Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 7 partie 1

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

Chapitre N°7

L’infection (partie1)


Dans la nuit fraîche du jardin de la bibliothèque Amaterasu, les soldats du seigneur Tokugawa, Tora Ryūku, continuaient de chercher sans relâche la mante religieuse.  L’insecte dangereux restait introuvable.

A minuit passé, le seigneur très agacé du manque de résultats de ses guerriers, prit activement part aux recherches, en fouillant chaque bosquet. Arpentant les allées en portant deux torches dans la main, il ressemblait à une chauve-souris égarée, aux yeux fumeux.

-         Mon Seigneur, les bagages et les moyens de transports sont prêts, prévinrent des serviteurs.

-         Le voyage est retardé, annonça le Seigneur Tokugawa irrité. Avertissez le maitre archiviste Gen Hayao Kazuhisa que nous partirons dès que nous aurons retrouvé le monstre !

Le seigneur n’avait pas vu la gouvernante, madame Izumi, qui les regardait  sur le perron, et fut surprit de son regard désapprobateur.

-         Euh, je voulais dire la bête, la petite bête, la bête enfant, dit-il en parlant subitement d’une voix aigüe.

-          Quelle sournoiserie ! Pensa la femme en colère, qui, écœurée retourna au chevet d’Emi Kane.

L’apprentie semblait souffrir le martyre. Les poils de ses jambes augmentaient. De plus, elle perdait ses cheveux, et portait sur sa tête des touffes jaunâtres. Les serviteurs du seigneur placèrent aux quatre coins de la pièce des bolées d’encens, qui purifiaient l’atmosphère de l’odeur fétide du singe. Le masque qui couvrait le visage d’Emi Kane était sec. Madame Izumi avait reçu l’ordre de la soigner et d'asperger toutes les heures le masque d’un liquide verdâtre, qui semblait l'apaiser.

Elle faisait ce travail à contrecœur, cependant, elle ne voulait pas faire souffrir sa petite apprentie. Elle prit la main d’Emi Kane en lui disant.

-         Je veux que vous vous battiez mademoiselle Emi Kane. Si vous vous  laissez aller, alors qui aurais-je pour me répondre avec tant d’audace ici ? Vous me manquerez trop. Pardonnez-moi, j’aurai dû intervenir plus tôt !

La gouvernante essuya une larme.

Soudain, elle sentit les petits doigts lui serrer la main, et là, elle fut soulagée.


Muyu Hina, transformée en mante religieuse, disposait une vue clair et elle distinguait même les mouvements lointains. Après tout, elle pouvait aussi voler et ressentir de bonnes sensations.

Elle commençait à apprécier son état. Elle survola un érable aux feuillages ciselés et retomba de justesse au bord du lac près d’un papillon de nuit. Elle s’amusa avec lui en faisant plusieurs bonds, puis s’arrêta net.

A présent, elle devait manger pour calmer sa faim. Ensuite, elle organisera son plan pour se sortit de cette situation.

 Elle se dirigea dans la cuisine déserte pour chercher de quoi satisfaire sa fringale. Hélas, il ne restait pas grand-chose.

Tout à coup, elle perçu un bruit d’aile vers l’évier qui débordait d'assiettes sales.

Avec tous les événements de la soirée, Madame Izumi et sa servante partie très tôt, n’avaient pas eu le temps de faire la vaisselle. Quelques mouches dégustaient les restes. Muyu Hina les chassa et se précipita sur les pâtisseries. Elles étaient immangeables.

Moi qui habituellement adorais cela ! C’est certainement la cause de cette maudite transformation corporelle, pensa-t-elle dépitée.

Affamée, Muyu Hina, se posa sur le mur, près du robinet, dont elle commença à prendre la forme et la couleur. A l’affût, elle attendit patiemment. Elle captait les vibrations de l'air produites par le vol des mouches et des moustiques qui ne purent contrer sa vitesse. Brusquement, elle ouvrit ses mâchoires et les goba à loisir. Elle qui n’aurait jamais pu faire cela auparavant, les trouvait délicieusement sucré.

Mais cela ne lui suffisait pas. La mante religieuse avait besoin d’un repas plus copieux en fonction de sa corpulence. Elle laissa tomber des bouts de wagashi par terre, et se plaça dans un recoin. Elle prit la couleur d’un placard au bois de chêne, attrapa quelques punaises qui s'y promenaient. Elle les mangea, mais leur goût salé, et amère la fit grimacer. Elle les recracha aussitôt.

