Lectures des chapitres N°1 - Le désastre des Strigaigles


" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "   
( Publication partielle de 5 chapitres sur 21) Nouvelle version

Flora Bytom

et

le Jeteur de Sorts

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Chapitre n°1 - Le désastre des Strigaigles

 

Dans les collines de l’Oberland, au nord-est de la Pologne, vivait Flora Bytom, une paysanne d’une douzaine d’années. Elle habitait avec ses parents dans une ferme en bois, nichée dans la campagne de Nidzica.

Depuis quelques semaines, la région devenait la cible d’inquiétants phénomènes. En effet, pendant les nuits orageuses, des rugissements effrayants résonnaient dans les hameaux.

Tétanisés, certains villageois se calfeutraient chez eux, en faisant mine le lendemain, de n’avoir rien entendu. Tandis, que des paysans désemparés constataient la disparition de leur bétail, dans leurs enclos dévastés.

La paysanne semblait persuadée de l’existence de bêtes sauvages, hors du commun, alors que la plupart des habitants, pensaient avoir affaire à du brigandage. Pourtant, des indices troublants démontraient l’assaut de monstres terrifiants.

En ce matin printanier, comme à son habitude, la fillette se leva tôt, pour effectuer ses travaux journaliers. Elle ouvrit les volets en se demandant pourquoi elle n’entendait pas chanter le cop.

 

Elle se doucha, enfila sa salopette et ses bottes, se couvrit la tête d’un foulard, puis, sortit en évitant de nombreuses flaques d’eaux.

La fillette bailla longuement en traversant la cour silencieuse. Elle s’arrêta stupéfaite devant la porte ouverte du poulailler, qui laissait présager le pire.

Je suis sûre de l’avoir refermée hier soir, pensa-t-elle perturbée, en remarquant le loquet électrifié soulevé.

 

Elle entra craintivement et découvrit un désordre incroyable. Elle aperçut une ouverture béante dans le toit en tôle, et les grillages des fenêtres complètement éventrés.

On dirait qu’une bête féroce est entrée ici, et repartit par le toit !

Des duvets bariolés jonchaient le sol, ainsi qu’une longue plume gris-vert d’un mètre. Effarée, elle ramassa une deuxième plume verdâtre qui dépassait sa taille.

Quels genres de volatiles pouvaient avoir des plumes d’une telle dimension dans la région ?

Lorsqu’elle vit, le coq déplumé, tremblant au fond de son abri délabré, la fillette comprit la raison pour laquelle le volatile, ne pouvait chanter dès l’aurore comme a son habitude.

Un filet de tonalité sortait à peine de son bec blessé. Deux griffes manquaient à son ergot.

Plusieurs poules effrayées, s’agrippaient aux câbles électriques cassés, qui pendaient dans un coin noirâtre de l’enclos. Un fluide verdâtre opaque, qui coulait le long des murs, en suintant jusqu’au sol ensanglanté.

L’animal qui a pénétré ici c’est certainement blessé, se dit-t-elle.

Elle prit son mouchoir dans son tablier, le posa sur la substance visqueuse, puis le plia en évitant de toucher au liquide. Elle le plaça délicatement dans sa poche.

L’attaque avaient été violente. Des œufs cassés jonchaient le sol. Les caissons des poulardes installés dans les rayons inférieurs étaient saccagés. Affolée, la fermière compta ses volailles. Elle en trouva douze, au lieu de dix-sept.

Comment devra-t-elle justifier à ses parents, l’oubli de la fermeture de l’enclos ?

 

En se dirigeant vers l’étable, elle entendit ses brebis bêler nerveusement.

Calmez-vous ! Dit-elle en les caressant. Qu’est-ce qui a bien pu vous mettre dans cet état ? Mes belles brebis, vous avez sentit la présence du monstre qui n’a pas pu vous atteindre cette fois-ci ?

Lorsque deux brebis dernièrement, avaient disparu, la famille électrifia l’enclos.

 

Au moment de la traite, elle constata qu’aucune goutte de lait ne sortait de leurs mamelles. Déçue, elle activa la clôture électrifiée, puis haussa la palissade. Ensuite, elle ouvrit la barrière pour les laisser aller au pâturage, situé derrière l’étable. C’était la deuxième attaque dans sa ferme.

Quelques agriculteurs anxieux, faisaient des gardes de nuit pour capturer ce qu’ils croyaient être des voleurs. Pendant ce temps, les attaques se déroulaient ailleurs.

Soucieuse, elle continua ses travaux de nettoyage, astiqua les cuvettes, actionna le nouveau cycle de l’eau de source, qui jaillissait électroniquement dans tous les abreuvoirs de la ferme.

