Historique: Lieutenant GRAFF.


Le lieutenant José Graff assassiné à Duisburg.

Seize mois se sont écoulés, depuis que le bruit des armes s'est arrêté sur les champs de bataille, la guerre est bel et bien terminée.

A Versailles, les vainqueurs ont fait signer aux vaincus, le traité réglant le sort de l'Allemagne, malheureusement il n'en va pas de même pour tous les problèmes de l'après-guerre.

Les troupes alliées occupent l'Allemagne, et parmi elles les troupes belges, cette force est appe­lée «la Garde du Rhin».

Ce 23 mars 1922, dans la zone occupée, il est vingt-trois heures, lorsque, sorti de la nuit, un tram­way s'engage en cahotant et grinçant sur le pont de Duisburg. A l'intérieur du véhicule vicinal, cinq à six personnes seulement occupent les banquettes de bois peu confortables, debout d'autres se tiennent aux barres d'appui.


Le percepteur compte sa recette. Parmi les per­sonnes assises et somnolentes qui regagnent leur domicile, un jeune lieutenant d'infanterie de l'armée belge, nommé José Graff, est appuyé contre la fenêtre remplie de buée, il regagne son casernement après une soirée passée avec des amis, il ne sait pas ce que le destin lui a réservé.

Le tram assurant la liaison Duisburg à Walsun, arrive à Ruhrort, brusquement, la porte du compar­timent entre la plate-forme arrière et l'habitacle s'ouvre, une des personnes qui attend depuis

 
 

quelques arrêts sur la plate-forme passe sa main par l'ouverture pointant froidement son arme vers le militaire belge et, presque à bout portant, tire sur le jeune sous-officier. Trois détonations éclatent du pistolet automatique, Graff n'a pas vu venir la balle, ni sa fin, les projectiles le touchent au côté, il glis­se le long de la paroi, il est mort.

Zone de Texte: 11Dans un long crissement de roues métalliques, le conducteur enclenche le frein, le tramway s'immo­bilise. Tous les occupants fuient, le meurtrier tou­jours armé se tient sur le marche-pied de la berline, saute dans la rue, regarde par la fenêtre du vicinal contre laquelle le jeune soldat est toujours appuyé, l'allemand place son pistolet contre la vitre et tire au travers de celle-ci. Graff reçoit une balle dans le bas de la nuque, l'assassin et ses complices fuient maintenant dans la nuit par les rues obscures de ce quartier de banlieue, laissant le corps sans vie du militaire avec l'employé des vicinaux.

Immédiatement, les autorités militaires belges sont sur les lieux, l'enquête de l'auditorat militaire commence. Dès les premières heures, on sent que l'affaire est délicate, en effet les relations avec les Allemands sont tendues et difficiles, la moindre petite chose peut envenimer l'affaire. Le corps est évacué et placé dans une chapelle ardente gardée par des compagnons du jeune belge.

Un télégramme du commandant du 14° arrive durant la nuit au ministère de la Défense Nationale à Bruxelles il est bref «Lieutenant Graff assassiné cette nuit par civils allemands à Aldenrade, enquê­te ouverte, rapport suit, commandant du 14».

L'acte de décès rédigé le 24 mars, signé du com­mandant Derkenne révèle que José Graff est mort le 23 mars à 0 heure 25.

En Belgique, la presse est déchaînée, les titres, en caractères gras, barrent la une des grands quoti­diens:

«Le sang belge coule en Allemagne! L'Allemagne a désarmé ! Elle est pacifiste ! Voilà ce que les dirigeants de ce pays répètent sans cesse, apparemment il n'en est rien et c'est en pleine paix que ce soldat tombe au poste d'honneur en montant la garde du Rhin !».

Dans un autre: «L'Allemagne a désainié» procla­me le Chancelier Wirth. «L'Allemagne est pacifis­te» répète le camarade Weismann. Hypocrites pro­testations auxquelles un tragique et sanglant démenti vient d'être donné ce 22 mars: quatre balles allemandes ont traîtreusement assassiné, le lieute­nant Graff!»

Qui est ce jeune lieutenant nommé Joseph Félicien dit José Graff?

