Lectures des chapitres N°5 - N°6 En quête de la couronne des Feux d'Or / Les trolls ours

N°5

En quête de la couronne des Feux d’Or

 

Le jeune roi se réveilla brusquement. La veilleuse de sa table de chevet éclairait une partie de la salle sombre, des soins et des guérissons. Les aiguilles de la pendulette en laiton, indiquaient vingt trois heures.

Sylvain se souvient du présage de Maître Njörd, l’Elfe de sagesse. Pour sauver son royaume, il devait partir, avant minuit, en quête de sa couronne des Feux d’Or. Ce magnifique diadème d’or scintillant, à longues pointes, possédait un pouvoir fulgurant. Il éblouissait de son éclat le Roi qui le portait. Il l’associait à la puissance du soleil, tout en le reliant à un ordre divin.

Cependant, avant son départ, Sylvain voulait comprendre ce qui s’était passé dans la chapelle. Il regarda vers le lit du prêtre Snorri et l’appela. Il n’eut pour réponse, que le grognement du religieux qui se retourna. Il se rendormit à poings fermés.

Soudain, des gazouillis d’oiseaux résonnèrent. Heureux, le roi sauta de sa couchette, en voyant ses pigeons, recroquevillés aux pieds de son lit.

    - Alors mes chéris, que vous est-il arrivés ?

Il les caressa longuement.

Picotin avait perdu quelques plumes du côté droit et Picotine frissonnait. Traumatisés, ils ne roucoulaient plus comme d’habitude.

Sylvain trouva de quoi les soigner dans l’armoire à pharmacie. Puis il refit son bandage.

Rapidement, il se dirigea vers la cuisine pour donner des graines aux pigeons. Il sortit d’un placard une large gibecière, et la garnie de nourriture et de petits gâteaux.

Il retourna dans sa chambre, revêtit sa cape et son chapeau, sans oublier le poignard offert par son père. Il ajouta une cordelette, qui lui servira certainement dans le long périple, qu’il décida d’entreprendre.
 

Tout à coup, il entendit un bruit étrange provenait en dessous de son lit. Il se pencha, et aperçut avec stupeur que les pages vierges que lui avait remis l’Elfe de Sagesse se déplaçaient toutes seules, chacune dans des directions opposées !

     Des papiers qui rampent ? Je n’ai jamais vu cela !

Après un moment de frayeur, le roi se rappela de l’importance des feuillets qui pourraient l’aider dans ses recherches.

Il essaya en vain, de les rattraper, sans les déchirer. Malgré cela, les feuilles restèrent collées au sol.

Sylvain se saisit alors de son couteau. A la vue de sa lame tranchante, les feuillets devinrent dociles. Soulagé, il les assembla, les plia et les glissa dans sa gibecière.

Pour protéger ses oiseaux encore faibles, il les plaça dans les larges ourlets de son pantalon.

     Comme cela vous reprendrez des forces mes petits oiseaux !

Puis, bien avant minuit, le roi sortit du château des Feux d’Or.

La tempête redoublait de vigueur. Il pleuvait abondamment. Des grêlons, gros comme des pommes, tombaient, et cassaient les tuiles des maisons environnantes. Sylvain trouva refuge sous un abri.

    Quelle direction fallait’ il prendre ?

 

Il fit un détour par la chapelle, pour revenir sur les lieux de la disparition d’Océane. Il eut un haut-le-cœur en voyant l’anéantissement de la petite église. Il se fraya un chemin parmi les débris, et s’agenouilla pour se recueillir devant l’autel ravagé. Il pria ardemment, afin de retrouver, son épouse et sa couronne.

Soudain, Picotine sortit de l’ourlet du pantalon et traversa une dalle cassée. Picotin la suivit aussitôt.

     Mais où allez-vous ? Revenez ! Cria le roi, stupéfait.

Il prit aussitôt une chaise, la fracassa entre deux dalles, et découvrit une galerie marécageuse.

     Comment ont’ ils fait pour circuler à travers cette boue ?

Sylvain appela ses oiseaux, qui ne revinrent pas.

Le roi retint sa respiration et s’enfonça délicatement à l’intérieur du gouffre. Il nagea rapidement dans un tunnel étroit, et reprit son souffle.

Il n’y eut aucun signe des oiseaux.

Subitement un tourbillon l’aspira au fond. Projeté contre un rocher, il coula à pic.

 

N°6

Les trolls ours


Des torchères illuminaient agréablement la caverne familiale des ours. Le troll ourse, madame Léonce Buster, très avenante, fit visiter son logis à Océane. Le salon formait une grande excavation, séparée par une cuisinette. A l’angle de cette pièce, trois petites cavités, fermées par de lourdes portes en pierres roulantes, correspondaient aux chambres.

Dans le foyer, où trônait un mobilier rudimentaire, un feu de bois grésillait.

Océane restait craintive.