Après avoir balayé la cour, elle rentra dans la ferme, rangea sa chambre, et emballa dans un carton, l’ouvrage terminé la veille.

Douée pour le macramé et la broderie, elle confectionnait souvent des vêtements pour son entourage, et sa mère, Marysia Bytom, monnayait ses napperons bariolés au marché de Nidzica.

Coquette, elle se vêtit d’une jupe en laine brodée, d’un corset de dentelle, et coiffa sa longue chevelure. Ensuite, elle ouvrit un coffret en bois vernis pour choisir une jolie barrette, réalisée avec le tricotin que son père Filip Bytom, lui rapporta de la ville portuaire de Szczecin.

Comme cela, où que tu sois, tu auras déjà ton matériel. Il te suffira juste, d’une pelote de laine à portée de la main, pour te mettre à l’ouvrage, lui disait-il, en le lui offrant.

 

Flora attacha ses cheveux avec la barrette, de la même couleur que la touffe de cheveux violette qui poussait au milieu de sa belle crinière noire.

-                Cette touffe ressemble à des pivoines au centre d’un champ, lui disait souvent sa maman, qui aimait brosser, et tresser sa jolie mèche violette.

 

En approchant de la cuisine baignée par les rayons du soleil levant, elle trouva ses parents chuchotant, en pleine discussion. Intriguée, elle resta près l’entrée. Madame Bytom paraissait agitée, car son mari allait bientôt partir en mer, pour naviguer pendant de longs mois.

Monsieur Bytom, marin pêcheur, naviguait souvent en mer Baltique, entre les hautes vagues, sur son chalutier, L’Abondance, qui parcourait le cap du Golfe de Botnie jusqu’à la mer du Nord.

L’homme rejoignait sa famille de temps en temps, pendant de courtes escales.

-           Il faut tout lui expliquer, ma chérie, avertit le marin, il en est grand temps.

-           Non, on doit encore la protéger, protesta sa femme désorientée.

-           Mais, ce n’est pas en lui masquant ce terrible fait, qu’on la protégera, décida-t-il.

 

Subitement, Flora ne put retenir un éternuement. Pour ne pas attirée l’attention de la conversation qu’elle venait d’entendre, elle entra aussitôt dans la pièce.

-           Que t’arrive-t-il ma petite ? Demanda le marin de sa voix grave, en remarquant la tristesse de sa fille.

-           Viens manger ma petite, renchérit sa mère en lui apportant un bol de lait chaud avec des flocons d’avoine.

Pendant qu’elle découpait des parts du délicieux pernik (1) préparé la veille, la brodeuse, intriguée, regarda le couple, en se demandant se qu’ils lui cachaient.

Des arômes de cannelle et de miel se répandirent dans la pièce.

 

Elle s’assit à table.

-         As-tu donné à manger et à boire à nos bêtes ?

-           Oui papa.

La brodeuse ne voulait pas troubler ce moment de séparation, par les désagréments qu’elle venait de vivre.

 

Tout en allant à l’école, elle voulait prouver à sa famille, qu’elle pouvait assumer ses tâches à la ferme, en aidant sa mère.

 

Ainsi, elle évita d’avouer la disparition des bêtes, pour ne pas les inquiéter.

-           « Une Bytom ne se plaint jamais », disait souvent son père.

-           Dans un ou deux ans, j’aurai gagné plus d’argent pour notre famille.

-           Tu feras quoi de tes sous papa ?

-           Eh bien, je t’inscrirai dans la prestigieuse école artistique de Varsovie, pour entreprendre les études que tu aimes tant ma chérie. Ensuite, j’agrandirai notre ferme, et j’achèterai de nouveaux matériaux. Puis, j’embaucherai du personnel, comme cela je pourrai travailler constamment aux cotés de ma douce fille et de ma merveilleuse femme.

-                Merci mon papa adoré, répliqua-t-elle en souriant.

La fillette fière de son discours, lui demanda :

-                Dis papa, pourrais-tu me rapporter un souvenir de ton voyage ?

-           Comme d’habitude ma petite, répliqua l’homme en plaçant sa large main sur sa barrette, et en caressant la mèche violette de son unique enfant.

-           Tu es notre porte-bonheur, ma chérie, ajouta-t-il heureux.

Tout à coup, un bruit de klaxon retentit.

La brodeuse se leva, écarta les rideaux de la cuisine et s’écria.

-         Papa, ton taxi est la !

Une voiture s’arrêta devant l’allée fleurie de la fermette.

