nuptiales ! de débâcles nuptiales ! 

   Le voilà, le poète et le philosophe des symbolistes. Tout aussi bien, dans cette strophe de « l'avenir  », il me fait l'effet d'avoir dit le dernier mot de la question du présent et le secret de cette affaire : « Emballage, dévergondages, douches ! » 

Henry Fouquier. 


Le Monde Illustré 30 Mai 1891 

VAUDEVILLE : Représentation au bénéfice de MM. Paul Verlaine et Paul Gauguin. (…) 

   On a donné l'autre semaine, au théâtre du Vaudeville, une représentation dramatique très spéciale au bénéfice du poète Paul Verlaine et du peintre Paul Gauguin. Cette fête intellectuelle, annoncée à grand fracas depuis longtemps, devait, disait-on, marquer une date mémorable dans l'histoire de la littérature dramatique. C'était l'aurore d'une renaissance. On allait enfin savoir ce que serait le théâtre de demain, le théâtre symboliste, car c'est à un véritable festival symboliste que nous avons assisté. 

   Le programme était très chargé, trop chargé. Il débutait par un acte en vers de M. Paul Verlaine, Les uns et les autres. Cette petite pièce, malgré l'agrément d'une partie musicale par M. Henri Quittard, m'a paru en somme d'un intérêt extrêmement faible. Des couples d'amoureux et d'amoureuses, en costumes Louis XV, errent autour de bosquets fleuris, comme dans un tableau de Lancret. Ils échangent des propos badins où les querelles et les boutades vieillies d'amants jaloux alternent avec des fadeurs prétentieuses ou des banalités plates dissimulées sous la recherche de la forme. On dirait du mauvais Marivaux versifié par un habile ouvrier de rimes. J'ai vainement cherché le symbole dans cette anodine élucubration, assez correctement jouée surtout par Mlle Moreno et par Mlle Lucie Gérard ainsi que par MM. Krauss et Paul Franck. 

   M. Damoye nous a dit ensuite le Corbeau, poème d'Edgar Poe traduit par M. Stéphane Mallarmé. La diction de M. Damoye manque parfois de netteté parce qu'il ne ménage pas assez les éclats de voix et les intonations vibrantes qui forcent l'effet. Il arriverait à une expression bien autrement puissante avec un peu plus de simplicité. 

   Un drame en trois actes en prose de M. Charles Morice, toujours avec partie musicale de M. Henri Quittard, succédait au Corbeau. Ce drame est intitulé Chérubin. Ici nous sommes en plein symbole. 

   Chérubin est le fils de Don Juan qui lui-même a pour père Harpagon. 

   Vous voyez, je pense, le symbole ; c'est la double traduction symbolique des deux proverbes : à père avare, fils prodigue, et à père prodigue, fils avare. 

   Est-ce vraiment très nouveau, cette manière d'incarner les idées en des personnages vivants, ou même en des objets inanimés ? Il me semble bien, à la réflexion, que la poésie et la rhétorique depuis qu'elles existent n'ont point fait autre chose. 

   La moindre métaphore ressemble terriblement à un symbole. Pourquoi donc essaie-t-on aujourd'hui de nous faire prendre pour des vessies neuves ces veilles lanternes dont on se sert depuis si longtemps ? 

   Symbole à part, le sujet de Chérubin en vaut un autre et pouvait prêter à des développements curieux. Il me semble que l'auteur, gêné par la préoccupation de rester énigmatique et vaguement synthétique, suivant la formule de la nouvelle école, n'en a pas tiré tout le parti convenable. La philosophie de la pièce ne se dégage pas nettement des tableaux impressionnistes qu'il fait défiler successivement sous les yeux du spectateur. Les personnages, insuffisamment expliqués, se démenant en des scènes juxtaposées les unes à la suite des autres sans enchaînement ni transitions, ressemblent un peu trop à des marionnettes. Ainsi le dernier tableau, celui de la double mort d'Harpagon et de Chérubin sur leurs trésors, tandis que la chanson de Don Juan résonne gaiement dans la coulisse, garde, malgré l'horreur tragique de ce dénouement, je ne sais quel aspect comique de guignol macabre qui nuit beaucoup à l'effet. 

   La pièce de M. Charles Morice a été bien jouée par MM. Tarride et Mayer. Mlle Marty de l'Odéon est aussi très agréable dans le rôle d'une jeune fille amoureuse de Chérubin. 

   Je vous dirai peu de chose du poème dialogué de M. Catulle Mendès, Le Soleil de Minuit, qui est connu de tous et dont personne ne conteste le mérite littéraire. A la représentation, cette œuvre, d'un effet si saisissant à la lecture, a paru presque incompréhensible. L'impression de terreur qu'elle devait produire au spectateur, qu'elle produit infailliblement au lecteur doué de quelque imagination poétique, a fait place à une sensation d'étonnement et de malaise. Ce qui prouve bien que la réalisation scénique de certains effets reste toujours fort au-dessous de leur évocation par le simple effort de l'esprit. Le propre même du symbole, sa vraie raison d'être, est de ne pouvoir être rendu absolument tangible aux sens. Voilà ce que les inventeurs du théâtre symboliste ne paraissent pas avoir bien compris. 

   Le Soleil de Minuit a pourtant été déclamé par des artistes de grand talent comme MM. Raymond, Damoye et Mme Marie Defresnes. 

   Enfin la représentation a été terminée par l'Intruse de M. Maurice Maeterlinck. J'ai le regret de n'avoir point assisté à cette dernière pièce, qui, d'après ce que l'on m'a rapporté, semble avoir fini assez gaiement cette matinée extraordinaire. (…) HIPPOLYTE LEMAIRE. 



   La vie de cette œuvre (la musique des Uns et des Autres) ne s'acheva  pas là. Elle fut d'abord reprise lors d'un concert de la Société Nationale de Musique le 8 février 1893, devant Emmanuel Chabrier. A la même Société, il avait déjà donné un Sextuor. (correspondance Chabrier par Delage et Durif)


   Le destin de cette musique semble s'achever en 1912. A l'inauguration de la statue de Verlaine (par Auguste de Niederhausern dit Rodo) au Jardin du Luxembourg, le 28 mai 1912, au milieu des discours (dont un de Charles Morice), des récitations de poèmes, des poètes dont Paul Fort et Jean Cocteau, succéda l'après-midi à l'Odéon une seconde cérémonie avec reprise de la pièce par la troupe de l'Odéon avec toujours la musique de Quittard.


Le Monde artiste illustré (3 juin 1911). Courrier littéraire

La Matinée Verlaine. 

   Grâce à M. Antoine, qui avait prêté la salle de l'Odéon, et au concours de nobles artistes, la matinée d'hier, consacrée à Verlaine, fut triomphale.    

   Une conférence de Jean Richepin, toute nourrie de souvenirs, fut vivement applaudie par les poètes, par les admirateurs du grand Verlaine, qui se pressaient dans la salle. Jean Richepin a tenu à unir à celui de Verlaine, à l'heure de son apothéose, les noms des poètes maudits : Stéphane Malarmé, Villiers de l'Isle-Adam, Arthur Rimbaud, Tristan Corbière.

   La représentation de Les uns et les Autres, dans un décor exquis, avec une musique de scène de Quittard et le concours de M. Coulomb, qui chantait le Mezzetin, tandis que Mlle Ventura incarnait Rosalinde, et de l'Assomption de Verlaine, à-propos en vers d'Ernest Raynaud furent l'heure d'émotion. 

BENOIT DE MAILLET.



1892 Les Noces de Sathan de Jules Bois


   La seconde expérience théâtrale de Quittard se déroule un ans après, au Vaudeville, toujours avec le Théâtre-d'Art. Le 29 mars 1892, générale, et le 30, on donne au Théâtre-d'Application 3 pièces dont les Noces de Sathan, pièce ésotérique de Jules Bois, partie musicale de Henry Quittard (entre deux scènes tirées de Vercingétorix, drame en vers d'Edouard Schuré, partie musicale de Duteil d'Ozanne et le Premier chant de l'lliade, d'Homère, adaptation de Jules Méry et Victor Melnotte, partie musicale de Gabriel Fabre). Jules Bois (1868-1943), curieux écrivain occultiste, ne connut point le succès.        

   Curieusement, Bois avait commandé d'abord une partition à… Claude Debussy et ce fut même annoncé le 8 mars 1892 dans une revue, le Saint-Graal (on baignait dans l'ésotérisme décidément) avec date de représentation le 18 mars avant que le jeune maître ne décline la proposition (le courrier existe, sans date).  Bois collabora cette même année  avec Erik Satie sur La Porte héroïque du ciel. Ces musiciens sont de la même génération, Debussy naît en 1862, Quittard en 1864, Satie en 1866. Quittard eut sûrement peu de temps pour composer, peut-être dut-on ainsi repousser le spectacle du 18 au 29 mars. Sur les premiers programme où Debussy figurait, Quittard était prévu pour Vercingétorix…


Gil Blas du 3 AVRIL 1892   

   Le temple des bonnes déesses avec ses mystérieux et redoutables spectacles, depuis plus de seize siècles abolis, a eu, avant-hier, un écho étrangement moderne au Théâtre-d'Art, sur la scène mondaine de la Bodinière. Les Noces de Sathan et de Psyché glorifient l'amour mystique, couronnement et solution de toutes les autres amours. Sathan — un dilettante à la Barrés, anarchiste et pervers — épouse Psyché, l'amoureuse sincère et ardente, et se rachète de tous ses crimes par la loyauté de leur grande étreinte, glorifiée en l'apparition d'une lunaire croix. Trouble drame où défilent des apparitions inattendues — d'Elohim (sortes d'anges impersonnels) — de démons stercoraires, d'incubes, de succubes ! Un Adam bourgeois et prolifique accompagne une Eve indécente et toute prête pour les adultères distingués ; un Caïn, de la Villette, un Méphistophélès qui, pour la gomme, rendrait des points au prince de S., un Faust Renan, dont il faut citer la dernière strophe : 

        Ne crois plus qu'au plaisir léger qui nous égare 

        Dans le rêve où toute inquiétude se perd, 

        Et tous les soirs, relis l'Abbesse de Jouarre 

        En sortant du café-concert. 

   Peintures hétéroclites de décors, hallucinatoire et spirite ! Le peintre Henry Colas a, paraît-il, fait poser sur nature les incubes et les succubes de ce bon M. l.-K. Huymans. 

   Quant à la musique de Henry Quittard, elle complète la délicate illusion d'un voyage fou dans l'au-delà. 

 Sathan a été effroyable, convulsif et charmant, tantôt Jésus, tantôt Antéchrist avec Lugné-Poë, que mademoiselle Marsans, trop gazée, ramenait au bien par la volupté de ses bras ; la Botticelli-Hermès-Netza a été d'un héraldisme égyptiaque des plus immobilement suggestifs, et mademoiselle Mellot, que tout le monde a regretté de ne pas voir, a lancé les alexandrins d'une voix sonnante, tandis que mademoiselle Suzanne Gay figeait le type d'Hélène en une statue d'art mélodieux.





anarchistes et symbolistes


   Le 9 décembre 1893, l'anarchiste Auguste Vaillant jette une bombe à la Chambre des députés, faisant une cinquantaine de blessés mais pas de mort. Il sera guillotiné le 5 février 1894, il avait 33 ans. 2 premières "Lois scélérates", votées les 12 et 18 décembre 1893, instituent de nouveaux délits, comme l'apologie de faits ou de crime, autorisent arrestations et saisies préventives et créent l'association de malfaiteurs.

   L'Auvergnat Jean Grave, secrétaire de la rédaction de la Révolte, ayant été condamné à deux ans de prison pour son livre, la Société Mourante et l'Anarchie, des écrivains et des artistes, au nombre d'environ deux cents, signent et publient une protestation contre cette décision, début mars 1894. 

 

   Outre Elisée Reclus, Octave Mirbeau, Paul Adam, Bernard Lazare, témoins au procès, elle est signée par Henri Quittard (seul musicien avec Georges Street, le fils d'Agnès Street-Klindworth et peut-être de Liszt) et, pour ne citer qu'eux, Alphonse Allais, Jules Renard, Paul Fort, Maurice Barrès, Saint-Pol-Roux, Henri de Régnier, Raoul Ponchon, Jean Richepin, Catulle Mendès, Lucien Descaves, Jules Bois, Ferdinand Hérold, Paul Signac, Alfred Vattette et sa femme, Rachilde…





1895 le Prince Naïf avec les frères des Gachons 


   Dernière musique pour le théâtre de Quittard, en 1895, voilà le Prince Naïf des frères des Gachons. Cette pièce, ou plutôt ce "lumino-conte", de Jacques des Gachons, musique de scène de Henri Quittard, avec trente-deux décors nouveaux de l'imagier André des Gachons, récitants Mlle Rose Syma, de l'Odéon et M. Dehelly, de la Comédie-Française , est jouée au Théâtre minuscule, 31, rue Bonaparte, dans le Hall du journal La Plume. Cette revue dépassait le cadre symboliste en accueillant des expositions de Bonnard, Degas, Ensor,  Lalique, Lautrec, Matisse, Gustave Moreau ou Mucha… ou en publiant, entre autres, Verlaine ou Mallarmé… Accompagné de Vincelli, strophe de Georges Docquois, décors de l'imagier André  des Gachons, ce Prince Naïf connaît 3 représentations les 16, 17 et 18 janvier 1895, puis 2 dont le 29 mars, une 6ème le 28 juin et 3 autres les 1er, 2 et 3 décembre, toujours au Théâtre minuscule mais avec en plus cette fois une œuvre du Parnassien Jean Lorrain, musique de Charles Silver, Conte du bohémien, au Salon des Cent de La Plume. On imagine que cependant l'on resta dans la confidentialité de quelque avant-garde.


