Conte N°8. Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat. Chapitres N°6 et N°7 Les invités inattendus


Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Chapitres n°6 et n°7

Les invités inattendus 

 

Adossé à dans une rangée d’étagères situées dans son espace de réflexion de la bibliothèque Amaterasu, le seigneur et maître archiviste Gen Hayao Kazuhisa fulminait. Son avenir ne tenait qu’à un fil. Il fallait revoir ses plans pour agir, au lieu de subir une situation qu’il ne maîtrisait point.

Il résuma les évènements en se parlant à voix haute.

C'est inadmissible ! Dans ma propre bibliothèque, je n’arrive pas à contrôler les élèves apprentis et les soldats qui ont été mis à ma disposition par le gouverneur de la province.

Tout d’abord, il y a eu cet étrange incendie de la mizuya. Puis, la disparition des précieux livres, y compris le fabuleux Lo Shu que le puissant seigneur Kanemort m’a confié. Ensuite, cette insolente apprentie, Emi Kane qui échappe à mon commandement, en trompant ses amies Miyu Hina et y compris la plus petite de mes apprenties, Donna Lingfug, si vulnérable, qui est maintenant introuvable.

Les serviteurs de Shimazu Nariakira, ne doivent pas savoir la perte du Lo Shu car ma mission qui était d' en prendre soin avant de le redonner à Kanemort serait infructueuse.

Accablé, il sortit de son espace de méditation, ouvrit un compartiment, et pénétra dans une pièce secrète, celle des réparations d’ouvrages rares de la bibliothèque Amaterasu.

Il se dirigea vers une vitrine où étaient exposés ses trésors confectionnés. Il sortit délicatement un gros manuscrit et l’ouvrit à la page du Lo Shu. Délicatement, il extirpa un feuillet.

Attablés à une table ovale, deux apprentis semblaient maitriser à la perfection, la préparation d’un diagramme.

L’aide bibliothécaire, madame Fumi Chico, avait eu la bonne idée de les mettre en compétition. Le premier des deux qui réussirait à fabriquer un Lo Shu, aurait droit à des dons. Il fallait une imitation irréprochable pour permettre à Kanemort de lui faire croire qu’il avait retrouvé l’original.

Le Gokenin s’approcha, prit une loupe et examina le travail d’un des apprentis.

Il fut très déçu.

-         Vous ne voyez pas que les signes sont mal sculptés ! Regardez donc, les ciselures écorchées que vous effectuez, et comparez les donc à ça ! Hurla-t-il en posant le feuillet sur la table.

-         Maître, nous avons déjà des feuillets.

-         Alors, utilisez-les bougres d’ânes !

-         Maitre, mon Lo Shu n’est pas terminé ! Répondit l’homme en baisant la tête.

-         Des incapables, voilà ce que vous êtes !

Enervé, le Gokenin repoussa d’un coup de manche les carapaces de tortues qui tombèrent à terre et se fendirent.

Madame Senami Izumi qui venait d’assister à la scène demanda.

-         Maître quels sont vos ordres ?

-         Ils doivent tout recommencer ! Cria-t-il en quittant la salle.

 

 

Il parcourut un couloir étroit et rentra dans son bureau par une autre porte dérobée.

Fumi Chiko fouillait depuis un bon moment les appartements du Gokenin à la recherche d’indices. Soudain, elle entendit un bruit et se cacha derrière un paravent. Elle ne l’avait pas vu rentrer.

Il y a encore une deuxième porte dissimulée dans son bureau ? Où mène-t-elle ? Se demanda Fumi Chiko

Le Gokenin savait pertinemment que ces deux apprentis n’étaient pas faits pour ce travail de minutie car il n’y en avait qu’une seule qui pouvait réparer ses dégâts : Emi Kane. La nipponne très douée pour les bouquets d’Ikebana, pour l’écriture avec sa connaissance exemplaire des kanjis, des hiraganas et autres signes orientaux, savait de plus réparer admirablement les manuscrits les plus complexes.

J’ai besoin de ses services, admis le maître en se tenant le ventre, puis en toussant. Il devait prendre immédiatement son médicament.

Le Gokenin se dirigea vers son armoire à pharmacie. Il se saisit d’un flacon d'élixir parégorique, remplit une petite cuillère et avala une gorgée. Puis, il ouvrit la bouche en tirant la langue. Une fumée bleuâtre s’échappa de sa bouche.

Il ferma les yeux en respirant bruyamment.

 

Fumi Chiko comprit que le chef de la bibliothèque la plus prisée du Japon, était sous l’emprise de l’opium.

Voilà qui va arranger mes affaires, pensa-t-elle en se frottant les mains.

Elle fit semblant de partir, revint sur ses pas, frappa à la porte en entrouvrant celle-ci.

-         Qui vous a permis d’entrer sans mon autorisation ? S’étonna le Gokenin en ajustant son col.

