3.3 Émigration des Canadiens-français

Principaux facteurs d’émigration de Canadiens-français 
vers les États-Unis à partir de 1830
Concepts : POPULATION, croissance, migration, société, territoire

La rareté de terres agricoles dans les seigneuries
La croissance démographique et la rareté des terres entrainent la surpopulation de la vallée du St-Laurent. La population rurale se déplace alors vers la Nouvelle-Angleterre, les nouvelles régions de colonisation (Saguenay, Outaouais et Mauricie) et les grandes villes de la colonie. Les changements économiques n'épargnent pas les milieux ruraux. L'agriculture connaît des transformations profondes dans cette nouvelle économie. Il y a le passage d'une agriculture de subsistance au profit d'une agriculture de marché. Les nouveaux modes de production agricole encouragent l'habitant à produire des récoltes favorables à la mise en marché entrainent à une production importante de blé et de l'avoine. Ces productions agricoles ne sont pas adaptés aux terres de la vallée du Saint-Laurent et les récoltes sont souvent compromises par le froid et les insectes. D'autant plus, le sol est saturé après deux siècles d'intensification de la production agricole. 



Conditions économiques défavorables
C'est plutôt sur les propriétaires du Haut-Canada pour qui ces productions agricoles sont profitables. Le climat est plus doux et le sol est fraichement défriché. Ces conditions contribuent à la production de récoltes abondantes et par ce fait, sature le marché et fait chuter le prix du blé et de l'avoine. Il est alors difficile pour les agriculteurs canadien-français sur les seigneuries de subvenir à leurs besoins. D'autant plus, la croissance de la population canadienne s’accompagne d’une diminution de l’accès à des terres cultivables. Les campagnes de la vallée du St-Laurent deviennent surpeuplées. La densité de la population rurale favorise une diversification des emplois exercés dans les campagnes. Ainsi, on y rencontre de plus en plus d’artisans et des journaliers sans terre.



La possibilité d’emploi dans les manufactures en Nouvelle-Angleterre
Vers 1830, l’agriculture du Bas-Canada traverse une période de crise. Les mauvaises récoltes et la concurrence des agriculteurs du Haut-Canada forcent les agriculteurs du Bas-Canada à abandonner la culture du blé. La densité et un début d’industrialisation dans les campagnes favorisent la formation de nouveaux villages qui absorberont une partie du surplus de la population rurale. La population du Québec passe de 350,000 à plus de 1 million d’habitants entre 1815 et 1865. Les francophones représentent plus de 85% de ce total. Le manque de disponibilité des terres agricoles oblige les jeunes familles à s'établir ailleurs que dans les seigneuries surpeuplées. Le surpeuplement favorise l'exode rural vers les villes. 

Cette migration se fait surtout au profit de la Nouvelle-Angleterre (Vermont, Maine, Massachusetts, Rhode Island...). Les États-Unis deviennent un lieu de choix pour plusieurs familles canadiennes. Ils vont travailler dans les manufactures de textiles et de chaussures. Seulement entre 1840 et 1860, plus de 30,000 Canadiens français émigrent vers les États-Unis. 



EN BREF, LES CAUSES DE L’ÉMIGRATION DES CANADIENS-FRANÇAIS VERS LES ÉTATS-UNIS
- SURPOPULATION DES SEIGNEURIES
- MANQUES DE CONNAISSANCES TECHNIQUES (SURPRODUCTION AGRICOLE, CLIMAT INADÉQUAT POUR LA CULTURE DU BLÉ ET ABSENCE D'ENGRAIS)
- EPUISEMENT DES MEILLEURES TERRES
- INFESTATION D'INSECTES DÉTRUISANT LES RÉCOLTES DE BLÉ
- ATTRAIT DE SALAIRES PLUS ÉLEVÉS DE LA NOUVELLE-ANGLETERRE
GRANDE SAIGNÉE ou la GRANDE HÉMORRAGIE de 1830 à 1930
Concepts : POPULATION, croissance, migration, société, territoire

