Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 7 partie 3

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

Chapitre N°7

La tâche sacrificielle (partie 3)


L’apprentie Emi Kane, referma doucement la fenêtre de la chambre, qui  donnait sur le jardin de la bibliothèque Amaterasu. Elle venait d’avoir  une bien meilleure idée. Son corps métamorphosé en singe la dégoutait. Elle regarda ses jambes poilues et n’osa pas retirer le masque sous lequel son visage était dissimulé. Une fois lui avait suffi, car, et elle ne voulait plus s’évanouir.  

Emi Kane ouvrit la porte de la chambre et compta le temps que prenait le garde quand il circulait dans le long corridor. Il faisait quarante pas, puis revenait devant la porte et pendant cinq secondes effectuait un tour lentement sur lui-même, pour parcourir à nouveau le même trajet. Lorsqu’il retourna à l’opposé, Emi Kane se dirigea vers son lit, en évitant le fauteuil dans lequel Madame Izumi, la gouvernante  sommeillait.

Dans le couloir, le garde regarda l’heure à une pendule murale, en pensant que bientôt, un autre soldat prendrait la relève.

Emi Kane ouvrit le tiroir d'une commode et choisit une couverture noire. Ensuite, elle baissa l’intensité de la lampe à pétrole, suspendue près de la porte d’entrée, jusqu’à ce que la flamme s’éteigne. Rapidement, elle se recroquevilla sous la couverture dans un coin sombre du corridor.

Le garde fit un demi-tour, et surpris, marqua un temps d’arrêt. Il ne voyait à l’autre bout du couloir que l’obscurité. Il voulut sonner l’alarme, mais se rappela amèrement de la fausse alerte d'un de ses disciples, il y  avait quelques mois de cela, et ne voulait pas subir le même sort. (1) Alors, il se ravisa, sortit son épée, et partit lentement, droit devant lui.


Pendant ce temps-là, en arrivant près du lac de la bibliothèque Amaterasu, le petit pêcheur Jun Wataru, cherchait un moyen pour traverser le lac. Madame Kiwa enleva son manteau et regarda l’eau parsemée de nénuphars et des magnifiques fleurs de lotus.

Wataru  se retourna en entendant un bruit. La mère de Sae Kiwa venait de plonger dans le lac. Des cygnes et des oies sauvages, se réveillèrent à son approche. Elle s’apprêtait à entourer ses longs cheveux parés de bijoux autour des racines d’une fleur de lotus, pour être plus à l’aise dans sa nage.

-         Madame Kiwa ! Ce n’est pas la bonne solution, dit le pêcheur en remarquant la beauté de la femme.

-         C’est la meilleure façon de rejoindre la bibliothèque.

-         Non, revenez madame ! Je vous conduirai à l’autre rive, dit-il, en évitant de hausser trop la voix, pour ne pas alerter les gardes. Puis, il lui montra une barque.

 

Dans la bibliothèque, le garde s’approcha prudemment. Il ne n’aperçut pas dans l’ombre, Emi Kane qui a quatre pattes, recroquevillée sous la couverture noire, commençait à prendre la direction opposée. Lorsqu’il arriva près d’elle, celle-ci ne bougea pas, et se plaqua au sol. Il pointa son épée de gauche à droite du couloir, et en dépassant Emi Kane, la pointe de la lame, effleura son épaule. Alors, rassurée de n’avoir pas été découverte et blessée, l'apprentie continua sa progression en rampant. Elle aimait la souplesse de ses articulations, et la rapidité de ses mouvements de primate.

Le garde craqua une allumette pour ralluma la lampe à pétrole. Puis, il entra dans la chambre. Il vit la gouvernante endormie, et remarqua une silhouette sous les draps. Il voulut approcher pour vérifier et fut intriguer par un bruit dans le couloir. Il quitta brusquement la chambre et alla refermer la fenêtre du passage donnant sur le lac, qu’Emi Kane avait pris soin d’ouvrir pour faire diversion, lorsqu’elle quitta le couloir.

L’apprentie monta avec agilité un escalier qui menait au troisième étage de la bibliothèque. Elle fut satisfaite de voir que la galerie n’était pas surveillée. Rapidement, elle remarqua un panneau indiquant : « Interdiction d’entrer ». La porte n’était pas fermée à clé ! Le souverain était tellement sûr de sa puissance qu’il pensait que personne n’oserait entrer sans son autorisation dans ses quartiers.

