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1.1 - Histoire et Légendes de quelques ponts célèbres

Histoire et légendes n°2


Histoire et Légendes

de quelques Ponts célèbres

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Par Jean Pierre GUIOL

Membre émérite de l’Académie du Var

Avec le concours de

Christian et Dominique Sabatier pour les illustrations

24 Avril 2010

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Pont SUMALU Turquie

Je ne remercierai pas plus longtemps les initiateurs de notre rencontre car un proverbe malais dit que :

« le sentiment de reconnaissance est comme un enfant : il vaut mieux le voir que l’entendre ! »

Faisant mienne cette sagesse des peuplades lointaines qui exprime leur gratitude par un don puisque le mot « merci » n’existe pas dans leur langage : voici le thème que vous m’avez invité à vous présenter.

Je l’affectionne de longue date et il accompagne agréablement ma retraite au droit fil de la sagesse de Confucius qui nous dit qu’à ce stade de la vie 

 « il faut s’accorder de faire ce qui nous plait ! »

                                       Le vieux Tibétain et l’enfant

Les ponts sont, en effet, un sujet de fascination qui ne cesse d’attiser la curiosité de chacun de nous et que je vous propose de présenter en trois époques :

-         L’antiquité et la période romaine.

-         L’ère chrétienne

-         Les ponts modernes.

-  Leur historique passe du réel au sacré et de la vérité aux légendes.

-          Ils décrivent la longue évolution du génie de notre humanité en témoins immuables de l’histoire humaine.

                             Pont  antique au Tibet

-         Ils sont l’œuvre privilégiée des bâtisseurs de tous les temps.

-         Ils témoignent du savoir et de la technique de diverses époques

-         Ils font appel aux constructions et à l’architecture d’excellence,  défiant les outrages et les vicissitudes du temps.

-         Ils apportent depuis plus de 50 siècles une réponse à la maîtrise des communications humaines et de leurs obstacles. et il convient de s’inspirer de leur symbolique.

-         Symboles universels de passage de mutation et de difficultés surmontées ils sont perçus comme un élan vers une ère nouvelle et plus particulièrement  lors des changements de millénaires des ans 1.000 et 2.000 !

-         Les archives départementales de Vaucluse ont célébré la symbolique de ce patrimoine historique dans la brillante exposition qu’elles ont organisées au Palais des Papes en Juin 2000 au titre évocateur de : « Passages d’une rive à l’autre…. »

                Le verso des 7 premiers billets en €

-         Le graphiste qui a remporté en 1996 le concours pour illustrer les 7 premiers billets en euros (€) a choisi le thème des ponts en verso  pour symboliser l’union des peuples européens entre eux et avec le monde extérieur.

-                Cette illustration discrète de la monnaie européenne doit nous consoler  du triste constat que la France avec plus de 275.000 ponts sur son territoire reste un des rares pays à ne pas avoir de musée qui leur soit consacré et ce n’est pas faute  d’en avoir suggéré l’idée !

   Nous avons autant de ponts que d’édifices religieux chapelles, églises, cathédrales, basiliques.

   Tant la littérature concernant l’art sacré est, à juste titre, innombrable, tant celle qui traite des ponts est rare et peu répandue.

-         Leur qualité et leur diversité sont une source d’inspiration et d’entente, un  gage pour le futur, une richesse pour notre évolution.

-         Antoine de Saint Exupéry nous a laissé cette phrase pleine de bon sens :

-         « Si tu veux que les hommes s’entendent, fais leur construire un pont ! »

       Ainsi, loin d’une présentation figée et didactique, l’exposé qui suit leur rendra hommage sous la forme d’un catalogue vivant  sorte de florilège évoquant jadis et naguère sans trop de nostalgie  puisque qu’il s’ouvre résolument vers demain

 

L’origine des Ponts est un mystère qui se perd dans la nuit des temps.

       L’étymologie grecque de « Mystère » nous dit que c’est l’art d’être initié à une vérité cachée et nous nous en réjouissons car nous allons nous lancer à leur recherche.

                                                    Empire sumérien

                                 Pont  sumérien (pile et linteau)

Les Sumériens auraient construit des arches en 3200 B.C.                  Vallée de l’Euphrate

Hérodote, le Père de l’Histoire, rapporte qu’en 2230, il existait un pont sur l’Euphrate constitué de piles en pierres et d’un tablier en bois alors qu’on sait que cette vaste vallée alluvionnaire n’a aucun enrochement à proximité !

Il ajoute que cet ouvrage était doublé par un tunnel creusé sous le lit du fleuve, pour dissimuler, sans doute, le mouvement des troupes à pied.              

Les Etrusques

Royaume de LYDIE

Les Etrusques, supposés issus de LYDIE, auraient imaginé d’exhumer les voûtes souterraines de leurs nécropoles pour leur permettre le franchissement des cours d’eau et ils en auraient enseigné la technique aux Romains.

                                  l’arc en ciel

On sait à peine que, pendant des millénaires, la construction des ponts avait un sens initiatique qui transposait l’œuvre du Créateur  par une arche entre Ciel et Terre comme l’arc en ciel semble relier notre planète au firmament.

                    Pontifex Maximus                               

Et ce n’est pas en vain si le titre de chef du Collège sacerdotal des Etrusques se transmit aux Souverains romains et échut finalement à l’évêque de Rome, successeur de Saint Pierre, sous le nom générique de Pontifex Maximus : Souverain Pontife, signification mystique du médiateur entre Dieu et les Hommes.

De son côté la mythologie romaine attribue l’invention de la porte voûtée en forme d’arc au roi légendaire à deux faces,

JANUS

Cette origine remonte vraisemblablement autour de 2.700 ans avant notre ère avec les

             cryptes funéraires voûtées

 mésopotamiennes égyptiennes ou étrusques.

Warron (116-27) décédé lors de l’éruption du Vésuve et qui passait pour être le plus grand savant de Rome a écrit que

le Pont Sublicius

        aurait été bâti par Ancus (640-616), le 4° Roi

       légendaire, précisant qu’il fut la première oeuvre de

       dévots constructeurs groupés en Collèges de prêtres

      dont la corporation  aurait été la gardienne des ponts

      et chargée de leur entretien.

C’est dire le flou qui nimbe leur origine !

On n’ignore cependant pas que, dès l’antiquité, les ponts ont permis de porter, toujours plus loin, les conquêtes de Darius franchissant le Danube en 407 avant notre ère ou de César franchissant le Rhin de vive force, rappelant au passage la vieille règle de grammaire latine : « cesar pontem fecil ».

       Reconstitution a  l’identique

Il fut si fier de cet ouvrage  construit en dix jours qu’il fit noter tous les détails de construction permettant  sa reconstitution à l’identique dans la cour de  notre musée national d’archéologie de Saint Germain en Laye.

C’est le début des huit siècles de ponts romains qui furent construits pendant la Pax Romana, tous sur le même type où qu’ils soient dans l’immense Empire et dont certains font l’orgueil de notre région.