Quelques instants plus tard, Filip Bytom, l’homme à la stature imposante, sortit sur le perron en tenant sa femme Marysia par la taille et sa fille par la main.

 

Pendant que le chauffeur de taxi rangeait les bagages dans le coffre, elle offrit un paquet.

-                J’ai un cadeau pour ton départ papa.

Il découvrit une belle écharpe de laine, aux couleurs du drapeau national polonais.

-         Elle est magnifique !

Heureux, il remercia sa fille d’un baiser sur la joue, et prit sa femme dans ses bras, et l’enlaça. Ému, il se glissa rapidement dans habitacle.

Au bout de l’allée, elles sortirent leurs mouchoirs, en les agitant d’un signe d’au revoir, et suivirent des yeux le taxi, jusqu’au moment où il disparut de la route. Ensuite, elles remontèrent tranquillement l’allée.

-                Il est encore parti pour plus de deux longs mois d’absence ! Soupira sa jeune femme.

-           Il reviendra pour l’été, ne t’en fais pas, déclara sa fille en la soutenant.

Quelques instants plus tard, Flora sentit son portable vibrer dans sa poche. Elle fut heureuse de recevoir un premier message.

« Ne pleurez pas mes chéries. Je reviendrai bientôt. Mes prières iront vers vous. Je vous aime. »

-                C’est qui ? Demanda la fermière en l’observant.

-                Papa pense à nous, annonça-t-elle, contente d’être en liaison constante avec lui.

 

Ce fut sur le perron de leur maison qu’elle décida d’annoncer les mauvaises nouvelles.

-           On a perdu cinq poules,  le poulailler, est saccagé, et le coq est blessé.

-           Qu’est-il arrivé ? Demanda-t-elle.

-           Je suis certaine que des monstres géants ont agit. J’ai retrouvé de grandes plumes et

-           Ne racontes pas de bêtises, coupa Marysia. Les monstres n’existent pas. As-tu bien refermé le poulailler hier soir ?

-           Non je ne suis plus sûre d’avoir fermé la porte du poulailler, révéla Flora désappointée.

 

Étonnamment, au lieu de la réprimander, elle regarda le paysage s’étendant sous le ciel limpide. A l’horizon s’élevait la forteresse teutonique de Neidenburg, qui portait l’ancien nom de la ville de Nidzica.

Une volée d’alouettes traversait le ciel, et le vent agitait la cime de la forêt de cèdres.

-       J’ai un très mauvais pressentiment, annonça Marysia, tandis que le tonnerre grondait dans un coin de ciel noir.

 

Elles restèrent silencieuses quelques instants. Puis, Marysia révéla d’une voix glaçante.

-           Ils rodaient cette nuit, tapis dans l’ombre, en faisant leurs basses manœuvres.

-           Tu parles de qui ? Demanda Flora effrayée.

-                J’étais dans les bras de ton père et je ne voulais pas le réveiller.

-                Celui qui nous a volé nos bêtes ?

 

Marysia Bytom ne répliqua pas. Elle serra fortement la main de sa fille en observant fixement le paysage.

-                Regarde cet arbre au milieu des autres. Pourquoi ne bouge-t-il pas sous les plis du vent ? Demanda t-elle d’une vois lugubre.

Sa fille s’inquiétait, qu’elle lui demande de regarder le paysage, alors qu’elle avait les paupières fermées.

-                Et cet autre, qui vient de perdre ses feuilles, alors que le printemps est de retour ?

-                Pourquoi me montres-tu des arbres, et que tu ne les regardes même pas ! S’écria Flora, angoissée.

-                Ne vois-tu pas les signes ? Persista Marysia en tremblant.

La fillette tressaillit.

-              Que veux-tu dire maman ? Je ne comprends rien du tout.

 

Soudain, le coucou de l’horloge de l’entrée raisonna.

-           Il est déjà sept heures ! S’écria-t-elle, en la faisant sursauter. Prépare-toi pour aller à l’école.

-           Tu ne m’as pas répondu, se plaignit la fillette.

-           A propos de quoi ?

-           Bonjour madame Bytom, cria un jeune homme, au bout de l’allée. Marysia le salua d’un geste lent.

-           Ton ami Stefan t’attend. Ne sois pas en retard pour l’école.

-           Et la volière qui doit être remise en état…

-                Je m’en occuperai. Je vais appeler le vétérinaire pour les animaux. Ma chérie, dépêche-toi donc d’aller à l’école ! Ordonna-t-elle.

Flora, déconcertée par son comportement, rejoignit son camarade de classe.

 

 (1) Pernik : pain d’épices

 

 
 
 
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