Conte n°6 : Roséa et Oléander, à la recherche du fabuleux Blason de la Manticore.

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE


 

Roséa et Oléander, à la recherche
 du fabuleux Blason de la Manticore.



Chapitre N°1

L’étrange legs


Les rayons de la pleine lune pénétraient par intermittence l’épais brouillard, qui entourait les monts Malvern. Il couvrait la campagne et les maisons anglaises jusqu’aux montagnes Noires Galloises du comté du Herefordshire, situé à l'ouest de l'Angleterre.

 

Dans un manoir cossu d’Hereford, campé à quelques kilomètres de la rivière Wye, madame Irmine Lindors, âgée de 30 ans, s’était couchée vers onze heures trente ce soir là. Le sommeil avait du mal à venir pendant cette troisième nuit dans ce lieu chargé d’histoires ancestrales, dont elle venait d’hériter. Son oncle  septuagénaire, Lord Charles Andrew Lindors, décédé l’année dernière, qu’elle avait peu connu, lui avait transmit un bien étrange héritage.

Elle possédait une immense propriété dans le territoire d'Hereford,  y compris ses dépendances immobilières, qui s'étendaient sur plusieurs hectares.

Comme le stipulait la clause testamentaire surprenante, elle devait résider en permanence au manoir, dès le premier jour de l’automne des années bissextiles, avec un ou plusieurs enfants, comme l'exigeait la tradition. Dans le cas contraire, les terres et les biens immobiliers reviendraient automatiquement à l’administration locale. Un notaire de la région, maître Lester Duncan,  s’occupait de cette formalité et devait régulièrement visiter le lieu.

Ainsi, elle décida de respecter aussitôt les dispositions testamentaires, en espérant découvrir les raisons de celles-ci. Elle avait demandé des explications au notaire, qui n'en savait guère plus.

Cependant, madame Lindors, ne pouvait chasser de sa mémoire, l’impression ressentit, lorsqu’elle franchit l’allée du manoir de Wye pour la première fois.

L’habitation flanquée deux tourelles sombres, transpercées de mâchicoulis, portait des échauguettes qui enjolivaient les façades. Alors que sa fille Roséa Granet Lindors, âgée de douze ans, ravie, lui lâcha brusquement la main pour courir vers le manoir, madame Lindors, oppressée,la suivit lentement, en ayant une sensation de déjà vue.

 

Irmine Lindors, artiste peintre renommée, anglo-américaine, résidait habituellement à New York, et ne disposait pas de la garde de sa fille.

En effet, deux ans après la naissance de l’enfant, de santé fragile, et trop jeune pour s’en occuper, Irmine partit précipitamment aux États-Unis, dans un centre de soin privé hospitalier pour se faire soigner d’une maladie rare.

James Granet, le père de Roséa, son ex-compagnon, aussi jeune qu’elle, ne pouvait prendre en charge leur enfant. On la confia à sa mère Mathilde Granet qui éleva Roséa en Normandie.

 James Granet agent immobilier de 33 ans, devait partir en voyage d’affaires pendant quelques mois en Asie. Il tenait une agence immobilière internationale et un contrat très original lui avait été proposé.

Heureusement, au cours de toutes ces années, Irmine voyait Roséa deux à trois fois par an, pendant les périodes estivales en Normandie, et aussi en Angleterre où elle possédait un appartement londonien.

Madame Lindors allait pouvoir profiter actuellement de ses congés improvisés de trois mois, pour se rapprocher de sa fille. Elles décidèrent de passer l’automne et les fêtes de Noël dans la région Herefordshire. Ensuite, sa fille retournerait vivre avec son père en Normandie, pendant qu'elle continuerait sa carrière d’artiste, à New York, en suivant aussi son lourd traitement médical.

 Soudain, elle sursauta.  Des sons résonnaient dans le manoir anglais. Elle entendait épisodiquement une cloche ou des chaises cognées.

Irmine compta trente secondes, et le bruit recommença. Que se passait t-il dans cet étage ?

Il y avait la chambre de sa fille Roséa qui devait dormir à poings fermés, trois grandes pièces inoccupées, et aussi la fameuse salle, qu’elle appelait testamentaire, du manoir de la lignée des Lindors.

Soudain, la porte de sa chambre grinça, puis s’ouvrit doucement. La jeune femme se retourna dans son grand lit en baldaquin, et chercha son portable. Il était une heure du matin.

- Il y a quelqu’un ? Demanda-t-elle inquiète en apercevant une forme.

Elle ouvrit la lampe de chevet et vit sa petite fille sur le seuil.

En entendant un bruit, elles sursautèrent. Puis, Roséa se précipita sur le lit de sa mère.

- J’ai peur !

- De quoi ma chérie ?

- J’ai entendu un bruit incessant, de plus en plus fort dans la chambre vide à côté, et cela m’a réveillé.

- On habite dans un vieux manoir, et c'est le vent qui s'engouffre dans certaines structures de la charpente, répondit sa mère pour la rassurer. Je vais cependant voir cela de plus prêt, ajouta Irmine en s’emparant de son peignoir posé sur une chaise. Tu peux te coucher dans mon lit.

- Non, je viens avec toi, proposa Roséa, ne voulant rester seule dans la pièce.

Avant de quitter sa chambre, la femme sortit d’une armoire un châle qu’elle plaça sur les épaules de Roséa.