Emi Kane entra lentement dans une chambre spacieuse, et avait hâte de lui régler son compte. Soudain, elle fut surprise d’entendre des braiments. Elle s'approcha. En ronflant, le seigneur poussait les cris d’un âne.

Emi Kane se retint de rire.

-         Te voilà ! Ce fameux lunatique d’Edo, dit-elle tout bas en le regardant dormir, la bouche grande ouverte.

Elle s’apprêtait à l’assommer avec une cane trouvée au pied du lit, quand elle se ravisa. Le seigneur avait la meilleure chambre de la bibliothèque et elle avait bien l’intention de fouiller le repaire de cet horrible individu.

Elle remarqua deux petites clés attachées à une chaine en or autour du cou du seigneur Tora Ryūku. L’une était dorée, et l’autre était de verre.

Que peuvent bien ouvrir ces clés ?

Délicatement, elle enleva la chaine du cou du seigneur et fut étonnée d’entendre bêler.

Il se prend pour un mouton ! Pensa-t-elle en se mordant les lèvres pour éviter de rire.

Puis, elle se ressaisit en pensant à son amie Miyu Hina transformée en mante religieuse. Je dois lui venir en aide et comprendre les produits qu’il a utilisés. Et qu’est-il arrivé à Sae Kiwa, qui a aussi pétri l’argile ?

Jun Wataru s’est lâchement enfuit, cogita Emi Kane qui aurait bien aimé être aidé.

Inquiète, elle se dirigea vers le cabinet de travail, et tira délicatement un rideau mauve. Sur un tansu se trouvait dissimulée sous une voilette, une large cassette sur lequel un dragon crachait un jet bleu ciel.

En examinant attentivement les dessins, elle vit au loin : la ville d’Edo, son château, le Nijô-jo, et remarqua sur un des côtés, la bibliothèque Amaterasu, ainsi qu'un lac.

C'est la réplique de mon environnement, remarqua l'apprentie, mal à l'aise.

Alors, elle souleva délicatement le coffret et perçut un marécage avec une forme noirâtre indéfinissable qui lui donna le frisson, car deux yeux ocres la fixait avec un effet de perspective angoissant. Elle observa scrupuleusement  et discerna quatre autres yeux à travers les végétaux.

Tremblante, elle replaça le coffret sur le meuble et décida de l’ouvrir.  Elle tourna la clé dorée dans la serrure et fut éblouie par une lumière blanchâtre, apaisante. De la vapeur s’en dégageait, elle la respira.

Après un long moment, détendue, l’apprentie constata qu’elle avait retrouvé son apparence. Ses longs cheveux débordaient derrière son masque qui ne lui tirait plus la peau. Emi Kane regarda ses mains et découvrit que sa silhouette reprenait son aspect. Elle n’avait plus de poils, et se sentait nettement mieux.  C’était donc cela un coffret de guérison.

Régénérée, elle referma le coffretb en se demanda quel objet pouvait ouvrir cette deuxième clé ?

Elle entrouvrit un tiroir et tomba sur des manuscrits confidentiels destinés au shogunat Tokugawa. Une enveloppe qui portait un étrange seau, l’intrigua. Elle lut entièrement le contenue, et une phrase retint son attention.

« Trois jeunes apprenties devront se sacrifier à la pleine lune du deuxième mois devant qui vous savez. Cela évitera d’une part que le malheur ne s’abatte sur notre contré, et d’autre part, cela nous permettra aussi d’accroître nos richesses. »

Emi Kane, livide, se rendit compte qu’elle et ses amies se trouvaient irrémédiablement entrainées dans une tâche sacrificielle initiée par le seigneur Tora Ryūku dont l’ordre avait été programmé.

Bouleversée, l'apprentie remit la lettre à sa place, puis continua ses recherches. Elle tira un autre rideau mauve où elle trouva, suspendu à deux cordes, un large coffret en verre, dans lequel se trouvaient les trois statuettes que les apprenties avaient façonnées pour le seigneur. Elles portaient aussi des petits masques.

C’est avec étonnement qu’elle remarqua que les statuettes respiraient. Elle découvrit avec horreur qu'elles étaient vivantes !


(1)             Emi Kane, et les incantations du Shogun d'Edo.

Fin de la publication en exclusivité des chapitres n°1 au chapitre n°7 :

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

Les 37 chapitres du conte fantastiques sont réservés à l’édition.

Merci de votre fidélité.

 

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