Conte N°8. Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat. Chapitre N°2 La supercherie

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE

Emi Kane et les Glycines sacrées du Shogunat

Chapitre N°2

La supercherie

 

Dans les chambres étroites de la bibliothèque Amaterasu, les petites nippones se réveillèrent péniblement en entendant la  sonnerie du lever de six heures. Certaines avaient l'air harassé, en raison d'un manque de sommeil.

Emi Kane bailla, et se retourna dans son lit tandis que son amie Miyu Hina dormait profondément dans la couchette d'à  côté. Elles s’étaient endormies vers une heure du matin.

Miyu Hina tressautait dans un sommeil agité.

Elle devait rêver de l’agression dont elle fut victime.

Le masque du samouraï doit la hanter, pensa Emi Kane qui se précipita à son chevet.

-       Miyu, réveille-toi !

Hina sursauta.

-       Il est revenu ?

-       Non, rassure-toi, tu es en sécurité dans la bibliothèque.

-       Merci de m’avoir secourue hier soir.

-       Je serai toujours là pour toi, répondit tendrement Emi, qui la considérait comme une de ses petites sœurs, qui vivaient à Kyoto avec leur maman.

Emi Kane ne voulait pas l’effrayer car elle avait vu une expression étrange dans les yeux du samouraï, derrière le masque d’Yōkai entourant sur son visage. Il dégageait une force impressionnante, et c’était surtout l’effet de surprise qui l’avait fait basculer dans le lac. Pourquoi l’avait-il regardé de la sorte, quand son voile s’était soulevé pour défendre son amie ?

Les apprenties firent leur toilette, puis trouvèrent leur tenue pour la journée dans leur penderie personnalisée.

-       Nos kimonos sont noirs ! S’étonnèrent quelques-unes. Qu’est-ce que cela veut dire ?

-       C’est certainement en rapport avec ce qui s’est passé hier soir, répondit Sae Kiwa, qui venait de prendre son service à la bibliothèque.

Elles s’habillèrent rapidement et descendirent pour déjeuner avec les dix autres apprenties qui logeaient dans le domaine. Certaines venaient de la ville. Il y avait en tout, une vingtaine de petites travailleuses dans les étages.

Kane et Hina rejoignirent la table de Sae Kiwa, qui dormait à l’auberge du Cygne Vert en soirée, et venait travailler à la bibliothèque pendant la journée.

-       Qui a pu mettre le feu au pavillon de thé ? S’étonna Kiwa en mangeant son chawanmushi. (1)

Les élèves appréciaient la cuisine de la bibliothèque. Le maitre archiviste avait recruté un chef cuisinier et pâtissier, Zabuza, qui faisait des plats de qualités. En effet, le maitre recevait de nombreux hôtes pour les fonctions et les responsabilités nouvelles dans la région. Le daimyo lui faisait confiance et avait développé un service diplomatique au sein de l’établissement.

-       L’incendie est certainement accidentel, dit Miyu Hina.

-       Non, il a été déclenché volontairement, répondit Sae.

-       Comment le sais-tu ?

-       C’est ce qui se dit.

Emi Kane et son amie se regardèrent incrédules.

-       Il parait que le daimyo viendra rendre visite au Gokenin prochainement, continua Sae.

-       Qui t’a dit cela ? Demanda Emi étonnée.

-       A l’auberge il y a des bruits qui courent, il parait que le Gokenin était très mécontent, et le pavillon de thé doit être entièrement reconstruit. Heureusement que du bois supplémentaire avait été entreposé, ajouta Sae.

Donna Lingfug, la plus jeune apprentie, croqua dans son Yōkan (2) et pris soudain la parole en révélant des évènements inquiétants.

-       J’ai vu une chose étrange hier soir.

-       Raconte ! Demanda une apprentie en se moquant d’elle.

-       Trois ombres dans le jardin rampaient vers le pavillon de thé. L'une d'elles a jeté un objet qui coulé à pic dans le lac. Une autre était très fâchée et a essayé de récupérer l’objet. J'ai distingué une femme blessant un homme. Et elle a ensuite couru dans le bois. Puis, il y a eu du feu et après une bagarre entre deux ombres. Une des deux est tombée à l’eau, puis les deux autres sont parties en courant. J’ai tout vu !

-       Encore ton imagination, Donna. Dit une fille en souriant.

-       D’où as-tu pu voir cela ? Ta chambre possède bien une vue opposée au lac ?  Demanda Hina intriguée.

-       J’ai dormi au grenier, car ma chambre est en travaux. Et de la lucarne, j’ai pu tout apercevoir.

En effet, des tuiles déplacées par le vent et les fortes pluies avaient inondées sa chambre dernièrement.

Emi Kane et Miyu Hima se regardèrent. Il fallait qu’elle se taise.

Heureusement, Jun Wataru, le petit pêcheur fit son entrée.

-       Bonjour tout le monde, je vous apporte des fruits frais !

-       Ha merci Jun.

Il déposa un panier de fruits sur la table, tout en cherchant du regard Emi Kane qui mangeait à l'autre bout de celle-ci. En plaçant ses mains une à une devant lui, il fit discrètement signe à son amie de la rejoindre dans la pause de dix heures.

