Emi Kane, et les Tablettes de Jade. Chapitre 1

  Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Tablettes de Jade.


Chapitre N°1
L'étrange apprentie



Après un long hiver passé en compagnie de sa famille à Kyoto, auprès de sa maman Kire Kaneto, et de ses petites sœurs Hotaru et Ayami, Emi Kane, l’apprentie était de retour dans la bibliothèque Amaterasu, de la ville d’Edo dès le printemps 1853.

En cette période troublée, où les shoguns de la puissante famille des Tokugawa s'imposaient, on remarquait qu’ils possédaient une grande influence dans plusieurs domaines politiques, sociaux et culturels du Japon.

La  sakoku (1) s'étendait toujours, et la population japonaise vivait dans des frontières closes. Les étrangers étaient en dangers de mort, s’ils commerçaient à l'intérieur du Japon.

Par un doux après-midi printanier, Emi Kane et son ami Miyu Hina se promenaient dans les jardins fleuris de la bibliothèque Amaterasu. Elles venaient de sortir de l’atelier de calligraphie crée par le maître archiviste Gen Hayao Kazuhisa.

Toute la journée, elles s’étaient appliquées sur les idéogrammes pour les recopier. Après avoir rangé quelques encres de seiche, des papiers de riz, et des pots d’encres, elles quittèrent leur table de travail et rincèrent leurs pinceaux épais, puis enlevèrent leurs tabliers tachés. Ensuite, elles passèrent par une allée bordées de magnolias étoilés, et continuèrent en direction des cerisiers en fleurs.

-         Ces sakura sont magnifiques, s’extasia Emi Kane en s’asseyant au pied d’un arbre.

 Après un long silence, elles se levèrent et s’assirent près d’une fontaine, en faisant très attention à ne pas abimer leurs habits. Elles portaient de beaux kimonos.

Les deux jeunes filles étaient impressionnées par l’arrivée dans l’atelier, d’une nouvelle apprentie, Sae Kiwa. Celle-ci s’habillait toujours en noir, et semblait très étrange aux yeux de ses camarades. La novice arrivait à créer rapidement de belle manche à air.

-         Tu as vu la façon dont elle a effectué son koïnobori ?

-         Oui, elle a un sacré talent.

-         Je pourrais faire mieux qu’elle !

-         Tu ne serais pas jalouse ? Questionna Emi Kane.

-         Pas du tout, même si je trouve que madame Izumi, lui accorde trop d’importance. T’as vu comme elle la chouchoute. Mademoiselle Kiwa, de ci, de ça.

Emi Kane éclata de rire.

 

-               Tu sais d’où elle vient ? Demanda Miyu Hina.

-               Je crois de Nagoya.

-               Je ne l’aime pas, dit Miyu.

-              Pourquoi tu dis cela ? Je t’ai fait quelque chose ? Déclara un garçon en surgissant derrière les filles.

-               Oh Jun ! Tu nous espionnes maintenant ? Lança Emi Kane, en sursautant.

-               Pas du tout, répondit Jun Wataru, en leur montrant son panier.

-               J’ai apporté des marchandises pour madame Izumi, le poisson est frais ! Déclara le pécheur fier de lui. Alors de qui vous parliez ?

-               On parlait de Sae Kiwa, dit lentement Miyu en balayant l’eau de sa main.

-               Je la trouve fuyante, déclara immédiatement Wataru.

-               Elle est juste timide, répondit Emi Kane en la défendant. Comment la connais-tu ?

-               Eh bien, je l’ai rencontré au marché d'Edo, où elle était avec sa mère. Je lui ai conseillé d’acheter quelques poissons, puis elle m’a parlé de Nagoya et des poissons de la région. Pendant que sa mère rangeait ses courses, je lui ai parlé de Kusanagi. Mais j’ai trouvé bizarre qu’elle ne le connaissait pas, puisqu’elle y avait vécu pendant longtemps.

-               Elle ne connait pas  l'épée légendaire de Kusanagi ? S’étonna Emi Kane.

-               Donc, elle ne vient pas de Nagoya, et elle a menti ! Décréta Miyu Hina en frappant l’eau avec son poing.

-               Je ne l’aime pas du tout ! Répéta la jeune apprentie.

 

 

 

(1) La sakoku : Fermeture des frontières japonaises aux puissances étrangères.

(2) L'épée de Kusanagi est une épée légendaire japonaise.