-         Excusez-moi, seigneur Gen Hayao Kazuhisa, j’ai cru vous entendre me donner la permission. J’ai un message urgent à vous communiquer.

Fumi Chiko entra en abordant un inhabituel sourire.

-         Qu’avez-vous à me dire de si important ? Questionna l’homme en refermant rapidement son armoire à clé.

-         Maître, plusieurs étrangers sont entrés dans notre propriété. Ils discutaient dans nos jardins, près du lac, nos soldats les ont capturés.

-         Quelles sont ces personnes ?

-         La Princesse Lou Xiap, sa meilleure amie, la princesse Moe Bara et ses serviteurs. Mais le meilleur est la venue de celle que nous cherchions.

-         Emi Kane ?

-         Oui, mon seigneur ! Elle se trouvait avec un traître, le soldat Gin Teruki.

-         Très bon travail Madame Chiko ! Faites les patienter dix minutes, plutôt trente minutes dans l’antichambre. Et en attendant apportez-leur de quoi se restaurer. Demandez au chef cuisinier, monsieur Zabuza, de leur apporter ses meilleures pâtisseries des Namagashi et Yokan.

-         Oui seigneur.

-         Je vais me préparer pour les recevoir !

La bibliothécaire s’apprêtait à partir quand il lui vint une idée.

-         Euh... maître Gen Hayao Kazuhisa, je ne voudrai pas être trop impatiente, mais mon contrat dans vos services se termine ce soir, à moins qu’il ne soit renouveler.

-         Il est d’ores et déjà renouvellé ! Déclara-il enthousiasmé par le travail de cette nouvelle aide bibliothécaire.

-         Merci seigneur, àqui puis-je m’adresser pour cela ?

-         Prenez donc une feuille blanche dans le Ko-dansu. Elle poussa une porte coulissante, et prit une feuille jaune. Puis, elle se dirigea vers la fenêtre et ferma rapidement le rideau. Un rayon du soleil passait à travers celui-ci, et donna un aspect jaunâtre au feuillet.

Le Gokenin ne prit pas la peine de lire, trempa sa plume, data et apposa sa signature. Puis lui donna le pli.

-         Oh ! seigneur, quelle nomination ! Vous êtes sûr de vous ?

-         Oui, vous méritez cet emploi ! Allez en faire part au responsable du recrutement madame Izumi.

-         Merci maître ! Déclara-t-elle avec reconnaissance.

 

-         Grâce à son petit subterfuge, Fumi Chiko était devenue Conservatrice de la bibliothèque Amaterasu ! Elle avait maintenant sous ses ordres madame Senami Izumi.

Le Gokenin ferma son bureau à clé, puis ouvrit une troisième porte cachée derrière un grand tableau de peintre. La petite salle donnait dans l’antichambre.

 

Il s’assit tranquillement dans un fauteuil en bois laqué rouge, et avec des rehauts d'or. Puis, tira sur une cordelette dégageant un immense miroir sans tain qui permettait de voir les visiteurs. Le Gokenin allait pouvoir étudier l’expression de leur visage avant de les rencontrer.

Il faillit tomber à la renverse et fut stupéfait en voyant les voyageurs. Un frisson parcouru son dos. Il se leva brusquement et se précipita vers son armoire à pharmacie.

Il lui fallait une double dose !

 

 

Le Gokenin tétanisé ne comprenait pas ce qu’il voyait. C’était la première fois que son miroir lui renvoyait de telles images.

A chaque coin de celui-ci se trouvaient des mini Lo Shu.

Le Gokenin pouvait voir leurs expressions et devait s’attendre soit à un réel travail ou à des ennuis.

Les trois visiteurs étaient impassibles.

Ils étaient même blanc livides. Ils ressemblaient à trois Kappas, malgré leurs habits de luxe

La jeune princesse de seize ans aux cheveux blonds, balayait son éventail en regardant Emi Kane et le soldat. Celui-ci était entouré d’une lueur blanche, de même que l’ami de la princesse, qui avait deux visages. Celui d’une inconnue, certainement la princesse Moe Bara et celui de Donna Lingfug. Oui c’est bien elle. Elle a été exposée au mini Lo Shu. Il visualisa sa plaie. Un tatouage représentant une épée se formait. Puis il vit une jeune fille étrangère, brandissant une épée, habillée de rose, qui parraissait inaperçue aux yeux des autres.

Derrière eux, se dressait deux êtres aux visages immondes. Deux kappas, habillés en soldats armés de sabres!

Comment peuvent-ils passer inaperçus ?

Lorsque Fumi Chiko fit entrer Miyu Hina dans l’antichambre, le Gokenin fut encore plus effrayé. (…)

 

Fin de la publication en exclusivité des chapitres n°1 au chapitre n°7 :

Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat.

Les 39 chapitres du conte fantastiques sont réservés à l’édition.

Merci de votre fidélité.

 

 

 

 

 

 

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