Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 2

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE


Emi Kane et les Tablettes de Jade.

 

Chapitre N°2

Le mystérieux guerrier


Miyu Hina faisait sa tête des mauvais jours. Elle prit une branche d’arbre qui jonchait au sol et battit l’eau de la fontaine.

-             Arrête, tu m’éclabousses, gronda Emi Kane en enlevant les gouttes tombées sur son visage.

-             Il faut que tu nous dises ce qui ne va pas avec la nouvelle apprentie, demanda Jun Wataru.

-             Hier, dans l’atelier un de mes crayons s’est cassé. Pendant que Sae travaillait dans la pièce centrale, j’ai décidé de prendre un de ses crayons dans sa trousse. Lorsque j’ai mis ma main à l’intérieur, quelque chose m’a piqué. Regardez !

Miyu déroula un pansement qu’elle avait au doigt, et montra une longue plaie rougeâtre qui commençait à s’infecter.

-        Elle avait placé dans sa tousse, une rose fanée avec son épine !

-        Ce n’est pas possible ! S’écria Emi Kane.

-             Je lui ai demandé, ce que faisait cette épine dans sa trousse. Elle m’a répondu, que cela ne me regardait pas, et que je n’avais pas à fouiller dans ses affaires. Elle a rajouté que c’était bien fait pour moi !

-        Oh la garce ! S’écria le petit pêcheur.

-             Je me suis fait soigner, et au retour, j’en ai parlé à madame Izumi.

-        Elle l’a puni ?

-       Pas du tout, car entre temps, Sae lui avait raconté sa version. Et madame Izumi m’a dit que j’aurai dû lui demander la permission avant de prendre son crayon.

-        Donc, elle lui a donné raison, constata Emi Kane consternée.

-        Oui ! Je ne l’aime pas du tout ! Répéta la jeune apprentie.

-        Et toi Jun ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait ?

-        Elle m’a volé.

-        Quoi ?

-             Pendant que sa mère discutait avec ma tante, mon oncle m’a demandé de décharger une caisse de marchandises. J’avais à peine tourné le dos, quelques secondes après, pour prendre la caisse et remplir l’étal, que deux gros poissons avaient disparu. Je l’ai vu prendre les devants en marchant très vite, loin de sa mère lorsqu’elles ont quitté le marché. C’est une voleuse ! La prochaine fois qu’elle viendra au marché, je ferais très attention.

-             Nous surveillerons son manège. Il faudrait la prendre sur le fait.

-             Et si tu en parlais à sa mère ? Demanda Emi Kane.

-             Sa mère est très belle et attire tous les regards. Elle a une petite voix et parait très fragile, dit le garçon.

-        Pourquoi tu dis cela ?

-             Et bien, des marchands se retournaient sur son passage. Ma tante a réprimandé mon oncle, qui ne faisait que la regarder.

-             Je ne crois pas qu’elle est au courant que sa fille soit une voleuse.  Tu y vas fort, ajouta Emi Kane. Il faut avoir des preuves avant d’accuser, la nouvelle apprentie.

-             J’en ai ! Figurez-vous que je les ai suivies, et je sais où elles habitent.

Tout à coup, une cloche résonna.

-             Nous avons des visiteurs ? Demanda Emi Kane en se redressant.

-             Alors à bientôt, je vous raconterai la suite une autre fois, répondit le garçon qui se dirigea vers le service de restauration de bibliothèque.

 

Madame Izumi attendait les apprentis sur le pas de la porte.

-             Dépêchez-vous ! Notre maître archiviste Gen Hayao Kazuhisa reçoit dans moins d’une heure le messager du Shogun d’Edo. Allez vite vous préparer, nous avons la venue d’un haut émissaire.

-        D’accord madame Izumi.

-        Où est la petite Sae Kiwa ?

-        Je suis là madame, répondit-elle en  venant du jardin. Elle se trouvait à quelques pas derrière Emi et son ami.

-             Vous savez que nous avons besoin de clients pour faire vivre notre bibliothèque. Donc, en vous voyant au travail, dans votre nouvel atelier de calligraphie, notre visiteur appréciera votre efficacité. Mettez-vous à l'ouvrage !

Les apprentis se mirent à l’œuvre.

-        Et mettez des tabliers propres !

-        Oui madame Izumi.

Quand elle s'éloigna, Miyu Hina demanda  à Sae.

-        Tu nous as suivis ?

-        Si tu appelles suivre le fait d’être derrière des personnes qui entrent dans bibliothèque, c’est oui !

Puis, elle s'en alla sans demander son reste.

-        Tu as vu son toupet ! S’exclama Miyu Hina.