Nos ancêtres Celto Ligures ont été si étroitement associés à leur construction qu’il apparaît légitime de nommer ceux de notre région sous le vocable de Ponts Gallo-Romains.

La chance a voulu que le seul traité d’architecture antique  qui ait échappé à la torche des barbares parvienne jusqu’à nous.

                                  VITRUVE

 

Ce sont les dix volumes rédigés par cet immense ingénieur militaire romain que César dénommait Vitruve, Vitruvius et surnommait volontiers : « Polliol ! »

Ce document a été constitué entre 25 et 20 avant notre ère avec l’aide de ses 700 architectes romains (curatores viarum) qui programmaient à partir de Rome le plan colossal d’équipement des voies de l’Empire et  résumait, de façon plus pratique que théorique, les principes directeurs de leur technique à savoir pour l’essentiel :

Arche du pont du Gard

-         Voûtes : semi circulaires, en plein cintre.

-         Pierres rectangulaires : taillées en blocs de grand appareil.

-         Joints : croisés, assemblés à sec, à la précision d’un demi millimètre, alors que les romains maîtrisaient depuis trois siècles les phénomènes de la prise hydraulique des pouzzolanes volcaniques lorsqu’on les mélange à la chaux, dans l’eau.

-          Piles : en étrave ou brise lame.

-         Encorbellements : boutisses en saillie donnant appui aux échafaudages.

A ces critères de stéréotomie, qui résume l’art de découper les pierres, s’ajoutent leurs connaissances de géologie et de topographie qui dépassaient de loin l’empirique puisqu’elles ont pérennisé jusqu’ à nous certains ouvrages gallo-romains magistraux.

L’Empire romain

Les voies romaines dans l’Empire

       Leurs ponts se situaient sur des 10.000 kilomètres de voies consulaires,(nos autoroutes de l’époque) ce qui explique leurs dimensions colossales.

       Ils étaient financés par le Trésor impérial et construits sous la direction d’ingénieurs civils ou militaires souvent rengagés.

             Table de peutinger de la Narbonnaise

       Notre proche région a le privilège de nous présenter deux de ces ponts le long de la Via Domitia ouverte en 118 avant notre ère :

Les 3 voies consulaires : Domitia, Aurelia, Agrippa

       Les romains savaient déjà que la Durance (Druantios en grec, Druentia en latin avait depuis l’antiquité le sens d’impétueux pour les ravages que causent ses crues redoutables,dévastatrices et qu’il valait mieux franchir l’un de ses 15 affluents  que de tenter d’enjamber son flot en furie !

       Quelques uns des ponts de la Voie Domitienne nous livrent une page de leur Histoire :                 

Le Pont de Ganagobie

-  à 1,4 km du Prieuré et de la Ferme de La Grand Terre (04).

          Son arche unique de 7,9 mètres franchit le Buès, il est si sobre ,solitaire et fut si longtemps ignoré qu’il est  dénommé sans raison : « Le pont de la mort de l’homme ».  

       Seul un phallus sculpté sur la culée gauche était censé protéger ses usagers .

       Il est le seul vestige de l’ ensemble de ponts de Ligurie qui datant de 145 ou 144 avant notre ère c’est-à-dire  l’époque d’Hadrien

Le Pont Julien,***

-          Toujours en service à 7,2 km à l’Ouest d’Apt (La Colonia Apta Julia créée en l’Honneur de César).

Construit en 3 AV JC, il comporte une arche centrale de 16 mètres, deux latérales de 10,50 m. et sa longueur de 118 mètres en dos d’âne franchit le Calavon ou Coulon.

Il est considéré comme un des plus beaux ponts gallo-romains de France.

En 1835, à peine nommé Inspecteur général des Monuments historiques Prosper Mérimée l’a fait inscrire et restaurer.

Il est le seul à être signalé par un panneau indicateur.

Le pont  de La garde Freinet

-         Dans le Var, à 7 km NW de La garde Freinet se trouve un de ces ponts utilitaires du début de notre ère, construit en grand  appareil, et à 2 arches inégales dont le tablier incliné  de 2,5 mètres de large enjambe le Nibre, affluent de l’Aille et de l’Argens.

Sa mission était d’assurer le transfert des minerais polymétalliques (fer, argent, or) depuis l’ oppidum vers la Via Aurélia .

Pont d’Astros

Le Sénat de Rome excédé par la lutte fratricide entre Pompée et César ordonna à Lépide Gouverneur de Narbonnaise et Munatius Plancus qui commandait aux 3 régions de Lyon  de venir combattre Antoine arrivé le 15 Mai 43 AV JC au Pont d’Astros mais en âme et conscience Lépide informa le Grand Pontife qu’avec Antoine, ils allaient négocier le partage du Pouvoir avec Octave, le futur Empereur Auguste et ce fut la fin de la République romaine et le prélude du Triumvirat.

Ce pont est d’une architecture mixte dit Strabon piles  en pierres de petit appareil et tablier de bois et ses vestiges, totalement abandonnés sont à peine visibles dans une propriété privée !

Ce « pont d’argent » sur l’Argens,  oublié de tous, se situe entre Vidauban et Le Thoronet sur la D84 il n’est pas classé aux monuments historiques bien qu’il soit le plus vieux de France !

Forum Julii

A cette époque Forum Julii était une vaste cité aux grands besoins en eau qui« ouvrait et fermait la Gaule » comme le dit Jullian. Auguste l’avait dotée des 2 aqueducs parallèles de 40 kilomètres de La Sagniole enjambant les rives du Reyran (de sinistre mémoire depuis le drame de Malpassé en 1959) et  d’un port de 300 galères qui devait lutter contre l’envasement  grâce  à l’apport constant de l’eau de l’Argens amenée par un canal artificiel enlisé depuis lors.

pont des Esclapes ou d’Artifex

             Ce pont fut construit au 1° Siècle avant notre ère, à l’Ouest de Puget  pour supporter la voie secondaire Fréjus St Raphaël près de la Voie aurélienne au dessus du canal devenu « fossile ».

       Avec ses 3 arches en plein cintre et double rouleaux ses avant becs circulaires en amont, sa  ruine est bien conservée bien qu’ abandonnée en pleins champs !

le Pont Flavien**

             Dans les Bouches du Rhône au Sud Est de Saint-Chamas se dresse intact cet ouvrage construit en 10 AV JC, pour le passage de la Via Agrippa sur La Touloubre grâce au leg de Caïus Flavius.

       Long de 22 mètres et d’une portée de 12,m 45, l’arche unique est en plein cintre, sa largeur est de 6 mètres il comporte 2 portes jumelles en arc surmontées de lions sculptés en ronde bosse qui marquaient la limite entre Arles et Aix et qui, selon la mythologie assyrienne, étaient l’expression de la vie toujours renaissante .

       Ses sculptures ont été restaurées en 1763 par Jean Chastel.

