Conte N°8. Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat. Chapitre N°3 Le temps est compté. Partie 2


Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Chapitre N°3

Le temps est compté

Partie n°2

 

Donna Lingfug, la petite apprentie, sortit satisfaite de la chambre d’Emi Kane qui lui avait donné des responsabilités dans la bibliothèque. Elle avait bien négocié ce qu’elle savait des évènements de la soirée. Mais, elle s’était réservée quelques informations supplémentaires qu’elle lui diffuserait par la suite.

Je garde une pomme pour la soif, pensa-t-elle, car elle aura encore besoin de moi, alors je lui proposerai autre chose.

Elle remarqua dans une travée de la salle de lecture, les deux conservatrices qui discutaient à voix basse. Donna s’approcha.

Elle lisait sur leurs lèvres un dialogue qu’elle trouva surprenant. Au bout de quelques minutes, Fumi Chiko s’éloigna en prenant la direction opposée.

Donna décida de la suivre, car elle avait un comportement étrange. Elle regardait à droite et à gauche, puis disparut au fond de la bibliothèque.

Donna arriva dans le même recoin, et de distingua pas la femme. Où est-elle passée ?

Il n’y avait qu’un mur.

Soudain, une main l’agrippa, la tira part les cheveux, tout en la propulsant à travers la cloison.

 

 

Quelques minutes plus tard, lorsque l’assistante à la Conservatrice, Fumi Chiko, vint chercher Emi Kane pour venir travailler, celle-ci se leva et se tenant le ventre.

-        Que vous arrive-t-il ? S’écria madame Chiko.

-        J’ai très mal madame, se plaignit-elle.

-        Vous auriez dû manger, au lieu de faire la fine bouche.

-        J’ai des coliques. Et j’ai mal à la tête.

-        Je vais vous administrer un médicament, dit Chiko.

-        Non, je dois me reposer et cela passera. Dans le cas contraire, je vous le ferais savoir, répondit Emi en remarquant la contrariété sur le visage de Chiko.

-        Vous avez toujours réponse à tout ! Critiqua la femme.

 

-        Elle ne peut pas travailler dans cet état, constata Madame Senami Izumi en entrant dans la pièce.

-        Elle restera dans sa chambre, ajouta la Conservatrice.

-    Nous viendrons vous chercher pour le souper, décida Fumi Chiko.

-        Je reviendrai sous peu, pour voir si vous aller mieux, dit Fumi Chiko, acerbe.

Le regard qu’elle lança à travers ses lunettes, glaça le sang d’Emi Kane.


Seule dans sa chambre, la nipponne regarda l’heure tournée. Elle devait rejoindre son ami pêcheur, Jun Wataru. Lorsqu’elle entrouvrit la porte de sa chambre, elle fut surprise de voir un garde au fond du couloir.

-        C’est insensé, dit-elle à son amie Miyu Hina, qui lui avait rendu visite avant le travail de l’après-midi. Je dois récupérer un objet, oui ou non ? Alors pourquoi le maitre Gen Hayao Kazuhisa me fait-il surveiller de la sorte ?

-        C’est surement un défi ? Constata Miyu.

-        On a passé un accord, mais, j’ai l’impression que le Gokenin ne contrôle plus la direction de sa bibliothèque, depuis l’arrivée de Fumi Chiko.

-        Peut-être te protégé-t-il en te laissant dans ta chambre, et il trouvera une solution quand tu lui démonteras que tu n’as rien à voir dans ce vol.

Emi approuva.

-        Promet moi de rester tranquille Emi, recommanda Hina, tout en sachant l’intrépidité de sa camarade. (1)

-        D’accord, répondit Kane, en s’allongeant dans son lit.

-        Je reviendrais à la pose de 16 heures.

Aussitôt, son amie sortit de la pièce, la nipponne, décida de passer à l’action.

Elle sortit un petit miroir d’une commode, s’approcha de la fenêtre et visa une allée du jardin. Grâce aux rayons du soleil, elle pouvait transmettre des signaux. Elle attendit quelques secondes. Personne ne lui répondit. Emi Kane recommença. Dix minutes après, ses efforts furent récompensées quand le reflet d’une lumière, ébloui son visage.

Elle distingua une silhouette floue, au fond de l’allée. Enfin, Jun lui répondait.

-        Qu’est-ce que tu attendais ? Transmit-elle en morse.

-        J’étais occupé.

-        Alors ? Que décides-tu ?

-        Explique-moi.

-        Je suis bloquée dans ma chambre et je ne peux pas te voir. Le maitre m’a demandé de lui remettre un objet que je n’ai pas.

-        Comment cela ?

-        Hier soir, pendant ma promenade avec Miyu Hina, on a été vu.

-        Par qui ?

-        Une apprentie.

-        Je la connais ?

-        Oui tu la connais.

-        Dis-moi son nom.

-        Cela n’a pas d’importance…

-        Donne-moi son nom, tout de suite !

-        C’est...

Emi réfléchissait. Pourquoi Jun insistait tout à coup.

-        Alors ? Demanda le signal en morse

C’est alors qu’une autre lumière lui parvint de l’autre côté de l’allée.

