2 - Qu'est-ce que la Géographie Physique ?


    • Dans les années 1920, E. de Martonne écrivait : la démarche géographique est un effort constant pour démèler les rapports des phénomènes humains et des phénomènes physiques, plus exactement pour remonter la chaîne des causes et des effets, quel que soit le point de départ ; la préoccupation de localiser les phénomènes envisagés, d’en fixer et d’en expliquer l’extensionCette définition était certes assez déterministe : l’homme restait soumis aux caprices de la nature. Mais, elle avait permis le développement de quelques disciplines naturalistes originales :

        La GÉOMORPHOLOGIE se démarquait ainsi de la géologie. Cette dernière s’en tient à la comprehension de la sctructure interne de de l’écorce terrestre et aux mouvements tectoniques qui la déforment. La géomorphologie s’attache aux mécanismes de destruction et de recomposition des processus épidermiques de cette écorce et introduit la notion d’échelle

    • La géomorphologie structurale travaille essentiellement à une petite échelle, et sur uune longue durée. Son objectif est de classer les formes issues de l’érosion, et elle amena la description des grands ensembles de paysages structuraux : reliefs jeunes et conformes des paysages jurassiens, reliefs murs et inversés des paysages pré-alpins et appalachiens , très contestables reliefs séniles de Davis, des socles et boucliers. 
    • A l’inverse, la géomophologie dynamique s’efforce d’analyser les processus à grande échellle, sur une courte période. Son but est de définir l’origine et les mécanismes instantanés de l’érosion : mouvements de terrain de toute nature, ruissellement des eaux pluviales, mouvements des glaces continentales, rôle du vent , des vagues, … Dans la plupart de ces mécanismes, outre la prièveté et l’exiguité, apparissent d’aures paramètres : densité du couvert végétale, et liaison avec le climat régional voire local, et on en vint à un géomorphologie bioclimatique
    • Enfin, le rôle de l’homme  dans l’occurrence des certains processus avait même conduit à une géomorphologie anthropique

        La CLIMATOLOGIE se démarqua de la météorologie suivant un modèle quelque peu différent Le but du météorologue est avant tout prévisionnel, aussi travaille-t-il à une échelle spatiale moyenne, et surtout sur un brève période. Sa démarche consiste à analyser de façon dynamiques les variations principaux paramètres atmosphériques : températures, humidité, pressions, flux, … afin de déterminer avec une précision maximale, la probabilité du temps à venir dans le heures, voire les jours qui suivent. L’objectif duclimatologue est quelque peu différent.

    • La Climatologie se voulut plus descriptive et plus “géographique” car, dans le concept d’une géographie déterministe (et, il faut l’avouer, eurocentriste), c’est elle qui jouait le rôle principale dans la répartition des hommes et le degré de leur développement. Elle reprenait les paramètre de la météorologie, mais elle s’appliquait à définir une typologie, selon des échelles différentes. 
    • On définissait ainsi des macroclimats ou zones climatiques : ils prennent en compte, à l’échelle des continents, l’ensemble de la circulation atmosphérique sur toute la hauteur de la troposphère, et l’échelle temporelle correspond aux grandes variations climatiques entre périodes glaciaires et interglaciaires. Ils ont permis de déterminer les aires polaires, tempérées et intertropicales.
    • Le mésoclimat  est le plus représentatif de cette école ; d’échelle plus régionale, il prend en compte la répartition des reliefs, l’expositions des façades océaniques, la circulation océanique et atmosphériques saisonnières, mais, il se démarque de la météorologie par les recours à des moyennes, dont la plus célèbre est la normale saisonnière (30 ans). On lui doit la notion d’espace continental et océanisé.
    • Le topoclimat réduit encore l’espace. Le pas de temps est de plus en plus  saisonnier ; mais surtout, la topographie prend le pas sur toutes les autres facteurs. On évoquerait ainsi les climats littoraux, les climats de montagnes ou entre la notion d’étagement.
    • On arrive alors au microclimat dont l’échelle peut se retrouver fort réduite. On vient d’évoquer le notion d’étagement, il y aurait aussi celle de l’exposition d’un versant : au vent ou sous le vent, Adret ou Ubac, …L’espace se réduit à quelques km2, parfois à quelques hectares. Bien souvent ce microclimat est non seulement soumis à des fluctuation saisonnières, mais il peut aussi connaître des variations journalière, le plus souvent nycthémérales.

