Conte N°8. Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat. Chapitre N°5. Le doublon enchanteur Partie 1

Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Chapitre N°5 Partie n°1

Le doublon enchanteur


Donna Lingfug continua de fuir le monstre en arpentant les couloirs de la bibliothèque Amaterasu. Elle voyait trouble et s’essuya le visage.

Qu’est ce qui suinte de mon front ? Elle remarqua une couleur rougeâtre qui n’était pas du sang.

Sa jambe lui faisait mal. L’apprentie ôta son soulier, et vit une mousse dégoulinant le long de son pied ankylosé.

Le poinçon formait un creux jaunâtre qui ne lui disait rien de bon.

Je dois, pensa-t-elle, alerter les services de la bibliothèque de la présence du monstre qui s’y trouve.

Elle erra dans les couloirs étrangement déserts.

- Où sont passés les autres élèves ? Pensait-elle effrayée.

En arrivant dans son dortoir, elle vit une  apprentie en kimono, allongée sur son lit. Celle-ci lui tournait le dos.

Elle s’approcha d’elle et la secoua par les épaules.

-        Réveille-toi, il y a un kappa qui me suit.

Lorsque la fille se retourna, Donna surprise découvrit le visage hideux du kappa.

Comment avait-il-fait pour arriver ici aussi vite ? Pensa-t-elle en se rendant compte aussitôt qu’il y en avait deux.

Tout à coup, le kappa déchaîné se jeta sur la fillette qui se défendit avec vigueur. 

Mais, sa force l'abandonna et choquée,  Donna s’évanouit.

 

Le kappa sortit un filet de sa poche interne, le déploya et l'enroula autour de sa proie. Puis, il la recouvrit d’une couverture en faisant quelques nœuds supplémentaires et la porta sur son dos.

Le monstre plaça une capuche sombre sur sa tête et sortit lentement en direction des étages inférieurs, en passant par les escaliers de secours de la bibliothèque.

 

 

Pendant ce temps, dans une partie des grands jardins paysagers de la bibliothèque Amaterasu, Lou Xiap observait une jeune fille, qui  ressemblait à une guerrière. Elle menaçait de son sabre  un  jeune garçon, pour l'obliger  à lui remettre un Lo Shu.

La princesse resta ébahie. 


Après l’avoir trompé en lui racontant n’importe quoi, le soldat s'était retrouvé assommé dans l’infirmerie de la bibliothèque Amaterasu. Celui-ci réfléchissait à la situation actuelle. Ensuite, Emi Kane  avait tenté de lui faire endosser un kimono féminin.  Ainsi, le jeune soldat était très énervé contre elle.

Cependant, Gin Teruki, semblait calme et heureux d’avoir pour une fois le dessus sur cette fille qu’il trouvait très arrogante.

Il plaça sa main sur son torse et sentit les formes du deuxième Lo Shu.

Au moins, elle ne l’aura pas celui-là.

-        On doit retourner  à la bibliothèque. Le Gokenin m’attend, annonça Emi Kane qui tenait à respecter son engagement.


La princesse qui venait de reconnaitre le Lo Shu s’éloigna doucement du buisson, et soudain éternua bruyamment.

Emi Kane alertée se précipita vers l’endroit et s’écria

-        Sortez de là immédiatement ou je vous ferai périr sur le champ !

La princesse s’extirpa de sa cachette.

-        Oh ! S’exclama le soldat confus, en remarquant la beauté de la jeune femme.

-        Soldat ! Retournez-vous immédiatement, ordonna Emi irritée.

-        Je suis désolé, répondit le garçon en s’exécutant.

-        Qui êtes-vous ? Demanda Emi Kane.

-        Je suis la princesse…

-        Une princesse dans cette tenue ! Coupa Emi étonnée.

 

Tout à coup, la garde rapprochée de la princesse encercla Emi Kane et Gin Teruki.

-        Princesse Xiap ! Que vous ont-ils fait ? Demanda un soldat en montrant les vêtements qu’il venait de ramasser.


La princesse Xiap demanda au soldat de lui apporter ses vêtements et s’écria

-         Retournez-vous tous !

L’assistance sentant son courroux, ne se fit pas prier pour exécuter son ordre. Ils faisaient tous face à la bibliothèque qu’on apercevait au loin, dans la rive opposée de cette partie du jardin.

 

Gin Teruki, en profita pour prendre délicatement son petit Lo Shu. Il chercha un abri où le placer. Puis, il découvrit à quelques pas de lui, obstrué par deux bâtons, un trou obscur, partiellement couvert de végétations.

La princesse s’habilla et soigna sa coiffure. Elle remonta ses cheveux blonds dans un chignon, et les fixa avec des barrettes en argent, puis mit une fleur sur la coiffe qui ornait sa tête. Un joli tatouage ornait son fond.

Emi Kane devait adopter une stratégie pour sortir de cette épreuve. Elle décida de rompre le silence.  

-         Princesse, je me présente. Je suis Emi Kane. Et je suis à votre service.

