Pythagore symbole 3



Symbole de Pythagore, l’héritier d’Hermès : 3

Déchausse-toi pour sacrifier et adorer.

Commentaires :

Si, comme j'en suis profondément convaincu, le sommet de la sophistication est la simplicité, par ce symbole 3 que nous rapporte Lysis, Pythagore se révèle un Maître de cette simplicité.

N'oublions pas que la Science Hermétique comporte toujours trois sens : le Parlant, le Signifiant et le Cachant.

Déchausse-toi pour sacrifier et adorer, selon le sens Parlant, correspond à enlever ses chaussures avant d'entrer dans le Temple, pour ne pas y apporter des impuretés extérieures au moment du sacrifice et de l'adoration. C'est aussi un rituel qui invite celui qui par sa faible élévation spirituelle n'aurait pas conscience du caractère sacré et épuré que doit revêtir son sacrifice et son adoration, aussi mécaniques et routinières soient-elles. Le sens de la propreté corporelle étant la première démarche qui mènera à l'épuration spirituelle qui est analogiquement comparable. Il invite de surcroît le pratiquant à distinguer ce qui dans sa vie est ordinaire, futile et dérisoire, de ce qui est extraordinaire, essentiel et sacré. Le lieu extérieur d'adoration et de sacrifice doit être perçu comme un espace différent des lieux profanes; cette entrée physique dans ce lieu, que le pratiquant aura à coeur de sacraliser, induira l'accès à un état de même nature lorsqu'il entrera dans son Temple intérieur, celui là même où le sacrifice et l'adoration prennent un caractère réellement spirituel, alors que le rituel extérieur ne sera qu'une pratique routinière sans âme s'il n'est pas la manifestation de cette réalité intérieure.

Déchausse-toi pour sacrifier et adorer, selon le sens Signifiant, correspond à l'abandon de tout ce qui se rattache à l'animalité humaine et qui s'exprime par l'ardeur cupide de l'ego. Déchausse-toi veut dire ici que ta volonté et ton libre arbitre débarrassent ta Conscience de l'emprise des vices qui est la conséquence de la domination des cinq sens de la nature organique. Déchausse-toi dans le sens Signifiant, veut aussi dire : n'apporte pas dans le sanctuaire où tu sacrifies et où tu adores, des préoccupations extérieures et qui sont contraires à toute élévation spirituelle. Combien il est difficile de consacrer son énergie vitale uniquement sur des préoccupations et méditations spirituelles et qui ne soient pas régulièrement parasitées par des préoccupations subalternes et terrestres. Mais cet effort est déjà en soi un sacrifice indispensable sans lequel l'adoration qui suivrait serait tellement corrompue par ces parasites, qu'elle serait parfaitement indigne et du lieu et de l'état nécessaire à ces pratiques sacrées. L'intellect qui est le produit des cinq sens organiques de l'ego, doit ici se convertir (en se déchaussant de ses routines) pour se mettre au service de la partie la plus noble de l'âme-de-vie : la Conscience tournée vers la Divine Providence, et non vers le Destin.

Déchausse-toi pour sacrifier et adorer, selon le sens Cachant, nous fait entrer dans les exigences de pensées Justes en Vertus ; pratique qui exige un haut niveau de Connaissance ; pas cette connaissance qui résulte de lectures plus ou moins sérieuses ou désinvoltes, mais d'une Connaissance qui réside dans la mise à l'épreuve constante et régulière de ses propres pensées Justes en Vertus. Déchausse-toi veut dire ici de faire preuve de la première de toutes les Vertus que doit pratiquer l'adepte et le disciple, je veux parler de l'Humilité! Comment peut-on avoir une Conscience subtile des puissances divines que l'on vient adorer, si l'on n'est pas capable de connaître et les limites de ses capacités, et l'étendue de son ignorance face aux insondables mystères Macrocosmiques. L'humilité est d'autant plus nécessaire, que le pratiquant est avancé sur la voie de l'initiation. En effet, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer lors d'un précédent article concernant la parabole du Coran et du pont de Shira, cette voie du juste milieu qui mène vers les degrés supérieurs est large comme le fil du rasoir, et bordée de deux précipices insondables que sont d'un côté l'intellect raisonneur, et de l'autre la superstition. Mais il y a aussi la terrible tentation vaniteuse qui, comme l'attracteur cupide des Tables de la Loi du Sépher de Moïse, nous invite sournoisement à nous approprier les richesses, qu'une élévation permet de recevoir, des lumières de la Divine Providence. Ainsi, il arrive hélas très souvent de celui qui est parvenu à se hisser à un niveau de perception hors du commun, qu'il en vienne à croire qu'il possède un génie si exceptionnel, qu'il finit par se draper dans une condescendance hautaine et méprisante, vis-à-vis de ses frères et soeurs de même complexion organique. Cette pratique vaniteuse ayant pour conséquence de le couper rapidement des lumières qu'il recevait de la Divine Providence. Son manque d'humilité lui ayant fait confondre l'écrin qu'il était parvenu à être, d'avec le joyau que la Divine y avait déposée, et qu'il n'avait reçu en gage que pour mieux le valoriser et non pour se l'approprier. Le Mage ici est devenu sorcier.

Jamblique expliquait ce troisième symbole de Pythagore de la façon suivante :

La même exhortation se déduirait aussi du symbole suivant; en effet, "déchausse-toi pour sacrifier et adorer" à pour premier sens : c'est qu'il faut décence et modestie, sans transgresser l'ordre terrestre, honorer les dieux et apprendre à les connaître ; il signifie également qu'il faut être libéré de tout lien et de toute entrave pour adorer les dieux et les connaître. Et ce n'est pas au corps seulement que s'applique le précepte du symbole ; il s'adresse aussi aux activités de l'âme, afin qu'elles ne soient retenues ni par les passions ni par la faiblesse physique ni par le devenir qui s'est ajouté à nous de l'extérieur, mais soient entièrement libres et dégagées pour partager la compagnie des dieux.

Car, ne l'oublions pas, lorsque le pratiquant va sacrifier et adorer, sauf s'il est un idolâtre corrompu et perverti, c'est nécessairement pour sacrifier et adorer aux dieux, et par voie de conséquence à Dieu. La pureté de son sacrifice, qui est ici celui de sa propre personne qu'il élève par son souci d'épuration spirituelle, fera la qualité de son adoration qui sera reçue comme telle, toujours selon le principe immuable de la Justice Divine à savoir : selon ses mérites. Pour illustrer ce qui précède et terminer ce présent article, je conclurai par trois de mes petites Clavicules de la Sapience:

275 – Les puissances des ténèbres demandent des sacrifices de sang et des offrandes matérielles, les puissances des lumières ne demandent que des efforts de vertu et l’ouverture du cœur dans la prière.

900 – Lorsque l’on parvient à penser juste, chacune de nos prières reçoit immédiatement satisfaction.

932 – L’efficacité de la prière est proportionnelle à sa qualité profonde : plus elle est simple limpide et spirituellement inspirée, plus elle reçoit de lumière des essences intelligibles ; moins elle approche de ces critères, moins elle est éclairée par ses essences intelligibles et davantage par les inintelligibles. Une prière radotée par routine est un poison de l’âme.

Alors si vous souhaitez vraiment sacrifier et adorer, déchaussez-vous!



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