Body-Building (VF)

 

Mon programme de recherche vise à naturaliser la phénoménologie de la conscience corporelle et à analyser l’importance du corps dans la vie mentale. Pour ce faire, je me situe dans une approche pluridisciplinaire, alliant réflexion théorique et démarche expérimentale. Ce dernier aspect de ma recherche se fait en collaboration avec:

  • Alessandro Farnè (Unité Inserm 534, Espace et Action, Lyon), 
  • Patrick Haggard (Institute of Cognitive Neuroscience, UCL, Londres) 
  • Asifa Majid (Max Planck Institute for Psycholinguistics, Nijmegen, Pays-Bas). 

Avec l'aide de deux post-docs:

  • Alessia Folegatti (2008-2009)
  • Marjolein Kammers (2009-2011)

Ainsi qu'avec le soutien financié de l'ANR. 


La notion de corps propre a plus ou moins disparu de la scène philosophique après le courant phénoménologique initié par Merleau-Ponty (1945). Elle est revenue néanmoins récemment à travers le débat entre le courant cognitiviste classique et le courant dit de la “cognition incarnée” (embodied cognition). Ce dernier met l’accent sur l’importance du corps pour comprendre l’esprit, et va même quelquefois jusqu’à éliminer la distinction entre le corps et l’esprit. Par corps, il ne s’agit pas seulement d’entendre le cerveau, mais bien véritablement le corps biologique dans son intégralité en interaction constante avec le monde. Le corps influencerait chaque capacité cognitive, de la perception aux émotions, du langage à la cognition sociale. Il demeure néanmoins un certain flou quant à la notion d’embodiment elle-même. S’agit-il du corps biologique, de la représentation mentale du corps ou des fonctions mentales de bas-niveau telles que l’action et l’émotion ? On peut en outre s’interroger sur l’importance véritable du corps pour la vie mentale. S’il est vrai que la tradition computationaliste l’a peut-être trop ignoré, il ne faut pas pour autant partir dans l’extrême inverse en réduisant l’esprit au corps. Le but de mon projet consiste donc d’une part à éclaircir la notion d’embodiment elle-même, et d’autre part à évaluer l’étendue du rôle du corps. Pour se faire, il est nécessaire de distinguer plusieurs thèses que le courant de l’embodied cognition peut soutenir. C’est en effet une chose de proposer que le corps, ou du moins les représentations corporelles, jouent un rôle causal pour certaines fonctions cognitives. C’en est une autre que de soutenir que le corps est une condition nécessaire et suffisante pour la majorité des fonctions cognitives. Je prends plus particulièrement l’exemple de la cognition sociale, qui ces dernières années est de plus en plus souvent qualifiées d’embodied, suite à la découverte des neurones miroirs. J’analyserai en quel sens la cognition sociale dépend du corps.

Mais avant de s’interroger sur le rôle possible du corps et des représentations corporelles pour l’esprit, faut-il encore en comprendre la nature. Alors que plus en plus de philosophes parlent d’ embodied cognition, le corps lui-même reste un objet très peu étudié. Une certaine recrudescence d’intérêt a néanmoins fait jour ces dix dernières années, dans un contexte résolument multidisciplinaire (Bermudez, Marcel, Eilan (eds), 1995; Bermudez, 1998; Gallagher, 2005). La confluence entre la philosophie, la psychologie et la neuropsychologie autour du thème de représentation corporelle ouvre un vaste champ de questions encore à explorer. Plus particulièrement, les nombreuses pathologies de la conscience corporelle très diverses de par leur nature interrogent la philosophie sur des questions aussi fondamentales que la conscience de soi, la perception de l’espace, ou le rôle des émotions. Dans la littérature empirique, la conscience corporelle a été essentiellement étudiée au travers des patients, et de manière surprenante, il reste presque encore tout à faire chez les sujets normaux. Dans la perspective d’écrire un ouvrage sur ce sujet (Mind the body, en préparation), j’ai pour but de clarifier les notions de représentations du corps dans leur rapport à l’espace et à la conscience de soi. Trois questions principales se posent : (i) avons-nous des représentations mentales du corps, et si oui, combien ? (ii) comment nous représentons-nous l’espace du corps ? et (iii) comment puis-je reconnaître ce corps comme le mien ? 

Ces questions trouveront leur réponse dans un manuscrit, Mind the body, actuellement en préparation.