Lecture du Chapitre N°1 L'espoir

( Publication partielle ) 
L’Hélios et Mirella
dans
les secrets de la favela de Santa Puerta
 

« Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE »

 

Je m’appelle Mirella Espírito. J’habite dans la dangereuse favela de Santa Puerta, dite, la porte sainte, située au Brésil à Rio de Janeiro.
Je vais vous raconter mon histoire. Je ne sais par quel bout commencer…
Je suis très émue. J’aimerai vous dire que je vais bien, mais, cela n’est pas certain…J’aimerai vous dire que je m’en suis sortie, mais, cela n’est pas si sûr. Car, je suis encore à l’intérieur !
 

N°1

L’espoir
 
 
Une gouttelette d’eau tomba sur la pommette de Mirella Espírito. La jeune carioca (1)ouvrit aussitôt ses paupières. Elle ne voulait pas se lever à une heure aussi matinale.

Je vais tendre l’autre joue, pensa-t-elle lorsqu’elle sentit la troisième goutte d’eau. Elle se retourna sur le matelas humide. Je me lèverai à la dixième gouttelette.

La sixième goutte effleura son front, et coula lentement comme une caresse le long de sa joue. Elle se bloqua à la commissure de ses lèvres, Mirella la goutta ; elle avait un goût amer. La jeune enfant observa le plafond en tôles rouillées de sa cabane, et par un trou béant, suivit du regard un nuage chargé de pluie.

Soudain, elle sursauta lorsqu’un insecte grimpa le long de son bras. Elle s’étira promptement. Un cafard tomba sur le sol en terre battue, et courut se réfugier sous une commode bancale.

A la huitième goutte, Mirella dissimula sa tête sous son drap miteux. Soudain, elle sentit une chaleur au fond du grand sac en toile de jute, qui lui servait de duvet. Son petit chat, se réveillait en ronronnant. Du bout de ses orteils, la jeune brésilienne lui chatouilla le dos. L’animal remonta le long de son corps, sortit sa tête ébouriffée, aux yeux gris bleu. Il lui mordilla un doigt et sauta subitement sur ses épaules, tout en essayant de saisir quelques mèches de cheveux.

Nacré arrête, tu me griffes !

Le chat s’agita sur le matelas déchiré.

La jeune fille sourit, en le voyant s’élancer tout à coup sur les cancrelats, qui s’éparpillèrent à travers la mansarde. Le chat percuta un carton vide.

Le visage de la jeune fille s’assombrit, en repensant au jour dramatique, où elle l'avait rencontré. Sa fragile existence venait de basculer dans la misère.
 

Par un après-midi ensoleillé, elle sortait de l’école, en compagnie de sa meilleure amie Yorrena Barreto.

- Voilà ma future maman. Elle viendra me chercher bientôt, lui affirma son amie qui vivait chez ses cousins, en lui montrant une photographie d’une belle femme souriante.

Soudain, une fusillade éclata. Les gens terrifiés, s’enfuirent et se cachèrent. Subitement, Yorrena s’écroula sur le trottoir. Elle venait de recevoir une balle perdue.

Les échanges de coups de feu, durèrent plusieurs minutes. Mirella resta auprès de sa camarade, en lui tenant la main, jusqu'à l’arrivée de l’ambulance.

Lorsque les sirènes de police retentirent, les narcotrafiquants cessèrent leurs tirs, s’engouffrèrent dans leurs voitures, et prirent la fuite.
 
Depuis ce jour, Mirella essaya d’avoir des nouvelles de son amie, transportée à l’hôpital Sousa Aguiar. Elle sut par une voisine, que l’aggravation de son état, avait nécessité son transfert dans un hôpital de la capitale Brasilia.
 

Mirella connaissait deux des tireurs, parmi la dizaine de malfaiteurs. Il s’agissait de Patricio Ferreira, un homme corpulent, aux cheveux gras, mal rasé, qui se déplaçait toujours armé de son pistolet automatique.

Le deuxième individu, se nommait Alphonse Da Costa. Fluet, avec sa tignasse ébouriffée, les dents jaunis, il mâchouillait souvent une chique. La jeune enfant connaissait la cruauté de ces deux énergumènes, qui, toutes les semaines, dépouillaient les commerçants dans les échoppes du quartier.

Ils « relevaient les impôts » disaient-ils !
 
Quelques jours auparavant, son oncle Antonio Espírito fut roué de coups par des truands. On le trouva dans commerce partiellement incendié.
 
Après la fusillade, les Espírito décidèrent de quitter définitivement le quartier. Ils firent leurs bagages et embarquèrent rapidement dans leur vieux tacot.

Pendant le trajet, ils s’arrêtèrent devant l’entrée de l’orphelinat Saint Antoine pour y déposer Mirella. Sa tante Félixia promit de revenir la rechercher.

En ouvrant la grille de l’orphelinat, Mirella ne trouva qu’un immeuble insalubre, où des clochards se regroupaient. Elle avait été trahie, car son oncle et sa tante, qui n’éprouvaient aucune affection pour elle, en l’abandonnant dans un lieu malsain. Elle représentait certainement une charge supplémentaire pour leur famille.  

En la voyant, correctement habillé, les clochards s’approchèrent. Ils sentaient l’alcool et lui réclamaient des pièces. Mirella s’enfuit aussitôt. Elle se cacha, dans une décharge, pendant plusieurs heures. Ne sachant où aller, elle attendit la nuit.

Tout à coup, un miaulement plaintif attira son attention. Elle fouilla les détritus, et trouva au fond d’une grosse boîte en carton, un petit chat affamé et sale.

Soudain, l’animal lui échappa des mains. Mirella le suivit dans les ruelles de la favela. Il s’engouffra dans une cavité sous un panneau. Ce fut en dégageant ce panneau en bois entouré de plantes, qu’elle trouva un petit cabanon.

Elle nettoya le chat, et découvrit son beau pelage, aux reflets étrangement irisés. Alors, elle le nomma ce jour là, Nacré.

 
 

Brusquement, les frêles parois de son baraquement se mirent à trembler, au passage d’un avion en partance pour Brasilia.

Il était l’heure de se lever !

Mirella, tira sur un panneau en bois, d’où filtrait la clarté de l’aube. Elle prit son chapelet, et s’agenouilla pour prier, en fixant au loin, l’immense statue du Christ Rédempteur. Cette sculpture blanche, visible à n’importe quel coin de Rio, surplombait le mont Corcovado.

Mirella l’implorait fréquemment, dans ses moments de détresse, devant les épreuves.

Elle sortit de sa poche, une photo plastifiée représentant les menbres de sa famille, qu’elle ne quittait jamais, et comme d’habitude, elle fit ses trois vœux quotidiens.

    Je souhaiterai revoir ma maman. Je voudrai manger à ma faim, et aller à l’école.

Mirella essuya une larme et se rendit dans une petite pièce annexe, pour faire une toilette rudimentaire, et s’habiller. La faim la tenaillait. Elle ouvrit une petite boîte en fer blanc, où elle cachait ses pièces de monnaies. Sa tirelire était vide. Elle devait trouver un travail de toute urgence.

Avant de partir, elle s’adressa à son chat.

    Nacré, je laisse la porte entrouverte, comme cela tu pourras aller chercher ta nourriture. A toute à l’heure !

Elle camoufla l’entrée de sa cabane située dans un angle mort.

Anxieuse, le ventre creux, Mirella descendit le moros (2) sur laquelle se situaient la favela et elle longea prudemment ses chemins périlleux.
 

(1)

Les cariocas : les habitants de Rio de Janeiro au Brésil
(2)
Les moros sont les collines
 
 
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