   Compte-rendu du Prince Naïf des frères des Gachons par Nicole Chambellan, dans l'Idée Moderne, N° 3 et 4, Février 1895. Théâtre minuscule 31, rue Bonaparte Le Prince Naïf, lumino-conte de Messieurs Jacques et André des Gachons.

   MM. des Gachons viennent de nous offrir un véritable régal artistique. Se basant sur des essais préalables(1), ils tentèrent de faire concourir à une même émotion esthétique, la peinture, le récit et la musique. Et certes nous devons reconnaître qu'ils surent séduire leurs spectateurs et garder l'attention sur le beau rêve de leur poème.
   Les spectateurs prennent place dans un coin d'ombre, religieux, alors que la plus tendre musique s'éveille et les ravit et qu'une voix douce, mémoriale ainsi qu'un écho, raconte la légende du Prince Naïf.

   Et véritablement ils eussent incarné le Prince et vécu sa légende, si parfois, levant les yeux (qui se closent pour y voir clair, dit le poète) ils n'avaient vu les délicieuses peintures d'Andhré des Gachons se succéder sur un petit écran ou toute la lumière se concentrait.
Nos lecteurs ont tous lu en l'Album des Légendes le poème de MM. Des Gachons, nous ne leur en vanterons donc pas la gracieuse naïveté et la souple simplicité du récit.
   La Musique douce aussi et voilée avec des grâces de jadis était l'œuvre de M. Henri Quittard, l'artiste qui composa l'adorable chanson de Don Juan(2).
   Nos compliments à Mlle Rose Syma, la gracieuse interprète de « la jolie fille aux yeux clairs » quoique, se ressouvenant, quelques spectateurs se soient pris à regretter Camée.
   Quelques-uns parmi les présents ignorèrent ou parurent ignorer le prix infini du silence. Il est vrai que les toilettes demeurèrent dans l'ombre et qu'un peu de snobisme avait passé le seuil.


Nicole Chambellan.

(1) On se souvient que pour le Cantique des Cantiques, donné au Théâtre d'Art vers 1891, on avait tenté de séduire par l'odorat lui-même, en imprégnant l'atmosphère de fumée religieusement aromatiques. Mais à ces représentations, les esthètes les plus délicats furent peut-être choqués de l'imperfection du décor. MM. Des Gachons ont réalisé dans cet art un véritable progrès.

(2) Par Charles Morice, dans Chérubin.





jusqu'en 1899, professeur et musicographe


   Cette méthode féconde était alors chose nouvelle. II ne faut pas oublier qu'en France, on ne s'était jusque-là que bien peu préoccupé de l'histoire musicale. Un Fétis, un La Fage, un Thoinan travaillaient dans un complet isolement et avec quelle absence de méthode ! Ce n'est guère avant 1895 qu'apparurent les premiers pionniers de la Musicologie française : Michel Brenet, Henry Quittard, Henry Expert, André Pirro, Jules Ecorcheville, Lionel de la Laurencie, Pierre Aubry... Ce furent, pour la plupart d'infatigables remueurs d'archives. Ces recherches étaient d'ailleurs indispensables. Avant d'entreprendre le monument, il fallait assurer les fondations. Si on excepte un André Pirro dont l'érudition est universelle et qui s'élève sans effort de l'examen le plus minutieux des faits au domaine des idées générales, la plupart de ces historiens étaient dépourvus d'esprit synthétique. HENRY PRUNIÈRES. Revue EUROPE - Romain Rolland et l'histoire musicale - 15 février 1926

   Signalons que derrière le pseudonyme Michel Brenet se cache une femme, Marie Bobillier.  Et qu'on comprend que Poulenc surnommait ce journaliste Pruneton ou Pruneprune, l'"ineffable"…


   Nous ne savons pas où Quittard fut professeur à Paris avant 1904 ni quand il s'engagea dans la carrière de (on ne disait pas alors musicologue) musicographe. Dans la Revue musicale N° 20 du 15 Octobre 1904 : Paris, Lycée Carnot. — Notre collaborateur M. Henri Quittard, ancien élève de César Franck, licencié es lettres, diplômé de l'Ecole des langues orientales vivantes, est nommé professeur de chant au lycée Carnot.  


   Les premiers articles que nous retrouvons datent de 1899. Le 1er article est une nécrologie dans le Monde Illustré du 1er juillet 1899 consacrée au chanteur Henri Sellier.

   Le ténor Sellier. — L'ancien ténor tant applaudi de l'Opéra, l'admirable créateur de Sigurd, M. Henri Sellier, vient de mourir à l'âge de cinquante ans. Il était né en 1849, à Chatel-Censoir, dans l'Yonne, d'une famille très nombreuse et très pauvre, et il avait dû, tout jeune, venir à Paris pour y chercher des moyens d'existence. Il servait comme garçon de salle chez un marchand de vins, lorsqu'Edmond About, par hasard, l'entendit chanter, admira sa voix, le présenta à Ambroise Thomas. Il entra alors au Conservatoire où il obtint, en 1876, le premier prix de chant et le second prix d'Opéra. Engagé d'office cette même année à l'Académie nationale de musique, il y a fourni une brillante carrière, trop tôt interrompue, où il a parcouru tous les grands rôles du répertoire, et où chacune de ses créations a été marquée par une éclatante victoire. M. Sellier a été le ténor de prédilection de Gounod et de Verdi. Il a chanté dans Guillaume Tell, Polyeucte, le Prophète, les Huguenots, Faust, Freyschuts (sic), la Juive, Henri VIII, la Muette de Portici, Salammbo, etc.     Il a créé Radamir d'Aïda, Manuel du Tribut de Zamora, Paolo de Françoise de Rimini, et surtout Sigurd, dont il a fait une inimitable incarnation. Il y était admirable par l'ampleur et le moelleux de l'organe, la résonnance des notes ordinairement sourdes et voilées, la portée caressante d'une voix fraîche, légère, brillante, éclatante même sans dureté et consistante sans empâtements. Depuis plusieurs années, il avait disparu et ne chantait plus qu'en province et à l'étranger, à Saint-Pétersbourg notamment où il obtint les plus grands succès. Ses obsèques ont eu lieu mercredi, à neuf heures, à la Madeleine. Il laisse le souvenir d'un artiste consciencieux dont la carrière fut des plus brillantes quoique relativement courte.  



































































   






Par la Tribune de Saint Gervais, nous apprenons que Quittard donnait cette même année 1899 des critique dans une autre revue, La Vogue (revue symboliste créée en 1886, révélant alors Rimbaud avec Verlaine, à l'existence chaotique qui disparut définitivement en 1899 justement sous la direction de Tristan Klingsor)On le retrouve aussi faisant une pige au Monde Illustré cette même année 1899.





1899/1902 la grande encyclopédie

   Depuis l'Encyclopédie de Diderot (1751-1772), les encyclopédies se sont multipliées en Europe et aussi en France. Citons l'Encyclopédie Roret (à partir de 1821), l'Encyclopédie moderne, en 24 volumes (1823-32), l'Encyclopédie nouvelle (1833-1847), le Grand dictionnaire universel Larousse du XIXe siècle (1866-1877) et enfin La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts (31 volumes, 1886-1902) par Henri Lamirault, éditeur, Ferdinand-Camille Dreyfus et André Berthelot, visant un public de chercheurs et d'érudits, dont Henri Quittard va s'occuper de la partie musicale à partir du tome 24, soit de 1899 à 1902. Les premières années, c'est Alfred Ernst (1860-1898), critique musical de la Paix et bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, qui traitait de cette matière (voir notice Beethoven). Mort à seulement 38 ans, au printemps 1898, on peut imaginer que Quittard lui succéda alors. On trouve aussi quelquefois, au début, la signarure de René Brancour. A la fin, c'est Julien Tiersot qui rejoint l'aventure, Tiersot grand précurseur de l'ethnomusicologie et bibliothécaire au Conservatoire (voir aussi notice tome 30).

   La tache est ardue et la critique facile : nous n'analyserons point ici ce travail, qui remont à plus d'un siècle. Tout de même, quelle opprobre sur Offenbach… Et puis, voilà l'occasion de se mettre aussi au service des musiciens d'autrefois pour Quittard. (à lire ci-dessous sur notre site) 

   Parmi les quelque 230 collaborateurs du premier volume, on relève les noms de Lucien Herr, Ferdinand Brunetière, Gustave Lanson ou Rémy de Gourmont…



1899 la Schola Cantorum et la Tribune de St Gervais

   Charles Bordes, Alexandre Guilmant et Vincent d'Indy, partant de la remise à l'honneur de la musique religieuse grégorienne et de la Renaissance, ont fondé la Schola Cantorum le 6 juin 1894 et elle a ouvert ses portes le 15 octobre suivant. Malgré des moyens très réduits, ils lancent la Tribune de Saint Gervais l'année suivante. 4 ans plus tard, donc, Quittard les rejoint en 1899, démarrant une fructueuse collaboration avec un long article en 3 parties, Les anciennes orgues françaises : à propos de l'Orgue de Saint-Gervais (avril-août-octobre 1899) et une présentation d'ELZÉAR GENET dit CARPENTRAS en juillet. (à lire ci-dessous sur notre site) 

   Mais il avait fait dans un sens son entrée dans ces augustes colonnes via une critique en août 1898 d'un de ses ouvrages paru dans l'Ouest Artiste (On peut imaginer que l'on doit cette collaboration à Etienne Destranges (1863-1915). Musicographe nantais, mécène, il fut, pour reprendre les mots de Marcel Courtonne, “"l'animateur infatiguable de l'art lyrique et de la musique à Nantes"”. Premier nantais à se rendre à Bayreuth, c'est notamment à lui que revient le mérite d’avoir incité le directeur Morvand à tenter l'expérience de Lohengrin et des œuvres du compositeur allemand, mais aussi d'avoir diffusé les œuvres de César Franck, Emmanuel Chabrier, Claude Debussy, etc. Il dirigea deux revues artistiques, Nantes lyrique et L’Ouest artiste, et publia l'ouvrage très complet Le Théâtre à Nantes, depuis ses origines jusqu’à nos jours (1430-1901), paru en 1893 puis réédité et complété en 1902. Signalons sur Chabrier par Etienne Destranges : Un chef d'œuvre inachevé : Briséis (1897) ; Emmanuel Chabrier et Gwendoline (Courrier musical, Sept-Oct. 1903).), sur l'accompagnement instrumental des œuvres de musique d'église au seizième siècle, critique par Charles Bordes à laquelle il tint à répondre en octobre 1898, d'où une féconde polémique (à lire ci-dessous sur notre site)

   Le projet de la Schola et de la Tribune de St Gervais, très précaire jusque là, profite pleinement du succès de sa présence dans le village médiéval de l'Exposition Universelle de 1900. Cela va assurer les fondations de l'institution. Dès l'automne, en marge de la Tribune de St Gervais, est publié un Mémoire de musicologie sacrée lu aux Assises de musique religieuse les 27, 28, et 29 Septembre, 1900, à la Schola Cantorum auquel participe Quittard avec un article sur Giacomo Carissimi et le XVIIe siècle italien (à lire ci-dessous sur notre site) Ces assises de la Schola Cantorum se tinrent dans ses nouveaux locaux du 269, rue Saint-Jacques (ancien séminaire Saint-Jacques), nous apprend la Croix.

   Dès lors, c'est une collaboration très active avec la revue, jusqu'en 1904, qu'elle s'appelle la Tribune de St Gervais ou les Tablettes de la Schola,  son supplément.

 L'année 1901 voit la publication en 5 numéros (janvier-février-mars-avril-mai) d'une étude sur Un claveciniste français du XVIIe siècle : Jacques Chambonnières,

suivie de son "grand œuvre", une monographie consacrée à Henry du Mont qui est diffusée à partir de novembre 1901 jusqu'à la fin 1905 et qui va être éditée en 1906 Mercure de France (à lire ci-dessous sur notre site). Il demande une préface à Jules Combarieu (entre 1904 et 1910, professeur de musique au Collège de France, créateur en 1901 de la Revue musicale). En 1910, il est couronné pour ce livre du prix Bordin de l'Académie française



   Il publie 3 courts articles aux Tablettes de la Schola sur 

Les "Meslanges" de Henry du Mont (1903), 

Nicolas Clérambault (15 novembre 1903) 

et Orphée descendant aux enfers (1904).


