PASCAL François (l'Abbé)

PASCAL François Joseph Célestin

o 17/5/1848 à l’Epine +27/3/1932 à Gap

L’Apôtre du Parler Alpin[1]

 

L'Abbé François PASCAL
 

En 1848 lorsque né François Joseph Célestin PASCAL son père, maréchal à forge du village, a déjà 69 ans. L’enfant n’a pas atteint son septième anniversaire lorsque son père meurt. C’est donc sa mère Elisabeth Virginie Tenoux qui va parfaire son éducation.

Tout en aidant sa mère à la tenue de la ferme et à l’entretien du troupeau le jeune François s’initie au latin que lui enseigne son voisin l’abbé Bourdelon[2]. Quelques années plus tard c’est l’abbé Vallon, curé de la paroisse de Méreuil, qui l’aide à parfaire ses connaissances.

Attiré par la vie religieuse, celui qu’on surnomme “Pascalon” ne tarde pas à répondre à l’appel d’une ardente vocation. Il entre alors dans la classe de troisième du Petit Séminaire d’Embrun. C’est dans cette institution qu’il va assez rapidement être reconnu pour les subtilités de sa plume. L’Académie[3] du Petit Séminaire d’Embrun qui possède une bonne renommée régionale, ne tarde pas à couronner une de ses poésies[4], ce qui va l’encourager à poursuivre dans cette voie.

Quelques années plus tard il termine sa formation ecclésiastique au Grand séminaire de Gap.  Il est temps d’embrasser la vie séculière. Ordonné prêtre en 1873 François Pascal obtient la charge de Vicaire dans la paroisse de Chorges. Il se verra ensuite confié les responsabilités curiales du Château d'Ancelle. Toujours attiré par la plume il joint l’utile à l’agréable en écrivant une pastorale de Noël[5] qu’il fait jouer dans son église dès 1874. Pour la rendre vivante et accessible à tous ses paroissiens il donne aux personnages les accents du provençal haut alpin qui ont bercer son enfance. Cette pastorale est un succès qui se confirme chaque année d’avantage. Elle concrétise la naissance d’un “poète écrivain” provençal.
 

En juillet 1877, nommé vicaire auprès de la cathédrale de Gap l’abbé Pascal est chargé de l'aumônerie du collège. Il y est rejoint bientôt par l’abbé Paul Guillaume, son ainé de six ans, qui devient son mentor et l’incite à poursuivre dans cette forme d’écriture. C’est à cette époque que l’hebdomadaire "l'Annonciateur"[6] commence à publier des "fatourguetos" écrites en provençal haut-alpin[7]. Le 5 juillet 1879, il publie, sans nom d'auteur, un recueil de ses poésies "Une nia dou païs"[8]. Son ami l'abbé Paul Guillaume, alors archiviste des Hautes Alpes, lui conseille d’envoyer l'ouvrage à Frédéric Mistral. L’idée est excellente car celui-ci ne tarde pas à lui répondre sous la forme d’une longue lettre enthousiaste[9].

Roumanille, que d’aucun considère comme le père du Félibrige, déclare à propos de cette plaquette  : “Vous avez la flamme au cœur, l’étoile au front; chantez, nous vous applaudirons; contez ! vous nous enchanterez; semez ! la récolte sera belle !”.

C’est aussi dans le courant de cette année 1879 et avec l’appui du grand Félibre que ses écrits paraissent pour la première fois dans “l’Armana Prouvençau”[10].

Le 12 juin 1880, il est accueilli fraternellement par les félibres de Forcalquier et notamment par Léon de Berluc-Pérussis[11] qui devient rapidement son ami et son conseiller.

Au mois de février 1881 l’abbé Pascal est invité à participer au Congrès des Félibres de Provence, réunion pour la maintenance de la culture régionale organisé cette année là par la ville de Toulon. Il y rencontre Frédéric Mistral pour la première fois. C’est le début d’une belle amitié. A la fin du repas notre poète, enthousiaste, porte un toast éloquent et chaleureux en l’honneur du grand homme. Ce dernier, d’ordinaire très calme, se lève de table pour venir l'embrasser chaleureusement.
 