       Au début de la 2° guerre mondiale un char d’assaut allemand a heurté le portique Nord et à la fin des hostilités un tank américain a buté sur celui du Sud. Il est désaffecté depuis 1950.

le Pont de Vaison la romaine**

-         Situé dans le Vaucluse il fut construit au 1° Siècle de notre ère pour livrer le passage à la D54 sur l’Ouvèze.

-         Il est le seul qui transcende les règles d’or de Vitruve car, il concentre la quintessence de leur art et de leurs connaissances au même titre que la pyramide de Kheops réunit les données pharaoniques.

-         Construit au 1° Siècle de notre ère, ses 9,50 mètres de largeur et 17,20 de portée le classent en tête de toutes les performances.

Les voûtes y sont exceptionnellement en anse de panier, ellipsoïdales et biaises, encastrées à leur base mais en anneaux libres et juxtaposés au dessus.

Dispositif de l’appareil

Chose rare l’appareil est partiellement en escalier sur les reins de la voûte et la corniche est moulurée, la largeur des blocs décroît de l’amont vers l’aval à l’instar de la violence des crues.

Sorti sans trop de dommage de diverses péripéties, l’inondation de 1616 lui arracha son parapet, le dynamitage des allemands en 1944 ébranla sa voûte en pulvérisant sa chaussée, la récente crue dramatique qui a endeuillé et décapé la vallée, a mis à nu des aménagements de digues et  de quais des romains qui témoignent de leur haut niveau de technicité hydraulique.

L’ensemble du Pont est si bien intégré et si harmonieux qu’on  croirait une arche naturelle découpée dans les falaises de l’Ouvèze où il est encastré. La visite de la salle des gardes romains, creusée sur rive droite dans le roc est à ce sujet très évocatrice.

 

Prosper Mérimée l’a fait inscrire et restaurer en 1840 en même temps que le joyau délicat du Pont Flavien sur la Touloubre avec ses arcs jumeaux ornés.

Carte générale de l’aqueduc du Gard »

         Pour alimenter le château d’eau de Colem Nimesis à l’altitude de 59 mètres les romains ont réussi le tour de force de capter les sources d’Uzès à 50 kilomètres de distance, avec une pente moyenne de 0, 034 %.

       Cette maîtrise des hydrauliciens romains est restée inégalée jusqu’ au XVIII° siècle.

 La modeste traversée du Gardon ne tolérait qu’une déclivité de 2 millimètres pour 10 mètres soit 2/10.000 entre les 2 rives ce qui interdit tout écoulement interne dans des tuyaux en raison du frottement rédhibitoire de l’eau le long des parois.

Pont Aqueduc sur le Gardon

       Cet obstacle hydraulique  mis en évidence par le savant suisse Bernouilli a obligé les romains à réaliser cette œuvre d’Art exceptionnelle classée pour son harmonieuse élégance par l’UNESCO au Patrimoine de l’Humanité.

       On ne pouvait clore ce bref survol des ouvrages gallo-romains visibles de nos jours, sans évoquer ce Pont Aqueduc sur le Gardon, long de 275 mètres, haut de 48, mètres 77 avec ses 24,40 mètres d’ouverture maximum, le plus prestigieux d’entre eux, mondialement connu sous le vocable de Pont du Gard n’a jamais été conçu pour permettre le passage de piétons et encore moins de véhicules !

Vue des piles échancrées

       Des conséquences fatales ont failli en découler car, au XVI° Siècle, de dangereuses échancrures avaient amputé les piles pour creuser une voie charretière de fortune au détriment de la solidité de l’édifice et il fallut attendre 200 ans pour que soient colmatées ces mutilations et juxtaposer le pont routier construit en 1743.      Devant le gigantisme et l’harmonie des proportions de cet ouvrage on peut se questionner sur la raison de sa construction car les Romains étaient passés maîtres dans la technique tellement plus économique des aqueducs - siphons réalisés en tubes de plomb enterrés.

       Pendant le dernier siècle avant notre ère, dans le sillage d’Auguste et d’Agrippa, la Gaule s’est intégrée avec aisance dans la magnificence des constructions de ponts car les Gaulois, intelligents et habiles participaient avec enthousiasme aux réalisations à côté de leurs vainqueurs, eux-mêmes étant admiratifs pour l’étendue des connaissances  d’exploitation des réseaux fluviaux en place.

       Les populations autochtones n’étaient pas assujetties à un joug pesant car seules – la loi – l’ordre et les marques de considération étaient imposés dans le respect des traditions et croyances locales.

L’ aqueduc-siphon de Pergame en lydie

       Ils avaient déjà magistralement réussi le franchissement de la vaste plaine fossile entourant de Pergame et plus près de nous celle de Lugdunum

                    L’Aqueduc siphon de lugdunum

 

avec 11.000 tonnes de plomb soit 200 kilomètres de tuyaux fournissant 76.000 m3 d’eau par jour (3.000m3 par heure) à la Capitale des Gaules.

       C’était le plus vaste réseau d’adduction d’eau après celui de Rome.

Durant les deux millénaires de notre ère les riverains du Rhône étaient bien trop absorbés par la lutte qu’ils menaient avec courage contre le  Fleuve  sauvage et indompté qu’ils ne se sont guère préoccupés de retrouver les vestiges des ponts romains magistraux que le Rhône avait emportés et dont on vient on vient de reconstituer l’essentiel après de longues recherches archéologiques : 

       (2 vues de restitution) du  pont d’Arles sur le Rhône

             Dans « la Rome des Gaules » les deux voies Domitienne et Aurélienne franchissaient le Rhône sur un Pont magistral et fiable de 10,m 50 de largeur  qui constituait la place centrale de la Ville d’Arelate Duplex réunissant Arles et Trinquetaille.

                                         La mosaïque d’Ostie

             Cette mosaïque de la Maison des corporations d’Ostie en a donné une image si stylisée, si peu conforme au génie des romains qu’on peut se questionner de savoir comment, jusqu’à nos jours elle a pu être l’emblème des mariniers d’Arles.

                                                                 Vue aérienne

             De récentes prospections subaquatiques ont rétabli la vérité par la découverte des piles de fondation monumentales en grand appareil, seule la partie axiale et profonde du fleuve impétueux était franchie sur un pont à bateaux.

       Dans le cimetière de Trinquetaille on a découvert au XVIII°Siècle le sarcophage et l’épitaphe élogieux de l’Ingénieur Candidus Benignus

                 (2 croquis de restitution du) pont romain d’Avignon

         Avec ses arches  géantes d’environ 50 mètres de portée !

 

       La longue époque de la Pax Romana suivie des siècles barbares que les anglo-saxons ont appelé « the dark age » ont mis un terme à ces constructions puisque au VIII° Siècle de notre ère il n’y avait plus guère de ponts sur nos cours d’eau

                                           Ponts en rondins

où ne subsistaient que quelques frêles structures en rondins sur les petits cours d’eau !

