Conte N°8. Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat. Chapitre N°3 Le temps est compté. Partie 1

Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

 

Chapitre N°3

Le temps est compté

Partie n°1

 

 

L’atmosphère semblait électrique dans la bibliothèque Amaterasu. Pendant que les apprentis de la bibliothèque Amaterasu s’appliquaient dans leur travail, des gardes du daimyō investissaient les couloirs.

Ils se relayaient toutes les heures dans divers lieux de jonctions à tous les étages, dans les travées, et devant les pièces principales. De plus, la nouvelle gouvernante, Fumi Chiko prenait son rôle à cœur. Elle lorgnait régulièrement les allées et venues des apprentis, surveillaient leur travail ainsi que les ouvrages qu’ils transportaient.

La pause de dix heures se rapprochait et la petite nippone ne savait comment faire pour l'éviter. Elle avait l’impression d’être une pestiférée dont il fallait se débarrasser au plus vite.

Emi Kane avait bien l’intention de rejoindre son ami pêcheur. Il avait certainement des renseignements à lui fournir. Et elle devait lui remettre des documents importants.

Étant donné qu'elle venait de rater la pause de dix heures, elle espérait retrouver Jun Wataru à l’heure du déjeuner. Quand le moment arriva, elle prétexta :

-         Je n’ai pas très faim.

-         Alors remontez dans votre chambre, mademoiselle Kane. Je viendrai vous chercher dans une heure pour vous conduire aux archives pour y travailler toute l’après-midi.

-         Madame Chiko, avez-vous parlé au maitre archiviste Gen Hayao Kazuhisa ? Demanda Emi.

-         Le Gokenin ? Je ne vois pas où vous voulez en venir.

-         Je dois agir, sans tarder.

Soudain, un rire strident sorti de la bouche de la femme. Emi sursauta car elle remarqua que les traits de son visage restaient figés, tandis qu'un son s’échappait.

-         Agir ? En mettant le feu dans quel autre lieu ? Répondit Fumi Chiko en appuyant cyniquement sur chaque mot.

-         Oh ! Madame Chiko, vous ne pensez tout de même pas que je suis responsable de l’incendie d’y hier soir ? S’offusqua Emi.

-         Ne faites pas la sainte-nitouche ! Ajouta Fumi Chiko, tout bas.

-         Nous veillerons sur vous, intervient madame Senami Izumi en apportant une pâte de fruit, qu'elle donna à Emi, qui la remercia.

-     Madame Chiko, accompagnez-là dans sa chambre. Je m'occuperai d'elle et de ses activités de l'après-midi.

Elles montèrent silencieusement. Arrivées dans le dortoir, la femme continua.

-         En plus, je ne sais pas qu’elle était la teneur de votre conversation avec le Gokenin, mais croyez-moi, j'arriverai à connaitre la vérité ! Décida-t-elle en claquant la porte.

Emi réfléchit à la situation.

-         Encore et toujours des gardes dans ce lieu ! Pensa Emi Kane en regardant par la fenêtre. Je ne peux pas m’enfuir par ce côté.

Elle devait tenter autre chose. Il lui restait trente minutes pour se rendre à son rendez-vous. Elle s’allongea et ferma les yeux.

 

Emi devait retrouver Jun Wataru, puis remettre ce qu’elle était censée avoir dérobée au maître de la bibliothèque, en fin de journée.

Auparavant elle devait retrouver quelqu’un.

Elle entrouvrit la porte de sa chambre, vit d'un signe sa chance tournée, quand elle attrapa par le kimono une apprentie qu’elle fit rentrer rapidement dans la chambre.

-         Emi ? Qu’est-ce qui te prend de me bousculer ainsi ? S’étonna Donna Lingfug.

-         Il me prend que j’aimerai avoir une petite conversation avec toi.

-         Tu as des remords pour ta promenade dans le parc d’hier soir ?

Emi fut surprise de constater que la plus jeune des apprenties en savait plus qu’elle.

-         Qui t’as informé de cela ?

-         Je le sais.

-         Tu as parlé d’un objet coulant dans le lac ?

-         Oui !

-         Et sais-tu de quel objet il s’agit ? Demanda Emi Kane de plus en plus intriguée.

-         Oui ! Je l’ai vu !

Emi se contenait. La gamine en savait vraiment plus qu’elle sur les événements.

-         Alors ?

-         Alors quoi !

-         Dis-m’ en plus ! Le temps est compté !

-         Et tu me donneras quoi en échange ?

-         Je t’offrirai mes desserts de la semaine ?

-         Pendant deux semaines alors.

-         D’accord, accepta Emi Kane, qui, s’il le fallait, savait se passer de ces mets délicieux.

-         Je t’écoute.

Donna Lingfug tendit son bras, voulant un gage de bonne volonté.

Emi Kane se déplaça vers son lit, et poussa une valise qu’elle ouvrit pour y prendre un petit sachet de Dorayaki (1) qu’elle donna à la nippone.

Celle-ci l’ouvrit et en dégusta un immédiatement.

-         Que c’est bon !

Emi impatiente lui arracha le sachet des mains.

-         Je te les donnerai quand tu finiras ton récit !

Donna rechigna, puis s’exécuta.

-         J’ai vu trois formes dans le jardin, dont une femme.

-         Et comment l’a tu reconnu ?

-         J’ai vu scintiller un bracelet autour de son poignet. Et en plus, elle a crié.

-    Que disait-t-elle?

-     Une sorte de dialecte.

-         Emi tressaillit. Elle venait de comprendre que la description de la femme ressemblait à Chiko, la gouvernante de la bibliothèque. (…)

 

(1) Dorayaki : Pâtisserie japonaise

Suite du chapitre 3, partie n°2, le vendredi 21 septembre