Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 3 Partie n°2

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

Chapitre N°3 partie n°2

L’odieuse contrepartie

 

Enfermée dans la salle à manger au premier étage de la bibliothèque Amaterasu, l’apprentie Emi Kane semblait furieuse de la brutalité du garçon qu’elle se refusait de considérer comme un seigneur. Il devait avoir le même âge qu’elle et la maltraitait. Elle regarda la nourriture à terre.

Quelle sauvagerie ! Il s’est déchainé sur le repas.

Elle s’approcha du chariot rempli de matériel et remarqua une liste de consignes à effectuer :

« Vous devez réaliser ta statue d’argile en relief et placer votre initiale en dessous. Puis écrire au dos une inscription. Dans une heure, le travail sera vérifié. »

Elle reconnue l’écriture de la gouvernante de la bibliothèque Amaterasu, madame Senami Izumi. Pourquoi devait-elle obéir à ce petit seigneur ?

A contre cœur, Emi Kane se mit à travailler sur sa planchette. Elle déplia un tablier et l’enfila en pensant à son amie Miyu Hina qui avait sûrement la même tâche à effectuer.

 

Au rez-de-chaussée de la bibliothèque,  le seigneur venait de rentrer dans un grand bureau lorsqu’il regarda Miyu Hina prostrée dans un fauteuil.

-        Pourquoi vos gardes m’ont-ils enfermé ici ?

Avant qu’il réponde elle déclara.

-        Je ne travaillerai pas pour vous !

-        Et pourquoi donc ? C’est moi qui protège tous les habitants de cette ville, ainsi que ceux de cette bibliothèque Amaterasu. Et c’est comme cela que tu me remercie ?

-        Non, mon seigneur, je ne voulais pas vous manquer de respect, mais j’ai l’impression d’être prisonnière, alors que je n’ai rien fait de mal.

-        Je m’y suis mal pris avec toi, confessa le seigneur. Je voulais avoir le temps de t’expliquer que c’est une simple demande. Si tu fais la statuette, tu seras récompensée. Je crois que je me suis trop emporté en arrivant ici.

Il devient tout à coup aimable.

-        Je serais patient, c'est pour cela que j'ai besoin de tes compétences. Dans une heure tu auras fini, et tu pourras te présenter à ma table. Un bon repas t’attend. D’accord ?

Elle hésitait, alors il poussa un charriot que ses gardes venaient de lui apporter.

-        Voilà ton matériel, je reviendrais dans une heure.

Il ajouta.

-        Si tu fais ce que je te demande alors les Tokugawa seront généreux avec toi et tes proches.

Ensuite, il quitta la pièce, sans oublier de verrouiller l’accès.

Miyu Hina se leva lentement et se mit à l’ouvrage en pensant aux derniers mots du Seigneur.

 

A l’étage, Emi Kane continua de modeler sa tablette, quand soudain une idée la libéra de ses appréhensions

Elle allait pouvoir se venger tout en travaillant. Une demi-heure passa quand un bruit l’intrigua. Elle couvrit son travail d’une serviette, puis, rechercha d’où émanait la résonance.

Il provenait de la fenêtre donnant sur le jardin. Elle s’y précipita, et l’ouvrit. Il faisait nuit.

Elle discerna une silhouette. C'était son ami Jun Wataru qui lançait des gravillons. Elle l'interpella.

- Jun ! Je suis enfermée ici. Dépêche-toi de me délivrer.

J’arrive ! Répondit le garçon, qui portait une échelle.

Emi Kane rassurée, commença à relever son kimono, quand elle vit monter le garçon.

Il rentra dans la pièce éclairée par des lampes à pétroles.

-        Qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? Demanda-t-il surprit en découvrant les débris d'assiettes cassées dans un coin à terre.

Emi se jeta dans ses bras.

-        Comment vas-tu ? Est-ce qu’il t’a maltraité ?

-        Oui, en m’obligeant de travailler sous la contrainte. Et je n’ai rien mangé car Tora Ryūku a tout renversé.

Il sortit de sa musette une nèfle et la lui donna. Elle l’éplucha et dégusta avec appétit la chair juteuse du fruit.

-        Je dois créer une statuette pour lui.

-        Oui, je sais.

-        Comment l'as-tu appris ?

-        J’ai entendu le Seigneur Tora Ryūku, discuter avec madame Izumi, quand je plaçais du gros sel sur mes poissons frais, pour les conserver. J’étais dans la pièce voisine, ils ne se sont pas aperçus de ma présence.

-        Que disaient-ils ?

-        Le seigneur Tora Ryūku va repartir avec deux apprentis, lui annonça-t-il.

-        Pour aller où ?

-        Je ne sais pas. Mais il a enfermé Miyu dans l’annexe de la bibliothèque. Je l’ai vu  travailler sur sa plaquette d’argile.

-        Elle a reçu les mêmes instructions que moi !