Lorsqu’elles entrèrent dans la pièce, un froid glacial les submergea. Une illumination extérieure filtrait et se répercutait dans le local.

Elles s’aperçurent que la fenêtre était ouverte. La mère se précipita pour la fermer. Alors, le bruit recommença.

-        Il provient bien de cette chambre !

À côté d’un bureau où s’entassait des livres reliés, elles regardèrent les quatre grosses horloges et pendules adossées aux murs, côte à côte. Lorsque le balancier de l’horloge de 1786 aux décors polychromes se mouvait chaque minute, le bruit se transmettait à la pendule d’à côté.

-               Regarde par la fenêtre maman ! Je vois une lumière au sommet de la chapelle, rejaillir sur cette pendule.

La gaine de bois protégeant la pendule était défectueuse.

Roséa s’approcha et ouvrit la petite porte abimée de la gaine, alors, qu’un gros livre poussiéreux tomba. Elle sursauta en entendant un son familier.

-               Voila d’où venait le bruit ! Remarqua sa mère. Il est trop lourd, je vais le prendre ma chérie.

Sa mère ramassa un manuscrit médiéval, et fut surprise de découvrir qu’il était entouré d’une chainette ambrée. Madame Lindors les dénoua délicatement.

Puis, toutes les deux suivirent les chainons et s’aperçurent qu’ils s’enfonçaient derrière un des pendules et traversaient le mur. Roséa tira plus fort, sans effet.

-               Je demanderai à un entrepreneur d’enfoncer ce mur. Ensuite, je ferai des recherches plus approfondies sur les locataires ancestraux de ce lieu. En attendant, on va poser le manuscrit sur le guéridon. Elles s’assirent ensuite, dans les fauteuils Voltaire.

-               J’allume le plafonnier ? Proposa l’enfant.

-               Il n’y a pas d’interrupteur dans cette pièce, seulement des lampes à pétrole, constata sa mère qui se dirigeât vers une lampe description. Elle trouva une boite d’allumettes dans un secrétaire et, alluma la mèche. Celle-ci faisait des ombres en dansant lorsqu’elle se déplaçait dans la pièce. Elle posa la lampe sur le guéridon.

Puis, délicatement, madame Lindors, ouvrit la page de garde. Une lettre portant un sceau tachetée d’encre de chine s’y trouvait.

-               C’est certainement un vieux manuscrit d’un descendant de ce lieu.

-               Il appartient à ta famille?

-               Je pense, car il est daté de l’année 1786, tout comme la première horloge !

-               Il y a un dessin, fait voir.

Pendant que sa fille regardait le dessin, madame Lindors préféra lire le feuillet :


« C’est à la lueur de cette bougie que j’écris les derniers événements, de ce que j’appelle les journées de l’épouvante. L’encre est de très mauvaise qualité, mais quand j’aurai terminé, j’appliquerai le produit nécessaire qui la fera résister au temps. »


- Et bien cela n'est pas gai, s'exclama Madame Lindors, en dépliant l'autre partie.


Roséa regarda une belle illustration représentant, deux enfants marchant dans un sentier bordé par une rivière sur un sentier enneigé. Elle tourna la page et la même illustration avec au bout du sentier, tapi dans un buisson, une ombre aux yeux rouges, prête à bondir sur eux.

Cela fit tressaillir Roséa.

-               Oh ! Que va-t-il se passer ?

-               Pourquoi cries-tu comme cela ? Demanda sa mère contrariée.

-               J’aimerai que tu me lises l’histoire, car il y a un monstre dans le buisson, dit l’enfant.

-               Un monstre ?

Sa maman regarda le dessin et lui dit.

-               Ce sont les feuilles des arbres qui tombent simplement.

-               Non, tourne la page, c’était l’hiver dans le deuxième dessin, s’étonna Roséa qui regarda de nouveau et ne vit que des feuilles tomber dans l’allée, sans les deux personnages qu’elles avaient cru voir.

-               Mais, il y avait des enfants et...

-               Tu as mal vu. Allons plutôt nous recoucher ma chérie.

-               Oui, j’ai encore sommeille, avoua Roséa qui bailla aussitôt. Demain, tu me liras l'histoire maman ?

-               C’est promit, lui dit sa mère. Si tu es sage.

-               Est-ce que je peux dormir avec toi ?

           -               Oui, ma chérie.

Elles s’étendirent et s’endormirent d’un trait.

Cependant à l’aube, lorsqu'Irmine Lindors sortit de la salle de bain elle constata, que le bruit recommençait. Il était six heures du matin, et elle décida de régler le problème des horloges. Elle ouvrit la pièce. Lorsqu’elle rentra l’intérieur, la fenêtre qu’elle avait pourtant fermée le soir, était grande ouverte. Elle la referma rapidement.


La troisième pendule en camaïeu rose de style Louis XVI, possédait une gaine aussi abîmée. Elle l’ouvrit, et découvrit une petite boîte composée de plusieurs tiroirs, placés dans la gaine en bois.

Irmine la déposa sur le guéridon à côté du livre, et descendit se préparer une tasse de café avec une tranche de cake. Lorsqu’elle remonta, quelques instants après, Irmine s’installa dans un fauteuil, et commença la lecture du manuscrit.

 

 





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