-         Alors je veux le Lo Shu que vous avez sur vous !

Kane et Teruki, se regardèrent surpris et comprirent que la princesse avait entendu leur conversation.

-         Princesse Xiap, le Lo Shu appartient au Gokenin de la bibliothèque Amaterasu et je suis qu’une modeste apprentie, ajouta Emi en montrant le bâtiment lointain. Je dois le remettre au Gokenin à dix-neuf heures. Permettez-moi de le faire et ensuite vous aviserez avec lui.

-         Et vous soldat, qui êtes-vous ? Demanda la princesse en s’habillant prestement.

-         Gin Teruki, pour vous servir Princesse Xiap, dit le soldat. Nous avions des informations concernant une bagarre dans le jardin, la veille au soir, dit le soldat et cette apprentie m’a conduit ici.

-         Emi Kane, donnez-moi l’objet ! S’écria la princesse, en le lancez-le derrière vous, sans me regarder.

Emi Kane envoya l’objet qui atterrit dans les mains de Lou. En le touchant, elle ressentit une grande déception. Il était incomplet, le doublon manquait, donc il restait inutilisable.

Lequel des deux a subtilisé le mini Lo Shu ? Pensa-t-elle troublée en ouvrant son éventail. Elle devait les interroger séparément.

-         Vous pouvez tous vous retourner, ordonna-t-elle en agitant nerveusement d’un mouvement de va-et-vient rapide son éventail.

Gin Teruki fit en profita pour jeter discrètement l’objet. Il le vit rouler lentement et disparait dans le trou.

Heureusement, personne ne l’avait aperçu.

Emi Kane comprit que quelque chose avait changé dans le ton et l’attitude de la princesse, qui tout à coup regarda durement les deux intrus, en hurlant.

-         Gardes, arrêtez-les immédiatement !

 

Pendant ce temps, l’apprentie Donna Lingfug émergea de son sommeil involontaire. Allongée sur un sol en en terre battue, elle ne reconnaissait pas l’endroit sombre qui l’entourait.

Le kappa ne l’avait pas attaché cette fois-ci et cela lui paraissait étrange. Elle entendait circuler une source d’eau circuler. Elle devait se trouver près du lac de la bibliothèque Amaterasu.

 Donna avait peur. Le kappa vivait habituellement près des eaux car il cherchait à attirer les hommes et les animaux dans l'eau.

Elle leva la tête vers la faible lueur qui parvenait du mur et aperçu une ouverture avec des barreaux. Puis, elle se souvenait des plans écornés qui tapissaient quelques pans de murs du grenier de la bibliothèque.

Elle regarda la lourde porte en bois d’où portant un judas en fer forgé. Elle se trouvait dans un caveau creusé dans la roche, certainement dans le repaire du monstre.

Il y avait donc plusieurs kappas dans la bibliothèque. On lui avait dit qu’ils étaient imaginaires. Et pourtant dans la réalité ces êtres infâmes existaient réellement et semblaient déterminés.

Elle regarda son pied douloureux. Le sang du poinçon avait séché.

Soudain, son regard se posa sur quelque chose qui scintillait vers un coin du mur. Donna n’avait pas la force de se lever. Elle rampa. Puis, elle eut une agréable surprise.

C'était un carré magique !

Elle prit le mini Lo Shu dans sa main.

Elle se souvient de l’origine du carré magique, qu’Emi Kane lui avait compté en lisant la légende d’un vieil ouvrage de la bibliothèque.

Selon le philosophe chinois, Confucius, il y a quelques 2000 ans, l’empereur Yü le Grand, fondateur de la dynastie Xia, vivait dans la Chine ancienne, et régnait sur un immense empire. Il bâtissait des bâtiments, routes et barrages, tout en voulait éviter les inondations du gigantesque fleuve Lo. Celui-ci menaçait sans cesse d’ensevelir le village. Tous les sacrifices des villageois au Dieu du fleuve Lo ne servaient à rien, car ses crues dévastatrices continuaient. Elles dévastaient les maisons, et les quartiers en faisant de nombreuses victimes.

Cependant, à chaque sacrifice, les villageois voyaient une tortue sacrée sortir de l’eau. Le dieu de la rivière ne voulait toujours pas tenir compte des offrandes. Un jour, un enfant remarqua des formes bizarres sur la carapace de la tortue. Et ce fut dès cet instant que les agriculteurs firent quinze offrandes permettant de calmer la colère divine.

Le dos de la tortue illustrait un diagramme, appelé le Lo Shu, qui possédait des vertus divinatoires et symbolisait l’harmonie de l’univers. Ainsi, les neuf nombres étaient disposés de telle façon que, si l'on en ajoutait entre eux trois verticalement, horizontalement, ou en diagonale, l’aboutissement du résultat devenait toujours quinze.

Soudain, Donna eut une idée, si l’un des deux kappas tentait de l'approcher.

Soudain, un cri derrière la porte l’effraya. (…)

 

 

Suite du chapitre 5 partie n°2 le 7 décembre 13