LE BRF

de Kryptopterus » Lun Aoû 23, 2010 16:59
Hello, j'ai retrouvé par le plus grand des hasards un fichier .doc qui trainait sur mon ordi et me revoilà !

J’aimerais vous parler d’une méthode extraordinaire qui nous concerne, nous les jardiniers, il s’agit du BRF (Bois Raméal Fragmenté). En fait, c’est une pratique de culture et/ou de croissance alternative aux méthodes traditionnelles.

J’ai découvert le mot BRF fin 2008 grâce à gaston2foix sur un topic informatique (allez comprendre la logique !).

Je pense que c’est une véritable révolution dans nos méthodes de cultures de jardiniers, mais aussi au niveau de l’agriculture mondiale. A mon avis, ça n’est rien moins que l’avenir de l’homme au niveau de la production de son alimentation.

Après lecture, soit comme moi, vous trouverez dans cette technique une véritable inspiration personnelle et fonctionnelle, soit vous retournerez à vos activités en en sachant un peu plus.

Bon, toutes mes excuses si un professionnel du BRF me lit et voit quelques erreurs de sémantique, mais j’ai envie de parler clairement, sans termes trop techniques.

Alors, c’est quoi ce BRF ? il s’agit tout simplement de branches d’arbres broyées. Le terme « bois raméal » signifiant que le bois utilisé provient des branches.
Le mot « fragmenté » a, bien évidemment, son importance, vous allez le voir.

Comment ça marche ce truc :
Tout le monde le sait, une plante utilise ses racines pour aller puiser dans le sol tous les nutriments dont elle a besoin mais aussi son eau pour compenser l’évaporation qui se produit au niveau des feuilles.
Ce que l’on sait moins, c’est que depuis une trentaine d’années, il est prouvé que des champignons dans le sol sont en symbiose avec les racines de toutes les plantes (les pionniers dans ce domaine sont les canadiens). Cet assemblage constitue ce qu’on appelle les mycorhizes.
La plante, grâce à la photosynthèse, fournit du sucre aux champignons (qui ne peuvent pas en produire eux-mêmes) et en retour, les champignons fournissent à la plante grand nombre de nutriments du sol, dont de l’azote, grâce à leurs filaments très longs qui vont beaucoup, beaucoup plus loin et plus finement que les racines et radicelles de la plante.

Ca, c’est fait ! Maintenant, comment on fait pour augmenter la présence des mycorhizes dans le sol. La réponse est simple : il faut chercher à obtenir des conditions optimales pour avoir des champignons.

Et les champignons, ça poussent dans les ???
« Forêts ! » répond joyeusement l’assistance …

Effectivement, quand vous allez en forêt, vous voyez le sol gorgé d’humus, de terre bien noire dont on rêverait pour faire nos plantations de jardin.
Et pourtant, personne ne l’a déposé là, les arbres et toute la flore explosent au printemps, ne souffrent jamais de sécheresse en été (personne ne se balade avec un tuyau d’arrosage pour paraphraser P. Wittaker), et ne gèlent jamais en hiver.
Au passage, j’utilise un mot de l’agriculture : aucuns « intrants » n’ont été ajoutés au sol. Personne n’a balancé du NPK au pied des arbres, ni de fumier, ni de compost, rien …
Elle est là, la révolution du BRF ! On peut s’inspirer du modèle, y compris dans nos jardins.

Pour vous donnez faim, une petite photo d’un Phyllostachys vivax aureocaulis aux champignons.
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Et un phyllostachys aurea ‘koi’ élevé aux champignons.
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Bon, alors comment on fait pour avoir des champignons dans une parcelle de terrain d’un lotissement loin d’une forêt ou dans un petit potager grillé par le soleil du sud ? C’est parti !

Tous les arbres contiennent de la lignine. C’est ce « carburant » qu’utilise la technique du BRF. L’arbre protége sa lignine derrière son écorce, au niveau du tronc, mais aussi des branches. Plus la lignine est vieille, plus elle est polymérisée (désolé du terme technique mais il est obligatoire) et plus l’arbre est solide.
Le « but » de l’arbre est donc de polymériser au plus vite sa lignine pour être costaud physiquement et survivre aux intempéries et notamment, au vent.

La polymérisation est l’inverse de ce que l’on veut obtenir avec le BRF. Il faut donc « dépolymériser » la lignine dès que possible. Plus la lignine est jeune et plus c’est facile de la « dépolymériser ».
Ca y est ? Vous venez de comprendre pourquoi il faut prendre des branches d’un diamètre inférieur à 7cm ? (au-delà, la polymérisation est trop avancée).
Exit aussi le tronc et le bois mort.

Un point important est l’espèce de l’arbre. Aujourd’hui, il est admis que la lignine est « de meilleure qualité » (pour le BRF en tout cas) chez les espèces dites climaciques. Ce sont les feuillus « les plus évolués » : le chêne, le charme, le hêtre, l’érable, …
Cela fonctionne aussi avec d’autres espèces comme les peupliers ou les platanes, mais la qualité du BRF apparaîtrait comme moins bonne.
Le top, c’est de mélanger les espèces climaciques !
Donc, les résineux sont à oublier, au alors, à incorporer au maximum pour 20% dans le mélange si on ne peut pas faire autrement.

Une fois que l’on a les branches, il faut les broyer pour rendre la lignine (le carburant) accessible aux basidiomycètes (c’est le nom des champignons !).
Ces derniers sont les seuls dans tout le règne vivant à pouvoir initier la biotransformation de la lignine qui sera à la base de la production d’humus.
S’il vous chante d’aller plus loin dans vos lectures sur le sujet, vous entendrez parler des polyphénols. C’est à ce niveau qu’ils interviennent.