Rapidement, il s’éclipsa en entendant la cloche de sept heures annoncer le début de leur travail à la bibliothèque. Certaines apprenties se dirigèrent vers la salle de lecture des manuscrits qui allaient être ouverte à huit heures aux visiteurs, venus de la région. D'autres  s'acheminèrent dans les arrière-salles pour rentrer les livres, tandis que dans les rangées, d’autres les archiveraient et certaines comme Emi Kane et Miyu Hina restaureraient les ouvrages anciens.

Subitement, Fumi Chiko déboula dans la salle à manger en brandissant un morceau de tissu dans ses mains.

-       A qui est ce morceau de kimono ? Hurla Fumi Chiko en regardant mécontente ses élèves.

Miyu Hina qui reconnue la ceinture de son kimono voulu lever sa main, mais Emi fit un geste plus vif qu’elle.

-       Il est à moi.

-       Ha ! Je le savais ! S’écria madame Senami Izumi, qui entra dans la pièce. Mesdemoiselles, allez immédiatement à vos occupations ! Emi Kane, suivez nous !

La nipponne savait que ses ennuis allaient commencer, mais elle était cependant contente d’avoir pris la place de sa fragile amie.

Ce fut en silence que toutes les trois arpentèrent les couloirs de la bibliothèque et se dirigèrent vers le bureau du Gokenin.

Elles le trouvèrent debout devant une longue table couverte d’une nappe blanche, où s’étalaient des livres noircies sortis des flammes.

-       Maitre, l’enfant est ici.

Le maitre archiviste Gen Hayao Kazuhisa, ne se retourna pas. Il répondit :

-       Vous pouvez commencer.

-       Bien monsieur!

Madame Chiko questionna Emi Kane.

-       Devinez où nous avons trouvé la ceinture de votre kimono ?

-       Elle était restée dans la salle de lecture ?

-       Non, elle se trouvait dans le pavillon en flamme.

-       En flamme ? Répéta l’apprentie.

-       Oui mademoiselle, vous le savez parfaitement, insista madame Izumi.

-       Mais je me trouvais sur les lieux quand il fallait contrôler l’incendie, donc et le vêtement a dû tomber.

-       Kane, cessez vos mensonges. Cette ceinture se trouvait dans la partie du pavillon de thé, inaccessible et qui n’a pas été brulé par l’incendie !

Emi Kane ne savait plus quoi répondre.

-       Laissez-nous mesdames, ordonna le maitre archiviste en tenant un ouvrage aux pages noircies dans ses mains.

-       Quoi ? S’écria Chiko. Maitre, nous ne faisons que commencer nos interrogations.

-       Je vous prie de quitter cette pièce. Je dois m’entretenir seul à seul avec mademoiselle Kane.

Les femmes partirent à contrecœur.

Quand elles se furent éloignées, le Gokenin s’assit à son bureau. Il avait le visage tiré, d'une extrême pâleur.

-       Mademoiselle Kane. Je ne veux pas savoir ni comment, ni pourquoi votre ceinture de kimono a été retrouvée dans cette pièce. Mais je vous donne jusqu’à vingt heures ce soir pour me rapporter mon bien. Cet objet est inestimable. Sans quoi, vous quitterez dès demain la bibliothèque Amaterasu, et je vous renverrais dans votre famille, sans indemnité !

 

La nipponne ne pouvait pas se permettre de faire l’impasse de ce salaire qu’elle envoyait à sa mère pour élever ses sœurs restées à Kyoto.

-        Quel est l’objet ?

-       Taisez-vous ! s’écria l’homme en colère.

Emi Kane comprenait son courroux. Elle avait été compromise dans une supercherie.

-       Je laisserai la porte de mon bureau ouverte entre 20 à 21 heures, continua le Gokenin, et vous remettrez l’objet dans le coffret qui se trouve dans cette niche.

Il lui montra un coffre ouvert.

-       Mais, je...

-       Vous n’avez pas le droit de parler ! S’écria l’homme avec vigueur.

Puis, il poursuivit.

-       Quand vous le refermerez, il sera sécurisé automatiquement grâce à son verrouillage. Puis, lorsque vous fermerez la porte du bureau, en claquant la paroi deux loquets automatique les scelleront. Maintenant, partez !

Emi sortit honteuse du bureau du Gokenin. Elle ne pouvait pas se justifier et se demandait ce qui avait la taille de dix centimètres sur dix. Les parchemins qu’elle conservait et les livres remis par son amies, ne faisaient pas cette dimension.

Comment allait-elle faire pour se sortir de cette situation ? Elle n’avait pas dérobé un tel objet et elle pensa à Miyu Hina. Serait-ce elle qui avait volé l’objet inconnu ? Que savait Donna Lingfug sur cette affaire ? Elle se souvenait de son récit : « Une femme a blessé un homme, puis il y a eu le feu au pavillon. »

Donc Miyu Hina et elle, n’étaient pas seules dans le parc de la bibliothèque ce soir-là.


(1)   chawanmushi : flan aux œufs

(2)  Yōkan : pâtisserie japonaise sucrée.