Cependant, l’aspect accueillant du couple d’ours trolls, la mit rapidement en confiance. Pendant que Martial, le troll ours, aiguisait plusieurs couteaux devant la grotte, l’ourse Léonce, soigna immédiatement la blessure d’Océane.

Rassurée par tant de gentillesse à son égard, la naïade se confia. Elle raconta ses mésaventures ; son mariage secret, et la douloureuse séparation avec son époux.

Avec beaucoup d’amabilité, la femme ourse lui dit tout bas.

    - Je suis attristée par les épreuves que tu as endurées, jeune naïade.

Puis, elle regarda vers l’entrée de la grotte. Son mari, Martial s’activait en faisant briller ses lames au soleil.

L’ourse hésita, et discrètement s’adressa à Océane.

    - Jeune demoiselle, je t’invite dans ma demeure, uniquement pour cette journée. Et ce soir, je t’accompagnerai à l’orée de la forêt, où des paysans t’offriront l’hospitalité. As-tu bien compris ?

    - Oui madame Léonce, merci, répondit Océane, surprise par le ton ferme de l’ourse.

Peu après, madame Ourse lui prépara un frugal repas ; des champignons grillés, des pommes de terre, des feuilles d’acacia, d’eucalyptus et des fruits.

Océane passa la journée à confectionner des confitures de framboises avec Léonce, tandis que, Martial, son mari, coupait du bois à l’ombre des fougères.

L’après-midi, pendant la sieste des ours, Océane s’en alla cueillir des mûres sauvages. Son pied ne lui faisait plus mal.

Le soir venu, la naïade s’apprêtait à prendre congé, lorsque monsieur ours intervint avec autorité :

    - Océane doit rester. Elle dînera ce soir, et demain elle partira.

    - Merci monsieur Martial, mais je dois reprendre ma route.

    - Océane a décidé de partir ! Répliqua madame Léonce.

    - Non ! Insista-t-il, tu dois être fatiguée n’est ce pas ? Et en plus l’orage approche.

Soudain, un coup de tonnerre fit trembler les parois de la grotte.

    - Océane que décides tu ? Demanda inquiète madame Léonce.

La jeune fille scruta la sortie. Dans la forêt, des trombes d’eau se propageaient. Elle était si bien au chaud chez ses hôtes, qu’elle acquiesça.

    - Oui, je reste pour cette nuit, monsieur Martial.

Il lui sourit, et dans ses yeux, brillait la même lueur, qu’il avait eue en la rencontrant le matin devant la grotte.

Après ce délicieux repas, Océane assouvit, se coucha sur un lit de paille, dans la plus petite tanière.

Le lendemain, elle constata qu’elle avait perdue la mémoire !

Qui était-elle ? Où se trouvait-elle ?

    - Tu t’es bien reposée ? Lui demanda l’ourse troll Léonce, en la voyant sortir de sa chambre.

Océane ne se souvenait pas de ses hôtes.

    - Qui êtes-vous ? Où suis-je ?

    - Tu es dans la caverne de l’oubli. Tous tes souvenirs se sont effacés, et le resteront à jamais, répondit méchamment l’ours troll, Martial.

    - C’est dommage que tu ne m’aies pas écouté ! Je t’avais bien dit de ne pas rester cette nuit ! S’écria l’ourse Léonce, en plongeant sur elle.

Elle lui banda les yeux, et lui attacha les deux poignets.

    - Mais que me voulez vous ? Hurla Océane, apeurée.

    - Notre fils adoré doit rentrer de la chasse dans quelques instants, et il aura faim, continua l’ourse.

    - Tu seras son dîner, ajouta cyniquement Martial, en frottant son museau humide contre sa joue.

Puis, les ours trolls poussèrent la prisonnière dans sa cavité et l’enferma. Un grand bâton, placé en travers de la porte, bloqua l’entrée.

La cordelette lui meurtrissait les poignets.

Désemparée, Océane sanglota quelques instants, puis se mis à réfléchir sur son triste sort.

Pourquoi m’avoir bandé les yeux, alors qu’ils m’ont attachée et enfermée?

Quelques minutes passèrent, brusquement, la jeune naïade se ressaisit.

    - Non, je ne me laisserai pas manger par ces trolls et je ne n’attendrai pas l’arrivée de leur fils.

Elle se jeta rapidement à terre, frotta son visage contre le pied d’une chaise, et fit glisser son bandeau. Puis, elle colla son oreille contre la porte en pierre, pour écouter leur conversation.

    - J’ai faim, grognait l’ours. Cela fait plusieurs jours que nous n’ayons rien dans le ventre. Mangeons là maintenant !

Il partit à la cuisine et revint avec deux couteaux qu’il venait d’affûter.

    - Tu as raison, répliqua le troll ourse. Allons manger cette petite niaise. Nous en laisserons quelques morceaux pour notre fiston.

Océane morte de peur, recula jusqu’au fond de la pièce. Haletante, les yeux exorbités, elle vit la lourde porte en pierre coulisser lentement.

Les ours affamés allaient la dévorer !