Une fois les branches broyées, on étale le BRF sur le sol sur une épaisseur de 3 à 6cm (je ne rentre pas dans le détail de l’épaisseur car c’est un débat d’expert aujourd’hui). Moi, j’en mets largement plus : autour de 10cm.
Dans les jours et les mois qui suivent, le sol va se transformer entièrement, il s’agit de la pédogenèse : la formation du sol et de l’humus. Des quantités invraisemblables d’organismes vont apparaître, c’est le début d’un cycle de vie.

Je vais résumer tout les bienfaits de cette technique absolument révolutionnaire :

1 – Le sol prends une couleur bien sombre et sent vraiment la forêt.

2 - Plus besoin d’engrais minéraux NPK (je vous invite à visiter un jour une usine de production d’engrais pour jardin pour vous dégoûter à jamais d’utiliser ce type de produit). )

3 – Aucun arrosage n’est nécessaire ! Ça n’est pas du délire, je l’ai vérifié l’été dernier sur des boos sous BRF (il a fait 40° en août 2009 souvenez-vous). Les feuilles étaient bien vertes alors que j’ai arrosé comme un fou ceux, hors BRF, qui enroulaient leurs feuilles comme des malades.

4 – Diminution des maladies et des parasites sur les cultures. De façon plus générale, fini les pesticides, fini les fongicides et fini les insecticides (voir biblio à la fin du post : J.Dupéty,

5 – Meilleure résistance des plantes au froid (le gel !) et à la sécheresse,

6 – Pour les fanas de nature, la biodiversité s’envole. Beaucoup de choses sont invisibles au niveau microscopique mais pour nos gros yeux d’humains, de nouveaux insectes font leur apparition, certains que je n'avais jamais vu de ma vie, et je vous raconte pas le souk que me mettent les merles au pied de mes boos maintenant quand ils grattent le sol pour trouver leur nourriture.

7 – Avec les temps qui courent, on ne peut pas faire plus écolo.

8 – Et encore des dizaines d’avantages à découvrir avec une lecture plus approfondie et des essais perso pour de vrai.

Au niveau des inconvénients, je n’en vois que deux :
La difficulté d’approvisionnement du BRF. Par expérience, j’ai dévalisé tous les feuillus climaciques autour de chez moi (sans faire n’importe quoi quand même).
Maintenant, je vais tenter de me rapprocher de sociétés d’élagage pour essayer de m’approvisionner pour l’hiver. Quelques sociétés françaises vendent du BRF et j’essaierais d’en commander chez eux en automne pour voir la qualité.
Je vous en donnerais un retour sur ce post en fin d’année.

Le 2ème inconvénient connu en BRF, c’est ce qu’on appelle « la faim d’azote ».
En fait, lorsque l’on applique le BRF sur le sol, les basidiomycètes vont utiliser l’azote présent pour transformer la lignine. Le nombre de basidiomycète est tellement important dans le sol lors de la dépolymérisation qu’il ne reste plus d’azote pour la plante (imaginez un bambou sans nourriture !).
Cet inconvénient est facilement contournable en appliquant le BRF en début d’hiver, comme je le fais chez moi (il y a aussi d’autres techniques).

Pour les yeux, le résultat d’un test chez moi : la différence du système racinaire entre deux chênes qui ont poussés dans mon jardin. Ils étaient espacés d’une dizaine de centimètres. Celui de gauche a été pris dans le cercle soumis aux BRF et celui de droite juste à l’extérieur de ce périmètre.
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Pour celui de gauche (BRF), la racine principale est verticale et a eu tout le loisir de descendre dans un sol tendre (notez les nombreuses radicelles). La graine est encore dure et verte à l’intérieure, elle dispose donc encore d’énergie pour la croissance.
Pour le chêne de droite (hors BRF), la racine principale a eu du mal à se forger un passage dans le sol (il n’y avait pourtant pas de caillou j’ai vérifié) et la graine est quasiment sèche, comme si elle avait utilisée toute son énergie pour forcer le passage. (Enfin bon, c’est ce que je crois, il n’y a rien de scientifique bien sûr).


Pour finir, la question que je me suis posée après toutes mes lectures : « Mais pourquoi tout le monde n’utilise pas cette technique tellement extraordinaire ? ».
Il y a pourtant plus de trente ans que les études ont commencé mais comme a dit Gilles Lemieux, un pionnier Québécois récemment disparu : « Les mentalités ne changent jamais très vite …».

A vos broyeurs ! Attendez la fin de l’automne quand même …



Un peu de bibliographie :

Au même titre que l’ouvrage de Paul Wittaker « Apprivoiser le dragon » est indispensable dans la bibliothèque d’un bambousophile, vous avez « Les Bois Raméaux Fragmentés : De l'arbre au sol » aux éditions du rouergue pour les adeptes du BRF. C’est la bible de départ !
C’est un ouvrage très technique sur la composition du sol, difficile d’approche au début, mais après c’est du délire !
http://www.amazon.fr/Bois-Ram%C3%A9aux- ... pd_sim_b_1

Un autre excellent ouvrage, beaucoup plus concret, est celui de Jacky Dupéty, un paysan pionnier de la technique BRF :
« Le BRF, vous connaissez ? » aux éditions du terran. http://www.terran.fr

Et enfin, un ouvrage très technique mais avec un fil conducteur philosophique (un peu trop engagé des fois) :
« Le génie du sol vivant » aux éditions du terran aussi.

Bonnes lectures ...
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