Lectures des chapitres N°7 - N°8 La caverne secrète / Une horde sauvage

N°7

La caverne secrète

 

Une force prodigieuse agrippa Sylvain par les épaules, et le transporta sur la rive du torrent. Le jeune roi reprit sa respiration, et se retourna, étonné de ne voir personne.

    Qui m’a sauvé la vie ?

Il scruta les environs, et ne vit toujours pas ses oiseaux, Picotin et Picotine. Ils sont si fragiles. Auraient-ils péri dans les flots ? Pensa t-il en reprenant son souffle.

Tout près de lui un buisson bougea. Sylvain se leva, et rapidement, sortit son poignard de sa besace.

    - Qui est là ? Demanda-t'il anxieux.

Soudain, un troll chien gris, vêtu d’un habit de moine, jaillit du taillis. Il renifla dans sa direction, et se redressa. Ses deux pattes avant, se rejoignaient sous une chasuble défraîchie.

    - Je suis Elfried Ligier, le moine du Royaume de la Sainteté.

    - Merci moine Ligier de m’avoir sorti de ces eaux troubles. Je suis Sylvain Hellig, le roi du Royaume des Feux d’Or, et je cherche le monastère du Grand Elfe Clercsaint.

    - Suivez-moi Altesse, je connais très bien le chemin, répondit le troll en faisant une révérence au roi.

Celui-ci, méfiant, hésita. Il se souvenait des avertissements de l’Elfe de Sagesse, Maître Njörd, sur la dangerosité de ces êtres.

    - N’ayez aucune crainte, Seigneur. J’ai fait vœux de gentillesse auprès des Elfes. Je vous conduirai en haut de la montagne sacrée, où se trouve le cloître de la Sainteté.

Sylvain accepta. Il savait, que les trolls étaient des êtres malins et méchants. Mais, il avait besoin de ce guide providentiel.

Pendant une heure, ils grimpèrent un sentier escarpé. Fatigué, Sylvain décida de se reposer sur une pierre plate, au bord du chemin.

 

Le troll Elfried n’en pouvait plus car il n’avait qu’une idée en tête.

    - Cet elfe à l’air appétissant, pensa-t-il en salivant. J’aimerai bien croquer dans sa chaire fraîche.

Ils continuèrent la montée, et arrivèrent dans un étroit talus qu’il fallait franchir à main nue.

Elfried passa le premier, suivit du roi. Soudain, le troll chien perdit l’équilibre et tomba sur Sylvain. Mais celui-ci l’évita par une pirouette. Le troll se retrouva au bord du précipice, ses pattes arrière suspendues dans le vide, tandis qu’il s’accrochait désespérément à un buisson.

Sylvain le rattrapa de justesse, et lentement le hissa à sa portée.

    - Vous m’avez sauvez la vie, jeune roi.

    - Donc, nous sommes quittes, ajouta Sylvain, fier de son geste.

Alors qu’ils atteignirent pratiquement le sommet de la montagne sacrée, Sylvain s’aperçut qu’un énorme bloc obstruait la route.

Sournoisement, le troll chien poussa le roi dans le vide.

Sylvain tomba lourdement sur un rocher, qui bascula sous son poids. L’elfe s’accrocha à une racine qui jaillissait de la falaise. A tout moment, il risquait de tomber dans le précipice.

    - Aidez-moi monsieur Ligier! S’écria le roi.

Le moine Elfried, lui mordit méchamment, le poignet.

Sous la douleur, Sylvain lâcha la souche. Accroupit sur le rocher instable, il sortit rapidement la cordelette de sa sacoche, et la projeta comme un lasso aux branches d'un arbre, à l’opposé du fossé. Il s’élança, et en se cramponnant tant bien que mal, et il ne pu atteindre l’autre rive.
Lorsqu'il revient, le troll chien qui le guettait, lui agrippa sa cape, qui se déchira.

Le roi fonça de nouveau, et posa pied dans une corniche, de l’autre côté de la montagne.

Heureusement que j’étais sur mes gardes, songea-t-il en frictionnant son poignet endolori.

Ce troll a fait vœux de gentillesse ; ce sont plutôt des vœux de monstruosités !


Furieux d’avoir raté son coup, Elfried resta tapi derrière un gros buisson épineux.

Il faudra bien que se maudit Elfe redescende de cette montagne, marmonna-t-il, en regardant sa proie escalader prudemment la falaise opposée.

    - J’ai essayé en vain, de le faire tomber, mais la prochaine fois, j’y arriverai. Une fois en bas, je le dépouillerai, et je le mangerai !

Au bout d’un moment, Sylvain arriva épuisé, en haut de la montagne sacrée.

