Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 3

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

 

Emi Kane et les Tablettes de Jade.

 

Chapitre N°3 Partie n°1

Le vil contrat


Installé en hauteur de la bibliothèque Amaterasu, dans les appartements de son hôte, le seigneur, Tora Ryūku de la famille Tokugawa, tira un rideau mauve pour faire comprendre aux gardes de ne pas le déranger.

Il prit alors dans sa sacoche de cuir, une cassette d’une trentaine de centimètres sur quinze, sur laquelle était dessiné un dragon crachant un jet bleu ciel. Il la posa délicatement sur un tansu en bois de cendre blanche.

Puis, il se débotta, s’empara d’une petite clé dorée placée dans une poche intérieure de sa botte.  Il la tourna dans la serrure. Des déclics, se firent entendre. Alors, il souleva doucement le couvercle du coffret, et soudain, une lumière crue, blanchâtre apparue. Il ferma les yeux, et sourit.


Il était 19 heures 30. Les apprenties discutaient dans leur chambre tout en se préparant. Elles devaient se présenter en tenue de soirée à 20 heures dans la salle à manger principale.

      -    J’ai fait exprès de saborder ma tâche, révéla Emi Kane. Je ne veux pas travailler devant cet individu.

-       Et bien moi aussi, vois-tu. Il est irrespectueux, dit Miyu Hina.

-       J’ai l’impression que le boulot de Sae lui a plu.

-       Bon débarras, s’il l’embauche !

Brusquement, madame Senami Izumi fit irruption dans la pièce, et les apostropha :

- Mesdemoiselles, notre maître archiviste Gen Hayao Kazuhisa, désire avoir un entretien personnalisé, avant le dîner.

-       Emi Kane d’abord, suivez-moi.


Après s’être entretenu avec la gouvernante, Tora Ryūku visita l’atelier de calligraphie. Celle-ci avait placé dans une armoire aux vitres transparentes, des figurines d'argile façonnées par les élèves.

Il voulu savoir parmi les jeunes filles et les garçons qui avait effectué ce travail.

      - Mon seigneur, il s’agit d’un ouvrage réalisé par des doigts agiles des fillettes et vous avez dans cette armoire l’opération des trois jeunes filles les plus douées de l’atelier.

-       Choisissez une figurine et elle est à vous, proposa la femme aimablement.

-       Je ne veux pas une figurine, je veux l’apprentie qui a confectionné à la perfection ce modèle.

-       Heu… je ne comprends pas, bredouilla madame Izumi.

-       Qui a fabriqué ces deux figurines ? Demanda-t-il durement.

-       Devinez, répondit la gouvernante. Mais en regardant le visage crispé et plein de tics du samouraï, elle se douta qu’il n’avait pas le temps de jouer aux énigmes.


L’homme, en guise d’énervement frappait inlassablement son pied droit au sol.

Elle ouvrit rapidement la vitrine, s’empara de la statuette d’argile et la lui remit.

-       Ces objets sont très recherchés, car les statuettes se vendent de mieux en mieux au marché d’Edo,

ajouta-t-elle obséquieuse.


-       Regardez sous la statuette, mon Seigneur.

Il s’exécuta et fut fasciné de lire des initiales.

Cette révélation devrait lui faire changer de stratégie.


Tora Ryūku se prépara pour le diner. Il choisit une veste sombre, mit des bandeaux de guerriers autour de ses nattes, et rangea ses couteaux dans sa sacoche. Il ne voulait pas effrayer celle qu’il allait choisi, car il avait un plan précis pour apprivoiser la petite indocile.


Emi Kane se demandait pourquoi la gouvernante l’avait obligée de venir à table avec le Maître.

Depuis presque deux ans qu’elle était apprentie, jamais elle n’avait eu l’autorisation de s’asseoir à la table du Gokenin.

Lorsqu’elle pénétra dans la salle à manger, il n’y avait personne. Un copieux dîner été posé sur une table, avec deux assiettes placées l’une en face de l’autre. Où se trouvaient les autres apprentis ? Il devait y avoir une erreur.

Elle s’apprêtait à partir, lorsque la porte s’ouvrit, et un garde annonça.

-       Le seigneur Tora Ryūku de la famille Tokugawa !

-       Je crois que je me suis mal conduit avec toi ? Déclara l’homme en s'approchant.

Le soldat avait bien l’intention de dresser cette apprentie dissipée qu’il avait repérée. La plus docile allait lui faciliter la tâche, mais il était persuadé que la première ne lui avait pas montré toutes ses capacités.

              - Que voulez-vous de moi ? S'exclama Emi Kane, surprise. J'avais rendez-vous avec mon maître.

              - Tu en as un nouveau à présent. Et je te demande de me montrer de quoi tu es capable. Dans l'atelier de calligraphie, tu n'as pas fait grand-chose.

              - J'étais impressionnée par votre grandeur, mon seigneur, dit Emi Kane en se courbant plusieurs fois. Puis elle pouffa.


Soudain avec une violence inouïe, il renversa la nappe. Les assiettes volèrent en éclats, puis s’écrasèrent au sol.

Mais il est malade ce type !

Alors, furieux, de voir qu'elle se moquait de lui, il s’approcha et la menaça.

-       On va faire un contrat !

-   Je ne travaille que pour le Gokenin de la bibliothèque !

Il claqua dans ses mains deux fois.

Tout à coup, des soldats pénétrèrent dans la pièce en faisant rouler un charriot remplit d’objets de calligraphie. Emi Kane reconnue des planchettes d’argile.

L’homme ordonna.

-             Tu vas te mettre immédiatement à l’ouvrage, petite sotte ! Crois-tu que je n’avais pas remarqué ton manège ? Tu fais celle qui est maladroite, alors que tu sais parfaitement écrire en calligraphie !

-      Je ne travaille pas sous la contrainte! Affirma l'apprentie.

-       Tant que tu refuseras d’obéir, tu ne mangeras pas !

Alors, il quitta la pièce en enfermant Emi Kane à double tour, face à ce vil contrat.