La Santo Estello 1886

On reconnait Roumanille, sa fille, Frédéric Mistral Paul Arène et au dernier plan l'Abbé Pascal

Le 3 mars 1881, avec Charles Damas, principal du collège, et Jacques Jaubert, ingénieur de la ligne de chemin de fer en construction, il prend l'initiative[12] de convoquer à la mairie de Gap quelques personnalités pour décider ensemble de la création de "l'Escoulo de la Mountagno" ainsi que d’une commission chargée de la création d’une “Société Scientifique et Littéraire” qui donne naissance, quelques mois plus tard, la “Société d'Etudes des Hautes Alpes[13]”.

 

Cabiscol[14] de l'Escoulo de la Mountagno[15] en 1882, il est nommé la même année, au cours des célébrations de la Santo Estello de Marseille, majoral du Félibre[16] titulaire de la "Cigalo de Doufinat".

Il s’attache alors au développement de la culture provençale et de la langue alpine dans toute la région Gapençaise.

Le 16 mai 1882, il dirige les Fêtes latines internationales qui, commencées à Forcalquier, se terminent à Gap[17].

Poursuivant inlassablement son activité il organise à Gap quelques années plus tard, les 28 et 29 mai 1886, la "Santo Estello", Congrès du Félibrige, au cours duquel Mistral fait un discours prophétique sur "La despoupulacioun di campagno".

Le bulletin de la Société d'Etudes des Hautes Alpes et le "Courrier des Alpes" publient encore de nombreux poèmes qui, viennent compléter ceux déjà publiés dans “l’Annonciateur” auxquels ils seront réunis en 1904 dans l’édition d’un recueil intitulé "les Fatourguetos".

Justin Barrachin, qui sera un de ses lecteurs et aussi un fervent admirateur du poète, écrira plus tard : “On trouve dans l’œuvre du vieux félibre qui fut un ami du grand Mistral comme un écho de La Fontaine, d’un La Fontaine en soutane et en gros souliers, qui eut été à la fois poète et paysan de chez nous”.

L’abbé François Pascal s’attèle à un travail qui va l’occuper durant de nombreuses années : la traduction en langage haut-alpin des quatorze chants de "l'Iliade" d'Homère.

Commencé en 1884 cet immense chantier voit son aboutissement en 1895.

Entre temps, et à sa demande, il est nommé, en 1888, curé de la paroisse de Méreuil. Il semblerait que l’abbé Pascal soit alors déçu par le comportement d’une certaine partie de ce que nous nommerions aujourd’hui l’intelligentsia gapençaise.

L’Escoulo de la Montagno et la Société d’Etudes qui ont recrutés leurs adhérents dans la bourgeoisie, commencent à voir d’un mauvais œil le langage local que certains n’hésitent pas à qualifier de langage des domestiques.

Amer, il écrit dans une lettre datée du 29 décembre 1886 : “Je ne tiens pas à rester dans une administration dont je n’aime pas les plates idées, ni certains de ses hommes”.

Le temps passe, les hommes et les rancœurs aussi puisque Pascal revient à Gap en 1892 lors de la création du lycée Dominique Villars dont il devient l’aumônier. Mais il se cantonnera désormais dans la création poétique en évitant de se frotter à un certain courant de pensée qu’il n’apprécie pas. Fuyant les mondanités il répond toutefois à une invitation lancée par la comtesse du Terrail au château de Montmaur,[18] dont il était un des habitués, à l’occasion de la Santo Estello dans le courant du mois d’août 1897.

En 1926 on note la parution des cinq dernières pièces que l’abbé Pascal confie au bulletin. Il n’en publiera plus d’autres.

Celui par qui “les Alpes sont devenus le Sinaï du Félibrige”, ainsi que l’a écrit Frédéric Mistral[19], décède à Gap le 27 mars 1932.

L’année suivante, en 1933, une plaque de marbre est inaugurée sur sa maison natale à l'Epine. Elle rappelle qu’il fut aumônier du collège et du lycée de Gap, fondateur et cabiscol de l’Ecole Gapiane et auteur d’”Uno nia dou païs”, de Fatourguetos” et de nombreuses autres pages délicieuses comme le souligne Justin Barrachin qui lui consacre une rubrique dans son livre intitulé : “Vieux noms Gapençais”.