       Les fleuves devaient être traversés à gué, à l’aide de bacs ou de radeaux !

             Les populations du Moyen Âge réclamaient des ponts pour la survie de ceux qui avaient à se hasarder sur les chemins risqués de l’époque.

                                 Utriculaires gaulois                        

       Des associations de passeurs s’étaient groupées en corporations en s’inspirant des navigateurs grecs installés à Massalia et qu’on  dénommait « Les Nautes »              

                           Utriculaires

Ils mettaient les comptoirs en communication par le Rhône et la Durance grâce à des pontons plats supportés par des outres gonflées, d’où leur nom !

Ici elles s’arrogent le monopole aventureux de tous  franchissements même à l’aide de bacs, dits à traille.

                            utriculaires  à Barbegal.

Ils exigeaient des péages abusifs, volaient les voyageurs, allaient jusqu’à les dépouiller et les tuer au point que leurs exactions ont contribué à faire naître l’idée de se libérer de leur violence et à construire des ponts dès que fut passée l’angoisse et la peur panique  de la prétendue fin du monde de l’An 1000 !

Telle est la motivation des ponts médiévaux qui sont nés d’un autre mystère !

                            Cle de voûte

Construire un Pont dans ce contexte devenait une œuvre si urgente  et grave qu’elle prenait un caractère pieux dont l’évènement se célébrait à grand renfort de messes d’action de grâce, de processions et de volées de cloche.

La clé de voûte de l’ouvrage portait le signe de le Croix ou tout autre emblème pieux en cartouche pour le protéger contre le malin et , de ce fait, plongeait en même temps les géniteurs dans l’anonymat !

Un pont qui n’était pas béni était aussitôt un pont du diable, alors qu’en fait, ces ponts bannis n’avaient rien de maudit car leur mauvaise fortune ne relevait, la plupart du temps que d’une construction désastreuse !

                    

Parmi la centaine de légendes qui se rapportent à ces ponts prétendus maudits, on note fréquemment que l’absence de moyens pour financer leur construction aurait poussé les bourgeois du lieu à passer un pacte avec le diable, lequel aurait exigé en échange d’avoir l’âme du premier passant !

Mais à malin, malin et demi les quémandeurs auraient été assez adroits pour contourner cette clause et auraient conjuré le mauvais sort en lâchant un lièvre ou un âne selon les récits !

                                Pont de Saint Céré sur le Tech

Ce pont sur le Tech porte les cicatrices et les mutilations qui témoignent qu’il a été souvent emporté par les crues d’où la légende qu’il aurait été enfin reconstruit par le diable entre les douze coups de minuit !

             Pont du diable sur l’Ardèche

Souvent le diable est rendu responsable d’avoir jeté un pont pour permettre à des couples impurs d’aller cacher leurs amours sur une autre rive !

Sur les 220 ponts du diable recensés en France on en compte 6 sur la liste des Monuments historiques.

Mais que sait-on au juste de ces constructeurs hardis qui, 800 ans après les romains, ont entrepris de telles tâches ?

               Ponts « attribués » aux Frères pontifes (sous toute réserve !)

Ce ne sont certainement pas les Frères Pontifes qui auraient pris l’heureuse succession des brigands utriculaires car, prudents, ils se limitaient à exercer le contrôle des abords des ponts déjà construits par d’autres et à y exploiter les aumôneries, chapelles, hôpitaux et auberges !

             Image de Saint Benezet

Un pont médiéval était construit par un Collège laïque placé sous l’autorité d’un Frère inspiré qui animait une équipe de spécialistes et préparait un financement charitable des travaux par des sermons suivis de quêtes avec indulgences.

 « La Légende » nous précise que le ou les Frère(s) d’un pont organisaient des criées, parfois lointaines, pour faire connaître leur projet, recruter des compagnons, acquérir des forêts, des carrières et des fours à chaux.

Le terme de légende a ici son sens original tiré du latin Legenda : « ce que l’on doit lire » car c’était ce genre de texte que les Frères du pont lisaient de ville en village pour solliciter des dons.

       Carte du bassin rhodanien

D’où leur venaient ces techniques de ponts de pierres géants  lancés sur le Rhône , le plus raide, le plus puissant et le plus redoutable des fleuves français?

       Tableau des  3 principaux ponts médiévaux sur le Rhône

Les contemporains qui n’étaient pas plus renseignés que nous prétendaient qu’ils avaient été construits Per Virtutem Dei.

Il en fut ainsi pour une centaine de ponts français et en particulier :

o       au XII° Siècle pour le Pont du Rhosne à Lyon et celui d’Avignon,

     puis,

o       au XII° Siècle pour celui de Pont Saint Esprit et bien d’autres ;

Malgré mon souhait de cadrer cet exposé autour des Ponts de Provence vous conviendrez avec moi qu’il nous faut commencer par Lyon où le Frère Etienne s’engage en 1050 dans l’œuvre inédite, colossale de lancer un pont de bois de 18 arches sur le Rhône au site de La Guillotière :

le Pont du Rhosne à Lyon

o       128 ans avant le Pont d’Avignon,

o       215 ans avant le Pont St Esprit

Cette entreprise prit le nom prémonitoire de : « Travail sans fin » car elle perdura jusqu ‘à nos jours !

L’ouvrage s’effondra une première fois  au passage de Philippe Auguste et Richard Cœur de lion  pour la 3°Croisade puis la tâche de le reconstruire fut mille fois ruinée car le Rhône mettait toute son ardeur à la détruire !

 Les sinistres se succédèrent  en 1407, 1414, 1447, 1571, 1711,… pour l’essentiel.    

                                        Vue des fouilles

Le détail technique et l’évolution de ces travaux ont été consignés lors du percement de la ligne de métro n°2

Les piles en bois étaient successivement remplacées par des massifs en maçonnerie jusqu’en 1954 où ce pont de « La Guille » si cher aux lyonnais fut dynamité par les allemands et remplacé en 1954 par un pont en acier de 205, 4 mètres de long et 31 de large.

Ce bref « crochet » par Lyon permet de mieux apprécier les performances des ponts qui furent ensuite lancés sur le Rhône, en Provence cette fois !

       Pierre bénite

Les bateliers qui allaient descendre le fleuve colérique remettaient leur âme à Dieu en se signant  pieusement et ne cessaient de prier à bord en se plaçant sous la protection de leur emblème :

La croix des bateliers

 La violence du courant leur faisait redouter de s’écraser sur les piles des rares ponts.

                         

Dans le tumulte des tourbillons nous reviennent d’outre tombe les ordres angoissés des timoniers :

o       « piqu’au Ré ! » pour barre à tribord et

o       «  piqu’à l’Empi ! » pour barre à babord.

 Le pont d’avignon

Les inondations aussi fréquentes que catastrophiques ont jalonné l’histoire d’Avignon qui est bâtie dans un coude dangereux, à peine navigable en eau basse, où l’île de la Barthelasse n’est apparue qu’en 1495 et ne s’est soudée à celle de Piot qu’au XIX° Siècle.

