Chapitre n°4 Le Raku magique d’Hachiman

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Emi Kane et les incantations

du Shogun d’Edo

 Chapitre N°4

 

Le Raku magique d’Hachiman


 

Emi Kane utilisa la ruse pendant son entretien avec son chef Gen Hayao Kazuhisa, le maître archiviste. Elle lui avait dissimulé le fait qu’elle ne possédait plus la lettre qu'il voulait.

Rassurée d’avoir obtenu une aide pour protéger, et défendre son ami Wataru, contre le dangereux samouraï, Dosan Hidenori, la petite nipponne rentra dans sa chambre.

Miyu Hina l’attendait, et inquiète se précipita vers elle

-        Qu’est ce que maître Kazuhisa t’a demandé ?

-        Il cherchait le courrier que tu as trouvé dans le jardin.

-        Tu lui as donnée la lettre au ruban noire ?

Elle n'avait pas confiance en Miyu, qui l'avait suivit dernièrement dans la bibliothèque.

-        Non. J'ai préféré la placer en lieu sûr, répondit Emi.


Elle prit son sac en bandoulière, dans lequel elle entassa rapidement quelques vêtements et autres objets utiles. Elle avait l’impression qu’elle ne serait pas de retour de sitôt aux archives de la bibliothèque Amaterasu.

-        Tu pars pour quel endroit ?

-        Je ne sais pas encore mais je dois récupérer le document. Je te confis le reste de mes affaires.

- Où je pourrais te joindre ?


Puis, elle s’en alla rapidement en évitant de répondre aux questions de Miyu Hina.

 

Elle partit en avance au rendez-vous. En arrivant près du kiosque, il n’y avait personne. Elle se cacha derrière un arbre, pour observer les lieux et attendre les serviteurs du maitre.

 

Emi Kane réfléchissait.

Le samouraï Dosan Hidenori, se trouvait sous les ordres de quel seigneur ? Travaillait-il pour l’empereur de Kyōto, le chef important et légitime du Japon ? Où le puissant shogun d’Edo à qui avait été confié l’administration de la famille Tokugawa d’Edo ?

Qu’est-il est venu faire dans la bibliothèque Amaterasu  ?

Le volumineux sac contenait des lettres officielles très importantes.


Elle se souvient de la légende du lien entre les empereurs de Kyoto, selon laquelle l’empereur Jimmu, descendait de la déesse Amaterasu.

Dosan Hidenori portait une armure avec un dragon attaché par une corde et qui crachait des flammes. Que signifiait cela ?

En consultant les ouvrages, elle était tombée sur une légende, de la danse du dragon doré qui se tenait chaque printemps au temple de Sensiji, à Asakusa.

Je sais maintenant d’où il vient et où il habite : dans le quartier d’Asakusa d’Edo !

Emi Kane avait déjà un plan précis en tête. Il ne manquait que les serviteurs de maître.

Le Gokenin aurait-il renoncé à sa parole ?

 

Installé sur un tatami, dans le chashitsu, le maître du thé, Zen Dai Daichi, méditait en terminant la cérémonie effectuée dans l’harmonie, et dans un profond recueillement. Il avait été sensible à la tranquillité d’esprit des participants.

Cependant, il pensait que la considération de sa présence dans ce lieu n’avait pas été digne du maitre archiviste.

 

Il fut déçu par le comportement de l’archiviste Gen Hayao Kazuhisa, et par sa désinvolture, dés son arrivée à la bibliothèque.

Il remarqua que ses deux éminents conseillers semblaient eux aussi très mécontents. Gen Hayao Kazuhisa n’avait plus de grâce à leurs yeux.

-   Où est encore passé le maître archiviste de la bibliothèque ? Demanda Enchô Chan, acerbe. Cet homme au service daïmyo Gotoba-bô, du clan de Tomaza, ne tenait plus en place.

-   Il ne faut pas le blâmer, répondit le maitre du thé, Zen Dai Daichi. L’archiviste de cette bibliothèque doit s’occuper d’une double cérémonie.

-   Vous avez raison Enchô Chan, il a un étrange comportement, ajouta Shun Mei, l’autre conseiller, très influent auprès des Tokugawa.

-   Et qui n’est guère compatible avec sa fonction, continua son acolyte. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’il s’est absenté pendant la cérémonie.

- Oui, il m’a dit qu’il allait rejoindre ses invités dans le jardin, confirma, le maître du thé.

- Une petite archiviste de sa bibliothèque fait-t-elle partie des invités ? S’étonna Shun Mei.