Il se retrouva devant un immense monastère de cinq étages et fut très surpris à la vue de ce bâtiment construit en verre. A travers toutes les pièces translucides, on découvrait le va-et-vient des moines. Les portes vitrées s’ouvraient automatiquement sur leurs passages.

Impressionné, Sylvain monta les marches d’un escalier en verre opaque, entouré de statues en cristal bleuté, représentant des anges aux aguets.

Alors qu’il arrivait devant une galerie, il vit surgir soudainement un homme. Vêtu d’un pantalon ample, d’une veste en queue de pie, il portait autour du cou une collerette de plumes.

Il se présenta :

    - Je suis le moine Bertuin, le serviteur du Grand Elfe de ce monastère sacré. Qui êtes-vous ?

    - J’ai été recommandé par mon Royaume, pour solliciter l’aide du Grand Elfe Clercsaint. Lui seul me permettra de retrouver mon trône du Royaume des Elfes des Feux d’Or.

    - Sa Sainteté vous accordera une audience Sir, qu’à une condition. Le valet tendit son doigt vers un rectangle en verre placé au milieu de la pièce.

    - Veuillez déposer ici vos titres de passage, ordonna le serviteur.

    - Quels titres ? demanda Sylvain étonné.

Il fouilla dans sa sacoche. Mais une force invisible l’en empêcha. Sa main restait bloquée. Impossible de s’en servir. Qu’est-ce qui se trouvait dans son sac ? La force lâcha prise, alors il vida le contenu, et vit avec stupeur les feuilles s’agiter, et se transformer en une main agile sur la table. Soudain, elles sautèrent sur son visage. Deux se collèrent à ses oreilles, une sur sa bouche et l’autre entoura son nez.

    - Lorsque vous aurez terminé de vous amuser Sir, appelez moi, lui conseilla le moine Bertuin en lui montrant une clochette sous la table de verre.

Puis il partit au fond de pièce, s’installa à un pupitre pour écrire sur un manuscrit. 

    Mais, elles m’étouffent ! Voulu répondre Sylvain qui ne pu ouvrir la bouche.

Le roi au bord de l’asphyxie, sortit son couteau, les décollèrent les unes après les autres de son visage. Il les posa délicatement sur le cadre, en tenant son couteau pointé au dessus d’ elles.

Instantanément, les pages vierges stoppèrent leur ballade.
 

Alors, il sonna le moine Bertuin qui s’approcha avec une grosse loupe.

    - Il s’agit des feuilles du Livre des Esprits. Elles se rebellent, s’excusa Sylvain, gêné.

Le serviteur concentré, posa délicatement un cadre sur les pages mouvante. Il les examina.

    - Tout est en règle. Suivez-moi Sir.

Sylvain, en l’escortant se demanda quel était le pouvoir de ses feuilles ? Il présageait une hostilité.

Ils grimpèrent les cinq étages d’un escalier en colimaçon, qui débouchait dans une pièce ronde, dégageant une magnifique baie.

    - Asseyez-vous Sir ! Le Grand Elfe sera bientôt là. Voici quelques rafraîchissements pour vous faire patienter.

Sylvain s’assit dans un fauteuil spacieux près d’une table chargée de mets délicieux : jus de pomme, tartelettes, petits gâteaux secs. Il mangea avec appétit, et par habitude, glissa dans sa poche quelques victuailles pour ses petits oiseaux.

Ils reviendront certainement bientôt.
 

Le temps passa.

    - Où es-tu Océane, ma belle naïade ? Soupira-t-il, en scrutant l’horizon. Je suis persuadé que tu es vivante. Pensa-t-il le cœur serré.
 

Au bout d’une heure, le roi se leva, ouvrit la fenêtre et respira l’air frais de la montagne sacrée.

Tout à coup, il remarqua au loin, un point noir entouré d’éclairs, qui grossissait de plus en plus. Angoissé, il vit le phénomène se diriger à vive allure, droit vers lui !

 

N°8

Une horde sauvage

 

Cr
épin, un ours troll, l’estomac creux, marchait lentement le long du torrent. Il découvrit un coin agréable, s’assit au pied d’un bosquet, et lança sa canne à pêche dans l’eau.
Il attendit longuement, puis, somnola.
 

Tout à coup, un hurlement le fit sursauter. Il se retourna, et vit courir une jeune naïade, pieds nus, les mains attachées. Une voilette noircie, dépassait de ses cheveux ébouriffés.

Crépin, surprit se redressa. Il s’apprêtait à la suivre, lorsque soudain, un gros saumon mordit à l’hameçon, et l’entraîna rapidement dans les flots.