                              Benezet

         Il est l’exemple type du pont de 23 arches réalisé en seulement sept (7) ans (1177 – 1184) par le très populaire archétype des Saints bâtisseurs et dont voici la légende :

Son nom est Benoît CHAUTARD, dit petit Benoît traduit en provençal par Benezet.

   2 vues de la maison natale

Linteau gravé

Ce jeune pâtre illettré n’est pas né à Hermillon (près de Saint jean de Maurienne) mais sur la route des volcans qui domine la vallée du Rhône, près de Burzet en Ardèche où sa maison natale est classée aux Monuments Historiques.              

         Son nom est Benoît CHAUTARD, dit petit Benoît

       traduit en provençal par Benezet.

                                       Pierre gravée

Il vint en Avignon le jour de l’éclipse de soleil du 13 Septembre 1177 à l’âge de 20 ans, guidé par un ange jusqu’à une pierre gravée.

Il venait informer Monseigneur Ponse que Jésus l’envoyait pour construire un pont sur le Rhône de 1340 pas de long soit 915 mètres.                  

BENEZET Frater Benedictus

Ayant fourni la preuve de sa mission divine en soulevant une pierre colossale il prit le patronyme de BENEZET Frater Benedictus.

 Ce frêle adolescent fut un meneur d’hommes qui enleva l’enthousiasme et l’admiration de tous en sillonnant les chemins pour récolter aumônes et dons nécessaires à la construction.

                                   Vue du pont au XVI°S

La construction du pont s’accompagna de celle d’un hospice et d’œuvres charitables. La Tour Philippe le Bel fut élevée en 1302

L’œuvre du pont qu’il avait créée se dota d’un patrimoine immobilier qui assura l’entretien de l’ouvrage.

Il mourut à 25 ans avant que son œuvre ne soit achevée et il fut canonisé par le peuple.

                                  Le crâne de St Benezet

Inhumé dans la chapelle basse, ses cendres, noyées par une crue et cachées pendant la révolution furent déposées pour ce qu’il en restait dans la chapelle haute,

   A l’occasion du huit centième anniversaire de sa mort l’Académie du Vaucluse a présenté, dans ses mémoires de 1984, un dossier complet de sa vie et de sa légende, ce document a valeur historique.

   De bonnes âmes du siècle dernier ont œuvré, en vain, pour que Benezet, qui n’était certes pas technicien , devînt le Saint Patron des Ingénieurs des Ponts, héritiers d’une tradition dont l’origine nous est totalement inconnue.

                         Vue des 2 chapelles du pont

Même enluminé par la Foi, force est de constater que le mystère technique de la construction de cet ouvrage admirable, classé au Patrimoine de l’Humanité, demeure entier.

   Sur la fulgurante rapidité de sa construction, certains esprits rationalistes ont émis l’hypothèse que des fondations et des matériaux d’ouvrages gallo-romains auraient pu être réutilisés et que la technique de ces 3 arches indépendantes est curieusement conforme à celle de Vitruve ?

   Si son extrême élégance est définie dans le rapport audacieux et inégalé à l’époque de 4,3  entre l’ouverture des arches par rapport à l’épaisseur des piles elle est aussi à l’origine d’une certaine fragilité.

                                La Ville d’Avignon

          Grâce à son pont à péage Avignon est devenue une ville cosmopolite de commerce et de passage et le port d’Avignon avait une valeur de 40.000 sous.

              Sur le pont d’Avignon,

             on y danse tous en rond…….

   Par la vertu d’une ronde enfantine le pont qui ne traverse plus le Rhône depuis le milieu du XVII°Siècle est devenu le plus célèbre de la Provence médiévale et cette comptine a fait sa notoriété mondiale sans expliquer que si l’on y danse si volontiers en rond c’est que les ruelles de l’époque étaient étroites et poussiéreuses alors qu’il était large de 12 pieds (3,9 mètres) et pavé !

                           Le pont St Benezet en 1840

Les Avignonnais refusent le passage sur le pont au Roi de France lors de sa croisade contre les Albigeois en 1226 ; le pont est détruit !

Bien que les Papes en Avignon  (de 1313 à 1346) aient consacré des sommes importantes à ses réparations le pont est définitivement désaffecté à la fin du XVII° Siècle et le pont suspendu qui lui fit suite ne fut ouvert que le 22 Octobre 1843 !

                                    

                                        Carte du confluent Rhône / Ardèche

                              Le Pont Saint Esprit

Pas loin en amont , sur le site de Malatra (Le mauvais pas) près de Saint Saturnin du port, au confluent turbulent de l’Ardèche avec le Rhône au lieu où Hannon , lieutenant d’Hannibal franchit le fleuve pour faire diversion et où prêcha Saint Sernin au 2°Siècle de notre ère, fut construit le Pont qui prit le nom de Saint Esprit.

Si l’entreprise de Saint Benezet parut miraculeuse en 1177, celle du Pont St Esprit n’en étonna pas moins les habitants de Saint Saturnin du Port entre 1265 et 1309 car ce pont de 2.525 pieds et 10 pieds de large à l’intérieur (17 hors d’œuvre) fut construit dans des conditions, géologiques, topographiques plus difficiles qu’en  Avignon.

        Cette œuvre admirable de 800 mètres de long avait deux grands alignements formant un chevron arc-boutés au courant et aux crues.

   20 arches de 30 mètres d’ouverture sur des piles de 9 à 11 mètres de large aux tympans évidés et dont les pieds étaient protégés par d’énormes massifs d’enrochement hauts de 2 mètres à l’étiage.

        Le Prieur Dom Jean de Tyange voulut d’abord s’opposer à cette entreprise qu’on voyait comme attentatoire aux droits de son couvent mais la passion qui s’était emparée des habitants pour bâtir ce pont l’emporta ;

       On nomma des recteurs qui achetèrent des carrières à St Andéol et l’on établit une Société religieuse de frères et de sœurs qui avaient un habit, les fonctions et des règlements particuliers.

       Le prieur en posa la première pierre, le 12 Septembre 1265, jour anniversaire de la pose de celle d’Avignon  87 ans plus tôt, le Prieur n’ exigea comme seule clause que « le travail soit bien fait » et il fut entendu puisque son ouvrage est toujours en service !

Tableau comparatif des techniques et durées

       Sans doute, en raison d’un rapport moins audacieux de trois (3) seulement entre le vide de l’arche et la maçonnerie de la pile.

            Vue perspective du pont

    Sa réalisation dura 40 ans en raison de mésententes où le Roi de France (lou Ré) dut mettre bon ordre en exigeant de devenir le Co-Seigneur de ce pont fortifié et stratégique qui ouvrait la voie vers le Saint Empire (l’Empi). 