   Quand la Schola Cantorum organise dans sa ville natale, Clermont-Ferrand, un congrès de musique religieuse, les 12, 13 et 14 juin 1905, il présente une communication sur Jean-Philippe Rameau à Clermont et sa musique religieuse (reprenant en partie un article paru en 1902 dans la Revue musicale),  aux côtés de l'abbé F. Brun, Charles Bordes ou Amédée Gastoué… 


   En 1906, le Mercure musical nous apprend qu'il participe aussi  au projet de concerts de Charles Bordes co-organisés par la Schola avec l'Alliance Française. Et enfin, il participe encore aux Assises musicales de la Schola à Montpellier (les 3, 4, 5 et 6 juin 1906) : au programme du 4 juin, le soir, à 8 h. 3/4.— A LA SALLE DU PAVILLON POPULAIRE (Esplanade) : Un Musicien Languedocien du XVIIème siècle : Bouzignac de Narbonne, par Henri Quittard. Il avait déjà participé à la redécouverte de ce musicien dans la Revue musicale (en 1905) ou dans la Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft (voir ci-dessous).





1902 la Revue musicale devenue 

la Revue de la Société internationale de musique


   Après la Schola, Quittard passe à ce qui va devenir, le 18 mars 1904, la section française de la SIM (Société internationale de musique), animée par Jules Ecorcheville ou Lionel de la Laurencie. 

   En 1901, est créée par Pierre Aubry, Jules Combarieu, Maurice Emmanuel, Louis Laloy et Romain Rolland la Revue musicale-Revue d'histoire et de critique qui devient en 1903 simplement la Revue musicale avant de fusionner avec la Revue de la Société internationale de musique en 1908 pour devenir le Bulletin français de la SIM. 

  En 1902, H. Quittard publie dans la Revue musicale-Revue d'histoire et de critique

Les années de jeunesse de Jean-Philippe Rameau en 4 numéros de février à mai (à lire ci-dessous sur notre site),

Notes sur Michel Richard de Lalande en juillet (à lire ci-dessous sur notre site),

une critique du livre de J.-P. Westhoff, NOTES SUR LA MUSIQUE EN FRANCE AU XVIIe SIÈCLE en août (à lire ci-dessous sur notre site),

L'opinion d'un Français sur la musique italienne au XVIIe siècle en octobre (à lire ci-dessous sur notre site)

et Louis Couperin (1630-1665) en décembre qu'il termine de publier en mars 1903 (à lire ci-dessous sur notre site).

   En cette année 1903, outre un article sur Un chanteur compositeur de musique sous Louis XIII : Nicolas Formé (1567-1638)  dans le numéro du 1er août 1903, (à lire ci-dessous sur notre site), la Revue annonce pour 1904 la thèse de doctorat d'Henri Quittard sur l'Evolution Musicale à la Fin du XVIème Siècle à l'Université de Paris.


   Dans la Revue musicale, il présente d'abord en 1904

- puis Une composition française du XVIIe siècle à deux chœurs (le 1er juin 1904), (à lire ci-dessous sur notre site)

- Eustache Du Caurroy : Les Meslanges (le 5 août 1904),  (à lire ci-dessous sur notre site)

Orphée descendant aux Enfers de Charpentier (le 1er octovre 1904), (à lire ci-dessous sur notre site)


puis en 1905

- L'air à voix seule : ses origines (1905), N° 16-17 1er Septembre 1905. pages 443 à 445 (à lire ci-dessous sur notre site),

- G. Bouzignac (compositeur du XVIIème siècle) (1er février 1905) (à lire ci-dessous sur notre site) et cette étude est reprise et largement développées en Allemagne dans Sammelbände der Internationale Musik-Gesellschaft, VI (1904-1905) ; en 1907, il fait aussi publier G. Bouzignac. Meslanges divers, remis au jour et publiés d'après manuscrit de la bibliothèque de Tours par M. Henri Quittard, mais nous ne savons où, dans quelles conditions…


- Armide à l'Opéra, La Revue musicale, V/9 (1905), p. 252-255. (à lire ci-dessous sur notre site),

- Le « Rinaldo » de Haendel : à propos d'Armide (1905),

- L'air de cour : Pierre Guédron : un compositeur chef d'école, à la fin du XVIIe siècle (1905), (à lire ci-dessous sur notre site),

et Le Ballet comique de la Reyne, La Revue musicale, V/11 (1905), p. 300-301 (à lire ci-dessous sur notre site)


   Dans la Revue musicale de 1905, il propose aussi 6 transcriptions (une Canarie ou Canari était alors aussi une danse) :

Chanson à quatre voix, publiée avec réduction au piano par Henri Quittard, p. 175. 

Ouverture de « Rinaldo » de Haendel, transcrite par Henri Quittard, p. 207. (Revue musicale 1905 N° 8 15 Avril 1905. page 226) A propos d'ARMIDE. — Notre Supplément musical. La répétition générale de l'Armide de Gluck est donnée à l'Opéra au moment où nous écrivons ces lignes. Nous lui consacrerons une étude dans notre prochain numéro. La Revue Musicale a déjà publié (dans son n° du 25 août 1903) un fragment de l'Armide de Lulli, et un fragment de l'Armide de Gluck. Comme suite à ces éléments de comparaison, et à propos de la reprise si brillante faite par M. Gailhard, nous donnons aujourd'hui, en la réduisant pour piano d'après la grande édition des Œuvres complètes, l'ouverture du Rinaldo de Haendel. Comme la plupart des ouvertures du maître, celle-ci est traitée dans le style français. Après un Largo d'un beau sentiment, vient un épisode fugué rapide, plein de combinaisons ingénieuses. Haendel a toutefois enrichi cette seconde partie d'effets de violon solo, inconnus aux compositeurs français. Et pour conclure, après un thème très expressif du hautbois solo, il a amené une troisième reprise de caractère vif et animé. Telle qu'elle est, cette composition instrumentale est très intéressante et donne une idée exacte des diverses ressources que le maître saxon a employées dans sa musique d'orchestre. H. Q. 

Chambonnières. « Canaris » pour clavecin publié par Henri Quittard p. 227.  

Jacques de Gallot. Les Castagnettes canaris pour le luth, transcrit par Henri Quittard, p. 228. 

Deux canaries de l'opéra « Isis », transcrits par Henri Quittard, p. 229. 

Fragments transcrits et harmonisés du Ballet de la Royne, 1582, p. 231.

Mezangeau. Courante pour le luth, transcrite par Henri Quittard, p. 280. 


   En 1906, il alterne musique ancienne et contemporaine (tous à lire ci-dessous sur notre site) 

L'orientalisme musical. Saint-Saëns orientalisteN° 5 - 1er Mars 1906. page 107 à 116,

Thamara de M. Bourgault-Ducoudray, N° 6 - 15 Mars 1906. pages 170 à 173

 L'exercice des élèves au conservatoire, N°11 - 1er Juin 1906. pages 273 à 174

Edward William Elgar, le Songe de Gérontius, N° 12 - 15 Juin 1906. pages 285 à 286

Jules Écorcheville : Vingt Suites d'Orchestre du XVIIème siècle français, N° 14 - 15 Juillet 1906. pages 370 à 373

Gaspard Spontini (1774-1851), N° 16 - 1er Septembre 1906. pages 412 à 418.


   En 1907, à la Revue musicale, on trouve (tous à lire ci-dessous sur notre site) :

- sur une publication d'Hugo Riemann dans « Hausmusik aus alter Zeit », la Chanson aux XVème et XVIème siècles, page 79, 

- les Principes d'accompagnement de Dandrieu, page 144,

- « Estampies et danses royales », de P. Aubry, page 201,

- La harpe-luth, page 360 (en fait, il s'agit d'une lettre de l'inventeur, Gustave Lyon),

L'orchestre de l'« Orfeo », juin/août 1907, pages 380 puis 412 

- 3 articles sur Philidor : « Le Bûcheron », page 421, « Ernelinde », page 469, « Le Sorcier », page 537,

et Monsigny : La Belle Arsène, page 608.


   En 1908, l'année est féconde (tous à lire ci-dessous sur notre site) :
















   L'année 1910 voit une large édition de la Belle Arsène de Monsigny, œuvre qu'il avait déjà présentée dans le n° du 15 décembre 1907. La Belle Arsène, opéra comique de Monsigny, réduction pour piano par Henri QUITTARD, numéros des 1er janvier, 1er février, 1er et 15 mars, 1er et 15 avril, 1er et 15 mai, 1er et 15 juin, 1er et 15 juillet, août, septembre. 

   Dans la Revue Musicale Numéros 17-18 du 1er-15 Septembre 1910, MONSIGNY ET NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL. LETTRES INÉDITES. — Nous terminons aujourd'hui la publication de l'œuvre charmante de Monsigny, la Belle Arsène. La Revue musicale croit avoir fait œuvre utile en publiant pour la première fois la réduction de cet opéra pour piano et chant, réduction due à la plume experte et autorisée de notre collaborateur, M. Henri Quittard. Dans Monsigny et son temps (Paris, 1908), M. Arthur Pougin a publié, sur l'auteur de la Belle Arsène, quelques documents qui viennent d'être complétés ou confirmés. M. Julien Tiersot, vulgarisant et commentant quelques-uns des trésors qui sont à portée de sa main, à la Bibliothèque du Conservatoire, donne, dans le dernier fascicule de la Rivista musicale de Turin, quelques lettres inédites que nous reproduisons ci-dessous. Elles vaudront un surcroît de sympathie à l'aimable musicien que nous avons fait mieux connaître. Monsigny y montre d'ailleurs plus de générosité que de savoir grammatical, plus de cœur que d'orthographe. 


   En cette année 1910, Quittard donne 3 articles à la revue :

- Le Cours de Composition musicale de M. Vincent d'Indy, N° 6 - 15 Mars 1910 pages 182 à 184,

- La Sonate en ut majeur (op. 53) de Beethoven, N° 13 - 1er Juillet 1910 pages 326 à 335

et Michel Brenet : Les Musiciens de la Sainte-Chapelle du Palais, N° 17-18 - 1er-15 Septembre 1910. 


   Nous ne disposons pas des informations pour 1909 et pour 1911.

   En 1912, place à la Revue musicale SIM.



1906 mariage montmartrois

   Le 26 avril 1906, il épouse à 41 ans la fille d'une fleuriste de Montmartre, installée rue Berthe, Julia-Maria Lefebvre, née à Vincennes le 9 novembre 1870, qui avait 35 ans. Il s'installeront rue Gabrielle, toujours à Montmartre, et n'auront pas d'enfant. 

   Son père, Théodule Lefèvre, était mort quand elle est née et l'on retrouve un Théodule Lefèvre « mort pour la France » durant la guerre franco-prussienne dans la Moselle, à Metz, sûrement durant le désastreux siège de Metz qui s'étendit du 20 août au 28 octobre 1870 et qui coûta 180.000 morts, blessés et prisonniers à l'armée française.





1908 Le Mercure musical 

puis Le Mercure musical - la Revue de la Société internationale de musique, 

le Bulletin français de la SIM 

enfin la Revue musicale SIM

   L'année 1905 voit la création d'une nouvelle revue le 13 mai 1905, Le Mercure musical, par Louis Laloy avec Romain Rolland, Jean Marnold et Willy et… la géniale Colette qui est encore Willy. Cette revue se veut aussi le porte-voix de la SIM en France. Quittard ne rejoint pas encore l'équipe mais son nom apparaît dans ces colonnes, notamment pour un compte-rendu d'un concert du 6 juin : « Les vingt-quatre violons du Roi. — Ressuscitée, pour une élite d'amis, par notre excellent collaborateur Lionel de la Laurencie, cette bande de musiciens nous a fait entendre des choses exquises. » dont « Le Concert de Jean-Baptiste Anet (1680), mis en partition par M. Henri Quittard, ajoute deux flûtes et une musette au quatuor d'archets. C'est une petite suite à sujets, dans le genre des compositions de François Couperin pour le clavecin : les Contrefeseurs de Musette, la sœur Cadette, l'Amour adolescent, la petite Nanette, telles sont les gracieuses images que le musicien entend associer à ses airs. Il y a là beaucoup d'esprit et de charme, avec un goût plus raffiné que celui de l'époque précédente. » Il est peut-être le H. Q qui traite aussi de La Saison de Londres et de Musiciens catalans…


   En 1906, le Mercure musical nous apprend aussi que Wanda Landowska reprend au clavecin diverses transcriptions pour luth de Quittard.


Publicité parue en 1907



   En 1907, la revue devient Le Mercure musical - la Revue de la Société internationale de musique et enfin, en 1908, le Bulletin français de la SIM.



   En 1908 (difficile de s'y retrouver entre les numéros de pages et les dates de publications ou les numéros, la mise en page semble incompréhensible), il donne 2 longs articles à la revue, sur La Première Comédie Française mise en musique (LE TRIOMPHE DE L'AMOUR SUR DES BERGERS ET BERGÈRES dédié au Roy, mis en musique par De la Guerre, organiste de Sa Majesté en sa Saincte Chapelle du Palais à Paris, 1654) 


et sur des Chansons du XVIIème siècle - Essai de restitution, d'après LES MONUMENTS DE L'ACCOMPAGNEMENT INSTRUMENTAL.