Celui-ci, né à Bressoux, le 12 décembre 1897, n'a que seize ans, lorsqu'il s'engage, en 1913, au 14' Régiment de ligne faisant partie de la 3' division, celle-là même qui sera surnommée, après le conflit: «La division de fer», en raison de sa présence tou­jours en tête des combats. Elle est dirigée par le célèbre Lieutenant-Général Jacques.

L'année suivante, José Graff, accède au grade de caporal sergent; en 1916, il est adjudant, en 1917, officier auxiliaire. Au mois de mars 1918, blessé au front, dans le secteur de Merckem, il est promu lieutenant, le 19 septembre de la même année.

Graff a conquis tous ses grades au combat dans les tranchées de l'Yser.

Son père, le général Graff, a été blessé lors de la défense de Liège en août 1914; en 1918 il est nommé gouverneur militaire de Bruges, pensionné fin de la même année il est démobilisé en sep­tembre 1919. Après une très bonne carrière militai­re, il termine avec le grade de Lieutenant général. Il se retire alors dans la vie civile à Jehanster-Polleur

Les deux frères de José Graff, Adolphe et Henri sont également sous les armes. La guerre finie, le jeune lieutenant décide de rester dans l'armée, il passe avec succès les examens d'entrée à l'école militaire. En attendant de commencer les cours, il rejoint son unité en Allemagne, où se scellera son destin.

Suite à l'assassinat, dans tout le pays, la haine de l'Allemand reprend de plus belle, comme il y a plu­sieurs mois, mais ici elle est à son comble, les asso­ciations patriotiques de tous bords crient vengean­ce, les écrits, les chansons, tout pousse à la haine. Une hostilité de l'Allemand qui ne se tarit pas, mal­gré quatre ans de paix.

En Allemagne, (en «bochie», comme la nomme la presse à cette époque) les attentats nationalistes sont nombreux; ces groupes, que l'on peut qualifier



de fascistes, n'acceptent pas la défaite de leur pays, défaite qu'ils considèrent comme impossible. De nombreux leaders tentent le coup d'État ou se réunissent pour comploter, l'Allemagne vit dans la crainte du coup d'État. Tout est déjà en place pour l'avènement d'Hitler.

Après l'assassinat, la presse tente d'expliquer les raisons qui ont poussé le tueur à agir de la sorte, les journaux rapportent que, quelques jours plus tôt, une rixe a eu lieu entre policiers belges et alle­mands, les Belges ont pris le dessus, et un journal berlinois, daté du 23 mars, croit savoir que le drame de Duisburg est un acte de représailles de la S.I.P.0 (Sicherheitspolizei) à cette rixe. Un policier belge du nom de Schmitz aurait tué dans la nuit du 21 mars à Ilamborn, un policier allemand du nom de Franz Chmielewski, et les journalistes qui com­mentent l'affaire croient savoir que Graff aurait une certaine ressemblance avec l'officier belge impli­qué dans la rixe.


Le colonel Dinoire préside l'auditeur militaire. Dejaer prononce le réquisitoire, les neuf accusés en uniforme de polizei attendent le verdict.

Le père du jeune Graff, prend très mal l'assassi­nat de son fils. Dans les jours qui suivent le meurtre, il écrit au Gouvernement belge une lettre où éclate sa colère, dans celle-ci il montre sa volon­té de voir les assassins payer leur forfait, et que son fils soit vengé. Il y dénonce également: «la faibles­se coupable des autorités belges en Allemagne occupée et termine en exigeant que la Belgique agisse fermement. Il menace de rendre toutes ses médailles au Roi»

Le lieutenant Reinhardt, le principal coupable et
âme du comptât de l'assassinat du lieutenant Graff:


Un journal compare même l'attentat commis contre Graff à l'attentat de l'Allemagne contre la Belgique, le 4 août 1914.

Durant les semaines qui suivent, l'enquête pro­gresse difficilement. Malgré les difficultés, le pré­sumé assassin et ses complices sont arrêtés.

Le vendredi 24 mars, la dépouille mortelle du militaire assassiné est rapatriée par Aix-la-Chapelle. Quelques heures plus tard, le samedi elle arrive à Verviers à la gare centrale au milieu d'une affluence considérable des verviétois venus rendre hommage.