Cette prouesse donna lieu à la légende du 13° ouvrier qui :

o       fournissait à lui seul un travail considérable,

o       Ne retirait jamais sa paie,

o       Disparaissait le soir et, partant, ne pouvait être que le Saint Esprit caché sous les traits de ce bienheureux pour réaliser cet ouvrage gigantesque !

        Les historiens des siècles derniers considéraient qu’il fut construit par les habitants de Saint Saturnin aidés par des spécialistes venus d’Avignon ?

 

Henri BEYLE, mieux connu sous son pseudonyme de Stendhal, nous a dit combien cette navigation était dangereuse :

Piles du Pont St Esprit aux basses eaux

             « Notre bateau a passé fort rapidement sous le pont terrible  de la Motte du Rhône et, immédiatement après on l’a fait dévier à droite en formant un « angle de cinquante degrés peut-être avec sa direction première.

« A un pied de notre bord, pas plus, il y avait un banc de sable  s’élevant au dessus de l’eau, mais du train où nous allions il nous eût brisés ».

 « Le Rhône en cet endroit coule fort vite et le mouvement du « bateau est si rapide que l’on voit la mort inévitable si l’on vient à « heurter le moins du monde la pile ou le banc de sable.

   « On dit que 30 personnes s’y sont noyées l’an passé, trente « en provençal veut dire dix tout au plus mais c’est encore trop et « le gouvernement devrait faire arracher une pile pour avoir

première vue de l’arche  marinière

 

une « arche marinière assez large et il ne faudrait pour cela que « quelques mines sous l’eau, comme je l’ai vu aux colonies.

deuxième vue de l’arche  marinière

Il fallut toute la persuasion et la sensibilité de cet homme de lettres pour obtenir que 15 ans plus tard, après la crue de 1840 on construisit entre 1854 et 1858 une arche métallique en fonte et ainsi on sauva bien des vies !

       Projet d’une deuxième arche marinière

   Les tenants d’une deuxième arche marinière n’obtinrent  par contre jamais satisfaction !

Plaque  du 700° anniversaire 12.11.1265/ 1965

                      Nos anciens ont bâti le pont prodige

 Frédéric MISTRAL définit ce pont comme :

                         « La porte d’or de la Provence,

                           Terre d’Amour. »

                                     

         Les problèmes de crues et de franchissement seront le souci constant  des riverains, de la noblesse locale et même du Roi ! !

A titre d’exemple, juste en aval voici :

La digue ceinturant Caderousse

Carte de L’ile de la Piboulette,

Riche propriété  de Madame de Gramont cette île de formation récente est couverte de bois de qualité, dont l’exploitation forestière fut l’objet d’interminables procès entre  le Roi de France qui prétendait avoir un droit absolu sur cette limite stratégique en frontière avec le Saint Empire et les Ducs de Caderousse  qui avaient  créé cet îlot alluvionnaire artificiel pour leur profit .

 Avant la formation sédimentaire de cet îlot, ce site est l’unique zône qui puisse être retenue pour le franchissement de vive force d’Hannibal

                 Stratégie du franchissement

 parce qu’entre Lyon et le delta, il est le seul à être bordé par 2 plaines aussi larges que profondes, permettant le déploiement en formation de combat des 60.000 hommes et des 37 éléphants de l’armada

Passage des éléphants

Cette « losne » fut reliée à Caderousse (Vaucluse) et à l’Ardoise (Gard) par des bacs à traille jusqu’après la 2° guerre mondiale.

 

Si je vous invite maintenant à un bref détour en Ardèche, toute proche,c’est parce qu’elle est le paradis de l’hydrologie et des ouvrages d’art peu connus et qu’elle a associé son nom à l’histoire magistrale de ses 2200 ponts.

 

§        Elle compte 300 kilomètres de voies navigables en barque ou en canoë.

§        la nature lui a offert le Pont d’Arc.

§        parmi les ponts dénombrés on en compte :

§        3 classés aux monuments historiques dont 2 ponts gallo-romains spécialement adaptés à la violence des crues.

§        6 ponts inscrits à la liste supplémentaire soit 16 % des ouvrages d’art protégés en France dont le célèbre.

                          Pont romain de Viviers

§        A l’est elle longe le Rhône sur 130 kilomètres et lui apporte

fougueusement :

-         18 affluents   

-         80 sous affluents.

§        A l’ouest où elle chevauche la ligne de séparation des eaux elle livre la Loire et l’Allier à l’Océan.

C’est de l’Allier que nous vient une légende de l’époque médiévale où VIELLE BRIOUDE n’avait pas encore de pont et où un pieux homme vivait en anachorète sur sa rive où il avait vocation de passeur.

          Saint Christophe portant l’Enfant Jésus

Dans une nuit d’épouvante, un enfant lui demanda de braver les éléments et il traversa le flot tumultueux,

«Tu m’as semblé si lourd, mon enfant, que je croyais porter la terre entière ! »

L’adolescent lui répondit en le quittant !

« Je porte tout le poids de la terre » et c’est là que Saint Christophe reconnut JESUS et que naquit sa légende.

                           Pont de VIELLE BRIOUDE

Sur ce lieu fut élevé, entre 1321 et 1339 la plus grande voûte en plein cintre de l’époque avec une ouverture de 52 mètres.

Sa construction achevée personne n’avait osé en détruire le coffrage en bois  qui l’avait soutenue de peur de se faire massacrer dans sa chute, jusqu’au jour où un intrigant accepta cette tâche périlleuse contre son poids de louis d’or.

Plus perspicace qu’aventureux, ce malin avait remarqué que cette gigantesque charpente était posée sur deux boîtes à sable qu’il suffisait de déboucher sans aucun risque en prenant la fuite…avec le pactole !

Puis, au cours des ans, et comme pour tant d’autres ouvrages mal entretenus, le tablier de 5 mètres de large s’entailla si profondément que cette arche magistrale s’effondra, tout comme le fit son coffrage et ne fut remplacée, sous la Restauration qu’entre 1831 et 1847par le pont actuel qui n’a que 42 mètres de portée .

L’Académie de cette région m’a admis dans leur Compagnie au simple motif de ma curiosité, de mon admiration pour leurs ponts et leur inventeur de génie dont je vais vous entretenir.

 

Marc SEGUIN (1786-1875)

Chef de file des inventeurs de l’ère moderne

 

              1824 c’est l’ entrée dans l’ère moderne avec le début de la révolution industrielle.

               516 ans après Saint Bénézet, le Rhône, ce géant impétueux  est franchi, de main de maître par  Marc SEGUIN ce génial inventeur d’ANNONAY et ses frères  qui réalisèrent, à la fois le prototype mondial des ponts suspendus entre Tain et Tournon et la première chaudière à tubes de fumée : début de la navigation sur le Rhône.

             Le fleuve Roi était vaincu transversalement et longitudinalement!

La révolution française, les blocus, les guerres venaient de détruire nos voies de communication et nos ponts.