   Le Bulletin français de la SIM fusionnera en 1912 avec la Revue Musicale, formant la Revue musicale SIM.



1905 Molière/Charpentier au Journal des débats politiques et littéraires

   Signalons une collaboration ponctuelle, il publie aussi en France,

Un prologue inédit de Molière pour le Malade imaginaire, Journal des débats politiques et littéraires, n°194 (14 juillet 1905), supplément (à lire ci-dessous sur notre site),

et en Allemagne.


Sammelbände der Internationale Musikgesellschaft 

et Zeitschrift der Internationales Musikgesellschaft

   L'Internationalen Musikgesellschaft fut créée en 1899 en Allemagne et s'adjoignit 2 revues internationales : la Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft (Anthologie de la Société internationale de musicologie) et la Zeitschrift der Internationalen Musikgesellschaft (Magazine de la Société internationale de musicologie).


   L'Internationalen Musikgesellschaft (Société internationale de musicologie) fut créée en 1899 en Allemagne et s'adjoignit 2 revues internationales : la Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft (Anthologie de la Société internationale de musicologie) et la Zeitschrift der Internationalen Musikgesellschaft (Magazine de la Société internationale de musicologie).


   La 1ère collaboration d'Henri Quittard dans la Zeitschrift der Internationalen Musikgesellschaft date de 1904-05 avec un article Note sur un ouvrage inédit de Marc-Anthoine Charpentier (1634-1704). Suivront, toujours à la Zeitschrift, Deux Fêtes musicales aux XVème et XVIème siècles, en 1906-07 : puis, en 1909-10, L’Orchestre des Concerts de chambre au XVIIème siècle (nous n'avons pas retrouvé cet article).

 

   Il donnera aussi 4 articles à la Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft : en 1900-01, Emmanuel Chabrier : Espana (nous n'avons pas retrouvé cet article), en 1904-1905, Un musicien oublié du XVIIe siècle français : G. Bouzignac, en 1906-1907, « L'Hortus Musarum » de 1552/53 et les arrangements de pièces polyphoniques pour voix seule et luth  (vingt-six compositions françaises surtout, avec quelques pièces latines, de Clemens non Papa, Cauleray, Créquillon, Josquin Baston, Josquin de Près, Rogier, Chastelain) , et en 1907-1908, Un recueil de Psaumes français du XVIIe siècleCes articles sont à lire ci-dessous sur notre site.



autres publications musicales


   1904 voit la Revue musicale proposer en  Supplément musical

- dans le N°2  du 15 janvier page 67, Pavane inédite de Henry du Mont (1610-1684) et Scène de l'Orphée de Clérambault (1676-1749),

- dans le N°9 du 1er Mai 1904, des  Scènes d'Idoménée (1712) de Campra (1660-1744), réduites pour piano d'après la partition originale


et la même Revue annonce dans son N°2 du 15 janvier 1904 que le 21 janvier 1904 le 2ème concert annuel de la Schola dirigé par Vincent d'Indy donnera une œuvre de Marc-Antoine Charpentier, La Descente d'Orphée aux Enfers (inédite, redécouverte par Henri Quittard).



   En 1907, il publie aussi en complément  des pièces musicales :

G. Bouzignac. Meslanges divers, remis au jour et publiés d'après le manuscrit de la bibliothèque de Tours par M. Henri Quittard,  parties de chœur de chaque morceau séparé se vendant 6,05 F la page gravée, 


Henry du Mont. Meslanges divers, remis au jour et publiés par M. Henri Quittard comme supplément musical à son étude sur Henry  du Mont,



Le Trésor d'Orphée (1600) par Antoine Francisque, réédition en notation moderne, transcription pour piano, avec fac-similés de l'édition originale, par Henri Quittard, dans les publications de la Société internationale de Musique, chez L.-M. Fortin et Cie, Paris in-4° de 80 pages 5 fr (à lire ci-dessous sur notre site).


   Le Ménestrel du Samedi 9 Mars 1907 signale qu'au 3ème concert de la fondation J.-S. Bach furent jouées des œuvres du XVIème au XVIIIème siècle. « Mme Maurice Gallet fit entendre (…) des transcriptions d'œuvres polyphoniques (de Josquin des Prés, Créquillon, Clemens non papa) pour voix seule avec accompagnement de luth (d'après une étude du consciencieux et excellent musicographe Mr. Henri Quittard) ».  Ce sont sûrement des pièces de l'Hortus musarum.






1906 Henry du Mont, prix Bordin 1910 


   Diffusée à partir de novembre 1901 jusqu'à la fin 1905 en feuilleton dans la Revue Musicale, une monographie consacrée à Henry du Mont est éditée en 1906 par le Mercure de France (à lire ci-dessous sur notre site). Il demande une préface à Jules Combarieu (entre 1904 et 1910, professeur de musique au Collège de France), créateur en 1901 la Revue musicale. En 1910, il est couronné pour ce livre du prix Bordin de l'Académie française (il touche 2.000 francs à cette occasion, ce qui doit faire dans les 6.000 euros d'aujourd'hui). Il le partage avec Henri Woolett, pour le premier volume de son Histoire de la Musique, qui touche, lui, 1.000 francs.


   La Revue Musicale N° 17-18 (dixième année) 1er-15 Septembre 1910 page 455 Le prix Bordin. — L'Académie des Beaux-Arts a décerné le prix Bordin, de la valeur de 2.000 francs, à notre collaborateur et ami M. Henri Quittard, pour son beau livre sur Henri Dumont (paru à la Société du Mercure de France). Bien que M. Henri Quittard touche de très près à la Revue musicale, nous ne sommes nullement gêné pour applaudir à ce succès si brillant et si mérité. M. Henri Quittard, comme le dit M. Combarieu dans la préface qu'il a écrite pour lui, a les qualités les plus éminentes du critique, de l'historien, du musicien compétent, sachant bien les choses dont il parle. Le cas est assez rare. De plus, M. Quittard est un maître modeste, qui a toujours été très supérieur aux fonctions qu'il exerçait. Nous sommes particulièrement heureux de voir les récompenses et les honneurs aller à qui les mérite, ce qui est encore peu ordinaire. 


Le Figaro LUNDI 18 JUILLET 1910 en 1ère page A travers Paris

   En apprenant hier que l'Académie des beaux-arts venait d'attribuer une des plus importantes récompenses les deux tiers du prix Bordin « à M. Henri Dumont, pour son histoire d'un musicien sous Louis XIV », plus d'un musicien s'étonna : qui pouvait bien être ce lauréat invisible et ignoré de tous ? Car aucun d'eux ne se rappelait avoir rencontré ni autour du Conservatoire, ni ailleurs, un Henri Dumont qui écrivît sur la musique. 

   Mais il y avait quelqu'un d'encore plus étonné qu'eux c'était notre excellent collaborateur et ami Henri Quittard. Quelques académiciens avaient, en effet, posé la candidature au prix Bordin de M. Henri Quittard, auteur d'un important et très remarquable travail intitulé HENRI DUMONT Histoire d'un musicien sous Louis XIV. 

   Notre collaborateur ne se connaissait, lui non plus, aucun confrère qui s'appelât Henri Dumont ; et il admirait le double hasard qui, après avoir, la même année, porté vers ce même sujet deux écrivains à la fois, faisait en outre d'un Henri Dumont totalement inconnu l'historien d'Henri Dumont. 

   Cela était même si singulier qu'un doute vint à l'esprit d'Henri Quittard. Il interrogea sa concierge : N'a-t-on rien apporté ici de l'Institut. Vous savez ? Grande enveloppe, cachet, garde à cheval, peut-être. - Si fait, monsieur. On est venu. Mais on demandait M. Henri Dumont. J'ai répondu que nous n'avions pas ça dans la maison. 

   Notre ami était fixé L'Académie avait confondu le sujet du livre et le nom de son auteur. Mais elle avait heureusement gardé l'adresse Et c'est donc en toute confiance, et avec la plus sincère joie, que nous adressons aujourd'hui les félicitations qui lui sont dues à notre ami Henri Quittard, lauréat du prix Bordin !





1907/1909 au Matin

 

   Tout le monde raconte qu'il fut critique musical au Matin ; dans la Revue Musicale en 1907, on se félicite même de la nouvelle de ses débuts. Mais l'on ne trouve pas trace de sa signature. Il y fut peut-être "rubricard", s'occupant des colonnes consacrées à la musique, écrivant peut-être des critiques de concerts sans les signer. En 1909, il passe au Figaro, mais il faut attendre le printemps 1910 pour voir apparaître sa signature.





1909/1919 au Figaro


   En 1909 , il rejoint Robert Brussel, qui tenait depuis 1900 la rubrique musique du Figaro, où l'on trouvait aussi régulièrement la signature prestigieuse de Gabriel Fauré ou celle d'Alfred Bruneau pour l'art lyrique.  Il connaissait bien Brussel, jeune admirateur d'Emmanuel Chabrier et condisciple de l'école franckiste.


   Nous savons qu'il rentre au Figaro cette année-là, sûrement en septembre, mais nous n'avons pas d'articles signés de son nom.

   Mais il compte bien parmi les collaborateurs du journal en octobre.

Mardi 5 Octobre 1909 

« Le Figaro ». 

La rédaction du Figaro a repris hier la série de ses réunions mensuelles. 

Ce premier déjeuner de la saison, donné au restaurant Larue, a eu le plus grand succès. Il réunissait trente-huit collaborateurs du Figaro 

MM. Avril Baligand, Serge Basset, Emile Berr, de Beyre, Georges Bourdon, Bourgarel, Georges Cain, Casanova, Dauzats, Robert Dreyfus, E. Dupuy, docteur Maurice de Fleury, Forain, Ed. Fuster, Eugenio Garzon, Emile Gautier, Pierre Giffard, Régis Gignoux, Ph.-Em. Glaser, Théodore de Grave, René Lara, Latzarus, de Losques, Marsolleau, Abel Mercklein, Roger Milès, Quittard, E. Rabaya, Frantz-Reichel, Pierre Soulaine, Surville de Balzac, Edmond Théry, Thinet, Verne, Vinkelsen, Henri Vonoven, Miguel Zamacoïs. 


   En 1910, il signe 4 articles, 5 en 1911 et … 34 en 1912 (partageant la chronique des Concerts avec Robert Brussel qui va disparaître des colonnes en décembre), notamment la nécrologie de  Jules Massenet ou la création d'Ariane à Naxos à Stuttgart.


   Au total, jusqu'en 1919, 372 articles signés par lui seront publiés.




1912 archiviste à la bibliothèque de l'opéra


   Charles Malherbe, bibliothécaire archiviste de l'Opéra, meurt le 5 octobre 1911. A l'automne, les candidatures pour sa succession se multiplient et une nouvelle équipe s'installe en janvier 1912. Charles Malherbe et Antoine Banès s'étaient partagé la direction des services, le premier avec le titre de bibliothécaire, le second avec celui d'archiviste. Un arrêté du 20 décembre 1911 nomme Antoine Banès administrateur, Martial Teneo (Jules Decloux, dit) bibliothécaire et Henri Quittard archiviste.


LE FIGARO Lundi 1er Janvier 1912 

Notre distingué collaborateur M. Henri Quittard vient d'être nommé archiviste de l'Opéra. Tout le monde approuvera le choix qui a été fait. Henri Quittard est connu de tous les amis de la musique par les études si savantes et jolies qu'il a consacrées à l'histoire de l'art musical français et notamment par sa belle monographie de Henry Du Mont, que l'Institut a couronnée, il est un érudit et un homme de goût. Son obligeante courtoisie doit faire de lui la providence douce des dilettantes qui fréquentent à la bibliothèque de l'Opéra. 

   A la suite du décès du regretté Charles Malherbe, l'administration des Beaux-Arts vient de procéder à une réorganisation des services de la bibliothèque et des archives de l'Opéra. Un arrêté du 20 décembre consacre cette réorganisation. Jusqu'à ce jour, MM. Charles Malherbe et Antoine Banès s'étaient partagé la direction des services, le premier avec le titre de bibliothécaire, le second avec celui d'archiviste ! Désormais, M. Antoine Banès prendra le titre d'administrateur, ayant à ses côtés M. Martial Toneo comme bibliothécaire, et notre collaborateur M. Henri Quittard en qualité d'archiviste, ainsi qu'on l'a vu plus haut. 

La décision du ministre sera unanimement approuvée, et, pour notre part, nous en sommes très heureux puisqu'elle donne à M. Antoine Banès, sur la bibliothèque et les archives, une autorité que justifient son érudition autant que sa renommée de compositeur, et puisque, à côté de l'homme de mérite qu'est M. Martial Teneo, elle place, en qualité d'archiviste, notre distingué collaborateur et ami, M. Henri Quittard, le musicographe si apprécié qui unit au savoir et au talent la plus charmante modestie. 


