exercices fonctions de base du nom

 

La fonction sujet :

Voici un texte de Didier Daeninckx :

"C'était il y a longtemps, obscurcissant le ciel, le lourd manteau kaki de Franco pesait encore sur l'Espagne. Accoudé au bastingage d'un ferry dont l'étrave s'affinait vers Ceuta et Melilla, je tentais de distinguer au loin les côtes africaines. Soudain, des dizaines de soldats de l'armée franquiste, qui allaient relever les garnisons des enclaves espagnoles en terre marocaine, ont envahi le pont. L'un d'eux s'est assis près de moi et il a surpris l'hostilité dans mon regard. Plus tard, pendant la traversée, il s'est levé et est venu poser ses bras sur le garde-fou humide d'embruns. Je voyais son profil qui se détachait sur les flots. Ses lèvres se sont tendues, comme pour un baiser dans le vide, et il s'est mis à siffler, doucement, à ma seule intention, les premières notes du Déserteur, de Boris Vian."

 

Soulignez les verbes conjugués et relevez tous les sujets ; faites toutes les remarques nécessaires.

 

La fonction COD :

Voici un texte d'Annie Ernaux :

Il ne sortira plus du monde coupé en deux du petit commerçant.  D'un côté les bons, ceux qui se servent chez lui, de l'autre, les méchants, les plus nombreux, qui vont ailleurs, dans les magasins du centre reconstruits.  A ceux-là joindre le gouvernement soupçonné de vouloir notre mort en favorisant les gros . Même dans les bons clients, une ligne de partage, les bons, qui prennent toutes leurs commissions à la boutique, les mauvais, venant nous faire injure en achetant le litre d'huile qu'ils ont oublié de rapporter d'en ville.  Et des bons, encore se méfier, toujours prêts aux infidélités, persuadés qu'on les vole.  Le monde entier ligué.  Haine et servilité, haine de sa servilité.  Au fond de lui, l'espérance de tout commerçant, être seul dans une ville à vendre sa marchandise. On allait chercher le pain à un kilomètre de la maison parce que le boulanger d'à côté ne nous achetait rien.

 

                                                          Annie Ernaux, La Place, 1984.

 

 Relevez tous les COD et faites toutes les remarques nécessaires. Voir le corrigé

 

La fonction COI :

Dans le texte suivant, Bossuet commence l'éloge funèbre d'Henriette de France, reine d'Angleterre, qui vient de mourir :

J’étais donc encore destiné à rendre ce devoir funèbre à très haute et très puissante princesse HENRIETTE-ANNE D'ANGLETERRE, DUCHESSE D'ORLÉANS. Elle, que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir à la reine sa mère[1], devait être si tôt après le sujet d'un discours semblable; et ma triste voix était réservée à ce déplorable ministère. Ô vanité ! ô néant ! ô mortels ignorants de leurs destinées ! L'eût-elle cru il y a dix mois ? Et vous, messieurs, eussiez-vous pensé, pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu, qu'elle dût si tôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même? Princesse, le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes, n'était-ce pas assez que l'Angleterre pleurât votre absence, sans être encore réduite à pleurer votre mort? et la France, qui vous revit, avec tant de joie, environnée d'un nouvel éclat, n'avait-elle plus d'autres pompes et d'autres triomphes pour vous au retour de ce voyage fameux[2], d'où vous aviez remporté tant de gloire et de si belles espérances? «Vanité des vanités, et tout est vanité.[3]» C'est la seule parole qui me reste; c'est la seule réflexion qui me permet, dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur. Aussi n'ai-je point parcouru les livres sacrés, pour y trouver quelque texte que je pusse appliquer à cette princesse. J'ai pris, sans étude et sans choix, les premières paroles que me présente L’Ecclésiaste, où, quoique la vanité ait été si souvent nommée, elle ne l'est pas encore assez à mon gré pour le dessein que je me propose.

Oraison Funèbre, août 1670.

 


Dans ce texte, relevez et commentez tous les COI. Voir le corrigé

[1] Allusion à l’oraison prononcée pour Henriette de France en 1669.

[2] Voyage diplomatique en Angleterre, en 1670, au cours duquel la princesse, diplomate très doué, avait négocié un traité d’alliance.

[3] L’Ecclésiaste, I, 2.

 

 La fonction Attribut du sujet :

Dans le texte ci-dessous, relevez tous les attributs du sujet ; dites à quel sujet ils se rapportent, et repérez le verbe qui les introduit :

À l'heure où le soleil se couche, le marais m'enivre et m'affole. Après avoir été tout le jour le grand étang silencieux, assoupi sous la chaleur, il devient, au moment du crépuscule, un pays féerique et surnaturel. Dans son miroir calme et démesuré tombent les nuées, les nuées d’or, les nuées de sang, les nuées de feu ; elles y tombent, s'y mouillent, s'y noient, s'y traînent. Elles sont là-haut dans l'air immense, et elles sont en bas, sous nous, si près et insaisissables dans cette mince flaque d'eau que percent, comme des poils, les herbes pointues.

Toute la couleur donnée au monde, charmante, diverse et grisante, nous apparaît délicieusement finie, admirablement éclatante, infiniment nuancée, autour d'une feuille de nénuphar. Tous les rouges , tous les roses, tous les jaunes ; tous les bleus, tous les verts, tous les violets sont là, dans un peu d'eau qui nous montre tout le ciel, tout l'espace, tout le rêve, et où passent des vols d'oiseaux. Et puis il y a autre chose encore, je ne sais quoi dans les marais, au soleil couchant. J’y sens comme la révélation confuse d’un mystère inconnaissable, le souffle originel de la vie primitive qui était peut-être une bulle de gaz sortie d'un marécage à la tombée du jour.

 

Guy de Maupassant, Sur l'eau, « Journal », 1888.

 
 
Comments