En 1820  à Annonay, Bruno PLAGNIOL ingénieur des P. et C. de l’Ardèche vient de faire la connaissance de Marc SEGUIN dont l’esprit scientifique l’a conquis au point qu’il lui lance :

« Vous qui avez le génie de l’invention vous devriez chercher le moyen de remplacer les ponts de pierres par un système aussi solide et moins coûteux ! »

Ce propos suffit à lancer une œuvre colossale car Seguin, élève de son Oncle Montgolfier au C.N.A.M. se lança dans l’aventure en cartésien au solide bon sens.

ponts à chaînes des anglo-saxons

 il n’attacha pas d’intérêt aux rares ponts à chaînes qu’il vit en Angleterre

Il s’orienta vers le prototype pourtant éphémère qu’un juge de paix bricoleur, James Finley avait créé en Pennsylvanie avec des « câbles » de suspente en fil d’archal c'est-à-dire de laiton.

3vues illustrant la méthode des Incas de Cuzco

Il se documenta sur les méthodes des Incas de Cuzco dont les redoutables ponts à filets de Chaca Apurimac lancés sur le Rio des oracles étaient câblés sur place, fil à fil avec les seules fibres d’agave dont ils disposaient.

ponts à filets Inca

                    Câblage du Bay bridge

                     Brooklynn et Golden gate bridges

Il sut faire une synthèse de ces techniques et remplaça l’archal par le fil de fer faute de connaître l’acier dont l’élaboration industrielle devait attendre encore 40 ans !

Cette méthode reste appliquée de nos jours même pour les ponts les plus gigantesques.

 

Mai surtout il entreprit une série d’essais de traction méthodiques sur les fils de fer de différentes origines et il démontra que la contraint admissible dans un fil était supérieure à celle que tolère une barre massive.

Cet avantage implacable sur les ponts à chaînes déclancha la guerre avec les anglo-saxons soutenus avec acharnement par l’Institution française des Ponts et Chaussées qui se dressa contre lui !

Comme Seguin a toujours choisi la gloire d’être utile à celle d’être riche, il lance, à ses frais et avec un succès croissant diverses passerelles prototypes :

-        sur la Cance   18 mètres

-        Galaure 30 mètres

Sur l’ Eyrieux 63 mètres

cette dernière est classée Monument historique.

Elles ne furent visitées que par de nombreux étrangers.

            Dessin du premier pont suspendu sur le Rhône

       La lutte contre l’Administration se durcit lorsqu’en Janvier 1824 le Président du Conseil des Ministres l’autorise par décret à lancer, toujours à ses frais et dans un délai abusivement rédhibitoire et dissuasif de 18 mois imposé par les Ponts et Chaussées, le premier pont suspendu sur le Rhône entre Tain et Tournon.

              Gravure du premier pont suspendu sur le Rhône                            

       On lui promet, en contre partie le bénéfice bien hypothétique de 99 ans de péage à 0, 1 francs par personne et il en fit sa fortune, contre toute attente.

tarif de péage Tain : Tournon

          Malgré les problèmes colossaux à résoudre :

création  d’une drague,

 d’une cloche à plongeur

C’est le triomphe dans le strict et double respect du cahier des charges et du délai draconiens.

             Photo authentique du tablier bois

       Le 25 Août 1825 l’ouvrage, construit sans accident mortel, est réceptionné ave  70 tonnes de surcharge.

       Ce prototype mondial sera détruit en 1965 car le cahier des charges des P. et C. avait imposé un tirant d’air trop faible incompatible avec la navigation fluviale et là !

             Pont Seguin de 1842 à Tournon

Ni les démissions des municipalités ni les protestations unanimes de la population ne purent faire infléchir cette décision, fort heureusement l’Equipe Seguin devait construire, en 1842, juste en aval, un deuxième pont qui est parvenu jusqu’à nous bien que déclassé au seul usage des piétons !

         Vitrine du Musée du Rhône à Tournon

       Le Musée du Rhône à Tournon a lui aussi  gardé trace de ces premières réalisations au monde.

                 Liste manuscrite des ponts Seguin

       68 autres ponts Seguin ont été construits en France  et 186 à l’étranger.

       Sur ce marché lucratif  la concurrence sauvage les plagie avec d’autant plus d’aisance que ce n’est qu’en 1836 , 11 ans après Tournon que les frères Seguin prennent un brevet trop tardif et inefficace.

Pour  l’exemple : le pont suspendu de 313 mètres à péage de Roquemaure fut construit à grand peine en 1835, 10 ans après le  prototype de M. SEGUIN

Par le sieur LAUREY qui hélas ! était plus

 aventureux et peu compétent qu’entrepreneur .

 La petite histoire a plus volontiers retenu que son Epouse cantatrice et Amie de la Femme d’ Adolphe ADAM compositeur et de Placide CAPEAU (1808-1877), négociant en vins athée et poète admirateur d’ Hannibal, fut la première interprète du Minuit chrétien, à la Noël 1847 dans l’église paroissiale de Roquemaure qui s’honore, par ailleurs, d’avoir recueilli les cendres de Saint Valentin.

Les ponts suspendus étaient devenus le style unique des ponts sur le Rhône et ailleurs car en quelques décennies on a construit plus de ponts que dans les 18 siècles précédents.

Les ponts de pierres n’avaient pourtant rien perdu de leur séduisante diversité sue résume le tableau qui permet de « lire » l’époque de construction d’un pont selon ses caractéristiques.

             Comment lire un pont

   Pour la France, on parle de 40.000 ponts nouveaux ce qui est colossal lorsqu’on pense qu’il y avait alors 50.000 ponts  et parmi cette foule seuls 360 étaient inscrits aux Monuments historiques en Janvier 1982 et, parmi eux 3 ponts suspendus de cette première génération  des ponts Seguin :

-         le prototype lancé en 1824 à St Fortunat sur l’Heyrieux

-         celui de Fourques lancé en 1830 avec 2 portées de 80 mètres sur le petit Rhône 1830

-         celui de Mallemort lancé en 1842 en 3 portées de 100 mètres sur la Durance

         En aval de Lyon tous de même type et de portée voisine

 

-           Les Ponts Seguin      --------         portée      --------------

-          1825 Tain Tournon     2x85 m

    -    1828 Andance en service            2x90 m

-                    Bourg St Andéol                3X90

-            Valence                                                                 2X110

-         1829 2 vues du pont de Beaucaire 2x90                           2X110m

          Localisation des ponts de Tarascon

-                 Le Rhône pris dans les glaces

-                  Vienne                                                                   2X110

-         1832 Condrieu                                 2x 95

-         1834 Givors         3X60

-                  Serrières                                           2X100

-         1842 Tain Tournon……..

-         Marc Seguin n’a pas, à proprement parler inventé le principe des ponts suspendus venu de la nuit des temps

-        Pont suspendu au Tibet

-          mais il les a d’emblée, portés à la perfection.