LE FIGARO 4 janvier 1912

   Le Journal officiel publie ce matin un arrêté aux termes duquel sont nommés administrateur de la bibliothèque, des archives et du musée du théâtre national de l'Opéra, M. Banès, antérieurement archiviste, bibliothécaire, en remplacement de M. Malherbe, décédé, M. Delcoux, dit Martial Ténéo, précédemment commis, archiviste, M. Henri Quittard, commis, M. Laffargue.


   Les choses sont précisées en novembre 1912, sans révolution. 

Le Figaro Vendredi 15 Novembre 1912 

   Diverses mesures de réorganisation, en ce qui concerne le musée de l'Opéra et les précieuses collections qui y sont contenues, viennent d'être codifiées en un long arrêté du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts paru hier à l'Officiel. Voici la substance de cet arrêté 

   « Les collections sont divisées en quatre services : les archives, la bibliothèque musicale, la bibliothèque dramatique, le musée. La conservation et le classement des archives sont confiés à un archiviste nommé par arrêté ministériel, ces fonctions sont actuellement remplies par notre excellent collaborateur et ami M. Henri Quittard. La conservation et le classement des bibliothèques musicale et dramatique sont confiés à un bibliothécaire nommé dans les mêmes conditions, M. Martial Teneo. Ces deux services sont centralisés et dirigés par un administrateur de la bibliothèque, des archives et du musée, nommé par le ministre, et dont relèvent directement l'archiviste et le bibliothécaire. M. Antoine Banès est le titulaire de la fonction. »

   Le service intérieur du musée et de la bibliothèque de l'Opéra, les acquisitions, les prêts, les communications au public, les heures d'ouverture, etc., sont réglementés par d'autres articles du décret.


   Toujours en  décembre 1911 (bureau reconduit en 1912)  dans le Ménestrel : — La Société Internationale de Musique a procédé au renouvellement de son bureau pour 1912. Ont été élus : Président, J. Ecorcheville, en remplacement du regretté Charles Malherbe ; vice-président, L. de La Laurencie ; secrétaire général, J.-G. Prod'homme ; trésorier, A. Mutin ; archiviste, P. Landormy ; membres : A. Boschot, L. Laloy, H. Quittard et E. Wagner. 





1913 Le ballet de la délivrance de Renaud au théâtre des Arts 

1916 Carême-Prenant à l'Opéra


   Associé à son ancien condisciple des Langues-Orientales, Louis Laloy, il conçoit des spectacles faisant revivre la musique française du début du XVIIème, la Délivrance de Renaud au théâtre des Arts en 1913 puis Carême-Prenant à l'Opéra en avril 1916. Le théâtre des Arts 1913 ? L'Opéra 1916 ? C'est bien sûr le mécène Jacques Rouché qui mène l'entreprise.



Bulletin français de la SIM 1913 page 63

Le ballet de la délivrance de Renaud au théâtre des Arts 


   La Délivrance de Renaud que le théâtre des Arts vient de monter avec éclat appartient au cycle des ballets qu'on pourrait appeler mélo-dramatiques, en ce qu'ils se rapprochent singulièrement de la forme de l'opéra. Leur vogue fut de courte durée. Le premier en date, le Ballet d'Alcine, est de 1610, le dernier, l'Avanture de Tancrede en la forêt enchantée, est de 1619. Ils cédèrent la place vers 1620 à des ballets à forme de mascarades, plus ou moins dépourvus d'intrigues dramatiques. De tous ces ballets-opéras, la Délivrance de Renaud est le plus caractéristique et le plus facile à reconstituer. Un livret, orné de planches gravées reproduisant les costumes et les décors, donne le texte poétique et musical des récits et des chœurs. On trouve l'accompagnement instrumental des chants dans le VIIème livre des Airs en tablature de luth de Bataille et la Collection Philidor nous a conservé la plupart des danses et des entrées. Je me suis servi de ces divers éléments pour reconstituer la partition de l'antique Ballet du Roi Louis XIII que MM. Laloy et Quittard ont habilement adapté aux besoins d'une exécution moderne. Ils ont harmonisé et orchestré très heureusement les ballets et pratiqué avec adresse les coupures nécessaires pour assujettir l'oeuvre à la loi de l'unité de lieu. 


   L'action de la Délivrance de Renaud se déroulait en effet devant trois décors différents. Après que Renaud avait été enlevé par ses compagnons à l'amour de la magicienne Armide, le Palais enchanté disparaissait. On voyait alors s'avancer les soldats de Renaud qui cherchaient dans une forêt leur général perdu. Ils chantaient un chœur dont le texte rappelle ceux des opéras de Scribe

        Allez, courez, cherchez de toutes parts 

        Allons, courons, cherchons de toutes parts 

       Ce superbe Renaud, etc. 


   Un mage qu'ils rencontraient en chemin leur annonçait que leur héros n'était pas " en servage ". Ils s'en réjouissaient en un grand chœur que MM. Laloy et Quittard ont réussi à conserver en le rattachant directement à la scène du départ de Renaud. Enfin le dernier tableau faisait paraître la tente de Godefroid de Bouillon au milieu de laquelle étaient assis un grand nombre de princes et seigneurs magnifiquement vêtus de robes de soie brochée d'or, qui se levaient pour danser noblement le Grand Ballet final. On voit que le spectacle de 1617 différait fort de l'adaptation de 1913. 


   Je n'aurai que des éloges à adresser aux danseurs qui ont exécuté avec beaucoup d'entrain et d'intelligence les entrées burlesques des démons d'Armide, ainsi qu'à l'orchestre conduit avec esprit et précision par M. Grovlez. Je reprocherai en général aux chanteurs une excessive monotonie d'accent. Le récit de la Nymphe qui, d'après le livret, sortait " échevelée et toute nue " de la fontaine enchantée, ne doit pas être dit en souriant. La naïade se dresse éperdue en face des chevaliers pour les conjurer de laisser Armide en repos. Une diction un peu dramatique serait de rigueur. J'en dirai autant du grand air d'Armide, chanté trop mollement et trop lentement à mon gré. Le décor de Drésa est délicieux, mais pourquoi M. Jacques Rouché qui cherche à reconstituer les danses et parfois même les costumes anciens, n'entreprend-il pas de nous restituer les étranges décors du temps ? Je ne puis m'empêcher d'être choqué en voyant des personnages Louis XIII évoluer au milieu d'une mise en scène de ballets russes. Ces petits défauts n'empêchent pas la représentation de la Délivrance de Renaud d'être une tentative artistique du plus haut intérêt et qui fait le plus grand honneur à l'éminent directeur du théâtre des Arts et à ses dévoués collaborateurs. Elle prouve qu'aux environs de 1617 les Guedron, les Boesset, les Bataille étaient bien près de trouver le secret de l'opéra français que le Florentin Lulli devait découvrir seulement un demi siècle plus tard. 

Henry Prunières.



Le Ménestrel du Samedi 10 Mai 1913 : 

THÉÂTRE DES ARTS. — La Délivrance de Renault, Ballet du Roy (1617), 

reconstitué par MM. Louis Laloy et Henri Quittard. (…)


   La reconstitution que le Théâtre des Arts vient de nous offrir d'un ballet du temps de la jeunesse de Louis XIII est assurément un des spectacles les plus curieux auxquels il puisse nous être donné d'assister aujourd'hui. 


   La Délivrance de Renault porte, sur le livret imprimé chez Ballard, la date de 1617. C'est environ trente-cinq ans après le Ballet comique de la Reine dansé sous Henri III, qui reste comme le type le plus célèbre du genre ; mais c'est plus de cinquante ans avant l'établissement de l'opéra français. Aussi bien, il ne faut pas songer ici à l'opéra : ces ballets de cour n'étaient vraiment pas des spectacles dramatiques ; c'étaient de véritables mascarades, prenant prétexte de quelque histoire fabuleuse pour animer certains de leurs épisodes : Circé dans le ballet de Beaujoyeux, Renaud et Armide dans celui qui nous occupe en ce moment. Mais la danse et ses évolutions, les costumes, les travestissements, les décorations mouvantes, et, subsidiairement, les airs à danser, parfois quelques chansons dites en solo ou en chœur, surtout les compliments adressés au roi et aux grands, formaient un ensemble d'éléments de beaucoup plus d'importance que le drame. 


   Ce ballet, fait pour Louis XIII, alors âgé de seize ans, et dansé par lui, a pu nous être rendu (au moins une partie) grâce à un document précieux et rare : le livret, déjà signalé, qui porte en titre : Discours au vray du ballet dansé par le Roy le dimanche XXIXème iour de ianvier M VIe XVII, avec les desseins, tant des machines et apparences différentes que de tous les habits des masques (1). Cet imprimé se trouve en effet, par une exception assez rare, être enrichi d'un double élément qui le rend particulièrement important : des gravures représentant les décorations et les costumes, et, dans le texte même, la musique des parties chantées. 


   Cette musique est, à la vérité, peu développée. Mais elle a l'avantage de réunir dans le même ouvrage les noms des maîtres musiciens les plus renommés dans la musique française au commencement du XVIIe siècle : Guédron, Boësset et Bataille, auxquels il faut ajouter Mauduit, chargé de la direction de l'exécution chorale. C'est, en manière d'introduction, un chœur à cinq parties de Guédron, que le livret nous dit avoir été exécuté par soixante-quatre voix, vingt-huit violes et quatorze luths, musique d'une grâce mignarde, précise, élégante, avec un développement trop concis, car on en écouterait volontiers plus longtemps les harmonies fines et archaïques. Plus loin, une nymphe, sortant d'une fontaine, chante quelques couplets d'une chanson (composée par Boësset) qui a les mômes qualités de grâce bien française. Renaud entre à son tour et dit une chanson de Bataille, en un style de pavane qui s'accorde bien avec le ton précieux de l'ensemble. Puis c'est Armide, qui prononce une mélopée (de Guédron) dans laquelle on pourrait entrevoir une tendance à la récitation soutenue et chantée, sorte d'embryon du récitatif dramatique postérieur. Un chœur des guerriers courant à la recherche de Renaud (musique de Guédron, comme tout ce qui va suivre pour compléter l'œuvre) est un appel sonore, qui, lui aussi, annonce de loin les chœurs d'action de l'opéra ; enfin, après un dialogue chanté entre un Mage et des Soldats, un dernier chœur, qui, à la première exécution réunissait quatre-vingt-douze voix et quarante-cinq instruments, conclut l'œuvre dans le même style galant par lequel elle avait commencé. Musique, clans l'ensemble, harmonieuse et assez affinée, procédant encore de très près de la Renaissance française, faisant songer aussi à l'esprit de l'Hôtel de Rambouillet,  d'ailleurs immobile, sans mouvement, et nullement théâtrale. 


   La musique des airs dansés manque au livret. Pour y suppléer, les auteurs de l'adaptation moderne, MM. Henry Quittard et Louis Laloy ont eu recours au premier livre de la collection Philidor (à la Bibliothèque du Conservatoire) qui note les danses françaises depuis François Ier jusqu'à Louis XIV. Nous avons donc pu avoir une reproduction, sinon identique, du moins composée d'éléments rigoureusement contemporains, du vieux ballet de cour. Une seule décoration nous a été montrée ; elle est parfaitement conforme aux vignettes du livret, d'après lesquelles ont été aussi exécutés les costumes de la mascarade. Nous aurions aimé que la musique chantée, qui n'est déjà pas si considérable, nous fût rendue dans son intégralité : il ne semble pas que cela dût être si difficile, l'action pouvant parfaitement être terminée dans le décor unique, devant le changement duquel nous comprenons d'ailleurs fort bien qu'on ait reculé. Rappelons-nous que le Ballet de la Reine du temps d'Henri III avait nécessité une dépense de cinq millions ! L'on ne saurait vraiment en exiger autant de la direction du Théâtre des Arts, si largement quelle ait l'habitude de faire les choses ! (…) JULIEN TIERSOT.


1) La Bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire de ce livret ; il s'en trouve d'autres à la Bibliothèque nationale. Le texte a été réédité dans le 2ème vol. des Ballets et Mascarades de cour de Paul Lacroix. Signalons que le titre de la pièce imprimé dans cette édition porte en sous-titre, entre parenthèses : La Délivrance de Persée, au lieu de Renaud, faute typographique qui n'est pas faite pour favoriser les recherches de ceux qui ont recours à cette édition moderne pour faciliter leur travail.






   En avril 1916, la même équipe, Louis Laloy et Henri Quittard, récidive à l'Opéra pour Jacques Rouché, avec un nouveau spectacle, Carême-Prenant, sur un argument conçu par Frantz Funck-Brentano et des musiques de maîtres tels que Guesdron ou Boësset. Ce spectacle propose d'assister à une fête musicale et chorégraphique donnée dans la cour d'un grand hôtel seigneurial, au temps de Louis XIII. Chansons et airs de danse sont empruntés au répertoire des maîtres français de cette période.





1913 le Figaro : 93 articles et… le scandale du Sacre !


