Chapitre N°2 L’attente



Conte n°6 : Roséa et Oléander, à la recherche
du fabuleux Blason de la Manticore.

(Publication partielle)

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

 

Chapitre N°2

L'attente


« J'écris rapidement... sera transmis à temps voulu, selon ce qu’on m’a dit…, j’ai froid, mais peu importe, dans qu’elles que ..... »

Irmine remarqua que des mots avaient été effacés par de la moisissure.

«  Cette partie du château doit être protégée. Ce manuscrit appartiens aux descendants du château de la rivière Wye.  Il me reste assez de force pour transmettre ceci. Un récit que j'ai vécu et qu'on m'a aussi raconté...C’était à la fin d’une journée du mois de février 1796, tandis qu’une pluie fine arrosait la campagne anglaise.

Dans le comté du Herefordshire, le passager d’un fiacre, consulta l’heure à sa montre à gousset. Il avait déjà dix minutes de retard.

Cet officiel de la société anglaise des Indes orientales, chargé des assurances, devait arriver à l’heure.

- Plus vite ! Plus vite ! Hurlait Korad Crocvil, la soixantaine, en frappant contre les parois du fiacre. Sous la pression de ses ordres, le cocher accéléra.

- Allez ! Plus vite, hurlait t-il en serrant sa serviette.

Soudain, en prenant un virage serré, une des roues se détacha de la carriole qui se renversa en faisant des tonneaux. Quelques minutes plus tard, l’homme reprit connaissance. Il tremblait. Son visage colérique dégoulinant de sueur, il s’écria : mauvaise manœuvre !

Il regarda à travers une latte et entendit la voix de son cocher, qui criait :

- A l’aide monsieur Crocvil ! Je suis coincé, disait l’homme ensanglanté, en tendant ses mains.

Korad Crocvil parvient à s’extirper lentement, mais soudain sa jambe fut stoppée. Il s’aperçut que son cocher lui agrippait la jambe.

- Voulez vous me lâcher ! Imbécile ! Beugla l’homme, furieux. Il s’empara du premier objet qu’il trouva à côté de lui, et donna deux coups de parapluie.

L’homme lâcha prise. Sentant le carrosse vibrer de gauche à droite, il fouilla rapidement les lieux et trouva sa mallette, pratiquement sous le cocher évanoui. Il l’extirpa de force, en soulevant l’homme qui reprenait peu à peu connaissance.

- Je vous en supplie, aidez-moi ! Bredouilla-t-il.

Korad Crocvil, lui donna un violent coup de mallette sur la tête, puis passa par une porte fracassée et descendit prestement en se redressant.

- Heureusement que je ne suis pas blessé, souffla t-il en se frottant le dos.

Dés qu’il quitta la calèche, celle-ci bascula dans un ravin.

Il fallait conduire mieux que cela ! Invectiva l’homme insensible.

Alors, il ouvrit son parapluie cassé et descendit lentement la colline. Il consulta sa montre, dont la vitre était brisée par le choc. Il ne devait pas rater son rendez-vous.

Au même moment, à quelques kilomètres de là, dans un manoir de la campagne d’Hereford, le soleil venait de se coucher. Milène Lindors, la trentaine, et sa fille Laura, âgée de douze ans, attendaient anxieusement, au début du chaque mois, l'arrivée de l'homme officiel de la société anglaise des Indes orientales. »

Irmine Lindors arrêta la lecture, car émut, car elle comprit qu’il s’agissait de la vie de ses aïeuls. Elle bu une gorgée de lait, se leva pour ouvrir la fenêtre en regardant tomber la pluie. Elle pensa à la suite de l’histoire, qu’elle avait hâte de découvrir.

Elle s’assit et ouvrit le manuscrit :

« En effet, le chef de la famille Lindors, dernier directeur général d'une entreprise de la société, avait mystérieusement disparu depuis quatorze mois.

Des bruits couraient, disant qu’il avait été emporté par la mousson. Les recherches se poursuivaient dans les Indes dans le territoire de Bombay, appartenant à la compagnie, dont plusieurs parts revenaient à madame Lindors.

Celle-ci savait, que de nouvelles informations sur la disparition de son mari, allaient lui parvenir.

 -Maman, tu crois qu’il viendra ce soir ?

- Espérons, ma chérie, mais il est bien tard.

Laura possédait une ribambelle de jouets et de poupées, grandes et petites que son père lui rapportait de ses multiples voyages. Cependant, depuis quelques mois, furieuse de la disparition de son père, elle avait décidé de les martyriser et de leur couper un membre chaque jour. Puis, une fois estropiées, Roséa les plaçaient dans une grosse toile de jute, qu’elle cachait au fond du jardin. Elle prit sa dernière poupée, et partit dans sa chambre.

- Est-ce que je peux reprendre des bonbons au jaggery, ou au tamarin ?

- Non car on dînera dans une heure ma chérie.

Elle haussa les épaules, caressa sa poupée en disant

- Maman, quand je serai grande, je jouerai toujours à la poupée, même si on se moque de moi.

Sa mère éclata de rire et ouvrit son sac. Elle fouilla à l’intérieur et lui montra une forme enroulée dans une voilette. Roséa la déroula et découvrit une poupée de chiffon.

- C’était celle que ta grand-mère m’avait donnée lorsque j’avais ton âge. Mais vois-tu, moi je ne joue plus à la poupée et je ne leur fais pas subir mes caprices.

La fillette vexée, arracha le bras de sa poupée.


