Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 4

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

Chapitre N°4

Le dissimulateur

Jun Wataru était plié de rire. Il en pleurait.

-         Comment as-tu pu imaginer une telle statuette Emi ?

-         Je n’ai plus le temps pour en faire une autre. Avec cette statuette jamais il ne pourra me faire partir avec lui.

Le visage de Wataru devient grave.

-         Tu dois absolument partir avec lui, Emi, car Miyu Hina n’aura pas la force que tu as.

Soudain, ils entendirent les pas derrière la porte.

-         Reste avec moi, je ne sais pas comment il va réagir, vu qu’il a déjà détruit tout le repas, supplia Emi Kane.

-         Je ne serai pas loin, dit son ami, en se cachant derrière un paravent.

-         Ne le provoque surtout pas. Sais-tu comment on le surnomme ? demanda Wataru.

-         Non.

-         Le lunatique d’Edo.

-         Lunatique ?

-         Oui, car il peut être très sympathique et une seconde après devenir un rustre.

Le petit Seigneur Tora Ryūku entra brusquement dans la pièce, suivit par la gouvernante madame Senami Izumi.

Il se dirigea sans un mot vers l’objet qu’il avait demandé à Emi Kane de faire.

-         Je vois que tu t’es mise à l’ouvrage avec tellement de précision.

Il sortit un monocle de sa poche et observa la qualité de l’argile.

Les détails de l’œuvre étaient parfaits. Le bas de la statuette avait été signé par la jeune apprentie, comme il le lui avait demandé. Le bas du pantalon, bien plissé, montrait un homme assis sur un banc les jambes croisées tenait dans ses mains un livre. Il y avait même une inscription : « Le savoir-vivre ».

C’est un beau titre, pensa le seigneur.

Il continua de regarder les détails. La veste était celle d’un militaire. Un sabre et un couteau entouraient son torse. Il y avait même les médailles et les épaulettes sur la veste.

Soudain, en regardant la tête de la statuette, le Seigneur laissa échapper un cri rauque

Puis furieux, il regarda Emi Kane.

-         C’est quoi cela ? Hurla l’homme en brandissant l’objet.

-         C’est la représentation d’un macaque.

-         Quoi ? S’écria madame Izumi en devenant rouge.

-         C’est un singe qui lit ! Dit Emi Kane en saluant le seigneur.

    Quelle effrontée !

-         Je suis tellement confuse mon seigneur, excusa madame Izumi.

-         Qui est le singe ? Allez va plus loin, raisonne, demanda le shogun irrité.

-         C’est l’ignorant qui fait croire qu’il connait des choses sur les êtres humains, mais qui doit avant tout parfaire son éducation, et surtout lorsqu’il fait celui qui en a !

-         Veuillez immédiatement vous excusez Emi Kane !

-         Non. Je n’ai fait que mon travail : une statuette. Il n’y avait pas de précisions indiquées, sinon de m’appliquer.

-         J’en ai assez entendu, je vais lui donner une punition mémorable. Elle ne quittera pas sa chambre tant qu’elle ne vous aura pas présenté ses excuses.

-         Madame Izumi, nous verrons pour une éventuelle punition. Le temps presse. Allons découvrir la statuette de l’autre apprentie, tout de suite !

-         Et qu’elle vienne avec nous ! Ajouta l’homme en parlant d’Emi Kane.

Puis, il quitta la pièce, pendant qu’un de ses soldats plaça délicatement la statuette dans un coffre de verre.

Le groupe traversa plusieurs pièces de la grande bibliothèque Amaterasu, et entra dans un bureau.

Miyu Hina avait terminé sa statuette.

-         Elle est très bien réalisée, dit l’homme qui s’approcha.

Il sortit son monocle et regarda la finesse de l’œuvre. La silhouette d’une belle femme se dessinait. Hina avait même collé des cheveux factices.

-         Enfin quelque chose d’intéressant, souffla-t-il.

Mais il regarda le dos et souleva les cheveux.

Un visage hideux apparu.

-         Mais qu’est-ce que c’est que ça encore, hurla le seigneur furieux.

-         C’est une femme mante religieuse, dit Miyu en regardant ses souliers.

-         On dirait qu’elle est inachevée, osa dire Emi Kane en regardant la statuette.

Petites misérables, pensa le seigneur.

-         Tant pis pour vous. Un singe et un insecte ! C’est tout ce que vous savez faire ? Vous l’aurez voulu ! Ajouta l’homme subitement. Je vous ai préparé un matériel spécial et je ne pensais pas que vous prendriez le travail que je vous avais donné avec tant de désinvolture.

-         On n’a pas d’ordre à recevoir de vous ! Dit Emi Kane, toujours sur la défensive. Elle ne supportait pas l'arrogance de ce petit seigneur.

-          Miyu Hina nous avions un accord, dit Tora Ryūku déçu.

-         J’ai réfléchit et je l’ai effectué avec une statuette. Tant pis si elle n’est pas à votre goût.