   Brussel parti, Quittard devient le principal critique musical du Figaro et donne 93 articles cette année-là, marquée par l'ouverture du Théâtre des Champs-Elysées.


   Penchons nous sur le Théâtre des Champs-Elysées où apparaissent les Ballets russes pour la saison du "Scandale", celle du Sacre du Printemps.


   Pour comprendre ce qu'il se passe avec Diaghilev, revenons en arrière. Depuis son arrivée à Paris en 1907, il a pu compter sur le soutien du Figaro et particulièrement de Brussel. Tout va changer en 1912 avec l'irruption du Nijinsky chorégraphe avec L'Après-midi d'un Faune. Le clash est terrible. Le 29 mai, c'est la Première et Brussels s'apprête à publier un article élogieux mais son directeur, Gaston Calmette, intervient violemment. Il aurait pu contrebalancer la louange par un article acerbe, mais cela va-t-être bien plus terrible. Il va carrément supprimer l'article de Brussel (on imagine l'ambiance !) et publier un texte de son cru dans l'édition du 30 mai, curieusement intitulé Un Faux Pas, dont le titre sonne étrangement rétrospectivement. Mais lisons…


UN FAUX PAS 

   Nos lecteurs ne trouveront pas, à la place habituelle des théâtres, le compte rendu de mon excellent collaborateur Robert Brussel sur la première représentation de l'Après-Midi d'un faune, tableau chorégraphique de Nijinsky, réglé et dansé par cet étonnant artiste. 

   Ce compte rendu, je l'ai supprimé. Je n'ai pas à juger la musique de Debussy qui, d'ailleurs, ne constitue pas une nouveauté puisqu'elle est vieille de dix années, et mon incompétence est trop complète sur la transposition de ces subtilités, pour que je puisse discuter avec les éminents critiques ou les jeunes amateurs qui taxent de chef-d'œuvre les « prélude, interludes et paraphrase finale » inspirés à un danseur par l'œuvre de Mallarmé. 

   Mais je suis persuadé que tous les lecteurs du Figaro qui étaient hier au Châtelet m'approuveront si je proteste contre l'exhibition trop spéciale qu'on prétendait nous servir comme une production profonde, parfumée d'art précieux et d'harmonieuse poésie.

   Ceux qui nous parlent d'art et de poésie à propos de ce spectacle se moquent de nous. Ce n'est ni une églogue gracieuse ni une production profonde. Nous avons eu un faune inconvenant avec de vils mouvements de bestialité érotique et des gestes de lourde impudeur. Voilà tout. Et de justes sifflets ont accueilli la pantomime trop expressive de ce corps de bête mal construit, hideux de face, encore plus hideux de profil. 

   Ces réalités animales, le vrai public ne les acceptera jamais.

   M. Nijinsky, peu accoutumé à un tel accueil, mal préparé d'ailleurs pour un tel rôle, a pris sa revanche un quart d'heure après, avec l'exquise interprétation du Spectre de la rose, si joliment écrit par M. J. L. Vaudoyer. 

   Voilà les spectacles qu'il faut donner au public. C'est le charme, le goût, l'esprit, français et c'est à ces sources pures qu'il faudra toujours puiser quand on voudra provoquer, pour de longues soirées, l'enthousiasme d'une salle conquise par la poésie, l'émotion, le rêve et la beauté. Le reste est condamné à périr. 

Gaston CALMETTE. 


   Qui, face à l'Histoire des Arts et de la liberté d'opinion des "collaborateurs", vient de commettre un Faux pas ? Diaghilev va obtenir de faire publier dans le numéro suivant du Figaro deux lettres élogieuses d'Auguste Rodin et d'Odilon Redon. Et, fin novembre, Brussel va disparaître des colonnes du quotidien (il reviendra en 1922 et y donnera des articles jusqu'en 1940, année de sa mort).


   C'est Fokine qui avait réglé la chorégraphie de Petrouchka (1911) et du Spectre de la Rose (1912) qui avaient sacralisé le génie du danseur Nijinsky (de l'Oiseau de feu aussi en 1910, qui nous apparaît d'emblée contenir déjà toute la Révolution "stravinskienne").


   Calmette n'était ni critique musical ni arbitre des évolutions chorégraphiques, Brussels parti, c'est Quittard qui hérite du magister en 1913. Pour les débuts aux Champs-Elysées, il salue, le samedi 17 Mai 1913, l'Oiseau de feu de Stravinsky et Shéhérazade de Rimsky-Korsakoff , mais, s'il louange la musique de Debussy, pour la danse, Jeux devient jeu de massacre sous sa plume. L'Oiseau de feu y est "d'une fantaisie colorée si délicieusement féérique" et sa "partition éclatante, pittoresque et si merveilleusement originale" ; pour Shéhérazade "somptueuse et barbare", il évoque "l'incomparable magnificence de la mise en scène" . Prudent avec Debussy, pour Jeux, il est selon lui l'auteur de "la plus jolie partition du monde et digne de prendre place à côté" de ses "petits chefs-d'œuvre les plus délicieux". Mais il massacre Nijinsky, estimant que "l'art nouveau dont M. Nijinsky s'est fait le prophète excelle à rendre ridicule ce qui ne serait qu'insignifiant. Rien de plus disgracieux que les attitudes contournées, prétentieuses et fausses, qu'imagina cet esthète aux pieds légers", etc. Le pré-supposé lecteur du Figaro, et son rédacteur en chef, peut dormir en paix.


   2 semaines plus tard, c'est Le Sacre du Printemps. Même Stravinsky n'a plus droit au traitement de Debussy : "Comment un musicien tel que lui a-t-il pu se laisser gagner par la contagion et transposer dans son art cette esthétique de danseur ? Libre à un Nijinsky de croire qu'en prenant le contre-pied de ce qui s'est fait jusqu'à lui et en s'appliquant, avec une ingénuité détestable et risible, à déformer le corps humain, il réalisera des beautés inconnues au vulgaire. Mais M. Strawinsky peut-il s'imaginer qu'une mélodie, parce qu'elle sera doublée pendant cinquante mesures à la seconde supérieure ou inférieure, ou aux deux à la fois, va gagner une intensité et une éloquence décisives ?" et se demande "que reste-t-il à faire ? Renoncer à comprendre et déplorer une aberration aussi étrange"

   Tout de même, un doute : "Je sais bien qu'à prendre cette attitude, on s'expose à passer pour un esprit rétrograde, fermé à toute tentative nouvelle. C'est un risque qu'il faut savoir courir. Assurément l'histoire de la musique abonde en anecdotes où éclate l'incompréhension des critiques, lesquels ne surent point deviner le génie créateur à son apparition. L'avenir ménage-t-il à la musique nouvelle, telle que M. Strawinsky semble aujourd'hui la comprendre, de triomphantes revanches ? C'est son secret." Le temps a tranché… 

   De même pour Nijinsky, vite expédié (Quittard n'était certes pas balletomane) : "Voici un étrange spectacle, d'une barbarie laborieuse et puérile que le public des Champs-Elysées accueillit sans respect." (…) "Car de la chorégraphie de M. Nijinsky et des inventions par quoi ce primaire exaspéré affirme le génie qu'il se sentit venir un beau jour, il n'est pas nécessaire, je pense, de rien dire."

   C'était pourtant bien une "aube nouvelle", mais ni Quittard ni le Figaro ne sortirent de leur vieux sommeil.


   Ils furent plus éveillés à la fin de l'année avec la découverte de Lili Boulanger au destin si tragique (qu'ils surent distinguer du jeune Claude Delvincourt, qui survécut à la guerre, mais épouvantablement blessé). Les Prix de Rome furent maudits cette année-là.


   Et , dans le Figaro du lundi 2 Mars 1914, le ton change : "Ses délicatesses apprêtées et sa parure à la mode de 1912 n'empêchent point la jolie partition de M. Debussy, Jeux, de valoir par des qualités tout à fait du même ordre. J'avais gardé le plus agréable souvenir de ce « poème dansé » depuis qu'il nous fut, l'été dernier, révélé au théâtre défunt des Champs-Elysées. Et la chorégraphie dont il se complétait - chorégraphie où s'affirmait déjà le plaisant génie de M. Nijinsky - n'avait réussi à lui enlever que bien peu de son charme. Cependant, si peu convenable qu'elle parût à la musique, cette chorégraphie - ou tout autre - était sans doute nécessaire. L'exécution hors de la scène dessert tant soit peu la musique de Jeux, dont beaucoup d'inventions et d'ordonnances perdent ainsi leur signification. " Comprenne que pourra…


   Il y revient le Mardi 28 Avril 1914, après la création au concert toujours sous la direction de Pierre Monteux et, cette fois, persiste et signe : "Le Sacre du Printemps avait paru déjà, voici quinze jours, au programme. Et cette audition avait incliné plusieurs de mes confrères les plus éminents à réformer, sur quelques points du moins, l'opinion rapportée du théâtre des Champs-Elysées. Moins heureux ou moins perspicace, je dois avouer que le sens et l'esprit de cette musique continuent à m'échapper. Je n'essaierai donc pas d'en rien dire. Cet art me demeure fermé. Je le déplore et suis bien loin de soupçonner la sincérité parfaite d'un artiste que d'autres ouvrages signalent comme l'un des plus intéressants de son temps. 

   Une seule remarque cependant que cette audition, impérieusement, suggère. L'œuvre de M. Strawinski me paraît inséparable de l'action scénique qu'elle accompagnait. Ce n'est pas une découverte, puisque M. Strawinsky a toujours déclaré et déclare encore avoir trouvé en M. Nijinski « le collaborateur plastique idéal ». Celui-ci ou un autre, si l'on veut. Car peut-être la laideur comique et grossière des inventions de ce chorégraphe exaspéré n'est pas tout à fait indispensable ici. Mais un chorégraphe, il en faut un. Car hors de la scène, cette musique me semble perdre toute signification."


   Et la messe est dite avec le Coq d'or, occasion d'un point de vue très réactionnaire et méprisant sur le ballet : "De tant de spectacles, pittoresques ou magnifiques, par quoi les organisateurs de la saison russe se proposèrent, cette année, de nous éblouir, le Coq d'or, j'imagine, restera celui qui réunira tous les suffrages. Cet opéra, ou ce ballet - comme il plaira de dire -, n'affiche point ces hautes prétentions qui, dans un divertissement chorégraphique, ne laissent pas d'être tant soit peu comiques. On n'entend point que nous en déduisions une métaphysique, ni que nous en allions tirer une conception nouvelle du monde et de la vie. Il n'est même pas représentatif d'une esthétique nouvelle. Et l'on ne se propose point d'y frayer, à l'art des gestes non plus qu'à celui des sons, des voies nouvelles et inexplorées. Point du tout. Les auteurs - c'est à n'y point croire ! - n'eurent d'autre dessein que de nous divertir. Oui, et de la façon la plus naturelle du monde. Simplement, naïvement, sans symboles ni complications décadentes, et tout ainsi que les honnêtes gens se divertissaient autrefois. "  Et dans ce même article, il ose invoquer les mânes d'Alfred Jarry : "Sympathique avec cela, le roi Dodôn, et beaucoup plus bonhomme, malgré tout, que son cousin, Ubu roi, dont il rappelle assez l'inoubliable figure." 

   Cccooornnneeeeggggiiidddoooouuuiiillle !!!!


   C'est ainsi, Quittard n'aimait pas la musique de Stravinsky, auteur pourtant de "Musiques curieuses, assurément, et d'un artiste très doué". Il ne parlait pas beaucoup de Ravel, encore moins de Satie (quoique…), n'appréciait pas la Mer malgré son admiration pour Debussy. Il a souvent laissé passer la grandeur de l'Epoque, il s'était "arrêté" à Franck, Saint-Saëns, Fauré et d'Indy. Mais il mettait une ardeur revigorante à batailler pour Rameau, les musiciens anciens ou même défendre Berlioz.


   Signalons, pour l'anecdote, la seule intrusion du cinéma sur ce site avec une musique "écrite par MM. Léon Moreau et Henry Février, pour accompagner un film cinématographique, l'Agonie de Byzance, exhibé au Gaumont-Palace."





1914 l'assassinat de Gaston Calmette


   Le 16 mars 1914, Henri Quittard passait la journée au Figaro, remplaçant le secrétaire de rédaction malade.

   Il allait être un des premier témoin de l'assassinat de Gaston Calmette par madame Caillaux et se retrouver observateur et témoin requis au procés. C'est Alfred Capus et Robert de Flers qui prendront les rênes du journal à partir du mois de mai.





1914 Congrès de la SIM à Paris


   En juin, Paris accueille le Congrès de musique de la Société internationale de musique qui fait aussi une incursion au château de Versailles. Henri Quittard  s'en fait largement l'écho dans le Figaro et les motets de Bouzignac transcrits par lui sont au programme dans la chapelle Saint-Louis des Invalides.


   Il devient "officier de l'instruction publique" en mars 1914 (Figaro du Mardi 10 Mars 1914).