Curieusement, au lendemain de sa mort aucune notice nécrologique ne lui est consacré dans la presse locale. Lui qui fut un membre éminent de la fondation de la Société d’Etudes des Hautes Alpes, il est oublié dans le compte rendu du Conseil d’Administration ainsi que dans le compte rendu de l’Assemblée Générale qui suivent son décès.

En 1956, au cours des cérémonies marquant la "Santo Estello", la ville de Gap rend enfin un hommage appuyé à sa mémoire et donne son nom à une des rues de la capitale haut-alpine.

Il est heureux que la postérité lui ait rendu justice en saluant le fort attachement qu’il a marqué pour son pays  et pour ce langage haut-alpin qui en est l’identité et l’essence même de son esprit.

 

 

Jean-Marie delli Paoli

Trempasse le 16/4/2009

 

 

Bibliographie :

- Les Manuscrits de Mistral dans la correspondance de l’abbé Pascal par Paul PONS –Archives de Gap – Imprimerie Ribaud 1960

- Dictionnaire biographique des Hautes Alpes par Georges Diocque – Société d’Etudes des Hautes Alpes 1996 – Publié par l’auteur

- Un siècle de recherches et de travaux sur les Hautes Alpes 1881/1982 – Société d’études des Hautes Alpes – Imprimerie Louis Jean Gap – 1984

- Vieux noms gapençais – Justin Barrachin – Editions Alpes et Midi – Louis Jean Gap – 1953.
 
-----ooooo-----
 
Article paru dans "Provence Généalogie " (Bulletin des Associations des régions Provence ,Alpes, Côte d'Azur et de la Corse Fédérées au sein du  Centre Généalogique du Midi Provence)  numéro 153 paru en septembre 2009 pages 49 à 52.
 


[1] Ainsi nommé par Georges Diocque dans son « Dictionnaire biographique des Hautes Alpes »

[2] Ancien principal du Collège de Gap.

[3] A la mort de Mgr Depéry qui fut le fondateur de l’Académie Flosalpine, celle-ci ne survit pas à son président et se trouve remplacée par celle du Petit séminaire d’Embrun en 1857.

[4] Les malheurs de la Pologne en sont le sujet.

[5] Peut être fut il en cela inspiré par l’œuvre de l’Abbé Pouillard « Le Noël de Sigottier » qu’il ne manquait pas d’avoir entendu lorsqu’il habitait le village de l’Epine.

[6] Qui deviendra le « Courrier des Alpes ».

[7] Regroupées après 25 années de productions poétiques, elles seront éditées en 1904 et considérées par la suite comme son œuvre majeure.

[8] « La nichée du pays ». Initialement il s’agit d’une plaquette de 68 pages.

[9]«  C’est vigoureux et gai comme le sang gaulois, comme le Bacchu-Ber de vos Alpes ! »

[10]«  L’Uver au vilage » et « coume faire ».

[11]   L’abbé Pascal avait répondu à une invitation de rapprochement avec les félibres de Forcalquier formulée par Frédéric Mistral dans un courrier de 1879.

[12] Sur les conseils de Léon Berluc-Pérussis.

[13] Créée le 10/7/1881, c’est l’abbé Guillaume (alors archiviste des Hautes Alpes) qui est élu secrétaire sous la présidence de Jacques Jaubert.

[14] Grand chantre, signifie aussi chef de chœur

[15] Il est créé une « escouleto » dans son village natal de l’Epine.

[16] A cette occasion Mistral écrit à Berluc-Pérussis : « Quel vaillant ce petit abbé de Gap ! Voilà un bon majoral ! »

[17] Aces festivités conduite par Roumanille participent : Paul Arène venu de Sisteron, Bonaparte Wyse le petit neveu de Napoléon 1er, le colonel Vanier, représentant du Canada, le poète Roumain Vasile Alecsandri, Berluc-Pérussis etc…

[18] Chantée par Aubanel, cette descendante du chevalier Bayard était une grande amie des Félibres.

[19] Dans la lettre qu’il écrit à l’abbé Pascal le  29/6/1881.

 

 

Parenté avec PHILIP Julie Marie Madeleine dite Madeleine épouse MATHEOUD Antoine Emile Eugène dit Emile
 
 

Comments