18 Régiments revenant d'Espagne


Les développements donnés par Colbert à notre système colonial, et ses acquisitions aux Antilles, en Louisiane, en Afrique, en Asie, favorisèrent le pavillon national.

Bordeaux devait largement profiter de toutes ces améliorations et s'enrichir par le commerce. Mais il avait encore à traverser de cruelles épreuves. Elles continuèrent par une nouvelle sédition.

Les impôts nécessités par la guerre de Hollande, surtout les taxes du papier timbré et de la marque d'étain, mécontentèrent les Bordelais. Les commis du fisc furent attaqués le 26 mars 1675, dans la rue du Loup, chez les potiers d'étain, par des femmes armées de pierres et de couteaux. Les Jurats vinrent rétablir l'ordre, mais le lendemain, l'émeute recommença. Les commis et les Jurats durent recourir à une charge à coups d'épées et de hallebardes pour pouvoir rentrer dans l'Hôtel de Ville.

Les factieux les y assiégèrent, mais les troupes du Château Trompette dispersèrent le peuple et firent des prisonniers. C'était le maréchal d'Albret qui était alors gouverneur de la Guyenne.


La sédition fait des progrès. Les mutins, maîtres de la porte Saint-Croix, introduisent en ville les paysans des environs. Les bourgeois, intimidés, refusent de prendre les armes. Les Jurats sont insultés, un conseiller est tué, trois autres restent au pouvoir des factieux. Pour les délivrer, on dut rendre les prisonniers du
Château-Trompette.

Les insurgés se retirent à Saint-Michel et à Sainte-Croix, où ils se retranchent dans les cimetières. Leur nombre augmente. Ils annoncent que, si on ne leur donne pas satisfaction, ils vont mettre la ville au pillage. Ils portent au maréchal
d'Albret les cahiers de leurs doléances, ils assiègent le Parlement, et lui arrachent un arrêt qui sursoit aux impôts.

Le 16 août, l'émeute recommence. Le peuple s'empare de ballots de papier timbré qu'on embarquait pour Bergerac, et les brûle, ainsi que le bateau. Les factieux viennent encore attaquer l'Hôtel de Ville. Le maréchal, à la tête des troupes, les refoule dans leurs quartiers. Le curé de Saint-Michel apporte leur soumission; le gouverneur accorde le pardon, mais à la condition qu'on lui livrera les principaux coupables.


Deux jours après, on arrêta douze de ces mutins et un femme. Le Parlement les condamna à mort. Trois furent brûlés vifs sur la place Canteloup, les autres furent exécutés dans les quartiers de la sédition.


Tout paraissait oublié et expié. Mais Bordeaux allait subir la vengeance du grand Roi. On apprit avec terreur que les troupes qui revenaient d'Espagne allaient passer l'hiver à Bordeaux et être logées chez les Bourgeois.


Le 17 novembre 1675, dix huit régiments entrent dans la ville tambour en tête, l'épée à la main, et se rangent en bataille sur les Fossés. On les distribue dans tous les quartiers. Le lendemain, le gouverneur enjoint aux habitants de porter leurs armes à l'Hôtel de Ville, et le Parlement, cédant encore à la force, révoque l'arrêt par lequel il avait accordé le sursis des impôts.


Une ordonnance du Roi retire son Parlement de Bordeaux et le transfère à Condom. Les impôts sont naturellement rétablis, et Bordeaux, subjugué, ne peut résister.


Le maréchal d'Albret fait procéder à la démolition de la porte Sainte-Croix et de cinq cent toises des remparts de la ville, les cloches de
Saint-Michel et de Sainte-Eulalie sont transportées au Château-Trompette. Le Roi ordonne la démolition du clocher Saint-Michel, le plus beau des monuments de Bordeaux. La démolition fut mise à adjudication, mais personne ne voulut l'entreprendre, et le Roi consentit à laisser subsister le clocher.

Les troupes traitent Bordeaux en ville conquise, et y commettent tous les excès. Beaucoup d'habitants quittent la ville, malgré la défense du gouverneur, mais on ne permet d'enlever aucun meuble et les maisons des absents sont livrés au pillage par la soldatesque. Pendant neuf mois, la cour reste sourde aux plaintes des Jurats et des Bordelais.


Enfin au mois d'août 1676, les troupes sortirent de Bordeaux.





Source: Histoire de Bordeaux par Henri Gradis (1901)









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