1914 : Sarajevo, le procès Caillaux, la guerre…


   Le 28 juin 1914, double assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, par Gavrilo Princip. Gros titres le 29 et les jours suivants, mais le Figaro ne croit pas à une guerre austro-serbe… L'info passionne d'autant moins que le procès Caillaux doit ouvrir le 13 juillet. Le 27 juillet, la tension entre l'Empire Austro-hongrois et la Serbie partage la première page avec le procès Cailllaux qui s'achève le 28 juillet et occupe encore les gros titres le 30 juillet. Le jour suivant, place à ce qui va devenir la Première Guerre mondiale…


   La critique musicale disparaît des colonnes pour de longs mois.


  Du coup, on trouve 70 articles de janvier à juillet et… 3 en décembre, soit 73 en 1914.


   On l'a vu, Quittard était secrétaire de rédaction au printemps, il semble aussi être devenu correspondant militaire, ou plutôt spécialiste du "communiqué" pendant la guerre… « si la Situation militaire fut, au Journal des Débats, traitée par un critique dramatique aussi magistralement qu'elle eût pu l'être par le mieux préparé des spécialistes, on peut dire que le critique musical du Figaro ne montra pas une virtuosité moins surprenante en ce rôle improvisé. » (voir nécrologie plus bas)



   Cela va durer 4 ans, mais cette activité militaire, il ne la signera pas, elle est donc impossible à mesurer.





1915  chronique musicale hebdomadaire


   La chronique musicale se poursuit après le mois de décembre, mais raccourcie par rapport à l'avant-guerre, avec les concerts hebdomadaires de l'Association Colonne-Lamoureux. Il ne tombe pas dans la haine de ce qu'il a adoré, regrettant presque la disparition des grandes œuvres allemandes (il est tout heureux d'avoir droit à du Haendel). 


   Seule les menées musicales anti-françaises de Félix Weingartner (signature du manifeste des quatre-vingt-treize et composition d'Aus ernster Zeit : « Après les heures graves ») qu'il avait salué chaleureusement au printemps et, à l'été 14, le font réagir.


   1ère activité extra-musicale signée, 4 articles consacrés aux ravages de l'alcoolisme en Normandie, en juin 1915, lancent une véritable campagne civile.


   Signalons que le boycott des œuvres allemandes se desserre en novembre avec l'exécution de la Symphonie héroïque de Beethoven, par exemple, ou d'œuvres de Bach à Noël.


   En tout, on dénombre 41 articles signés cette année-là, dont la nécrologie du fondateur de la sémantique moderne, Michel Bréal.





1916 l'Association des Grands Concerts de Victor Charpentier 


   48 articles signés cette année-là.


   Plutôt que les concerts Colonne-Lamoureux, ce que Quittard met en avant alors ce sont les bien oubliés concerts de l'Association des Grands Concerts dirigés par Victor Charpentier, le frère du compositeur Gustave Charpentier (1860-1956) qui reste surtout connu pour Louise. Victor, comme son grand frère, était né à Dieuze, en Lorraine, en 1863 (?). On connait mal sa vie (il débuta comme violoncelliste) et celle de l'institution qu'il dut créer en 1905 et dirigea durant plusieurs années, l'Association des Grands Concerts. 

   De plus, cet orchestre disposait d'une chorale durant la Guerre, contrairement à Colonne-Lamoureux. Plus tard, nous le trouverons précurseur à la radio« 1er novembre 1922, 4 novembre 1922 ou 6 novembre 1922 ? Les sources diffèrent pour fixer la date du premier concert inaugural de Radiola. Le 6 novembre est généralement retenu comme date de naissance de la station. Le Speaker Marcel Laporte, dit Radiolo, présente l'émission, le Chef Victor Charpentier dirige l'orchestre de la station (…) dans le studio situé dans le sous-sol du siège social de SFR (Société Française Radioélectrique) au 79, boulevard Haussmann relié à l'émetteur de Levallois par un câble. ».



   Remarquons que cette années-là, Berlioz fut particulièrement à l'honneur.


   En avril, à Marseille, Quittard couvre l'arrivée de troupes russes venues en renfort.


   La guerre continue  et frappe toutes les familles : Figaro du Dimanche 29 Octobre 1916 : On annonce la mort de M. Charles Sirot, engagé volontaire aux chasseurs à pied, tué à l'ennemi, dans sa vingtième année. M. Charles Sirot était le neveu de notre collaborateur et ami Henri Quittard. 





1917/1918 la Société Française de Musicologie et Guillaume de Machaut


   La SIM (Société internationale de musique) a été emportée en 1914 dans le grand tumulte guerrier.


  Le conflit s'éternisant, Jules Ecorcheville, par exemple, disparaissant dans la grande tuerie, des musicologues rassemblés autour de Lionel de La Laurencie décident de reprendre les activités de l'ancienne Section française de la Société internationale de Musique. Le 17 mars 1917 est créée la Société Française de Musicologie qui va éditer 2 fois par an une revue, le Bulletin de la Société française de musicologie.


   Outre La Laurencie, président assisté notamment d'Henri Quittard, secrétaire adjoint, le premier bureau comprend Elie Poirée, à la vice-présidence, Jacques-Gabriel Prod'homme, secrétaire général, et Charles Mutin, trésorier.


   Après Henry Du Mont, Quittard a entrepris une autre grande œuvre sur Guillaume de Machaut et ses premières Notes sur Guillaume de Machaut et son œuvre sont naturellement publiées dans la revue (1917-1919), pages 91/105 et 123-138. La maladie et sa mort en juillet 1919 l'empêcheront de terminer ses travaux.




1917 au Figaro : Parade de Satie


   1917, c'est l'année de la "réconciliation" du Figaro avec les Ballets russes, ou plutôt le triomphe de Satie.


   Avouons le, quand nous abordions cette année, nous avions tout à craindre pour Parade de Satie en mai. Après avoir massacré le Sacre, Quittard n'avait pas fait preuve de beaucoup d'enthousiasme pour les Ballets russes. En plus, la critique s'ouvrait par la création à l'Opéra d'une œuvre de Gabriel Fauré,  compositeur admiré par notre chroniqueur. Avouons-le, nous craignions le pire… Mais voilà, avec certes une bonne dose d'humour, il parle de nouveauté "considérable" et même conclut sur "la naissance orageuse du chef-d'œuvre"…  On sait que le déchainement critique fut grand, certains parlant même de « musique boche ». Le Figaro se voyait là en pointe de l'avant-garde. Il écrit « Aux temps de sa splendeur, le Bal des Quat'z Arts connut d'aussi belles choses. La musique de M. Erik Satie ne mérite pas moins de louanges. Ce compositeur a reçu du ciel la grâce singulière de conserver toute sa vie l'heureuse facilité des personnes très jeunes à prendre le plus vif plaisir aux blagues d'atelier et aux grosses charges les plus innocentes. Il s'est donc diverti, avec une fantaisie tant soit peu laborieuse, à reproduire les effets burlesques qu'une douzaine de musiciens de foire produisent sans efforts et même sans y penser le moins du monde. Il lui a fallu, pour un résultat si plaisant, beaucoup de travail et un nombreux orchestre d'excellents artistes. Mais il a fort bien réussi. Et je ne doute pas qu'il n'ait pris un grand divertissement à si belle besogne. 

   A la vérité, un certain nombre de spectateurs ont paru s'en amuser beaucoup moins que lui. Ces gens difficiles accueilirent Parade avec mauvaise humeur. Cependant que d'autres, les adeptes, manifestaient sans se lasser un enthousiasme infatigable. C'est à ces signes contradictoires que se marque la naissance orageuse du chef-d'œuvre. »


   Nous en sommes très heureux et, suivant notre bon plaisir, arrêtons nous un instant sur Satie et le Figaro jusqu'alors. Quittard de 1864, Satie de 1866, Brussels de 1874, avaient-ils noué des liens de camaraderie ? Au Bal des Quat'z Arts ? Les 2 premiers étaient-ils des habitués du Chat Noir ? Des cercles métaphysiques du Sâr Péladan ? Nous trouvons avant-guerre 2 critiques favorables d'œuvres de Satie :


Jeudi 9 Mars 1911

LES CONCERTS 

(…) La Société musicale indépendante, la S. M. I., comme on la nomme par ces temps d'appellations sportives, a déjà donné trois séances. A la première, avec des ouvrages agréables, mais sans grande signification, dont les meilleurs sont une Sonatine de M. Martineau des mélodies curieuses de rythme et de couleur de M. Grassi, un compositeur siamois qui est l'élève de la « Schola Cantorum », l'union du vieux contrepoint occidental et de la mélopée fuligineuse de l'Orient et la Rhapsodie pour clarinette et piano de M. Debussy, la S. M. I. nous a fait connaître ou reconnaître des pièces pour piano de M. Erik Satie. Pour certains, ce fut une révélation, pour d'autres le ressouvenir de l'étonnement qu'avait provoqué l'art si curieux du compositeur il y a déjà une vingtaine d'années. Des trois pièces de M. Satie que M. Ravel a exécutées, la Sarabande est la plus curieuse et la plus savoureuse aussi. En l'entendant, on se persuade que M. Satie a deviné, sous une forme encore embryonnaire, la manière qui devait conférer à M. Debussy sa personnalité. On nous assure que ce précurseur, que certains affirment être génial, se plie actuellement à la discipline du plus sévère contrepoint. Il sera curieux de connaître le fruit qui naîtra de cette liberté et de cette servitude. (…) Robert Brussel. 



29 novembre 1912 

AU THÉÂTRE-IMPÉRIAL 

DÉBUTS SENSATIONNELS DE LUCY JOUSSET 

   La jolie bonbonnière de la rue du Colisée vient de nous faire assister à l'un des plus amusants spectacles de la saison. On ne saurait imaginer pièces plus follement gaies et artistes plus comiques. La troupe du Théâtre-Impérial est certainement la plus parfaite et la plus homogène; et le choix judicieux des comédies, sketches, vaudevilles que l'on y joue en ce moment, témoigne du souci de la Direction de plaire à l'élégant public qui, si vite, a pris le chemin de ce coquet théâtre. 

   Après avoir entendu et applaudi l'Ecole des chastes, une spirituelle opérette jouée un peu tôt par Mlle Renée Doriane et par M. Ch. Castin, nous eûmes la joie d'applaudir l'une des plus gracieuses et des plus exquises comédiennes de ce temps Mlle Lucy Jousset. C'est dans le Pousse-l'Amour, une très amusante fantaisie de MM. Maurice de Féraudy et Jean Kolb, musique de M. Erik Satie, que Mlle Lucy Jousset a débuté au Théâtre-Impérial et, de suite, nous avons été pris par la grâce et le charme de cette délicieuse artiste. Mlle Lucy Jousset possède les qualités les plus diverses elle joue avec entrain, elle chante admirablement et elle danse comme miss Campton elle-même ! 

   On ne saurait dire quelle aimable fantaisie déploie Mlle Lucy Jousset dans le sketch de l'éminent sociétaire de la Comédie-Française, c'est mousseux, joli, léger, et très spirituel. Il est juste de proclamer que Mlle Lucy Jousset est admirablement secondée par M. Pierre Bressol qui est bien l'un des plus remarquables comédiens de l'heure actuelle, par le dessinateur Moriss qui a fait des débuts très remarqués dans un rôle d'Anglais pince-sans-rire et par une fort jolie artiste, Mlle Pierrette Monfray qui ressemble étrangement à Mlle Yrven. 

   La soirée se termine par Comme on fait son lit que l'on a très justement baptisé Eclat de rire en trois actes. Ce vaudeville, signé Jean-José Frappa, est joué par MM. George Coquet, Pierre Bressol, Victor-Henry et par trois exquises artistes Léone Devimeur, Alice Clairville et Andrée Coquet, qui sont tous extraordinaires de comique et qui mènent ces trois actes avec un entrain endiablé. Il est certain que la coquette bonbonnière de la rue du Colisée va, à son habitude, faire salle comble chaque soir et, ce qui est mieux encore, satisfaire pleinement l'élégant public qui a pris l'habitude, la douce habitude, d'aller passer sa soirée au Théâtre-Impérial. Pierrot (qui se cache derrière ce mystérieux pseudonyme ?)



   En septembre, il passe une semaine à Clermont-Ferrand pour suivre le procès Christophle. Quittard, clermontois d'origine et de la génération des parents, on ne sait s'il suivit le procès pour passer quelques jours dans sa ville natale ou s'il connaissait la famille. A moins que, déjà malade, il ait voulu prendre conseil dans sa ville.


   Cette année-là, son activité de critique musical diminue avec 33 articles et seulement 29 sur la musique. Peut-être fut-il accaparé par l'affaire Bolo Pacha où le Figaro va trouver l'occasion de se "payer" Caillaux ? Là, les articles ne sont pas signés, la chronique judiciaire en février 18 le sera… Affaire Bolo, affaire des carbures, affaire Caillaux : les tribunaux  militaires ne chôment pas avec Clémenceau.