L'insecte observait les moindres courants d’air de la cuisine. Quand elle vit arriver deux petites souris grises parcourant la pièce, elle fit fonctionner son piège. Muyu Hina choisit la plus grosse qui s’approchait sur les restes de la pâtisserie.

Par un rapide déplacement, la mante religieuse déploya ses pattes ravisseuses pour saisir sa proie. Dans son élan, elle brisa le cou du petit mammifère avec ses mandibules aiguisées. Puis, soudain, son crochet s’enfonça comme un harpon, dans le corps de sa victime, qu’elle dégusta vivante.

 

Dans le jardin, un serviteur arriva en s’écriant.

-         Seigneur Tora Ryūku, le soldat blessé souffre terriblement.

-         Comment ? Il a subit une simple morsure. Cela n’est pas un serpent qui la piqué que je sache.

-         Venez voir !

Ils accoururent au fond du jardin. On avait posé le malheureux sur un banc, et un soldat l’avait couvert d’une couverture.

Il salua le Seigneur.

-         Que fait-il ici ? J’avais donné des ordres de le faire soigner à l’intérieur.

-         Je n’ai pas pu le porter, il était trop lourd, dit le soldat.

-         Comment cela ?

Le seigneur souleva la couverture et découvrit un corps bombé d’une carapace qui se développait sur lui.

-         Mon Seigneur, qu’est-ce que c’est que cette armure ? Demanda un soldat étonné.

Tora Ryūku tout aussi surprit ne dit mot en découvrant la gravité du cas.

-         Je pense que la morsure s’est infectée, ajouta le serviteur.

-         Mais triple idiot, c’est évident ! Il se transforme !

Le soldat dont la main avait été mordue par la mante religieuse, avait perdu connaissance.

-         Évacuez-le d’ici ! Emmenez-le aux écuries. S'écria le Seigneur, furieux. Et vous, dit-il à deux soldats, allez chercher immédiatement le docteur.

-         Lequel ?

-         Celui de la cour, pardi ! Vous voulez alerter la population en envoyant un docteur des environs ?

-         Il ne viendra que dans un jour.

-         Alors partez sur le champ !

-         Mais seigneur..

-         Quoi encore ? S’écria l’homme énervé.

-         On ne pourra peut-être pas le guérir.

Après quelques secondes de silence, le seigneur qui réfléchissait répondit :

-         Alors, quand il se réveillera, on lui proposera d’abréger ses souffrances.

-         Comment cela ?

-        Il fera le seppuku ! (1) Répondit cruellement l’homme, en dédaignant le malade. Il doit racheter sa faute d’avoir été si stupide de s’être fait mordre par l'insecte.


Pendant ce temps, la mante religieuse, Muyu Hina, venait de terminer son repas, en croquant la queue de la souris, comme un bout de carotte. Ensuite, elle remonta la façade nord du bâtiment en s’accrochant aux lierres grimpants. Elle était étourdie par la hauteur de vingt mètres, et il ne lui en restait plus pour longtemps avant d’atteindre la toiture. Elle avait le vertige et s’accrochait désespérément aux tiges de lierres.

Elle trouva une lucarne mal fermée, et s’engouffra dans la pièce. Elle s’apprêtait à la refermer, quand elle entendit une voix familière vociférer. Elle se pencha et aperçue le seigneur Tora Ryūku qui rassemblait ses soldats.

-         Garde des Tokugawa !

-         A vos ordres mon Seigneur !

Les guerriers se regroupèrent autour de lui. Des cordons de lumières brillaient dans le parc.

-         S’en est fini pour la chasse, demain à l’aube nous continueront. Certains devront garder les endroits stratégiques du jardin et se relayeront pendant la nuit. D’accord ?

-         Oui Seigneur Tora Ryūku ! Répondirent ses hommes.

-         De toute façon, l’insecte ne pourra pas aller bien loin, sans les soins nécessaires ! Dans trois jours, elle mourra. Donc, j’ai dit donc, cria-t-il,  elle a tout intérêt de se rendre !

-         Vive le seigneur Tora Ryūku ! Crièrent les guerriers.

-         Et je double la prime !

-         Vive le seigneur Tora Ryūku ! Braillèrent ses hommes déchaînés.

Muyu Hina prit peur.  Cet avertissement lui était adressé directement. Elle regarda son corps, elle sentait que ses forces s’affaiblissaient. 

Il a peut-être raison, mais je ne me laisserai pas faire ! Pensa-elle résolument.


 (1)Seppuku. Se donner la mort selon un rituel.



 Prochainement suite du chapitre 7 partie 2.