-        En effet ! Constata Emi Kane, qui avait bien l’intention de la sermonner dans la journée.

Sae Kiwa ne pouvait leur dire qu’elle se trouvait derrière un érable, quand elle avait vu arriver Emi Kane et Miyu Hina, et qu’elle s’était tout de suite cachée. Effarée, elle avait aussi entendu leur conversation avec le pêcheur.

Comment faire pour m’intégrer dans ce nouveau lieu ? Elles me détestent, et pourtant je ne leur ai rien encore fait. Cette Miyu Hina ne perd rien pour attendre. Je vais lui donner une bonne leçon. Puis, elle s’était éclipsée doucement en longeant une autre allée du jardin et les avait rejoint à temps en se présentant devant Madame Izumi.


Une heure plus tard, les troupes du shogun rentrèrent dans la bibliothèque. Les apprentis furent surpris de voir descendre de cheval un jeune cavalier, qui semblait avoir leur âge. Le guerrier mystérieux était coiffé de nattes, et vêtu d’une longue veste portant les insignes des Tokugawa, avec un ceinturon garni de deux poignards dans leur fourreau.

Tout à coup, il s’approcha de Miyu Hina en lui demandant.

-        Pourquoi me regardez-vous dans les yeux ?

-        Je vous regarde seigneur parce que vous passez auprès de moi !

Elle observa Emi Kane et les autres apprentis qui ne comprenaient pas ce que le dignitaire lui voulait.

-        Je veux qu’ils me saluent ! Ordonna l’invité.

-        Qu’attendez-vous ! Hurla madame Izumi en colère.

Les enfants stupéfaits s’exécutèrent aussitôt et baissèrent leur tête en faisant une révérence.

-             Venez mon seigneur, nous serons mieux pour discuter dans le salon principal, décida la gouvernante. Maître Gen Hayao Kazuhisa, le Gokenin, va vous recevoir.

Les enfants restèrent têtes baissées, lorsque les portes du salon s’ouvrirent. Ils virent le maître archiviste à genoux pour recevoir son invité de marque.

-             Oh mon grand seigneur ! Je suis tellement heureux de vous accueillir dans cette modeste bibliothèque d’Amaterasu, dit-il aimablement.

-             Où est l’atelier de calligraphie, aboya le jeune homme.

Le maître sursauta et se releva péniblement en disant.

-        Veuillez me suivre.

-        Voici une lettre de mon père. Montrez-moi comment travaillent vos apprentis !

En découvrant la lettre du shogun, le Gokenin devient livide.

Dépité, il entra dans l’atelier de calligraphie, sachant qu’il devait exécuter ses instructions précises. Le jeune guerrier devait contrôler le travail des apprentis.

-        Vous pouvez me laisser, ordonna-t-il en faisant comprendre, que l’archiviste et la gouvernante étaient de trop. Ceux-ci s’inclinèrent et quittèrent la pièce en reculant.

Emi Kane était très gênée par le garçon. Il semblait trop agressif et elle ne voulait pas lui faire plaisir.

Elle prit son calame et travailla sur une tablette d’argile.

-        Je n’ai pas eu le plaisir de connaître votre nom seigneur.

Le garçon, qui devait avoir l’âge d’Emi la toisa en lui disant.

-        D’un claquement de doigt, et je t’achète !

-        Je ne suis pas à vendre ! Riposta Emi outrée.

Il haussa les épaules en lui disant.

-        Maintenant montre-moi ce que tu sais faire.

Non seulement il est désagréable, mais en plus mal élevé, pensa Emi Kane. Soudain, la planche se fendit en deux.

C’est avec dégout que le jeune soldat la regarda. Emi Kane cru entendre un juron.

Elle s’excusa pour sa maladresse. Mais le guerrier la bouscula sans ménagement et se dirigea vers Miyu Hina.

Celle-ci prit un stylet et travailla sur une planche d’argile. La tige de métal en bronze raya subitement la planche. Furieux, le garçon attrapa la planche d’argile et la brisa par terre.

-        Encore une maladroite ! S’écria-t-il.

Puis, irrité, il  partit vers la jeune Sae qui travaillait avec une belle plume de métal. La souplesse de ses mains l’enchanta.

Au bout de dix minutes, il avait déjà fait son choix.

Il se dirigea vers le salon, pour donner une réponse au Gokenin.

-        Pourquoi avez-vous besoin de deux de mes apprentis, s’étonna le Maitre Gen Hayao Kazuhisa.

-             Si une meure, au moins l’autre pourra continuer le travail !  Asséna durement le jeune homme.