Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 5 partie 1

 Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

Chapitre N°5 partie 1

Le piège corporel


En découvrant le maître archiviste de la bibliothèque Amaterasu, Gen Hayao Kazuhisa, en train de manœuvrer sous son voile, Tora Ryūku comprit sa traîtrise. Il arracha le livre des mains de l’homme et s’écria.

-               De quel droit utilisez-vous cette méthode ? Où avez-vous vu des sculptures maléfiques ?

-               Heu... je... Répondit le maitre de la bibliothèque, confus. Mes apprentis ont réalisé des statuettes et...

-               Et alors ?

Subitement, le Gokenin de la bibliothèque se reprit. Il se leva, passa la main dans ses maigres cheveux pour les remettre en ordre et déclara.

-               Seigneur Ryūku, j’avais cru comprendre que vous aviez sélectionné mes jeunes apprenties pour une mission délicate.

-               En effet, je souhaitais les préparer au mieux, en les protégeant. Elles ont agi, hélas, à la légère alors, que je leur demandais un service important, reconnut le seigneur.

 

Soudain le Gokenin décida de se démarquer, en retournant la situation.

-               Si vous m’aviez expliqué ce qui devait se passer, je ne serais pas entré clandestinement dans cette pièce avec ma gouvernante.

Le seigneur remarqua l’échelle et secoua la tête.

-               En effet, ma servante m’a alerté de vos nouvelles dispositions, continua l’archiviste. Je ne comprends pas que vous utilisiez de telles ruses, comme, priver de nourriture mes petites apprenties pour satisfaire vos bases manœuvre.

Deux soldats pénétrèrent dans la pièce. L’un déposa des habits sur les paravents des apprenties, puis s’en alla. Tandis que l’autre, se dirigea vers Emi Kane qui prenait son bain derrière le paravent.

Après s’être séchée,  le soldat lui tendit une tenue qu’elle enfila, et lui fit choisir trois objets placés dans un coffret en bois sculpté.

-               Le temps m’est compté, dit le seigneur.

-               Si vous me mettiez dans vos confidences, je ferais tout pour contribuer à la réussite de vos projets.

Tora Ryūku hésitait.

Le Gokenin sortit une dernière cartouche.

-               D’ailleurs, j’ai pris la liberté de consulter les autres seigneurs de mon entourage. Ils ont décidé de me soutenir dans ma démarche. Il s’agit du Grand Maitre du thé l’honorable Zen Dai Daichi et surtout du daimyo Yoshikuni Date. D’ailleurs un Enchô Chan a été nommé.

-               Que leur avez-vous dit ?

-               Que je vous avais accordé l’hospitalité et que vous manipuliez une étrange argile. Ils ont été effrayés, et m’ont donné le nom de cet ouvrage.

-               Qui vous l’a donné ?

-               Un Enchô Chan.

-               Un conseillé ? Et il travaille pour qui ?

-               Il travaille pour Saigō Takamori.

-               Mon ennemi ! S’écria le petit seigneur Shogun. Il est en liaison avec le daimyō de Satsuma, Shimazu Nariakira.

-               Je ne le savais pas, dit piteusement le maitre archiviste.

-               C’est un dangereux ennemi, voyez-vous ? Maintenant nous allons assister à ce que je redoutais.

Mis au pied du mur, le seigneur Tora Ryūku, dû expliquer les raisons de sa venue dans la bibliothèque.

 

Il y a de cela trois mois, mon honoré père, le Shogun Tokugawa Ieyoshi, s’est réveillé avec un mal de pied. Nous lui avions administré des soins intenses. Dès, le lendemain, un socle étrange lui soudait les pieds, comme liés dans un lien invisible. Nous avions tout utilisé pour l’extraire mais il était solide comme du roc. Il ne pouvait plus bouger et ses jambes devenaient paralysées.