Le cortège funéraire conduisant le corps du jeune lieutenant se dirige pour l'inhumation au cimetière de Heusy.

En février 1923, le procès s'ouvre devant le conseil de guerre d'Aix-la-Chapelle, présidé par le colonel Dinoire et l'auditeur militaire Dejaer ce der­nier, prononce un réquisitoire vengeur devant neuf accusés menottés, revêtus de l'uniforme de la Polizei ainsi que de leur complice: une femme, nommée Heckmann. Le principal accusé, l'âme du complot, celui qui assassina, le lieutenant Reinhardt, écoute apparemment indifférent au sort que la justice militaire belge lui réserve.

Après les audiences, quatre des prévenus sont condamnés à mort, les autres à des peines de tra­vaux forcés ou de réclusion, peines qui ne seront jamais exécutées.


Zone de Texte: 13Les communes de la région verviétoise et parti­culièrement la commune de Heusy décident d'éle­ver, à leur concitoyen héros, un monument qui serait placé sur sa tombe. Une souscription publique est lancée, elle récolte la somme nécessai­re à l'érection et le surplus permet aussi la création d'une fondation, la «Fondation Graff», destinée à fournir une bourse d'études aux orphelins de guer­re.

L'architecte Leclecq dessine et établit les plans du monument à ériger, c'est le sculpteur verviétois Joseph Gérard qui doit réaliser la sculpture. Il reproduit, sur le monolithe en pierre de Meuse, le profil de Graff, casqué et coiffé de branches de lau­riers; la colonne est posée sur trois marches, un texte est gravé dans la pierre «A la mémoire du lieutenant José Graff, lâchement assassiné en Allemagne», le tout surmonté d'un écu avec le lion belge. Le monument est, dit la presse de l'époque: «érigé pour rappeler la valeur, l'héroïsme et l'abné­gation du soldat».

Le dimanche 25 mars 1923, Heusy inaugure le modeste monument au petit lieutenant.

En début d'après midi, le cortège se forme au carrefour de l'avenue de Spa et de l'avenue Hanlet. Le comité organisateur demande aux habitants de pavoiser aux couleurs nationales et alliées. Cela doit être une manifestation grandiose, car ce n'est pas une manifestation de deuil mais la glorification d'un enfant de la commune.

A trois heures, le début du cortège pénètre dans le cimetière, il est trois heures et demi avant que

toutes les autorités aient pu pénétrer et se ranger autour du monument recouvert d'un voile aux cou­leurs nationales.

Une estrade, drapée de pourpre et d'or, a été éle­vée afin de permettre aux personnalités, venues nombreuses pour l'événement, de prononcer des allocutions. Et ces discours vont tous dans le même sens, la vengeance, la fierté de posséder, sur le sol de la commune, la dépouille d'un martyr et la pro­messe de veiller religieusement à l'entretien du monument afin qu'il témoigne du sacrifice dans les années à venir. Un orateur définit le monument comme un poste avancé auprès de la frontière de l'Est. Le premier à prendre la parole est le président du comité organisateur, M. Vanrguemortel, suivent ensuite le bourgmestre Deru, qui promet l'entretien du monument, le général Dernette, représentant du Roi et de la Reine, parle de José Graff en sanglo­tant, termine dans une étreinte, serrant le père du héros dans ses bras. Le colonel Wéry retrace, quant à lui, la carrière du héros du jour.

La cérémonie se termine par la Marseillaise et la Brabançonne, alors que les gerbes et les couronnes s'amoncellent sur la tombe. On inaugure ensuite le monument aux morts de la commune, sur la Place de Heusy.

Au début du mois d'avril, a lieu, à Verviers, une manifestation organisée par la ligue antigerrna­nique et présidée par Edmond Duesberg. Dans un discours assez énergique, il exige la livraison et l'exécution des coupables de la mort du heusytois. Il insiste pour que Graff soit vengé et que l'Allemagne désarme vraiment, c'est la seule manière de protéger nos fils dit-il.