        La BIOGÉOGRAPHIE est à la fois fille de la biologie systématique, de l’écologie et  de la climatologie.

    • A la première elle emprunte les règles de la systématique, par la description et la classification des être vivants en règnes, embranchements, classes, ordres, familles, genres et espèces. 
    • A la seconde elle emprunte la notion d’organisation logique de la vie : chaînes trophiques élémentaires, cycles des éléments primordiaux (eau, oxygène, azote, …),  notion de biodiversité.
    • A la troisième, elle emprunte la notion de zonalité et et du rôle des facteur climatiques.
    • La Biogéographie devient alors létude des associations végétales et animales en équilibre plus ou moins précaire : le climax, avec  les ensembles climatiques et géomorphologiques et leur différentes échelles.

        LHYDROLOGIE, le domaine pour lequel nous sentons plus concerné, est une discipline que se partagent, les géographes et lesingénieurs hydrauliciens.

    • Vue de l’espace, notre planète n’apparaît ni verte: couleur de la végétation, ni brune: couleur des roches (comme c'est le cas de Mars), elle apparaît bleue et blanche, car le rayonnement visible y est réfléchi par l’eau des nuages et des océans. On comprendra mieux que l’Hydrologie (du grec hudor = eau), est une science complexe, qui, après simplification, se diviserait en trois domaines géographiques : l’océan où résident  96,5 % des eaux de la planète et source d’un excédent évaporal intense, l’atmosphère, par où circule cet excédent avant sa condensation et les continents, arrosés par les pluies, et dont une part réside dans le sous-sol, ou s’écoule directement vers les  chenaux fluviaux, avant de regagner l’océan.
    • L’Océanographie ou Hydrologie marine est une science autonome où se rencontrent les processus purement hydrauliques, tels que les marées, les courants, la salinité, la température; … Mais c’est un hydrosystème  complet avec sa propre biocénose. L’étude des eaux atmosphériques fait partie intégrante de la climatologie et de la météorologie. 
    • Mais c’est l’hydrologie continentale qui constitue l’ensemble le plus sensible, et divisé en trois grands ensembles. 
    • L’hydrogéologie s’intéresse aux eaux résidents dans les porosités des roches, et par bien des aspects elle se rattache à la géologie. 
    • La Limnologie concerne les surface d’eau libres, mais stagnantes : les lacs et les marais, et son étude n’est pas sans rappeler celle des mers et des océans. Un faible part des pluies échappant  à l’évaporation immédiate, et à la consommation physiologique des êtres vivants s’écoule plus ou moins rapidement vers les océans. Ce cheminement emprunte les chenaux des petits ruisseaux, des rivières et de fleuves, et son étude constitue la POTAMOLOGIE.
        On estime qu’une quarantaine de milliers de kilomètres-cubes seulement d’eau séjournent chaque année dans l’ensemble du réseau hydrographique des Terres émergées. Cette ensemble constitue un hydrosystème propre dont la particularité des constituer des ensembles semi-ouverts, où la circulation ne se réalise que dans un sens : de l’amont vers l’aval.
    • Le Bassin-versant en constitue l’espace élémentaire. C’est une surface fermée par une ligne de partage des eaux ; les pluies qui s’y produisent sont alors concentrées vers un système de drains ou Réseau hydrographique. Cet ensemble relève de la géomorphologie dynamique et climatique comme de la structure géologique régionale, mais quel qu’il soit, un réseau hydrographique s’organise entre des chenaux élémentaires à l’amont et un drain principal à l’embouchure, par un ensemble de drains intermédiaires confluents et ordonnés selon une régression géométrique. C’est l’équation de cette régression qui dépend du milieu.
    • L’eau qui y circule de l’amont vers l’aval, peut y être en appréhendée en termes de Bilan hydrologique ou comparaison entre les données climatiques et l’écoulement. Il existe en effet un actif : pluies, réserves phréatiques, stock nivo-glaciaire, … et un passif : l'évapotranspiration qui dépend du climat et de la biogéographie locale ou régionale, et l’écoulement déterminé à la fois par ces deux paramètres, mais aussi par la géomorphologie du bassin-versant.. Si l’exoréisme, ou écoulement vers l’océan mondial est le plus fréquent , il existe aussi des cas d’endoréisme vers des cuvettes fermées ; la cuvette aralo-caspienne par exemple.