Après une lutte acharnée, l’ours troll, parvint à se saisir du poisson, mais, celui-ci se libéra, et se faufila dans les courants.

Désappointé, il revint sur la rive, quand il aperçut au loin, la naïade fuyant à travers les champs.

Deux belles proies venaient de lui échapper ! La faim le tenaillait !

Il s’ébroua vigoureusement, et décida de rentrer chez lui en passant par les fourrés. Soudain, il ressentit une vive douleur au pied.

    Aie ! S’écria-t-il.

Crépin ramassa une couronne garnie de diamants, et de pierres précieuses scintillantes. Ravi de sa trouvaille, il prit rapidement le chemin de son logis.
 

En entrant dans sa caverne, une odeur nauséabonde de fourrure grillée, lui coupa le souffle. L’ours se dirigea prudemment, vers les cavités du fond.

Horrifié, il découvrit ses parents, gueules grandes ouvertes, yeux exorbités, figés dans deux blocs de glace.

En les regardant, pattes en l’air, toutes griffes dehors, Crépin comprit aussitôt que la naïade venait d’utiliser son pouvoir diabolique.

Il fit rapidement un feu de bois pour réanimer les ours trolls. Quelques instants après, le dégel commença.

Ses parents choqués s’exprimèrent, tout en se réchauffant près du feu.

    - Crépin, mon fils adoré, que nous est-il arrivé ? Balbutia Léonce, alors qu’un gros bloc de glace tombait de son corps.

    - C’est une naïade qui vous a mis dans cet état.

    - Oui, je me souviens d’Océane, cette petite fourbe, répondit durement Martial en frappant ses pattes au sol pour enlever les derniers glaçons de son corps.

    - On l’avait enfermé dans ta chambre, et en ouvrant la porte, on a vu des éclairs puissants sortir de ses yeux, expliqua Léonce en grelottant.

Puis, elle raconta sa rencontre avec la naïade, mariée au Roi des Elfes de Lumière du Royaume des Feux d’Or. Elle lécha sa patte et fit tomber quelques morceaux de glace.
 

    - Regardez le butin que j’ai découvert près du torrent !

Leur fils leur montra l’étincelant diadème.

    - C’est la couronne des Feux d’Or ! Se réjouit l’ourse.

    - Voilà un véritable trésor ! S’écria Martial en le lui arrachant des mains. Allons vite vendre cette couronne, et récupérer la perfide naïade. Elle nous appartient !

    - J’ai repéré la direction qu’elle a prise, signala Crépin.

    - Alors, en route ! Décida le père, en faisant vibrer ses naseaux.

Aussitôt, la horde sauvage des ours trolls aux visages déformés par la haine et la faim, sortie bruyamment de leur tanière.
 


Pendant ce temps, traumatisée par la vision des ours foudroyés, puis prisonniers des blocs de glace, Océane, effrayée, courait toujours.

La jeune mariée, qui pour la première fois utilisait ses pouvoirs, reprit son souffle, accroupit dans un champ de coquelicots.

Affaiblit, elle pensa à son époux Sylvain, et à la couronne des Feux d’Or, qu’elle espérait récupérer un jour, à l’aide de ses serviteurs.

Soudain, elle entendit un craquement.
 

La naïade se retourna et vit s’approcher un troll cochon bouffi, au visage rose. Engoncé dans des habits trop serrés, ses oreilles dépassaient d’un chapeau à larges bords.

    - Oh ! Là ! Là ! Jeune fille que vous arrive t’il ? Pourquoi êtes vous attachée, demanda t-il ?

Effrayée, elle fit un mouvement de recul. Voyant son inquiétude, il la rassura. 

    - N'ayez pas peur. Tous les trolls ne sont pas des mangeurs de naïades. Je suis Gabin Mares, et je ne mange que des racines. Je vais au marché vendre mes roseaux, lui dit-il en lui montrant une charrette bien remplie, conduite par un âne troll.

Il lui présenta brièvement l'âne Baudet Palis.



En confiance, la naïade lui relata ses mésaventures. Elle recherchait le Royaume des Feux d’Or.

    - Suivez-moi jeune fille. La bonne fée de notre région vous aidera. Elle connait bien le chemin, répondit le troll cochon.

    - Pouvez-vous me couper mes liens ? Demanda Océane.

Le troll approcha et remarqua

    - Ils sont si serrés que la bonne fée s’en chargera. Elle vous offrira le gîte et le couvert.

Epuisée, Océane accepta de le suivre.

Il la souleva délicatement et la fit monter derrière sa charrette.

Gabin avait l’air si gentil et attentionné, qu’Océane l’accompagna, sans se douter de ce qui l’attendait…