A la tribune, le Général Graff prend ensuite la parole, il redit ce qu'il répète inlassablement depuis la mort de son fils: «J'ai fait le sacrifice de mon fils



pour le pays. Mais, il faut qu'il soit vengé! Je le veux!». Les témoins se rendent compte que ces der­nières paroles sont prononcées avec une énergie impressionnante qui ne cache pas sa détermination.

Le 25 juin, c'est Liège qui célèbre José Graff. Un comité demande à M. Falise de réaliser un bas-relief en bronze, qui est inauguré au pied de la pas­serelle, Place Cockerill.

De nombreuses personnalités sont présentes: Gouverneur de la Province, Bourgmestres, Éche­vins, Ministres, Présidents d'Associations, Mili­taires ainsi que de nombreux Anciens Combattants et habitants de Liège.

Lors de la cérémonie, le monument est confié, par le comité, à la ville de Liège.

Il s'agit d'une plaque, de grande dimension, qui représente, dans le côté supérieur du cadre rectan­gulaire, le profil casqué du lieutenant, de chaque côté des lauriers. Sous ce por­tique lauré, dont le médaillon forme pour ainsi dire la clé de voûte, une large composition dégage la leçon du drame:

«Sereine dans sa tristesse, l'histoire tenant posé sur ses tablettes le stylet des impla­cables vérités, rappelle à la jeu­nesse la félonie teutonne:

N'oublions Jamais

Le lieutenant Graff

a été lâchement assassiné

le 22 mars 1922, à Hamborn, Allemagne occupée.

Pensifs, deux enfants, assis aux marches de la vie, écoutent la tragique leçon».


La plaque telle qu'elle était
au perron de la passerelle en 1923.

pour le pays. Mais, il faut qu'il soit vengé! Je le veux!». Les témoins se rendent compte que ces der­nières paroles sont prononcées avec une énergie impressionnante qui ne cache pas sa détermination.

Le 25 juin, c'est Liège qui célèbre José Graff. Un comité demande à M. Falise de réaliser un bas-relief en bronze, qui est inauguré au pied de la pas­serelle, Place Cockerill.

De nombreuses personnalités sont présentes: Gouverneur de la Province, Bourgmestres, Éche­vins, Ministres, Présidents d'Associations, Mili­taires ainsi que de nombreux Anciens Combattants et habitants de Liège.

Lors de la cérémonie, le monument est confié, par le comité, à la ville de Liège.

Il s'agit d'une plaque, de grande dimension, qui représente, dans le côté supérieur du cadre rectan­gulaire, le profil casqué du lieutenant, de chaque côté des lauriers. Sous ce por­tique lauré, dont le médaillon forme pour ainsi dire la clé de voûte, une large composition dégage la leçon du drame:

«Sereine dans sa tristesse, l'histoire tenant posé sur ses tablettes le stylet des impla­cables vérités, rappelle à la jeu­nesse la félonie teutonne:

N'oublions Jamais

Le lieutenant Graff

a été lâchement assassiné

le 22 mars 1922, à Hamborn, Allemagne occupée.

Pensifs, deux enfants, assis aux marches de la vie, écoutent la tragique leçon».

En 1940, les Allemands déplacent cette plaque, elle est


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rangée dans les réserves de la Ville. Elle ne réappa­raît que bien des années plus tard, sur l'Esplanade Albert I", face au Palais des Congrès. La passerel­le, détruite au début de la guerre et reconstruite plus moderne, la plaque ne dispose plus d'un emplace­ment convenable pour être remise au même endroit.

Chacun s'était promis de ne jamais oublier, pour­tant l'oubli est arrivé avec les années... depuis peu, le monument a disparu du cimetière de Heusy, abîmé par le temps, détruit par les hommes et l'em­placement a accueilli un nouveau corps. Graff a été déplacé, les autorités n'ont pas tenu le serment fait en 1922.

Maintenant à Heusy, plus rien ne rappelle la mort tragique, ni le souvenir d'un enfant de la région qui succomba victime de la folie meurtrière d'un grou­pe de nationalistes d'outre Rhin.

Michel BEDEUR, Léon PETERS.

Documents du Patriote Illustré, cartes postales et Centre Liégeois d'Histoire et d'Archéologie mili­taire. Madame T. Graff.

Université de Liège "Affaire Graff 1922-1928", mémoire de Roland DEUTZ

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