L’impact de l’émigration vers les États-Unis contribue à un solde migratoire négatif de la population canadienne. Bien que les élites politiques et cléricales tentent, par divers moyens, de freiner l’exode rural, elles ne réussissent pas à l'arrêter complètement. De 1830 à 1930, on estime à 925 000 le nombre d'habitants du Québec qui traversent progressivement et régulièrement la frontière vers les États-Unis. L'essentiel de ces émigrants se dirige vers les usines des villes industrielles du nord-est des États-Unis en Nouvelle-Angleterre. Le manque de main d’œuvre dans les manufactures de textile en Nouvelle-Angleterre offre aux CanadienNEs la possibilité d’avancement professionnel et des salaires plus élevés que dans les usines de Montréal qui accueillent abonnements et favorablement les immigrants britanniques. 


Les « Petits Canadas » des États-Unis 
Certaines villes étasuniennes comme Lowell, au Massachusetts, et Manchester, au New-Hampshire, vont accueillir plusieurs milliers d'émigrants canadiens où il s'y forme de véritables paroisses canadiennes-françaises et catholiques. Les communautés francophones ont leurs propres écoles, églises catholiques, journaux.  Certaines personnes anglicisent même leur nom de famille à l'exemple des Boisvert qui adoptent le nom Greenwood. Le flux migratoire vers la Nouvelle-Angleterre devient tellement important que l'on vient qu'à surnommer ces lieux d'établissement francophones américains, les « Petits Canadas ». 

Lieux d'établissement aux États-Unis
  • Massachusetts
  • Nouvelle-Angleterre : Maine, Vermont, New Hampshire.... 


Témoignage sur les départs vers la Nouvelle-Angleterre


« Durant la dernière semaine d'avril 1869, les trains venant du Canada et passant par St-Albans, transportèrent 2 300 émigrés canadiens. Les Américains allaient au Canada engager des employés, et le 3 mai, un train en amenait 600, « dans des wagons fermés à clef, afin d'éviter toute contusion et de rendre toute désertion impossible. »



Source : GOULET, A., Une Nouvelle-France en Nouvelle-Angleterre, Paris, Duchemin, 1934, p. 24.
Conseil supérieur de la langue française du Québec 


Cohabitation
  • Flux d’immigration britannique élevé coïncide avec le début de l’exode rural chez les Canadiens-Français
  • Beaucoup d’artisans canadiens-français deviennent des ouvriers salariés dans les usines américaines.  Les revenus y sont plus élevés et les conditions de travail sont souvent favorables que dans les villes canadiennes.
  • Les Canadiens français s'intègrent à la majorité États-Uniennes et ils sont progressivement assimilés à la culture américaine.

Résultats de la « Grande saignée » ou la "Grande Hémorragie"
  • Plus de 925 000 Canadien-Français émigrent vers la Nouvelle-Angleterre entre 1830-1930      
  • Amorce de l’exode rural des Canadiens-Français. La majorité de ceux qui s’installent en ville se dirige principalement vers les États-Unis.
  • Il est rare que ces Canadiens parlent encore le français aujourd’hui. 
  • Cet exode rural vers les manufactures de textile américaines se qualifie de « Grande saigné » ou de «Grande hémorragie». 
  • Le flux migratoire crée un solde négatif durant la deuxième partie du 19e siècle. Il y a alors une décroissance de la population canadienne-française au Québec.  

Graphique sur l'émigration des Canadiens-Français vers les États-Unis entre 1840 et 1930

Graphique sur l'émigration des Canadiens-Français vers les États-Unis entre 1840 et 1930
En 1840 et 1930, on estime à 925 000 le nombre total de Canadiens français qui émigrent aux États-Unis dans le but d’obtenir une meilleure condition de vie.
Industrie, Industrialisation, Démographie, 
Travail, Travailleur, Démographie.
Source : Service national du RÉCIT de l'univers social
Licence : Creative Commons (by-nc-sa)

Comments