1918 année judiciaire/militaire, mort de Debussy… Rameau, Franck à l'Opéra


   Seulement 32 articles cette année-là, et surtout seulement 7 chroniques musicales… 2 pour la reprise de Castor et Pollux de Rameau à l'Opéra, une pour la création de Rebecca du maître Franck au même endroit. Et la nécrologie de Claude Debussy…


   Le procès de Bolo Pacha et celui du Bonnet Rouge d'Almereyda sont l'occasion de dénoncer les complots allemands… et de mettre Caillaux, alors en prison, sur le grill.


   De mai à décembre, aucun article ? Peut-être est-il absorbé par d'autres activités non signées ou faut-il plutôt voir là les conséquences du mal qui va bientôt l'emporter ?





1919 : l'ultime année


   Il avait disparu 6 mois des colonnes du Figaro en 1918 ; là il disparaît 2 mois et demi entre la fin février et le début mai où il est remplacé par son collègue et ami de la bibliothèque de l'Opéra, Antoine Banès. Il ne donnera que 3 critiques en ce mois de mai, 2 mois avant sa mort. Ce même Banès reprend l'intérim le 7 juin. 


   Depuis 10 années au Figaro, nous avons retrouvé 372 articles signés de sa main. 


   Il va mourir le 21 juillet.




mort d'henri quittard le 21 juillet 1919



Le Figaro Mardi 22 Juillet 1919 

Henri Quittard 


   Un ami encore vient de nous quitter. Un écrivain, du plus fin talent, un des plus utiles collaborateurs de cette maison. Henri Quitlard s'est éteint, dans la matinée d'hier, après plusieurs mois de maladie patiemment, froidement supportée car cet honnête homme de lettres était un brave qui savait sourire à la vie même mauvaise et dont la douleur ne  taisait jamais de bruit. 


   Il avait cinquante-cinq ans. Il était né à Clermont, y avait fait ses études, comme Paul Bourget, à l'ombre du fameux vieil arbre du lycée Biaise Pascal, et, vers l'âge de vingt-quatre ans, était venu à Paris, simplement pour essayer d'y vivre, en donnant des leçons. Il était licencié es lettres et ses leçons durent être excellentes, car il avait lui-même le plus extraordinaire besoin de s'instruire, en même temps qu'une souplesse et une netteté d'esprit grâce à quoi on le sentait toujours prêt à tout comprendre et disposé à tout expliquer. 


   Cependant ses préférences s'étaient, de très bonne heure, portées vers la musique. Quittard laissera le souvenir d'un musicographe plein de savoir. Il a composé sur l'organiste Henri Dumont un beau livre que la Schola Cantorum couronna, et l'on trouvera dans ses papiers l'ébauche et peut-être des parties achevées d'un ouvrage sur Guillaume de Mâchaut, où il avait mis toute son érudition et tout son cœur. 


   Puis, le journalisme d'information l'avait tenté, peut-être parce qu'il lui fournissait l'occasion quotidienne d'exercer autour des sujets les plus variés sa curiosité insatiable ; peut-être, simplement, parce que le journalisme était, de tous les métiers, celui qui s'offrait le plus avantageusement à lui. Et il entra au Matin, où il passa quelques années. C'est du Matin qu'il vint au Figaro, où il se fixait enfin, il y a dix ans. Figure d'homme d'études, les épaules un peu voutées du myope qui lit trop, le regard pénétrant et attentif éclairant, derrière le binocle, un visage osseux, comme pincé, Quittard fut tout de suite le bon camarade ; et si intéressant , si plein d'amusants contrastes, à la fois cordial et distant, railleur et infiniment courtois, passionnément ami de la controverse et du silence ; infatigable au travail et si content qu'on le laissât, de temps en temps, rêver ! Il partageait sa vie entre le journal et la bibliothèque de l'Opéra, il y remplissait, depuis 1912, les fonctions d'archiviste. 


   Au Figaro, il avait vite pris sa place et son rang. Sa signature ne paraissait guère qu'au bas des articles de sa « rubrique », qui était la Critique musicale. Mais de combien de travaux anonymes n'a-t-il pas discrètement accepté la charge ; combien d'articles depuis quatre ans surtout ce rare journaliste ne s'est-il pas, en dehors de la musique, donné la joie d'écrire, en se donnant, par surcroît, le plaisir de ne les point signer !  


   Cet homme qui avait tout lu, qu'on ne voyait jamais, au Figaro, que penché sur un article d'histoire, de science, de biographie, d'agriculture, de linguistique ou de droit, de cette Grande Encyclopédie où il avait copieusement collaboré, fut pendant la guerre, prêt aux suppléances les plus inattendues. 


   Et si la Situation militaire fut, au Journal des Débats, traitée par un critique dramatique aussi magistralement qu'elle eût pu l'être par le mieux préparé des spécialistes, on peut dire que le critique musical du Figaro ne montra pas une virtuosité moins surprenante en ce rôle improvisé. 


   Sa facilité de travail, aux heures où il sentait sa présence nécessaire, était incroyable. Et nous nous rappelons certain soir de grande séance musicale et de « grand communiqué », où il s'agissait de raconter une bataille et une symphonie. Quittard alluma son cigare, vers dix heures du soir, et demanda : « Par quoi commençons-nous ? » On le pria de commencer par la « Situation militaire » après quoi il raconta la symphonie. A trois heures du matin, ayant écrit ses deux articles, et, lu quelques pages de la Grande Encyclopédie pour se reposer, il allumait un second cigare, et rejoignit vers son petit logis montmartrois, rue Gabrielle, près du Sacré-Cœur.

   C'est là qu'il repose, les mains croisées sur son crucifix. 

Emile Berr. 




LE FIGARO du 24 Juillet 1919


   Les obsèques de notre regretté collaborateur et ami Henri Quittard ont été célébrées hier après-midi, trois heures, en l'église Saint-Pierre de Montmartre. On s'est réuni 30, rue Gabrielle, au domicile mortuaire. Des couronnes avaient été adressées par le Figaro, la bibliothèque de l'Opéra et, pensée touchante, par les commerçants du quartier et les locataires du domicile du défunt. La levée du corps à été faite et l'absoute donnée par l'abbé Patureau, curé de la paroisse. 


   Le deuil était représenté par Mme Henri Quittard, sa veuve, et par M. et Mme Sirot-Quittard, sa sœur et son beau-frère. Une assistance empressée était présente, parmi laquelle nous avons pu noter : le docteur Albert Calmette, M. Antoine Banès, au nom de la bibliothèque de l'Opéra, le compositeur  Fernand Le Borne, M. Sevastopoulo, M. Louis Schneider, M. André Beaunier, M. Léon Bérard, l'administration et la rédaction du Figaro, etc. 


   L'inhumation a eu lieu au Cimetière de Saint-Ouen


   Au cimetière, des discours ont été prononcés par M. Emile Berr, au nom du Figaro, par M. Antoine Banès, au nom de l'administration de l'Opéra, par M. Louis Latzarus, au nom de l'Association des Nouvellistes, par M. Charles Bouvet, au nom de la Société française de Musicologie. L'important ouvrage qu'avait commencé Henri Quittard sur Guillaume de Machaut va être, dit-on, repris et continué par ses amis.




Dans la Tribune de la Schola, à l'été 1919 :

   Henri QUITTARD, que ses occupations, depuis quelques années, avaient éloigné de notre rédaction, donna à la Schola et à la Tribune, pendant longtemps, de nombreuses marques de son activité. Travailleur indépendant, et disposant pour ses recherches d'un temps précieux, Quittard pouvait suivre jusqu'au bout un sujet particulièrement passionnant, comme il avait l'habitude d'en trouver. Tour à tour, il s'intéressa plus particulièrement au rôle des instruments dans l'ancienne polyphonie vocale (sujet qui lui demeura constamment le plus cher), prépara une édition, restée malheureusement en manuscrit, des œuvres de Carissimi, écrivit sur Henri Du Mont la belle et définitive biographie, couronnée à juste titre par l'Académie des beaux-ans et, en dernier lieu, s'occupait plus spécialement de la musique française du XIVème siècle, et des œuvres de Guillaume de Machaut. Depuis 1910, Quittard était devenu archiviste de l'Opéra, et rédacteur au Figaro. (…)  H. Quittard est mort le 21 juillet 1919.

   Enfin, signalons l'Echo musical, bimensuel, illustré, né en 1915, et dont le dernier numéro contient une intéressante bio-bibliographie de notre confrère H. Quittard, sous la signature de notre ami F. Raugel.


(Cette dernière revue et cet article de Félix Raugel, nous ne l'avons pas retrouvé.)



   Enfin, la Société Française de Musicologie ne fut pas en reste et fit paraître en décembre 1919 un texte dans le Bulletin de la Société française de musicologie Tome 1, N°5 (1919), pp. 242-245. Le texte le plus touchant peut-être et le plus complet.



   C'est l'ancien violoniste Charles Bouvet, grand "couperiniste", qui succède à Henri Quittard comme archiviste de l’Opéra en 1919. En 1914, Quittard avait été louangeur au sujet de son travail sur la musique baroque.


   Le Figaro nous annonce la mort de son épouse 2 ans et demi plus tard dans son édition du 17 janvier 1922 : "Aujourd'hui, auront lieu, à midi, en l'église Saint-Pierre de Montmartre, les obsèques de Mme Henri Quittard, née Lefébure, veuve de notre regretté critique musical."




LE MENESTREL du 12 mars 1920 (N°11)

— La Bibliothèque du Conservatoire vient de recevoir une intéressante collection de transcriptions musicales que le regretté Henri Quittard avait passé sa vie à exécuter avec un soin scrupuleux et une compétence égale, d'après d'anciens livres de musique, souvent exemplaires uniques écrits depuis le moyen âge jusqu'au XVIIIème siècle : vrai travail de bénédictin dont l'auteur n'avait même pas cherché à tirer parti pour lui-même, car le seul livre qu'il ait laissé (sur Henri Dumont) et ses quelques articles sur divers musiciens d'autrefois, n'en ont utilisé qu'une faible partie.

M. Julien Tiersot vient d'être mis en possession de ces documents, destinés à rendre de grands services aux études musicologiques de demain. 






   Enfin, ce ne sont peut-être que des hasards, mais Quittard est donc mort à 55 ans et ses cousins, Chabrier à 53, syphilitique, et Désormière, s'il mourut à 65 ans, fut frappé d'hémiplégie à 53 ans.





1913/1931  Encyclopédie de la musique et dictionnaire du conservatoire


   En 1913, Albert Lavignac avait lancé un nouveau projet d'encyclopédie musicale. Les déboires vont se succéder, la Grande guerre d'abord puis la mort de Lavignac en 1916. Lionel de La Laurencie va reprendre le flambeau  et ce qui va devenir l'Encyclopédie de la musique et dictionnaire du conservatoire va voir paraître son premier volume en 1922. Cette première partie, éditéé par la Librairie Delagrave, est une Histoire de la Musique, en 5 volumes et 3.395 pages, et traite de 1. Antiquité - Moyen Âge (1922). 2. Italie - Allemagne (1925). 3. France - Belgique - Angleterre (1931). 4. Espagne - Portugal. 5. Russie - Pologne - Finlande - Scandinavie - Suisse - Autriche - Hongrie - Bohème - Tziganes - Roumanie - Arabes - Turquie - Perse - Thibet - Birmanie - Indochine - Indes néerlandaises - Éthiopie - Afrique méridionale - Madagascar - Canaries - États-Unis - Indiens - Mexique - Pérou - Équateur - Bolivie.


   En 1931, soit 12 ans après sa mort, le long article de Quittard sur la musique française, daté de 1913,  « Musique instrumentale jusqu'à Lully (Moyen Âge Renaissance XVIIème siècle) », est donc paru après 18 ans.


   La seconde partie consacrée à Technique - Esthétique - Pédagogie, en 6 volumes, 3.920 pages, sera éditée entre 1925 et 1931, 18 ans après le lancement du projet. 


   Une troisième partie prévue pour renfermer un Dictionnaire ne verra jamais le jour.



et Louis Couperin ?


   Outre sa biographie sur Machaut, il laissait à sa mort un travail inachevé sur l'œuvre pour le clavecin de Louis Couperin. On peut imagniner qu'il s'inspirait du Manuscrit Bauyn où il avait déjà largement puisé ses connaissances de l'art de Jacques Champion de Chambonnières. Nous ne savons pas ce que sont devenus ces travaux.



Note :

1) Paul Verlaine — Amour (1888)

À EMMANUEL CHABRIER


Chabrier, nous faisions, un ami cher et moi,

Des paroles pour vous qui leur donniez des ailes,

Et tous trois frémissions quand, pour bénir nos zèles,

Passait l’Ecce deus et le Je ne sais quoi.


Chez ma mère charmante et divinement bonne,

Votre génie improvisait au piano,

Et c’était tout autour comme un brûlant anneau

De sympathie et d’aise aimable qui rayonne.


Hélas ! ma mère est morte et l’ami cher est mort.

Et me voici semblable au chrétien près du port,

Qui surveille les tout derniers écueils du monde,


Non toutefois sans saluer à l’horizon

Comme une voile sur le large au blanc frisson,

Le souvenir des frais instants de paix profonde.