Lectures des chapitres N°9 - N°10 Les présages du moine Clercsaint / L'auberge du Clos Rougeaud

 

N°9

Les présages du moine Clercsaint



Une forme mobile, auréolée d’éclairs, vola vers le roi. Aveuglé, celui-ci s’aplatit très vite au sol. Il sortit son couteau de son fourreau, lorsque tout à coup, les rayons lumineux baissèrent d’intensité.

Stupéfait, Sylvain vit apparaître un aigle majestueux, qui s’engouffra aussitôt par la fenêtre. L’oiseau plia ses gigantesques ailes, blanches et argentées.

Brusquement, elles rétrécirent et se métamorphosèrent en deux bras. Une forme humaine apparut, sous les yeux ébahis du roi.

    - Bienvenue dans mon royaume, Sir ! Déclara l’homme. Un chapeau pointu, orné d’une longue plume blanche couvrait sa tête. Il se pencha vers Sylvain.
    - Rares sont les visiteurs qui parviennent au sommet de mon monastère. J’ai ouïe dire qu’un malheur se répandait chez les Feux d’Or.

    - Oui, Grand Elfe Clercsaint, répondit le roi en rangeant son couteau. Vous êtes le premier des trois Grands Elfes que je dois consulter. Aidez-moi, Sainteté !

    - Asseyez-vous ! Ordonna le Grand Elfe. J’ai eu l’honneur de connaître vos parents, la reine Liane, et Diandor Hellig, le roi des Feux d’Or.

Il lui servit un verre d’eau, et curieusement lui demanda :

    - A quoi pensez-vous ?

Sylvain souhaita répondre.

    - Non ! Ne dites rien, coupa Clercsaint en lui reprenant le verre des mains.
Il scruta le contenu. Puis ferma les paupières. Soudain, l’eau se mit à bouillir, et, au bout d’un moment la Sainteté demanda :

    - Avez-vous un secret à me dévoiler ?

Sylvain rougit en pensant à sa femme, et garda le silence. Il n’osait pas expliquer son mariage secret avec Océane, la naïade, car cette union était contradictoire aux lois des Cinq Royaumes.

    - Vous recherchez deux éléments inestimables, continua la Sainteté.

Sylvain acquiesça.

    - Vous devrez faire le bon choix, jeune roi. Un objet précieux se trouve entre les mains d’ennemis dangereux. Je vois des trolls en colère.

Tout à coup, une bulle jaune dans laquelle se reflétait la couronne, s’échappa du verre, traversa la pièce et s’envola par la baie.

Le roi frissonna.

    - Une femme est en danger ! Annonça l’Elfe les paupières toujours fermées.

Une autre bulle bleue, se forma au fond du verre. Sylvain découvrit la silhouette tremblante de sa jeune épouse. Soudain, la bulle s’éleva dans l’air et s’éclata au plafond sculpté du monastère.

J’espère que cela n’est pas un mauvais présage, médita tristement l’elfe.

Le moine ouvrit ses yeux azur, se leva, et ajouta.

    - Bon voyage Sir ! Soyez prudent.


    C’est tout ? pensa Sylvain. Alors qu’il aurait voulu lui poser davantage de questions, celui-ci se métamorphosa en aigle, et à la vitesse d’un éclair, et s’envola par la fenêtre.

Le roi fut très déçu de cette rencontre. Les signes l’inquiétait. Cependant, sachant qu’Océane était toujours en vie, l’espoir renaissait en lui.

Il s’apprêtait à quitter le monastère, lorsque le moine Bertuin l’interpella.

    - Sir du Royaume des Elfes de Lumière des Feux d’Or, voici vos titres de passage, avec les indications du Grand Elfe Clercsaint.

Sylvain le remercia.

    - Bonne route ! Lui souhaita le moine en rentrant dans le monastère.


Puis, le roi observa les feuilles toujours vierges.

Mais, rien n’est écrit ? Où sont les indices ? Je n’arriverai jamais à trouver le chemin qui mène aux deux autres Grands Elfes.

Désappointé, il roula les feuilles, les attacha délicatement avec une ficelle et les rangea dans sa sacoche, qui à sa grande surprise, lui échappa des mains. Elle dévala les escaliers en faisant des bonds, comme une chevauchée de kangourou.

Sylvain cria et couru après sa besace, sous les regards interloqués des moines dans le monastère de verre.

Peut-être avait-t-il mal examiné les pages ? Elles possédaient sûrement des indices importants.

Les pages du livre des esprits ne devaient pas lui échapper !

 

N°10

L'auberge du Clos Rougeaud

 

Après de multiples efforts, le roi rattrapa les lanières de sa besace, qui voulait encore s’échapper. Les feuilles du livre des esprits devenaient ingérables.

Sylvain sortit son couteau, et délicatement ouvrit le sac. Surpris, il regarda bouger une grosse boule de papier entourée de ficelle.

