Trésor de Childeric

 childeric : etymologie germanique: "hild" = combat + "rik" = chef.

 

fig. 3 : Quelques abeilles tirées du Trésor de Childéric (Chifflet, 1655)
( Des petites appliques d'or cloisonnées en forme d'abeilles ont été trouvées dans sa tombe et provenaient de son manteau de sacre : celles-ci ne seraient pas sans rapport avec les abeilles brodées sur le manteau du sacre de Napoléon 1er. )

 

 

 

 

 

 

 


fig. 1 : Divers bijoux dont la bague portant l'inscription CHILDIRICI REGIS (Chifflet, 1655)
      

 

 

Le 27 mai 1653, à Tournai, un ouvrier, Adrien Quinquin, creusant les fondations d'un hospice à construire près de l'église Saint Brice, plante sa pioche dans une bourse pleine de pièces d'or. "L'éclat de ces métaux précieux frappa comme un éclair les yeux du pauvre sourd muet". Il venait de découvrir un trésor : une centaine de pièces d'or à l'effigie d'Anastase, empereur d'Orient, le triple d'abeilles en or et verres colorés, selon la technique des bijoux "cloisonnés" répandue à l'époque mérovingienne, des monnaies d'argent, une épée décorée selon la même technique, des boucles de ceinture et enfin une bague portant une inscription qui livre l'explication de cette richesse : CHILDIRICI REGIS. D'autres éléments auraient pu éclairer le contexte du tombeau de Childéric ler, roi des Francs Saliens, fils de Mérovée, père de Clovis, mort à Tournai en 481. La fouille continuée par l'ouvrier sourd muet "ne fut malheureusement pas suivie avec l'exactitude désirable" selon l'expression euphémique employée par l'archéologue S. Reinach en 1898. Le trésor vécut quelques pérégrinations : réclamé par le fisc municipal, envoyé à Bruxelles pour l'archiduc Léopold Guillaume (la Belgique était alors autrichienne), il atterrit incomplet au cabinet impérial de Vienne en 1662. Il fut offert en 1665 à Louis XIV, alors résidant à Saînt Germain en Laye. De là, il fut porté au Cabinet des Médailles du Louvre, puis à la Bibliothèque royale. Une partie, dont la fameuse bague (fig. 1), fut dérobée en 1831 dans le grand vol du Cabinet des Médailles. Le reste fut transporté en 1852 au Musée Impérial sous Napoléon III (dans le Louvre) et ne retourna au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale qu'en 1872, où il se trouve encore aujourd'hui.

Dès la découverte d'ailleurs, des pièces d'or avaient été gardées par Gilles Patte, curé de Saint Brice, pour les pauvres de sa paroisse. Chifflet avait conservé une quarantaine de pièces d'argent (fig. 2). Sur les 300 abeilles (fig. 3), il n'en restait déjà plus que 27 en 1665, et aujourd'hui deux seulement sont conservées

 

 

 


fig. 2 : Pièces d'argent tirées du Trésor de Childéric (Chifflet, 1655)

 

 

 

L'étude du trésor a commencé dès 1653. Le fils de l'érudit bisontin Jean Jacques Chifflet, présent à Tournai, envoya aussitôt à son père (au service de l'Archiduc) une empreinte du sceau de la bague. Chifflet put ensuite étudier l'ensemble à Bruxelles, son fils ayant même racheté à des servantes des abeilles cloisonnées que celles ci avaient retrouvées dans les remblais du chantier.
Le XVIIe siècle ignorant tout de l'art mérovingien, le trésor fut mal interprété. L'abbé Cochet, le grand archéologue normand, qui réétudia le tombeau de Childéric au milieu du XIXe siècle, ironisa sans risque sur le livre publié par Chifflet en 1655 : "Tout hérissé de grec et de latin, tout saupoudré de noms d'auteurs et d'extraits [ce livre] n'est guères qu'une nouvelle pierre sépulcrale scellée sur la tombe du roi franc".

 

 

 


fig. 4 : Fer à cheval provenant de la chambre funéraire de Childéric.(Chifflet, 1655)

 
 
 
 
Des fouilles récentes ont précisé le contexte de la découverte du XVIIe siècle : la tombe de Childéric gisait dans une chambre funéraire sous un grand tumulus entouré d'inhumations de chevaux (fig. 4). L'étude de la parure, notamment du mobilier à décor cloisonné (fig. 5), a laissé entrevoir des relations significatives entre les Francs d'un côté, et Constantinople et la Méditerranée occidentale (l'Italie) d'un autre.
 
 
 
 


fig. 5 : Objets à décor cloisonné provenant de la tombe de Childéric (Chifflet, 1655)
 

 

  Qui est J. J. Chifflet ? Né à Besançon en 1558, il fait des études de médecine à Montpellier et Padoue, voyage en Italie, et exerce sa profession, ainsi que celle d'historiographe, au service de la cours des Habsbourg, en Espagne et aux PaysBas. Il a publié de nombreux ouvrages consacré au Saint Suaire de Besançon, comme à l'histoire de l'ordre de la Toison d'Or.
Outre son travail sur la découverte de Tournai, comme "archéologue", il a publié une étude sur le lieu d'embarquement choisi par César pour partir à la conquête de la Grande Bretagne ( Portus Iccius Julii Caesaris demonstratus, Madriti, 1626), et une grande histoire de Besançon antique (Vesontio civitas imperialis libera, Sequanorum metropolis .... Lugduni. 1650)

 

BIBLIOGRAPHIE

  • Chifflet (J. J.), Anastasis Childerici I. Francorum Regis, Antverpioe, 1655 (fig. 6).
  • Vallet (F.), Kazansky (M.) et Pérîn (P.), Des royaumes barbares au Regnum Francorum. L'Occident à l'époque de Childéric et de Clovis (vers 450 vers 530), dans Antiquités Nationales, n.29, 1997.

 

 

 

 


fig. 6 : Frontispice de l'Anastasis Childerici I Francorum Regi, de JA. Chifflet (Antverpioe, 1655)

 

 

 Textes et photos : http://www.area-archives.org/area-archives/virtual-exhibition-fr/chifflet.htm