    • Cette circulation est mesurable, et on exprime ainsi des débits interannuels et saisonniers. C’est ici que réapparaît la notion d’échelle. A l’échelle des macroclimats et des mésoclimats, il faut associer les bassins-versant les plus vastes de la planète : Amazone, Zaïre, Orénoque, Nil, Mississippi, …à l’inverse les topoclimats et les microclimats ont une influence sur les bassins-versants dont la taille n’éxcède pas quelques centaines de km2. 
    • Une parenté entre climat et écoulement se trouve alors réalisée par l’intermédiaires des régimes saisonniers dont la description et l’analyse furent un des fondements de l’hydrologie des géographes. En effet, elle va dans le sens du rôle de l’espace et de l’échelle. Sans entrer dans le détail d’un cours, on rappellera qu’à grande échelles, l’écoulement traduit le contexte climatique du bassin-versant : le régime glaciaire est caractéristique de la haute montagne tempérée, le régime nival l’est des plaines périarctiques, le régime pluvial correspond aux rythmes saisonniers des pluies tropicale, et le régime pluvio-évaporal à celui des littoraux tempérés, chauds en été, mais frais en hiver. A l’inverse, dès que l’espace s’accroît, les influences climatiques diffèrent; à titre d’exemple, le Rhin au Pays-Bas conserve le souvenir d’un origine glaciaire helvétique et pluvio-évaporal franco-allemande. A l’image de la climatologie statistique, cette hydrologie repose sur des moyennes trentenaires ou cinquantenaires
        Mais l’écoulement connaît des valeurs extrêmes : les crues et les étiages, qui souvent sont oblitérés par les valeurs moyennes. 
    • Les hydrauliciens prévisionnistes ont mis au point des traitement statistiques des longues séries de données afin des calculer des probabilités de retours de ces extrema. Si, depuis les trois dernières décennies, les cours d’eau ont connu des étiages de plus en plus creux, et contre lesquels on s’évertue de lutter,  il faut aussi reconnaître que ce sont les crues qui constituent l’aléa dont on a le plus à souffrir. C’est sur la périodicité de leur retour que portèrent les recherches ; et en aménagement fluvial on estima, selon les cas, la nécessité de se protéger contre la crue trentenale, cinquantennale, centennale, … en sachant que, comme dans tout calcul statistique, existe une marge d’erreur. Aujourd’hui, les études concernent les processus qui amènent de tels excès. La prévention contre les crues et les étiages a conduit à reconsidérer le rôle du bassin-versant, de sa géomorphologie, de son bilan hydrique, … afin de contenir les eaux à leur source, ou de soutenir les basses eaux. Ce concept entra dans la reconstruction du bassin de la Tennessee et dans la protection de paris contre les inondations de la Seine. 
    • Une des approches qui nous est chère, est la décomposition de l’hydrogramme. Reportées en échelle semi-logarithmique, les débits journaliers des cours d’eau de moins d’un demi-millier de km2 dessinent une une courbe sur laquelle il est possible de séparer analytiquement le débit de base ou circulation souterraine des eaux, d’un écoulement rapide de crue qui concerne leur circulation aérienne (ruissellement) et subsaharienne (écoulement hypodermique). Cette méthode certes critiquable, permet de définir les bassins à risques du fait de leur géomorphologie, mais surtout de leur humanisation : suppression du bocage, labours précoces, surdrainage artificiel, imperméabilisation de l’espace.
         La géographie physique est-elle une discipline moribonde ? Il semblerait que non ! 
    • Dans le  dernier argument que nous venons d'évoquer, elle présente l'intérêt de souligner, et de chiffrer le rôle de l’action de l’homme sur son milieu , et, en ce sens, elle réjoint les disiplines de l’écologie et de l’environnement. 
    • Mais, dans le domaine de la science géographique, ce n’est pas l’avis de tous nos confrères. 
    • Je me  contenterai donc de citer mon maître, le professeur Bernard BOMER : “Nulle par ailleurs dans le monde, la  géographie physique n’est agressée par certains secteurs de de la géographie humaine ; ce qui suggère que l’histoire raménera cet épisode national à une aberration momentanée, liée à la volonté de puissance de quelques mandarins, et non à des questions de fond. Dans le présent, il appartient à la géographi physique de poursuivre son évolution, de se faire mieux connaître, de contineur de progresser.”
    Comments