-        Emi, j’ai été retardé au marché. J’ai un message du daimyo, Shimazu Nariakira. Tu es en danger de mort ! Tu dois quitter la bibliothèque immédiatement. Rejoint moi au cercle des glycines.

-        Comment ?

Emi venait de comprendre que la précédente conversation avait été effectuée avec un inconnu. Cela n’était pas Jun Wataru.

Elle regarda l’autre allée. Il n’y avait plus personne.

J’aurai dû me méfier, pensa-t-elle, car il y a des gardes partout !

L’apprentie tremblait. Elle se trouvait en péril dans la bibliothèque.

Brusquement, n’ayant plus rien à perdre, Emi Kane s’écria.

-        Garde ! garde !

Un jeune soldat arriva en trombe dans la chambre.

-        J’ai atrocement mal au ventre, conduisez moi à l’infirmerie !

-        Mademoiselle Kane, j’ai reçu l’ordre de ne pas vous faire quitter votre chambre.

-        Garde, il y a un règlement ici. Je vous rappelle que je suis un enfant qui réclame des soins d’urgence. S’il m’arrive quoi que ce soit, j’en informerai votre supérieur, et vous serez sanctionné.

-        Je dois m’en tenir aux ordres, riposta fermement le soldat.

-        Je suis la fille de Matsudaira Yoritoshi. Il a sous ses ordres le seigneur Kanemort. Je vous rappelle qu’il travaille en étroite collaboration avec le Tokugawa, mentit la nipponne avec sang-froid. 

Le soldat la regarda avec stupeur. Ce seigneur Kanemort était connu pour être lié aux shoguns Tokugawa. Il leur avait fait gagner plusieurs combats, de même pour les atrocités qu’il faisait à ses soldats. Il pouvait leur couper des membres à volonté si ses exigences n’étaient pas satisfaites. C’était un homme terrible.

Dans la région, on disait qu’il avait fait pendre par les pieds un soldat pendant des heures parce qu’il avait négligé sa tenue. Un autre s’était vu couper une oreille, en raison de la mauvaise retransmission d'une information incomplète.

Le soldat tressaillit.

-        C’est bizarre, votre nom ne semble pas vous relier à cette famille.

-        Je préfère qu’on abrège mon nom de famille de Kanemort à Kane, uniquement pour faire plus court ! Et tout le monde le sais ici.

-        Je ne dois pas vous faire partir d'ici !

-        C’est un cas de force majeure !

-        Heu...Il hésita.

-        Et d’ailleurs, je ne sais pas où se trouve l’infirmerie, dit le soldat penaud. Je vais demander à mon chef.

-        Comment ? Vous n’avez pas fait les repères du lieu ? Fit semblant de s’étonner Emi en le dévisageant.

-        Cela n’était pas mon rôle.

-        Mon père nous dit souvent : «  Tout soldat doit connaitre le lieu de son passage et son positionnement dans une base, pour ne pas risquer d’être assailli par l’ennemi ! », inventa Emi Kane.

-        Ha ? Il a dit cela ?

-        Oui monsieur le samouraï, et je vous promets de ne pas répéter à votre chef, ni à mon père, que vous ne respectez pas le règlement numéro dix. Je ne tiens pas à ce que votre erreur vous face perdre un œil.

Le soldat passa ses mains sur son visage

-        Je vous conseille de me suivre, car j’ai trop mal, ajouta Emi en se tenant le ventre.

L’homme hésita.

-        Je vais vous montrez le chemin. J’ai besoin d’un médicament.

Elle prit fortement son bras et s’appuya sur lui. Puis, ils sortirent en se dirigeant vers un autre étage, par l’escalier de service.

En arrivant devant la porte fermée de l’infirmerie, Emi se coucha à terre.

-        Soldat, défoncez la porte !

-        Je n’ai pas le droit de faire cela.

-        C’est un ordre !

Le soldat recula et s’y prit à trois reprises pour fracturer l’entrée. Ensuite, il releva la nipponne, qui se précipita devant  une étagère, prit un tabouret et brisa la vitre. Puis, elle happa un flacon, attrapa au passage  une serviette poser sur une table et versa le contenu sur celle-ci.

Ensuite, elle s’allongea, en criant.

-        Soldat, venez m’aider !

L’homme naïf, se précipita sur elle, et soudain, elle le fit basculer par une prise de judo, et lui appliqua le chiffon sur son visage.

Rapidement, le chloroforme fit son effet. Le soldat s’endormit dans ses bras.

Et un problème en moins ! Remarqua-t-elle en se relevant pour aller se laver les mains dans un petit lavabo.

Soudain, une alerte retentit. Sa disparition venait d’être constatée.

Derrière les barreaux de la fenêtre donnant sur le jardin, elle observa le va-et-vient de plusieurs soldats.

Il fallait qu’elle quitte au plus vite la bibliothèque.

 

Elle regarda le soldat endormit, lorsqu’une idée lui vint.

 

 

(1) Conte n°7 : Emi Kane, et les Tablettes de Jade.