-        Fais très attention Emi. Depuis quelques semaines la guerre a repris entre les factions. J’ai entendu dire qu’il veut trouver un moyen d’augmenter sa puissance.

-        Je dois m’échapper avant cela.

-        Emi, tu ne peux pas partir d’ici.

-        Mais si, par l’échelle !

-      Non. Je sais qu’il va partir avec Sae. Il a vu son talent. Et il va devoir choisir entre toi et Miyu.

-        Qu’a-t-il l’intention de faire ?

-        Miyu est fragile Emi et elle ne supportera pas de quitter sa famille, alors que toi tu es déjà habituée. Donc, essaye de bien réaliser ton travail. Autrement, il partira avec Miyu Hina et Sae Kiwa.

-        C’est trop tard. Je crois qu’il ne pourra pas partir avec moi avec ce que je viens de créer.

Elle dévoila son œuvre. Le pêcheur resta pantois. Puis, brusquement, il se mit à rire.

 

Pendant ce temps, dans le salon de la bibliothèque, le seigneur dinait en compagnie du maître archiviste Gen Hayao Kazuhisa, lorsque Sae Kiwa entra timidement.

-        Viens donc jeune enfant, dit l’archiviste.

En se dirigeant vers eux, Sae remarqua une table remplie de desserts très appétissants avec des sucreries, des dagashi, des konpeitō qui débordaient dans de longues assiettes.

Dans un autre plat argenté, elle vit des yakigash, ces gâteaux à base de pâte à gaufre qu’elle faisait de temps en temps avec sa mère.

 Elle observa deux couverts posés autour du sien.

-        Mes camarades ne viennent pas ? Demanda-elle.

-        Elles ne sont pas autorisées, pour l’instant, répondit madame Izumi qui supervisait le service en l’honneur de son invité de marque.

-        J’ai remarqué ton travaille exceptionnel, encouragea le seigneur. Es-tu prêtes à m'aider ?

-        Qu’est-ce que je gagne à vous rendre service ?

-        Ta liberté.

-        Serai-je rémunérée ?

Le seigneur hésita. Il ne voulait pas la brusquée. Il avait parcouru depuis des mois différentes contrées et avait enfin découvert la perle rare.

-        Que souhaites-tu ?

-        Je vais demander cela à ma mère, si vous m’autorisez à la revoir demain. Elle m’a toujours dit que je ne devais pas travailler gratuitement. Sans vous offenser mon Seigneur !

-        Qu’en pensez-vous, Maître Gen Hayao Kazuhisa ?

Le Gokenin essuya sa bouche avec une serviette, et répondit.

-        Qu’il en soit ainsi.

Puis, indifférent, il continua son repas.

-        Je vois que tu coopères bien. J’autorise cette visite. Un garde t’accompagnera chez ta mère dès demain matin. Donc de mon côté, je te présenterai à la cour du shogunat dans trois jours.  

-        Que devrais-je faire mon seigneur ?

-        Tu devras effectuer des statuettes en argile dans un premier temps. Mais se travaille minutieux exige doigté et bonne entente avec une autre apprentie.

-        Nous serions deux pour exercer cela ?

-        Oui, et je te donne le choix de travailler avec Emi Kane ou Miyu Hina. Qui choisirais-tu ?

-        Je choisie Muyu Hina ! Annonça rapidement la fille qui voulait se venger d’elle.

 

En entendant cela, madame Izumi tressaillit. Elle ne voulait pas que Muyu Hina quitte la bibliothèque, car elle souhaitait la protéger.

Ensuite, ils mangèrent avec appétit. Plusieurs types de sushi, des nigirizushi et des temarizushi s’étalaient dans des plateaux.

 Au bout d'un moment, Sae Kiwa demanda.

-        J’ai un présent à vous montrer seigneur. Puis-je sortir de table ? Je reviendrais dans quelques instants.

Le seigneur approuva.

Miyu Hina quitta la pièce. Elle voulait montrer sa volonté de bien faire et elle n’avait pas envie de se faire remarquer. Elle entra dans sa chambre et se précipita vers sa mallette de maquillage. Elle regarda son visage, se saupoudra les joues, rehaussa les contours de ses yeux. Puis, satisfaite, elle prit sa valise, ouvrit le double fond pour y placer deux petites cuillères à dessert qu’elle venait de dérober. Ensuite, elle  choisit une de ses statuettes posée sur une étagère.

Celle-là va lui faire plaisir !

Elle la plaça dans la poche de sa veste.

Mais au lieu de retourner dans le salon, elle emprunta un couloir pour arriver devant la chambre du shogun. Elle sortit une épingle de son chignon et força la serrure. Puis, elle commença sa fouille.

Elle ouvrit une chemise remplit de parchemin et observa le contenu et extirpa une enveloppe.

Soudain, elle fut pétrifiée par ce qu’elle venait de lire. Le seigneur Tora Ryūku ne lui avait pas dit toute la vérité. Une odieuse contrepartie était exigée contre l'aide des apprenties envers le shogunat Tokugawa.