-        Pont d’Andance

Cet inventeur d’élite a dû attendre 30 ans sa promotion

dans l’ordre de la Légion d’Honneur car il n’était pas de l’institution des Ponts et Chaussées et son génie avait soulevé l’humeur de certains de nos savants lorsqu’il leur exposa ses vues prophétiques sur la constitution de la matière et sur la thermodynamique.

         De plus il avait préféré « la gloire d’être utile à celle d’être célèbre »

Convenons que les peuples, comme les nations, sont pétris d’ingratitude !

             C’en était trop !

« Vous êtes un très grand Ingénieur, le premier de France et peut-être du monde…Contentez vous de ce titre et n’empiétez pas sur notre domaine » lui écrivit BIOT Membre de l’Institut !

Le terme d’ouvrage d’art, synonyme d’ouvrage remarquable et de pont moderne, apparaît dans le langage courant mais n’est pas inscrit au Littré.

       Affiche commémorative

       Marc Seguin se porte vers de nouvelles inventions ! Il invente en 1828 la chaudière à tubes de fumée et ce fut son plus grand titre de gloire, le seul d’ailleurs que notre encyclopédie ait cru devoir retenir pour la postérité !

En ouvrant la voie à la navigation fluviale à vapeur, Marc Seguin a vaincu le Rhône transversalement et longitudinalement.

             Le Maître Frédéric Mistral s’est attardé sur la mort du Rhône dans le Chant X de MIREIO :

« Il passait comme un vieux à l’agonie et paraissait tout mélancolique d’aller perdre à la mer et ses eaux et son nom » !

C’est le coup d’arrêt porté aux ponts de pierres dont la pérennité ne relèvera jamais d’aucuns calculs même savants mais dont la capacité d’émerveillement reste inépuisable puisqu’elle a inspiré la frappe des premiers billets en €.

Par la suite ces ponts suspendus antérieurs à l’utilisation de

l’acier et aux calculs sur la résistance des matériaux connurent une période noire.

2 vues de la rupture du pont des Basses chaînes

Cette rupture en pleine ville d’ Angers s’est produite sous le pas cadencé des troupes entraînant la mort de 226 soldats.

          Pont en arc de ROBION

Ces échecs participèrent pendant un temps à l’essor des techniques en arc et à  la fortune de Gustave Benichhausen mieux connu sous son nom d’emprunt de Eiffel.

         Mais les ingénieurs des 2 continents, ancien et nouveau, apportèrent les améliorations nécessaires pour en maîtriser la stabilité tout en augmentant leur portée, ouvrant l’ère des ponts géants qui termineront cet exposé

Tableau des caractéristiques de ponts suspendus récents

-          

-         1906 début de la construction en B.A.

-         1944 en aval de Lyon  20 ponts routiers  + la passerelle Seguin

-                  Tous détruits au débarquement !

-        Pont  de Tarascon détruit en 1944, et bac de transbordement

-         Le 25 Juin un bombardement allié détruit le pont d’Avignon, les troupes de débarquement furent obligées d’utiliser des moyens de franchissement de fortune.

-         Le 15 Août 1944 un autre bombardement allié détruit  l’arc en fonte de l’arche marinière du pont St Esprit.

o       Tout devait être reconstruit !

 

Les ponts sur les cours d’eau qui traversent nos villes sont imprégnés de leur histoire.

Une ville sans pont sur son fleuve perdrait ses échanges vitaux.

LUGDUNUM Capitale des Gaules est une des rares métropoles construite au confluent de deux grands cours d’eau.

Au cours des deux millénaires de son existence Lyon s’est dotée de 20 ponts 10 sur le Rhône dont le plus ancien des ponts médiévaux et autant sur la Saône où naquit dans la douleur la navigation fluviale à vapeur !

A « Paris Ville Lumière » la quinzaine de ponts de nous enseignent la vie, souvent méconnue,  de notre Capitale.

       En aval, la Seine, dont la largeur varie de 200 à 600 mètres, constitue un barrage naturel aux échanges.

          3 franchissements à l’aval de Rouen :

       c’est en toute nécessité qu’ont été réalisés les 3 franchissements à l’aval de Rouen pour faire revivre les échanges entre les rives et la circulation des pays nordiques à la péninsule ibérique:

                                 Les ponts effacent les frontières

- Le pont suspendu de 608 mètres à Tancarville qui en 1959 détenait le record européen de portée

PS de Tancarville

-        Le pont à haubans de Brotonne  1977

-         Enfin, en amont de Honfleur,  le pont de tous les défis et de tous les espoirs

-         2 vues du pont a haubans de Normandie  avec sa portée de 856 mètres et son tirant d’air imposé de 50 mètres.

Inauguré le 23 Janvier 1995 ce somptueux ouvrage d’Art de

et d’élégance est né en 1988 de l’imagination, de l’audace et de la Science de quelques personnalités au caractère novateur dont le concepteur Michel Virlojeux qui a inspiré le viaduc le plus beau et le plus haut du monde.

             Largement inspiré de l’expérience du pont de Normandie et des études de Michel Virlojeux qui y a apporté son expérience, ce chaînon vital de la A 75 entre Paris et l’Espagne représente un exploit technique hors du commun avec ses 6 travées de 342 mètres à plus de 200 mètres au dessus de la vallée.

             Vue générale du viaduc

             Le monde accourt de toutes parts pour saluer ce prodige du génie français, sa fine structure aérienne et sa haute technicité ont eu raison de tous les défis, à son dessin futuriste fonçant dans le brouillard s’accole la notion mythologique de passage d’une dimension à l’autre, d’un monde à l’autre puisque l’iconographie religieuse a repris la symbolique païenne des bonnes âmes habillées de blanc, avançant sur un large pont blanc vers l’entrée de la Jérusalem céleste.

                    Le viaduc dans le brouillard

                    Depuis des temps immémoriaux le Tarn se frayait un passage dans la fracture caussenarde où ses gorges vivent dans l’alternance fantomatique d’épais brouillards et de vents de tempête.

       De cette angoissante ambiance de mystère est née la légende naïve mais prémonitoire du « Pont des Fées » où le berger Pierrounet et la bergère Fantine sont morts d’Amour inassouvi, chacun sur sa rive, mais que les Fées ont réunis, enfin et pour toujours par un pont de brouillard…dans l’au delà...hélas ! Faute d’avoir su en construire un de leur vivant !

       Et voilà que des hommes d’exception ont réalisé ce chef d’oeuvre, alors que le monde venait juste de changer de siècle et de millénaire.

             Franchir cette redoutable vallée en respectant aussi bien ce paysage grandiose c’est entrer dans l’histoire et dans les légendes des Ponts  du 3°millénaire par une voie fondamentalement nouvelle.

« Vous voulez du roman ? Lisez donc de l’Histoire »

 disait le Nîmois François, Pierre, Guillaume GUIZOT Historien et maintes fois Ministre !

 

 

 

      

 

 

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