ZUBER René

René Zuber (1902-1979) photographe et un écrivain français, fils de papetier. Il suivra dans un premier temps des études pour devenir ingénieur. Aussitôt son diplôme obtenu en 1924, d’ ingénieur des Arts et Manufactures, il partira poursuivre ses études à l’Académie nationale des arts graphiques et du livre de Leipzig où il aura comme professeur le peintre et photographe Laszlo Moholy-Nagy. De retour à Paris, il fera la connaissance de Louis-Victor Emmanuel Sougez et travaillera avec lui au journal « L'Illustration ». René Zuber va alors se tailler une place de photographe novateur dans la France de l’entre-deux-guerres. Au début des années 30 il créera le « Studio Zuber » dont il en sera le mentor, regroupant ses amis photographes de l’époque. En 1934, René Zuber fondera avec Roger Leenhardt les « Films du Compas » et réalisera son premier documentaire, « En Crète sans les dieux », tout en poursuivant ses reportages photographiques en marge des tournages. En 1943, il rencontrera Georges Gurdjieff, célèbre figure de l’ésotérisme. Il fera partie des groupes « Gurdjieff » et publiera un ouvrage sur son expérience de cet enseignement. Il s’exprimera également derrière la caméra, en réalisant une série de films sur les fameux « mouvements des groupes Gurdjieff ».

Artiste majeur des années 20, René Zuber fait partie des photographes qui  ont renouvelé le langage du médium en y imposant une esthétique de la machine, des scènes de rue thème cher à cette période et symbole même de la révolution moderne. La réunion de ces photographes au sein du Studio qui portait son nom, dont il en était le chef de file, le mentor, vont produire des clichés ou flotte un doux parfum de liberté et d'insouciance, typique de l'entre-deux-guerres.

Le « Studio Zuber » : Au début des années 1930, bien avant que n'émergent, en France, les premières agences photo coopératives ou les collectifs de photographes, à Paris, 5 amis, René Zuber, Pierre Boucher, Denise Bellon, Emeric Feher et Pierre Verger se retrouveront autour du studio photo que dirigeait René Zuber, Le « Studio Zuber » était tout à la fois un des plus éclatants témoignages du renouveau photographique de l’entre-deux-guerres en France et une aventure humaine des plus émouvante. Le « Studio Zuber » était un espace, un lieu de rencontres, celui du laboratoire qu’occupait René Zuber dans les locaux de l’agence publicitaire « Damour », qu’il dirigeait parallèlement à sa propre activité, le service photographique. Dès 1931 se constituera un groupe animé par des aspirations professionnelles et des affinités personnelles très fortes : le « Studio Zuber » apparaît comme un collectif de photographes, partageant une vision de la photographie, mais ne reniant jamais leur sensibilité ni leur indépendance. Une subtile alchimie liera ses membres, aux parcours tous différents : Pierre Boucher, diplômé des Arts appliqués explorera les liens entre graphisme et photographie, Émeric Feher, électricien-éclairagiste puis tireur dans l’atelier « Deberny-Peignot », réalisera ses premiers clichés en 1931 et deviendra salarié dès 1933 du studio de René Zuber ; Denise Bellon et Pierre Verger apprendront la photographie aux côtés de Pierre Boucher. Les membres amis du studio vont fréquenter aussi régulièrement la « bande à Prévert ».

Au-delà d’une pratique photographique commune, le groupe va tisser de réels liens d’amitié. Amateurs de sports et de camping, ces jeunes photographes partageront leurs loisirs et, tour à tour modèles et auteurs, croisent leurs regards et transformeront leur propre vie en un terrain d’expérimentations photographiques. Les images alors réalisées ne resteront pas dans la sphère privée, elles seront immédiatement reproduites, notamment dans les magazines « Vu », « Voilà », « Regards » ou « Paris Maga­zine ». Pierre Boucher ira jusqu’à utiliser ses photographies prises de son ami l’athlète Robert Pontabry, un modèle idéal, des photos nues et dont le corps seront à l'honneur pour les inclure dans des compositions publicitaires. Cette démarche collective sera un des traits les plus étonnants du « Studio Zuber ».

Débordant d’énergie créatrice, le Studio se consacrera essentiellement à la photographie publicitaire et au reportage. La publicité assurera aux photographes une base économique essentielle et leur permettra d’imposer leur esthétique et de développer leurs recherches formelles. La revue Arts et métiers graphiques saluera à maintes reprises la qualité novatrice de ces travaux exécutés pour des firmes prestigieuses, de l’époque telles que « Hotchkiss », « Peugeot » ou « la Maison de Blanc ». Client majeur, les laboratoires pharmaceutiques du docteur Debat passeront commande non seulement de photographies à la gloire de leurs produits, mais aussi pour des reportages destinés à illustrer leur luxueuse revue Art et médecine, en quelques années, plus de 300 clichés des membres du groupe y paraitront.

Leurs images sont alors abondamment reproduites dans l’ensemble de la presse illustrée, qui connaîtra tout au long des années 1930 un succès considérable, en assurant aux photographes de nouveaux débouchés.

La nécessité d’assurer une meilleure diffusion de leur production, sans renier leur autonomie, conduira les membres du « Studio Zuber » à créer en 1934 avec Maria Eisner « Alliance Photo », la première agence coopérative de photographes. La liberté d’action ainsi acquise leur permettra de parcourir le monde et de développer leurs propres recherches. L’agence produira, en 1936, le célèbre reportage de Robert Capa sur les républicains espagnols, et servira par la suite de modèle pour la future agence Magnum photos.

L'arrivée de la seconde  guerre sonnera la fin du « studio Zuber », énergie créatrice, elle sera dissoute et  tombera alors dans l'oubli.  C’est bien plus tard, « Aux Rencontres de la photographie » d'Arles, à l'abbaye de Montmajour, qu’une exposition reviendra sur ce groupe photographique qui a marqué durant plus de 8 ans la photographie française en la libérant.



 Paris sous la Neige, circa 1930


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