-         Les statuettes que vous avez déjà effectuées ne comportaient pas d’animaux et c’est très regrettable.

-         Pourquoi ? Demanda Emi Kane.

Les deux jeunes filles se grattaient les mains et les bras depuis un moment.

Le seigneur se garda de répondre, il ajouta.

-         Madame Izumi, je vous prierai de préparer les valises de ces deux apprentis et de quitter la pièce.

-         Vous n’allez tout de même pas partir avec elle, dit la femme en montrant Miyu Hina.

-         Merci de vous inquiéter aussi de mon sort, dit Emi Kane vexée.

-         J’ai déjà choisi ces deux apprenties. Je n’ai plus le choix. Je les prends toutes les deux !

-         Mais je croyais que vous aviez décidé de partir avec mademoiselle Sae Kiwa ? S’étonna la gouvernante inquiète, qui passa outre la remarque d’Emi Kane.

-         Miyu est trop fragile ! Ajouta la femme.

-         J’ai changé d’avis. Garde ! Préparez le palanquin. Nous partons dans une heure, ordonna-t-il rudement.

Madame Izumi faillit défaillir. Elle semblait très contrariée de voir partir son apprentie préférée.

Puis, il se tourna vers les apprenties, leur sourit et devient agréable, en leur disant.

-         Je vais vous faire apporter votre repas dans cette pièce.

Ensuite, il prit délicatement la statuette effectuée par Miyu Hina et la plaça dans le coffret de verre, à côté de la première.

Ensuite, ils quittèrent l’endroit en les enfermant.

Madame Izumi, offusquée se précipita dans le salon de la bibliothèque, où le maître archiviste Gen Hayao Kazuhisa, terminait son repas.

C’est en pleure qu’elle lui expliqua la situation.

Sae Kiwa de son côté s’était enfuit de la bibliothèque. Elle courrait dans la campagne japonaise pendant une dizaine de minutes et arriva essoufflée dans l’auberge où sa mère était serveuse.

Sa maman, Amasu Kiwa, se trouvait dans l’arrière salle. Deux grandes piles de vaisselles l’attendaient. Le service du soir était terminé. Elle était épuisée, pourtant sur son visage, rien ne se voyait. Elle était assise sur une chaise et regardait une peinture ancienne réalisée alors qu’elle se trouvait dans son jardin.  Elle se souvenait agréablement de sa vie d’avant.

-         Comment Sae, tu n’es pas déjà couchée dans ta chambre de la bibliothèque ? Dit-elle en voyant sa fille approchée.

-         Maman, il y a un homme qui est venu, c’est le seigneur Tora Ryūku.

Le dissimulateur lunatique ! Pensa-t-elle en se levant si brusquement qu’une pile d’assiette s’écroula et se brisa à terre.

Pendant ce temps, dans la bibliothèque Amaterasu, les deux apprentis se regardaient intrigués.

-         Tu as eu l’idée de faire un singe ? Que c’est drôle.

-         Et toi une mante religieuse !

-         Tu as vu sa tête quand il l’a découvert ?

Elles éclatèrent de rire.

Un plateau de sushi, de nigirizushi leur fut apporté par un garde.

Il entra emmitouflé dans un drap.

-         C’est quoi ce délire, pensa Emi Kane, qui continuait de se gratter les bras.

Puis, il partit rapidement, pour laisser place à deux gardes faisant rouler une grosse bassine d’eau chaude. Ils y versèrent du savon et des potions.

-         C’est pour mademoiselle Emi Kane.

Ils revinrent avec un récipient plus cylindrique rempli d’eau qui eut d’autres produits versés à l’intérieur.

-         C’est pour mademoiselle  Miyu Hina, indiqua le soldat qui repartit aussitôt.

Les jeunes filles devaient faire leur toilette avant d’effectuer un long voyage. Elles se préparaient à devoir être utile pour leur pays, comme leur avait signifié le seigneur. Elles continuèrent de manger et passèrent au désert,  lorsqu’un bruit familier résonna dans la pièce.

C’était Jun Wataru qui cognait à la fenêtre.

Il paraissait affolé.

-         Emi, je viens de croiser Sae Kiwa. Elle a dû quitter la bibliothèque pour rejoindre sa mère. Le seigneur Tora Ryūku à des projets dangereux pour vous deux.

-         Comment cela ?

-         Ne sentez-vous pas une odeur infecte ? Dit le garçon qui regardait partout. Il s’approcha d’Emi Kane et recula effrayé.

Emi remarqua une poignée de poils jaunâtres sous son coude et son bras qui avaient poussé et, une odeur nauséabonde s’élevait dans l’air.

-         J’ai des poils et des poux ! Hurla Emi Kane qui se grattait le bras.

C’est avec consternation que Miyu aperçut qu’elle se grattait le pied depuis un bon moment et un liquide verdâtre coulait sur sa peau.

-         Il a utilisé une pâte d’argile inconnue, et votre transformation est inévitable ! S’écria Jun Wataru épouvanté.