A quelques lieux de là.

Édouard Gunvor, avocat de formation, et homme d’affaires avisé, installé confortablement dans son carrosse, relisait les documents qui lui donnaient l’avantage sur ses rivaux. Il devait ce soir effectuer une courte visite chez une connaissance de son ami d’enfance. Celui-ci le lui avait convié dans une lettre qu’il relisait en fronçant les sourcils.

Quelque chose l’intriguait.

Une pluie drue tombait sur le sentier. En regardant par la fenêtre mouillée de sa calèche, il vit une silhouette qui s’agitait. Un vieil homme courbé, marchait à l’opposé de la route. Il demandait de l’aide en brandissait un parapluie.

Il ordonna à son cocher de stopper immédiatement.

- Merci de votre aide, dit l’homme en retirant son manteau mouillé.

- Maître Crocvil ? S’étonna Gunvor en le reconnaissant.

- Il m’est arrivé quelque chose d’atroce ! Mon cocher a été tué dans un accident.

- Où donc ? Demanda Édouard Gunvor en observant les habits déchirés de son hôte.

- La police est déjà sur les lieux, mentit l’homme qui ne souhaitait pas que son sauveteur puisse avoir l’idée de faire demi-tour.

- Voulez-vous que nous vous emmenons à l’hôpital ?

- Non, je vais mieux. J’ai rendez-vous à Hereford.

- Je vous y conduis. C’est sur ma route. Je vais tout de suite donnez l’adresse à mon cocher qui vous déposera volontiers devant votre destination.

- Je vais chez la famille Lindors, révéla le notable.

Puis, l’homme s’assoupit confortablement dans le siège en cuir de la calèche, sans se rendre compte du tressaillement de Gunvor, lorsqu’il entendit sa destination.

Tout à coup, Gunvor sentit que son sixième sens avertissait, qu’il avait eu tort de rendre service à cet individu. »


Soudain, la porte grinça derrière le dos d'Irmine Lindors qui aussitôt  arrêta sa lecture. Son cœur battait trop fort.

Roséa lui demanda

-               Maman, j’aimerai que tu me lises les histoires du livre. Mais comme tu es tu es pâle, qu’est-ce qui ne va pas ?

-               D’accord ma chérie, mais seulement ce soir. Tu dois te préparer.

En effet, sa maman l’avait inscrite dans l’école du village, pour ne pas rater sa scolarité.

-                Tu vas avoir de nouveaux camarades.

Elles se préparèrent. Elles montèrent dans la voiture, pour parcourir Herefordshire, connu pour la beauté magistrale de sa campagne paisible, des vergers prospères et ses villages pittoresques, fleuris. Ce lieu de production de cidres et de houblons, valait le détour pour de nombreux touristes.

Quelques minutes plus tard, après avoir accompagné, son enfant dans la petite école anglaise qui faisait aussi de multiples activités ludiques, c’est sous une pluie battante qu’elle rentra à 9 heures trente chez elle.

À son retour, elle allait pouvoir peindre de nouvelles toiles, avec des paysages merveilleux. 

Cependant, hanté par l'histoire, Irmine revint rapidement dans la pièce testamentaire pour continuer sa lecture. En pénétrant dans la salle, elle découvrit que le balancier du pendule de 1786, s’activait plus rapidement que d’habitude.

Elle inspecta le local, et se demanda ce que cachaient ses multiples désagréments du lieu. Les pendules, les bruits étranges, le manuscrit enchainé.

Subitement, elle prit conscience qu’elle avait un rendez-vous professionnel à honorer. Elle contacta son agent, qui était aussi son nouveau compagnon.

-               Bob Bridgman.

-               C’est Irmine.

-               Alors ma chérie, comment ce déroule ton voyage ?

-               Très bien. Avec le décalage horaire je ne te dérange pas.

-               Pas le moins du monde, je sors d’une soirée d’exposition, et je t’écoute.

-               Je souhaite repousser mon rendez-vous de jeudi pour celui de vendredi après-midi. Est-ce possible ?

-               J’appelle le commanditaire pour annuler. Tu n’es pas malade ?

-               Non, l’air me fait du bien.

-               Il y a t-il des fantômes dans ton manoir ? Demanda t-il maladroitement.

Irmine frissonna.

-               Allo ? Heu ...je te taquinais. Ajouta Bridgman.

 Elle répondit froissée.

-               Je ne crois pas tous les bobards que l’on raconte sur certaines maisons anglaises !


Elle observa la pendule, qui tout à coup ralentit son balancement. Elle entendit alors, le grésillement du téléphone portable.

-               Bon, je dois te quitter, la ligne est mauvaise.

-               Moi je t’entends. Comment se déroule tes relations avec ta fille ?

La pendule s’arrêta net.

Irmine décida d’interrompre sur le champ la conversation, quand elle remarqua un balancement rapide de tous les pendules en mêmes temps.

-               Je te contacterai samedi quand le commanditaire aura confirmé ma vente ! Cria-t-elle.

Puis, la jeune femme coupa la communication et quitta rapidement la pièce. Lorsqu’elle ferma la porte des étranges bruits résonnèrent.

Cette pièce est vraiment hantée, annonça-t-elle !

-               Cela ce pourrait bien, lui répondit une voix grave derrière son dos.


Elle se retourna et poussa un long hurlement, en découvrant une inconnue fripée, au visage déformé, avec des petits yeux gris clairs, enfoncés dans les orbites.

 


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