Il s’en empara et furieux, ordonna :

    - Dépliez-vous maintenant, où vous sentirez la pointe de cette lame vous transpercer !

Les feuilles obéirent en frémissant.

Sylvain, étonné, pu remarquer une écriture bleue foncée, sur une page signée du Grand Elfe Clercsaint, alors qu’elle était vierge auparavant.

A quel moment a-t’il pu noter tous ces renseignements, alors que je suis resté pendant tout l’entretien en sa compagnie ?

Ces mystères le rendaient perplexe.

Sylvain devait se rendre d’abord, vers l’Etang du Sans Souci, le traverser, puis, atteindre le royaume du deuxième grand Elfe, le Mage Majester, en passant par l’Allée des Délices.

Heureusement, ces indications le rassuraient, car les noms de ces lieux lui semblaient paisibles.

Rassuré, il plia en quatre les feuillets, les enfonça dans son sac en disant :

    - Comme cela, vous ne pourrez plus partir !

Soulagé, il redescendit de la montagne.

Arrivé à mi-chemin, il entendit un grognement. Soudain, Elfried, le chien troll, complètement enragé, bondit d’un buisson et l’attaqua.

Sylvain détala rapidement, mais l’animal fut le plus prompt. Ses crocs acérés se refermèrent sur le mollet du roi, qui tomba dans l’herbe mouillée.

Le troll chien voulu le mordre de nouveau, quand soudain deux oiseaux plongèrent becs en avant, sur Elfried. Le sang gicla. Celui-ci, le corps lardé de coups de becs, abandonna sa proie.

Aboyant de douleur, il s’enfuit en dévalant la montagne.

Sylvain fut content de retrouver ses oiseaux.

    - Picotine et Picotin, vous m’avez sauvé du troll chien !

Ils roucoulèrent en se posant sur ses épaules. Le roi les récompensa en leur offrant des biscuits secs, qu’ils picorèrent avidement dans ses mains.
 
 

Pendant ce temps, à plusieurs lieux de là, Océane, installée dans la charrette, blottie entre les morceaux de roseaux, observait le magnifique paysage ensoleillé.

Gabin, le troll cochon, joyeux, chantait des chansons à tue-tête. Ils traversèrent des landes et arrivèrent dans un vaste coteau viticole.

Ils sillonnèrent des sentiers débordants de cépages, aux gros raisins mûrs.

    - Baudet, arrête-toi ! S’écria Gabin.

L’âne troll stoppa la charrette devant une grande exploitation de vignoble. Une pancarte indiquait : « Domaine du Clos Rougeaud » .

    - Nous voici arrivés chez la bonne Fée ! Attendez-moi ici, Océane, proposa Gabin. Je vais chercher un couteau pour détacher vos mains.

Océane, fut ravie à l’idée d’avoir les mains déliées.

Quelques instants plus tard, le troll cochon, accompagné d’un troll louve aux poils rougeâtre tenant un fouet dans une main, vinrent à sa rencontre.

Océane eut une appréhension. Elle fixa les sourcils rouges du troll louve, qui lui donnaient un air insoutenable.

Le troll la dévisagea de la tête au pied.

    - Quelle belle prise ! Gabin vous m’avez vendu une bien jolie naïade !

    - Oui, Fée Rouge, mais j’ai droit aussi à une prime.

Océane tressaillit, car elle venait de comprendre que la bonne fée n’existait pas. Il s’agissait au contraire d’une Fée Rouge, un troll dangereux.

    - Mais je ne suis pas à vendre ! Protesta-t-elle, atterrée, en découvrant la trahison du troll cochon, qui baissa la tête.

Avec la pointe de son fouet, la Fée Rouge, montra une flaque de boue.

    - Voici votre récompense Gabin, un bon bain boueux pour raffermir votre peau.

    - Merci ma bonne Fée Rouge, rétorqua t-il en se glissant avec satisfaction dans la fange.

Puis, la Fée Rouge se dirigea vers Océane.

    - Accompagnez-moi naïade. Vous êtes ma prisonnière. Je sais tout de vous, et j’ai déjà eu affaire à des naïades. Gabin, m’a raconté que récemment, vous avez utilisé votre pouvoir ; vous ne pourrez le récupérer que dans un mois.
    - Je ne me laisserai pas faire ! Affirma Océane.

    - Je suis vigneronne, et dans mon territoire, votre liberté aura un prix !

Océane, fatiguée ne pouvait s’enfuir, surtout avec les mains liées.

Après toutes ces péripéties, et la fourberie du troll cochon, elle n’aspirait qu’à une seule chose : dormir !
 
 
 
 

Fin de la publication en exclusivité des chapitres n°1 au n°10 du conte:

 Sylvain et Océane : l'Elfe de Lumière, amoureux d'une Naïade.

 

Le conte fantastique est réservé pour l'édition. Merci de votre fidélité.

                                   

 
 
 
 
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