Il m’a raconté qu’il avait été dans un endroit de la forêt du sanctuaire Suijin, et qu’il avait trouvé une terre riche qui ressemblait à de l’argile. Passionné par cette matière, il a fait transporter une partie de cette terre, dans sa réserve.

Surtout, il a eu lui aussi le malheur de créer une statuette pour me l’offrir pour la fête de hanami, qui aura lieu dans une semaine. Quand je suis retourné le voir. Il m’a dit avoir trempé ses pieds dans un petit lac, et qu’il avait rencontré un être qui lui a parlé de la mine de terre propice à la composition d’argile.

L’homme ne put continuer. Il semblait sincère et s’assit sur une chaise.

-               Je crois qu’il a rencontré un kappa. (1)

Le maître archiviste frissonna.

-               Bref, vous découvriez vous-même ce qu’il en ait de la situation.  Je n’en ai parlé à personne, car j’ai gardé ce secret.

-               Pourquoi ?

-               Maintenant, je n’ai plus le choix maître, vous êtes du voyage.

-               Où allons-nous ?

-               Vous le découvriez aussi, dit l’homme lassé. Nous allons au Nijô-jo, dans un premier temps.

-               Au Palais du Shogun ?


Ne me suis-je pas trompé à son sujet ? Pensa le Gokenin déboussolé par ces révélations.

-               Et si je décidais de ne pas venir avec vous ?

-               Ce serait pour quelle raison ?

-               Je suis trop âgé pour ce genre de voyage ?

-               Le dénouement ne vous intéresse pas? Que pourrez-vous dire à ceux qui vous font confiance dans votre région ?

Emi Kane sortit derrière le paravent. Elle portait un joli yukata de fleurs de cerisier noir en coton, ainsi qu’un masque sur son visage. Elle se dirigea vers la gouvernante.

-               Madame Izumi j’ai faim, lui dit-elle, en se grattant la tête.

Le petit seigneur donna immédiatement des ordres, pour la nourrir.

Pendant ce temps, la gouvernante prit une brosse, et lui lissa ses cheveux qui semblaient rêches.

Où était passé sa belle chevelure souple et luisante ? Pensa la gouvernante.

Pendant que la conversation continuait entre les deux hommes, un garde entra et annonça.

-               Seigneur, les moyens de transports sont prés.

-               Alors, je vous laisse vingt minutes pour vous préparer.

Entre temps, un garde apporta une mixture à Emi Kane qui la trouva délicieuse.

-               Qu’est-ce que c’est ?

-               Il s’agit de bananes mélangées avec quelques fruits, et des petits champignons.

-               J’ai faim moi aussi, dit Muyu Hina, qui venait de se réveiller derrière son paravent.

Intriguée, Emi Kane se dirigea vers l’apprentie. Elle écarta les grandes feuilles de son terrarium, et découvrit une forme longiligne camouflée à l’intérieur, avec une tête aux yeux protubérants avec des facettes. Muyu Hina lui tendit un bras composé de piques, et lui réclama à manger.

Emi Kane la regarda avec dégout, recula effrayée et se précipita immédiatement vers le miroir.

Un soldat voulu l’empêcher d’enlever le masque, mal fermé qu’elle tenait absolument à se débarrasser.

C’était trop tard, elle venait de l’ôter. La jeune fille se regarda dans le miroir. Avec stupeur, au lieu de voir son visage, elle vit surgir une tête de macaque étonnée, aux yeux jaunes, qui faisait des grimaces. Elle remarqua que le singe portait le même vêtement qu’elle.

Madame Izumi s’éloigna horrifiée.

-               Bigre ! Avec votre cérémonial, vous n’avez fait qu’empirer la situation, dit le seigneur Tora Ryūku en faisant mine de porter la responsabilité de cela envers Gen Hayao Kazuhisa.

En comprenant la situation de cette fulgurante transformation corporelle, Emi Kane poussa après un long cri, puis s’évanouit.


(1)         Un kappa, est un monstre considéré comme un génie ou un diablotin d'eau.