- Expliquez-vous ! Demanda Zen Dai Daichi, qui n’aimait pas les sous-entendus.

- C’est bizarre, le Gokenin a traversé l’assemblée des invités en les saluant, puis il a disparu au fond du jardin.

- Et alors ? Que voulez vous dire ?

- Je l’ai bien sûr suivi, et je l’ai vu discuter longuement au kiosque, avec une de ses archivistes et semblait par moment très contrarié.

- Que disait-il ?

- Je ne suis pas resté, j’ai cependant vaguement entendu qu’il lui réclamait un document. Mais ce n’est pas dans mes habitudes d’écouter.

- Cela suffit, coupa le maître du thé, qui en avait assez entendu.

 

Pendant qu’il allumait un bâton d’encens, Zen Dai Daichi, repensait à Gen Hayao Kazuhisa : son agitation dans les escaliers l’avait agacé. Dans sa précipitation à effectuer son travail, il avait assisté à la destruction du kakemono, l'offrande que lui avait donnée le renommé (2) daïmyo Yoshikuni Date.

 

Est-ce le signe que la communication ne passerait plus entre les deux hommes ?

Il se devait de rapporter toutes les activités des lieux qu’il visitait, au daïmyo Yoshikuni Date.

 

Il n’aspirait à 53 ans que de continuer tranquillement à ouvrir ses petites maisons de thé, de les semer comme des sacs de riz. Il en avait déjà installé une dizaine, dans la région du Kantō.

 

Lorsque l’archiviste, Gen Hayao Kazuhisa entra, Zen Dai Daichidu se leva et lui demanda

-   Il y a-t-il un lieu où nous nous pourrions parler ?

-   Allons dans mon bureau.

-   Non ailleurs, dans le jardin de préférence. J’ai une nouvelle à vous annoncer cher ami car j’ai mûrement réfléchi.

-   En entendant cela, et en regardant les mines renfrognées des conseillés du maître du thé,  l'archiviste savait que la fonction qu’il occupait se trouvait menacée. Cette place de Maître archiviste semblait très convoitée. 


Ils marchèrent silencieusement, et s’arrêtèrent sous un saule pleureur doré. Son feuillage s’ornait de jaune doré délayé de vert.

-   Le poste que vous occupez vous a été recommandé par le shogun d’Edo ? N’est-ce pas ?

-   Comme s’il ne le savait pas, tempêta intérieurement Gen Hayao Kazuhisa. 

-   Oui honorable maître du thé. Et depuis plusieurs années.

-   C’est cela, j’ai donc pensé à une belle promotion.


Le maître du thé, réfléchissait à la façon de lui donner l’information. Il y avait bien une bibliothèque dans un temple bouddhiste qui serait vacante dans trois mois, mais, d’ici là, il se réservait le droit d’étudier les modalités de son transfert. Il devait lui soumettre sa proposition au plus vite.

Il déclara

-        On a besoin de vous au monastère de...


Ils furent soudain interrompus par des cris venant du bâtiment central. Subitement les groupes du daïmyo Yoshikuni Date et des Tokugawa firent irruption dans les allées et se dirigèrent vers le pavillon de thé.

    L'archiviste et le maître du thé s'approchèrent.

        - Soldat Tsin Tsang de la garde du Tokugawa ! Nous cherchons un samouraï qui s’est enfui alors qu’il était notre prisonnier, annonça l’homme en se courbant. Il a volé une sacoche, dans laquelle se trouvait plusieurs lettres et objets précieux.

-   Comment un de vos coursiers a-t-il bien pu se faire dépouiller ? Déclara Gen Hayao Kazuhisa.

-   Ils sont pourtant entraînés à ce dur labeur dès l’adolescence ! Riposta Enchô Chan.

-   C’est arrivé quand ?

-   Il est très habile et sème la zizanie dans les courriers officiels depuis plusieurs de jours, dit le soldat. Il se fait appelé Dosan Hidenori.

Le maître archiviste garda le silence, en entendant prononcer pour la deuxième fois le nom du samouraï.

-   Selon nos sources, il a en sa possession des objets de grande valeur un Raku précieux façonné par le Maître du Thé, Sen no Rikyü.

-   C’est le Raku(1) magique d’Hachiman ! S’écria Zen Dai Daichidu.





 

 (1) - Un Raku: C’est un bol en céramique.

(2) -Daïmyo : C’est un gouverneur japonais.









La suite le dimanche 8 mai  2011





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